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Note préliminaire (Cl. R.)  : Pour des raisons techniques, les plans de Périgueux, et les planches de sceaux ont été présentés dans des fichiers séparés. Nous avons réalisé cette tâche à partir du fichier Gallica de la BnF correspondant.

HISTOIRE

DE    LA

VILLE DE PÉRIGUEUX

ET   DE   SES

INSTITUTIONS MUNICIPALES

JUSQU'AU TRAITÉ DE  BRÉTIGNY (1360)

PAR

R. VILLEPELET

Archiviste   aux  Archives   Nationales Docteur es lettres.

PÉRIGUEUX

IMPRIMERIE  DE  LA  DORDOGNE (ANC. DUPONT ET Cie). 1908

 

 

INTRODUCTION

Au point où est parvenue la science de nos origines, ce qui peut la pousser en avant, ce sont des études analytiques sur les institutions du moyen âge, considérées dans leur action variée sur les diverses portions du sol de la France actuelle.

Augustin THIERRY, Considérations sur l'histoire de France.

Il nous paraît convenable de dire, au début de cette étude, ce que nous avons voulu faire et comment nous l'avons fait.

L'histoire de la ville de Périgueux n'a jamais été écrite, Nous n'entendons point par là que le Mémoire sur la constitution politique de la ville et cité de Périgueux (1778)[1] ne puisse être encore utilement consulté, non plus que L’Histoire du Périgord, de Léon Dessalles[2]. Nous-ne serons pas, en effet, si ingrat que de ne pas reconnaître ce que nous devons à ces ouvrages, dont les auteurs nous ont frayé la voie et auxquels nous avons fait de fréquents emprunts. Mais le Mémoire, composé au xviiie siècle par l'historiographe Moreau[3] et publié par les maire et consuls de Périgueux, pour appuyer auprès du Conseil d'Etat leur demande en exemption du droit des francs-fiefs, est surtout une dissertation juridique où les événements sont parfois, ou faussement interprétés ou, de parti pris, négligés. Pour L’Histoire du Périgord, nul n'ignore aujourd'hui que, si Dessalles y entassa, dans un cadre plus étendu que celui de la présente étude, le fruit d'un labeur immense, la mise en œuvre des matériaux qu'il avait assemblés laisse grandement à désirer.

Il ne pouvait entrer dans nos intentions de rédiger une histoire complète de la ville. C'est pourquoi, après être remonté aux premières années du xiie siècle, c'est-à-dire aussi-loin qu'on peut le faire avec quelque certitude, avons-nous arrêté cette étude au traité de Brétigny (1360), qui plaça Périgueux sous la domination anglaise. Nous ne voulons pas dissimuler que cette date ne comporte aucune signification sous le rapport des institutions municipales, qui demeurèrent après elle ce qu'elles étaient auparavant, et qu'elle n'en à qu'une fort restreinte au point de vue même de l'histoire proprement dite de la ville; mais, faute d'un terme vraiment historique que nous aurions dû placer presqu'à la fin de l'ancien régime[4], il nous a paru que nous pouvions considérer le traité de Brétigny comme une limite commode divisant l'histoire de Périgueux en deux parties à peu près égales. Nous nous sommes essayé à traiter la première ; nous voulons espérer que notre entreprise trouvera un continuateur.

Le plan que nous avons suivi est simple : après avoir exposé l'évolution continue de la ville et raconté, dans l'ordre où ils se produisirent, les événements qui marquèrent son histoire, nous nous sommes efforcé de pénétrer dans le détail de ses institutions, de restituer, à l'aide des textes, les rouages de son gouvernement. Nous avons conscience d'avoir recherché, avec le plus grand soin, tant aux archives municipales de Périgueux[5] qu'aux Archives Nationales qu’aux archives départementales des Basses-Pyrénées[6] et à là Bibliothèque nationale[7], les documents qui pouvaient nous éclairer. Si, comme il est vraisemblable, quelques-uns nous ont échappé, nous croyons, dû moins, n'avoir omis rien d'essentiel. La plus grande partie de nos pièces justificatives étaient déjà imprimées dans le Recueil des titres et autres pièces justificatives employés dans le Mémoire sur la constitution politique de la ville et cité de Périgueux, etc. (1775)[8]. Nous y renverrons fréquemment le lecteur. Toutefois, comme le texte des actes y est souvent fautif, nous avons, d'après les originaux mêmes, reproduit les principaux en appendice. Nous y avons ajouté quelques documents inédits, choisis parmi les plus importants que nous ayons utilisés.

Ce travail est le développement de la thèse que nous ayons présentée, à l'Ecole des Chartes (1894) et à l'Ecole pratique des Hautes-Etudes (1898). Les observations auxquelles elle y a donné lieu, de la part de professeurs éminents comme le regretté A. Giry, à la mémoire de qui nous adressons un reconnaissant hommage, comme MM. Ch. Bémont et Ant. Thomas ; celles que, plus tard, m'a communiquées mon cher maître M. Camille Jullian, qui a bien voulu accepter de l'examiner et que nous prions ici d'agréer l'expression de notre respectueuse gratitude, l'ont évidemment amélioré. Nous en sentons néanmoins toute l'insuffisance. Nous devons pourtant avertir le lecteur que nous n'avons pas essayé d'en racheter les défauts, en prêtant à la matière, dont nous ne nous dissimulons pas l'aridité, des agréments mal assortis avec la probité de l'histoire. On ne trouvera dans ce mémoire ni développements pompeux, ni séduisantes hypothèses, à l'ancienne mode, mais, le plus souvent, un sec recueil de faits, appuyé par un appareil de notes qui permettra de les contrôler. La première manière, celle que nous n'avons pas employée, est, nous le confessons, plus aimable; elle est aussi plus facile. Nous ne croyons pas cependant avoir à nous excuser de l'avoir évitée, ayant tâché seulement à éclairer du mieux possible un sujet obscur et qui nous paraissait mériter d'être connu, et à épargner à ceux qu'il solliciterait après nous, les difficultés que nous avons rencontrées.

L'histoire documentaire de Périgueux, nous voulons dire celle qu'il est permis de reconstituer d'après des documents écrits et de suivre à peu près sans interruption, ne commence pas avant le xiie siècle. La période qui précède est absolument obscure, car il faut bien convenir que les rares renseignements fournis par les historiens et les géographes anciens, par les monuments épigraphiques et, plus tard, par les chroniqueurs, ne sont que des données éparses qu'il est impossible de contrôler et de coordonner, et dont nous ne saurions, par conséquent, faire état. Nous nous bornerons donc, pour cette époque, que nous appellerons pré-communale, à apporter, d'après les faits qui semblent le mieux établis, un résumé de l'histoire de la ville, qui conduira le lecteur jusqu'au récit des événements connus.

Vesuna ou Vesunna, capitale des Petrucorii ou Petrocorii, s'élevait sur la rive droite de la rivière de l’Isle, un peu au sud de la ville actuelle de Périgueux[9] . A la fin du IIIe siècle de notre ère, Vesuna perdit son nom. Nous savons qu'alors, par suite d'une coutume presque générale en Belgique, dans la Lyonnaise et en Aquitaine, les chefs-lieux de civitates quittèrent leur nom primitif pour prendre celui même du peuple dont ils étaient le centre et en quelque sorte la personnification[10] . Vesuna n'échappa pas à la règle commune et fut dorénavant désignée sous le nom de civitas Petrucoriorum[11]. Si, au ve siècle, Sidoine Apollinaire parle encore des Vesunnici[12], il ne faut voir là qu'une fantaisie de lettré qui se piquait d'archaïsme.

Nous ne savons au juste à quelle époque remonte l'évangélisation des Petrucorii. Un de leurs évêques, Paternus, fut déposé vers 361, pour cause d'hérésie[13] . La tradition locale, constatée dès le ixe siècle, réclame un autre fondateur, saint Front, dont la date est indéterminée[14] .

Les Visigoths s'établirent en 418 dans la Seconde Aquitaine, « la perle de la Gaule », que les Romains leur ont cédée. La capitale des Petrucorii, comprisedans cette province, devait subir leur domination pendant près d'un siècle,. JLe roi Buric (465-485), qui était arien, persécuta les catholiques de ses Etats et chassa de leurs sièges les évêques et les prêtres orthodoxes. Grégoire de Tours exprime à cet égard une vive indignation[15] . Le fait nous est aussi attesté par une lettre de Sidoine Apollinaire à l'évêque Basilius, écrite vers l’an 470. En effet, l'évêque de Clermont cite nominalement les Petrucorii comme privés, de leurs pasteurs[16] . Enfin, l'épitaphe de l'évêque Chronopius, mort après l'an 533, qui est due au célèbre Fortunat[17] , témoigne aussi de la persécution organisée par les Ariens: Néanmoins, il semble que Périgueux était, même alors, un centre littéraire assez important, puisque Sidoine Apollinaire s'informe avec soin du succès des professeurs de Vésone[18] .

En 506, c'est-à-dire l'année même qui précéda l'effondrement de la domination gothique, la capitale des Petrucorii y jetait encore soumise. Un précieux document nous l'apprend. Nous voulons parler de l'acte du concile d'Agde, réuni sur l'ordre d'Alaric II, roi des Visigoths, qui renferme les souscriptions de vingt-quatre évêques et de dix prêtres ou. diacres remplaçant les évêques absents. Nous y voyons celle de Chronopius, episcopus de civitate Petrocorica. C'était, avec l'évêque de Bordeaux le seul prélat de la Seconde Aquitaine qui figurât à ce concile[19] . Cinq ans plus tard, le même prélat participait au concile d'Orléans, réuni par le roi des Francs, Clovis, que la bataille de Vouillé avait rendu maître de L'Aquitaine.

. On ne sait pas de quel royaume dépendit d'abord Périgueux sous les fils de Clovis. Il fut vraisemblablement uni, par je partage de 561, au royaume de Paris : en effet, quelques années après la mort de Caribert, il appartenait à Gontran, dont les Etats ne paraissent avoir formé, de 561 à 567, qu'un seul groupe s'étendant sur l'est de la Gaule depuis Orléans jusqu'à Marseille[20]

En 581, Périgueux fut enlevé à Gontran par le roi Chilpéric[21] ; et, peu de temps après, l'évêque Carterius se plaignait amèrement de ce changement de domination dans des lettres qui, saisies par le comte de Limoges, furent adressées au roi de Soissons[22] . Mais, trois ans plus tard (584), grâce à l'extrême jeunesse du successeur de Chilpéric dont il devint le tuteur, Gontran ressaisit la cité, et les Petragorici prenaient part, en 585 et en 589, aux expéditions envoyées par ce prince contre les Goths[23]. C'est vers cette époque que doit se placer la révolte de Gondovald. Grégoire de Tours conte que cet aventurier vint à Périgueux et y maltraita l'évêque Carterius qui avait refusé de le reconnaître[24] . Périgueux apparaît, chez Grégoire de Tours, sous les noms : Petrocorii[25] et urbs Petragorica. Le territoire dont il était le chef-lieu est désigné sous les noms : Petrogoricum[26] , oppidum Petrocoricum[27] , territorium Petrocoricum[28] . Ses habitants sont toujours appelés Petrugorici[29].

Après Grégoire de Tours, le silence se fait sur Périgueux et pour longtemps. Nous constatons que l'évêque Ermenomaris assista au concile tenu à Bordeaux entre 670 et 673[30] ; mais c'est à peine si nous pouvons relever dans les auteurs quelques mentions de la ville. Ce qu'elles nous apprennent est, du reste, peu de chose et n'éclaire que bien faiblement cette période obscure. Nous pouvons cependant, grâce à ces rares données et surtout par ce que nous savons de l'Aquitaine[31] , suppléer en partie au silence des textes et essayer de reconstituer à grands traits l'histoire de Périgueux.

Après la mort de Gontran (593), la civitas Petrocoriorum fut annexée un moment au royaume ostro-bourguignon, puis rattachée, sous Clotaire II, à l'ensemble du royaume franc ramené à l'unité. Elle en fut distraite un moment, en 628, quand Dagobert céda à Charibert son frère, qui revendiquait sa part de patrimoine, les cinq comtés de Toulouse, Cahors, Agen, Périgueux et Saintes, plus tout le pays compris entre ces cités et les Pyrénées, sauf à conquérir cette dernière région qui n'était autre que la Wasconie[32] . Ce royaume dura deux ans. Charibert mourut en 630. Aussitôt Dagobert réduisit en sa puissance tout le royaume de son frère, ainsi que la Wasconie. A la mort de Dagobert II (679), l'Aquitaine échappa à la domination des Mérovingiens. Les ducs qui, auparavant, commandaient en Gascogne pour les rois de Neustrie, ont étendu peu à peu leur action sur tout le pays compris entre la Loire, et les Pyrénées, et ils cessent de reconnaître l'autorité des rois francs. Pépin de Herstal tente en vain de soumettre le duc Eudon qui lui survit et dont les descendants gouvernent, jusqu'en l'an 768, l'Aquitaine dont le nom est, durant toute cette période, remplacé par celui de Gascogne (Wasconia)[33] .

Alors seulement Pépin le Bref parvint à réduire les Aquitains, contre lesquels il ne mena pas moins de huit campagnes, et dont il ne triompha qu'après la mort du duc Waïfre ou Gaifler, assassiné par un des siens dans les bois de la Double, en Périgord (768)[34] . Périgueux ne fut point épargné dans ces guerres incessantes. Elle fut une des cités que Waïfre fit démanteler en 763. Deux ans plus tard, Pépin fit relever ses murailles[35] . En 766, il dévastait le Périgord[36]. Lors de sa dernière expédition en Aquitaine (768), il vint de Saintes à Périgueux et n'en repartit qu'après la mort de Waïfre[37] . Pépin mourut cette année même. En 769, Hunald, .probablement le vieux père de Waïfre, reprit les armes. Battu par Charles, fils de Pépin, il s'enfuit chez les Gascons qui le livrèrent à son vainqueur. L'Aquitaine était définitivement soumise. Pour surveiller le pays, Charles établit la forteresse de Fronsac (Fronciacum), sur la Dordogne[38] .

L'Aquitaine, réduite par les premiers Carolingiens, obtint quelque temps le titre de royaume : ce royaume n'était guère qu'une grande division de l'empire. La position spéciale de l'Aquitaine est un des problèmes les plus intéressants, mais aussi les plus obscurs de la période franque. Les Francs éloignés de cette province, y firent assez mal respecter leur autorité, et l'on peut supposer que les influences visigothiques, aidées peut-être par la persistance de vieilles traditions et de vieilles mœurs distinctes des mœurs gauloises, parvinrent, avec le secours des Basques et des Wascons, à rendre à ce pays une vie propre. Il joua dans le Midi, au temps de la domination franque, un rôle très analogue à celui que jouèrent, dans l'Est, les duchés des Bavarois et des Alamans[39] .

En 778, Charlemaghe préposa un comte au gouvernement de la cité. Ce comte, le premier en date des comtes du Périgord[40] ; s'appelait Widbode[41] . On ignore s'il eut des successeurs : toujours est-il qu'ils sont restés inconnus jusqu'au milieu du ixe siècle. Trois ans plus tard (781), Louis, le .plus jeune des fils de l'empereur, reçut le gouvernement de l'Aquitaine. Vingt-cinq années après, Louis recevait en partage le royaume d'Aquitaine qu'il avait, jusque là, gouverné au nom de son père. On sait, en effet, qu'en l’année 806, l'année même qui marqua l'apogée du nouveau César, le grand empereur, voulant prévenir les dissensions que la division de ses Etats pourrait faire naître après sa mort, en régla lui-même le partage par un acte qui a été publié à diverses reprises[42] . En 817, Louis le Pieux, devenu empereur, fit de l'Aquitaine un royaume pour son fils Pépin. Quand, plus tard, il le transféra à Charles le Chauve, les Aquitains résistèrent, soutenant Pépin II qui les conduisit à Fontenoy (841). Après la défaite, Pépin fut abandonné par sou oncle Lothaire. Le traité de Verdun (843) attribua l'Aquitaine à Charles le Chauve.

Quand ce dernier voulut se mettre en possession de ce pays, il rencontra une vive résistance (844). L'année suivante, il se décida à transiger avec Pépin. Par le traité de Fleury-sur-Loire (juin 845), il lui laissa l'Aquitaine, moins les comtés de Poitou, Saintonge et Angoumois[43] . Pépin conservait donc le Périgord. Ce prince ne tint guère ses promesses de fidélité, d'autant plus que ses sujets mécontents, et spécialement les évêques et abbés, s'adressaient naturellement à son oncle. En 848, Charles le Chauve en profita pour se  faire couronner à Orléans roi d'Aquitaine[44] . En 850, les Aquitains rappellent Pépin qui lutter allié aux Sarrasins et aux Normands. Livré à Charles en 852, il est enfermé dans un monastère[45]. Les mécontents s'adressent à Louis le Germanique : celui-ci s'empresse d'envoyer son fils Louis avec une armée (854) ; il n'a pas de succès. Pépin, échappé de nouveau, reprend la lutte avec ses auxiliaires païens, jusqu'à ce qu'il soit pris et de rechef enfermé[46]. Au mois d'octobre de l'année suivante (855), Charles l'Enfant, fils de Charles le Chauve, fut proclamé et couronné, à Limoges, roi d'Aquitaine[47] . Alors âgé de huit ans seulement, il régna en Aquitaine, avec des alternatives de guerre et de paix, jusqu'à sa mort, survenue en 866, plutôt comme lieutenant de son père que comme souverain indépendant[48] .

Durant cette période agitée, l'Aquitaine, et Périgueux en particulier, n'eurent pas à souffrir seulement de ces dissensions intestines qui armaient l'un contre l'autre les descendants de Charlemagne. A maintes reprises, des invasions de Normands vinrent saccager la ville. En 840[49] ou 841[50], ces barbares s'emparent une première fois de Périgueux. En 849, ils prennent encore la ville, la pillent et et se retirent, sans être inquiétés[51] . En 853, nouvelle invasion[52] . Il semble que la dernière ait eu lieu en 865[53].

L'Aquitaine, au moment de la dissolution de l'empire carolingien, se divisa en plusieurs seigneuries indépendantes. Le comté de Périgord formait l'une d'elles. Quand le royaume d'Aquitaine fut aboli en 877, ce royaume n'était plus qu'un nom. Il s'était émietté en comtés à peine reliés les uns aux autres par une hiérarchie nominale. Le titre de duc d'Aquitaine, qui persista, ne conférait, au xe siècle, aucune autorité réelle sur les principautés de la Gascogne, de l'Auvergne, de la Marche, du Limousin, etc. Comme le titre même de roi de France, il n'acquit de valeur que lorsqu'il échut à de puissants propriétaires fonciers, capables de le faire respecter,

En 892, quand le roi Eudes passa en Aquitaine, après ses victoires sur les Normands, pour s'assurer de la fidélité douteuse de certains seigneurs, il visita Limoges, Angoulême et Périgueux. Il trouva cette dernière ville en proie à un certain trouble. « Il y termina, dit Richer, avec la plus grande équité, les différends des nobles. Il s'y occupa surtout, de concert avec les grands, des affaires  publiques. Pendant que, tout entier à ces soins, il comptait rester là quelque temps, Foulques, archevêque de Reims, travaillait, en Belgique, à placer Charles sur le trône »[54] . Les « différends des nobles » dont il est ici question doivent probablement s'entendre des luttes continuelles qui ne cessaient de désoler la famille des comtes de Périgord, C'est au cours d'une de ces guerres intestines que, bien plus tard, après la mort du comte Boson II qui avait succédé à son père Aldebert, la ville de Périgueux fut prise, nous ne savons pour quel motif, par le comte de Poitiers, Guillaume le Grand, tuteur des enfants de Boson, et livrée par lui à Hélie, fils de ce dernier (1008)[55] .

Il semble que, au xe et au xie siècle, l'obscurité qui, depuis longtemps, enveloppe l'histoire de Périgueux, s'épaississe davantage encore : durant cette période, nous relevons seulement deux faits qui n'y projettent qu'une bien faible lueur. Ce sont, pour le xe siècle, la fondation par l'évêque Frotarius (988-991) de la grande église de Saint-Front[56] ; pour le xie une nouvelle invasion de Normands en Aquitaine vers 1018[57], ils y pénétrèrent par Saint-Michel-en l'Herm[58] . Guillaume V, comte de Poitiers rassembla une armée, marcha à leur rencontre et recommanda aux évêques d’engager les populations à implorer la; protection divine par les jeûnes et les prières. Arnaud de Villebois, évêque de Périgueux (1009-1036), au lieu de se borner à prier; leva une troupe et alla rejoindre Guillaume. Trop confiant, le comte tomba dans une embuscade et fut battu. Pour se procurer l'argent nécessaire à l'entretien de ses soldats, Arnaud engagea l'archiprêtré d'Excideuil à l’évêque de Limoges qui le possédait encore à la fin du xiie siècle, faute par l'évêché de Périgueux de l’avoir racheté[59] .


PREMIÈRE PARTIE

Histoire de la ville jusqu'au traité de Brétigny.

CHAPITRE I

DES PREMIÈRES ANNÉES DU XIIe SIÈCLE

A L’ETABLISSEMENT DEFINITIF DE LA COMMUNAUTE (1251).

§ 1. — Les deux villes. Histoire de Périgueux pendant le xiie siècle. — Dès les premières années du xiie siècle[60] , nous constatons à Périgueux l'existence de deux centres distincts : la Cité (Civitas), qui occupe l’emplacement de l'ancienne Vésone, et le Bourg (Burgus) ou Ville (Villa), qui se dresse au pied de la grande église abbatiale bâtie par l’évêque Frotarius, sur la colline du Puy-Saint-Front. Quoique l'on n'ait aucune donnée, certaine sur l'origine du Bourg, l'histoire des villes neuves de fondation ecclésiastique est aujourd'hui assez bien connue pour que l’on puisse conjecturer l'époque approximative et le mode de son établissement. On sait, en effet, que « les abbayes, au xie siècle, attirèrent fréquemment, par l'appât de privilèges importants et de terrains à mettre en culture, une population mêlée de libres, de colons et de serfs[61] , heureux les uns et les autres de s'établir dans de bonnes conditions. La sécurité relative dont jouissaient les territoires d'église leur permettait de peupler ainsi leurs domaines, d'opérer le défrichement de leurs landes et de leurs bois et d'accroître, par là-même, le chiffre de leurs revenus »[62].

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Il est donc vraisemblable que les premiers habitants de la Ville du Puy-Saint-Front furent de petites gens que, dans le courant du xie siècle, la protection de l'abbaye attira et groupa.

La coexistence de deux villes sous un même nom, l'une plus ancienne, l'autre postérieure et fréquemment élevée à l'ombre d'un monastère, se développant parallèlement, presque toujours rivales et néanmoins destinées nécessairement à s'unir, est loin d'être exceptionnelle. Nous la retrouvons alors à Tours « composé d'une cité et d'un bourg mentionné dès le ixe siècle, né à proximité de la cité (à moins d'un kilomètre de distance), autour de l'antique abbaye de Saint-Martin ». Au témoignage d'un chroniqueur du xiie siècle, la ville de Nevers est double aussi : elle est formée « d'une cité et d'un gros bourg qui s'est construit en dehors de cette dernière (in suburbio), dans la zone de protection de l'abbaye bénédictine de Saint-Etienne, doté de privilèges, en 1090, par le comte de Nevers ». « A Toulouse, au xie siècle, la distinction entre la cité et le bourg, appelé bourg de Saint-Sernin, parce qu'il s'est bâti autour de l'église de ce nom, apparaît clairement, tandis que Narbonne montre à la même époque la même dualité, une cité et un bourg, dit de Saint-Paul,

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parce qu'il est massé auprès de l'abbaye instituée sous ce vocable» [63].

Plus près de Périgueux, Limoges offrait une disposition analogue dont on a pu éclaircir l'origine. « On «sait que la ville actuelle a été formée par la réunion de deux villes très rapprochées l'une de l'autre (2), mais entièrement séparées pendant huit ou neuf siècles, et dont la mouvance, les institutions, le régime, les destinées sont demeurés distincts jusqu'au 11 novembre 1792 ». Bien que la Cité fût la plus ancienne,

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 « ses institutions locales n'eurent pas, pour les pratiquer, pour les défendre et pour les élargir, une population active, industrieuse, nombreuse, comme celle de l'agglomération voisine, dont la proximité même condamnait la vieille ville à l'abandon et à la pauvreté : ces institutions, constamment gênées dans leur exercice, entravées dans leur développement, furent de bonne heure ruinées ou au moins très amoindries. Le second Limoges[64] , né seulement aux neuvième et dixième siècles, se fonde à la faveur des franchises et des privilèges concédés à un nouvel établissement ecclésiastique : la communauté religieuse, qui vient d'être créée pour desservir la basilique édifiée par l'empereur Louis le Pieux. Il grandit peu à peu, tirant profit de ses immunités, de son assiette plus avantageuse, des ressources d'une hospitalité plus facile, de la sécurité plus grande et de l'accroissement de la circulation, du réveil du commerce … A l'intérieur, l'augmentation du nombre des habitants et le développement de la ville nécessitent bientôt une organisation moins rudimentaire que celle à laquelle ont présidé à l'origine les officiers de l'abbaye. Cette organisation, qui a peut-être emprunté, au début, le cadre d'une confrérie pieuse, se précise et s'élargit avec le temps. Autorisée ou tolérée, octroyée, achetée ou conquise, elle devient vers la fin du xie ou dans les premières années du xiie siècle, une constitution politique à peu près complète.... »[65].

Ainsi fut constituée sans doute, à une époque indéterminée, mais à tout le moins antérieure à l'année 1188 [66],

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l'organisation municipale du Bourg du Puy-Saint-Front empruntée également, selon toute apparence, à une confrérie religieuse, dont le cadre s'élargit jusqu'à comprendre, avec le temps, la communauté tout entière, presque complètement émancipée de la tutelle abbatiale[67]. On ignore si la Cité était pourvue d'institutions analogues : tout ce que l'on peut dire, c'est qu'il n'avait dû y persister aucune trace de l'organisation romaine[68] .

Il était fatal que la coexistence des deux villes amenât entre elles une rivalité. Celle-ci ne tarda pas à se manifester : la rupture éclata, ouvrant, dès les premières années du xiie siècle, une ère de guerres incessantes qui ne devait se clore qu'un siècle et demi après. Vers 1104, le vicomte de Limoges, Aimar III, somma Hélie Rudel, comte de Périgord, de lui livrer une partie du comté qu'il réclamait par droit de consanguinité. De là une longue lutte entre le comte et lui, qui déchaîna, on ne sait pourquoi la guerre entre le Puy-Saint-Front et la Cité [69].

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C'est au cours de ces hostilités que se place l'épisode suivant qui nous a été conservé par la chronique de Geoffroi, prieur de Vigeois [70] :

« Un certain jour, comme les citoyens s'avançaient à l'onvi pour combattre corps à corps, un homme d'une haute extraction, Pierre dit de Périgueux fut tué par les bourgeois du Puy et jeté clans la rivière. Après quoi, un certain Pierre dit Vivota, riche d'argent mais pauvre d'esprit, monte sur le cheval du chevalier tué, met à son doigt l'anneau de ce dernier et, d'une voix de héraut, crie aux citoyens : « Hé ! pauvres gens, où est allé Pierre, votre chef? » Instruits ainsi de l'événement, les citoyens, pris d'une incroyable affliction, pleuraient cet homme illustre. Pourquoi fatiguer le lecteur? Le fils du mort, nommé Pierre, quand il vit l'occasion favorable, tua ce même Pierre Vivota, meurtrier de son père. La guerre achevée, Pierre de Périgueux [le fils] fit un arrangement avec Pierre Vivota, fils du bourgeois occis ; le chevalier fit hommage au paysan, lui donna des présents et, en outre, tint son enfant sur les fonts baptismaux. Le paysan garda sa fourbe dans son cœur jusqu'au moment où, à l'instigation du démon, il la mit traîtreusement à exécution. Un jour, le serf héla le seigneur, qui, pour rétablir la concorde, avait, lui seigneur, fait hommage à un serf; et lui demanda de tenir dans ses mains le pied de son mulet qui s'était encloué. Comme il se baissait obligeamment vers les pieds de la bête, le bourgeois, ayant tiré un de ces poignards que l'on nomme miséricorde, en frappa cruellement le chevalier. Le crime accompli, il monta à cheval, prit la fuite et, étant venu au pays de Rodez, demanda du fromage pour manger. Comme tous s'en étonnaient, parce que c'était jour de carême, on rapporte qu'il dit : «  Oh ! j'ai commis fautes plus graves ! » Grandement affligé, le vicomte de Limoges Aimar le fit rechercher dans diverses provinces, jusqu'à ce que le traître, jugé à Conques et vaincu en duel, fut conduit à Périgueux où, de jour en jour plus malheureux, il mourut, après qu'on lui eut coupé les membres. »

Nous ne savons quel fut le résultat de cette première guerre.

Quelques années plus tard, une terrible catastrophe s'abattit sur la Ville du Puy-Saint-Front.

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Le Fragment sur les évêques de Périgueux conte que « au temps de l'évêque Guillaume d'Auberoche[71], le Bourg du Puy-Saint-Front et l'abbaye, avec ses ornements, furent détruits par un incendie ; les cloches elles-mêmes furent fondues par l'intensité du feu. A cette époque, l'abbaye était couverte en bardeaux »[72] . La Chronique de Maillezais[73] nous donne la date précise de cet événement : elle le place en 1120 et ajoute qu'il y eut beaucoup d'hommes et de femmes qui périrent dans les flammes. Il semble résulter d'un passage, d'ailleurs fort obscur[74] du Fragment que nous avons cité, que ce désastre fut suivi de troubles, pendant lesquels la maison du bladage[75] de l'abbaye fut saccagée.

On sait comment, en 1137, l'union du fils du roi de France, le futur Louis VII, avec l'héritière du duché d'Aquitaine, Aliénor, doubla d'un coup le domaine royal et, pour la première fois, étendit l'autorité d'un roi capétien jusqu'aux Pyrénées. Peu de temps après cette union, par lettres adressées à Geoffroi, archevêque de Bordeaux et à ses suffragants, parmi lesquels Guillaume, évêque de Périgueux[76] , le roi Louis VI accorde à toutes les églises épiscopales et abbatiales de la province de Bordeaux « la liberté d'élire canoniquement leurs prélats, sans que la prestation de l'hommage et de la foi soit nécessaire. Il permet, lors de la vacance des sièges, de faire passer les biens de ces églises aux prélats élus, lesquels seront maintenus dans

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la possession de tous les domaines, privilèges et coutumes dont auront joui leurs prédécesseurs[77] ». Quelques jours après la mort de son père (1er août 1137), Louis VII, dans un acte daté de Bordeaux, confirmait ces privilèges[78] .

On conçoit pourtant combien la royauté avait à cœur l'accomplissement rigoureux des obligations dont elle faisait abandon (notification de l'élection, consécration, investiture), qui lui assuraient l'obéissance des prélats élus et par lesquelles elle affirmait hautement son droit de patronage sur les évêchés. Il fallait donc des circonstances politiques exceptionnelles pour que le gouvernement capétien, pressé d'annexer au royaume le vaste duché d'Aquitaine, eût cru devoir renoncer à l'hommage et au serment des évêques et des abbés de toute la province de Bordeaux. Cet abandon du droit royal était, sans doute, une des conditions attachées par l'archevêque de Bordeaux. Geoffroi de Loroux, à l'accomplissement paisible de l'acte important qui livrait le grand fief aquitain aux descendants de Robert le Fort[79] .

Le comté de Périgord demeura sous la suzeraineté du roi de France jusqu'au divorce de Louis VII et d'Alienor (1152). Nous n'insisterons point sur les conséquences bien connues de cet acte impolitique : Aliénor, devenue libre, s'empressa d'épouser Henri Plantagenet, duc de Normandie, comte d'Anjou, du Maine et de Touraine, qui, deux ans plus tard, devint roi d'Angleterre sous le nom de Henri II. Périgueux dut alors subir la suzeraineté anglaise pendant un demi-siècle (1154-1203).

Au rapport du Fragment sur les évêques de Périgueux, Henri II serait venu une première fois à Périgueux sous l'épiscopat de Raimond de Mareuil (1149-1158). Peut-être irrité de l'élection de ce dernier au siège archiépiscopal de

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Bordeaux[80], il aurait pris dans le trésor de l'église de St-Front « une table d'argent sur laquelle étaient figurés les douze apôtres »[81] . En 1170, ce roi partagea, pour en alléger le fardeau, son empire entre ses fils. L'aîné, Henri Court-Mantel, eut l'héritage paternel (Angleterre, Normandie, Anjou, Maine et Touraine) ; le cadet, Geoffroi, reçut la Bretagne ; le troisième, Richard, eut l'héritage maternel, c'est-à-dire l'Aquitaine et le Poitou. Mais, ne leur donnant que l'ombre du pouvoir, il excita leurs convoitises sans satisfaire leur ambition[82].

Richard s'attira bientôt la haine des Aquitains. On l'accusait[83] d'enlever les femmes et les filles de ses hommes libres pour en faire ses concubines, et de les livrer ensuite aux outrages de ses soldats. Gervais de Cantorbery dit que Richard était odieux à ses vassaux à cause de son excessive cruauté[84] . Ces griefs, ajoutés à beaucoup d'autres, ne devaient pas tarder à soulever contre lui une révolte[85]. En 1181, Bertrand de Born, le comte de Périgord Hélie Talleyrand et un certain nombre de seigneurs aquitains et de villes, le Puy-Saint-Front de Périgueux entre autres[86], crurent le moment favorable pour organiser, peut-être à l'instigation de Henri Court-Mantel, une vaste ligue contre Richard. Ce dernier tint vaillamment tête aux coalisés qui, semble-t-il, se défendirent mollement[87]. Il attaqua le Puy-Saint-Front, s'en empara le

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15 avril 1182 ; mais, ayant sans doute trop peu de monde pour, s'y maintenir, s'en fut ravager le territoire d'Excideuil. Cependant, Henri II, qui venait de ramener la concorde entre Philippe-Auguste et le comte de Flandre, arrive à Grammont, où s'engagent des conférences pour la paix avec le comte de Périgord, celui d'Angoulême et le vicomte de Limoges. Ces négociations n'aboutissent pas. Richard revient assiéger le château d'Excideuil et s'empare du bourg. Puis, laissant Excideuil vers le 24 juin, il va mettre le blocus devant le Puy-Saint-Front. Il força le comte de Périgord à rendre la tour qu'il avait fait construire sur l'emplacement des anciennes arènes[88] et en fit détruire les murailles et les fortifications, sous les yeux du roi son père. En effet, Henri II et ses deux fils, Henri et Geoffroi, étaient venus rejoindre Richard devant le Puy-Saint-Front. Les négociations pour la paix furent alors reprises et aboutirent à des traités entre Richard, d'un côté, et, de l'autre, le comte de Périgord et le vicomte de Limoges, qui furent, peu après, ratifiés à Limoges, dans le couvent des Augustins[89] .

§ 2. — Le xiiie siècle, avant le traité d'union des deux villes (1240). — Les événements à la suite desquels Philippe-Auguste, dès 1202, recouvra l'Aquitaine, sont trop connus pour que nous y insistions longuement. On sait comment, au mois d'avril de cette année, une sentence de confiscation fut rendue contre Jean Sans Terre par la Cour du roi, sur la plainte de Hugues de Lusignan, auquel Jean avait

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enlevé sa fiancée, et sur le relus du roi d'Angleterre à comparaître[90] . Jean essaya de lutter : il adressait des lettres aux barons et autres chevaliers de Gascogne et de Périgord, leur enjoignant de se tenir prêts à marcher en armes et chevaux au premier avis[91] . Mais il fut vaincu et la prise de Rouen (juin 1204) lui porta le dernier coup.

Le Périgord étant rentré, par le jugement de 1202, sous l'autorité de la couronne de France, le comte de Périgord et la Ville du Puy-Saint-Front[92] n'attendirent pas la fin des hostilités, dont l'issue, du reste, n'était pas douteuse, pour rendre l'hommage à leur nouveau seigneur. Ils vinrent, au mois de mai 1204, dans le camp de Philippe qui, alors, assiégeait Rouen, et là, ils lui rendirent hommage et lui prêtèrent serment de fidélité, le même jour, dans les mêmes termes et avec le même cérémonial. Voici le texte du serment de la communauté du Puy-Saint-Front :

« Excellentissimo domino suo Philippo, Dei gratia Francorum Regi, tota communitas Ville de Petragolis (sic) salutem et omnimodam

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fidelitatem. Notum facimus, etc... quod nos tenemur domino nostro Philippo, illustri Regi Francorum, et heredibus suis, in perpetuum facere fidelitatem, contra omnes homines et feminas qui possint vivere et mori; et tenemur ei et heredibus suis tradere totam Villam de Petragora integre, ad magnam vim et ad parvam, quotienscunque dominus noster Philippus, Rex Francorum, et heredes sui inde nos requisierint. Actum ante Rothomagum, anno Domini MCCIV, mense maio »[93].

Il ressort nettement des termes de cet hommage que la Ville du Puy-Saint-Front était un fief jurable et vendable[94], vassal immédiat de la couronne, et que le comte de Périgord ne pouvait y prétendre à aucun droit de suzeraineté.

Aussitôt Philippe-Auguste accorde aux bourgeois du Puy-Saint-Front des lettres reversâtes, par lesquelles il s'engage « à ne pas laisser sortir de ses mains la Ville de Péri gueux, dont les habitants lui doivent faire serment de fidélité » :

« Notum, etc.. quod omnes homines de Petragoris tenentur nobis facere fidelitatem et heredibus nostris, in perpetuum, contra omnes homines et feminas qui possint vivere et mori ; et tenentur nobis et heredibus nostris tradere Villam de Petragoris integre, ad magnam vim et ad parvam, quotienscunque eos requisierimus. Et nos eis concessimus quod nos dictam Villam retinemus nobis et heredibus nostris in perpetuum ; ita quod neque nos neque heredes nostri a manibus nostris eam poterunt removere, et nos tanquam proprios burgenses nostros eos manutenebimus fideliter. Actum ante Rothomagum, anno Domini MCCIV, mense maio »[95] .

N'est-ce point là une reconnaissance officielle, — la première dont nous ayons trouvé la trace — des privilèges du

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Bourg ? Cet acte, fondamental de son indépendance politique, est sans doute bien succinct; mais cette qualité de bourgeois du roi, que Philippe promet de maintenir contre quiconque, aux hommes du Puy-St-Front, n'évoque-t-elle pas l'idée d'un organisme municipal autonome, seulement assujetti par le lien très lâche de la vassalité ?[96] .

Il est permis de supposer que la reconnaissance par la royauté d'une situation qui pouvait, à l'époque, passer pour privilégiée, accrut encore l'antipathie de la Cité contre le Bourg, que, dès le commencement du xiie siècle, nous avons vue se traduire par une guerre civile. Cependant, en 1217, les deux villes résolurent un accommodement. Le 8 avril, les habitants de la Cité et ceux du Puy-Saint-Front compromirent entre les mains de l'évêque Raoul de Lastours, lui donnant pour conseillers deux citoyens, H. Chanoine et B. de Arena, et deux bourgeois, Guill. Albert et B. Blanquet[97] .

Il convient d'analyser avec quelque détail cette pièce fort curieuse, qui règle les rapports juridiques de la Cité et du Bourg :

....Toutes contestations entre les parties — c'est-à-dire les deux villes — seront abandonnées, sous la réserve des droits de propriété et d'héritage, des serments prêtés au roi de France par les bourgeois du Puy-Saint-Front et de ceux des citoyens de Périgueux envers leurs suzerains (dominis terrarum). — Nul ne sera saisi[98] , s'il n'est

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débiteur ou fidéjusseur. — Si quelqu'un a commis un meurtre ou un vol dang l'une des deux villes, il ne pourra trouver refuge dans l'autre, ailleurs que dans une église ; mais, même en ce cas, aucun des siens ne devra l'approuver ni prendre sa défense à rencontre de la ville où le délit aura été accompli. — La plus  grande sécurité sera garantie aux personnes se rendant d'une ville à l'autre ; au besoin même,  on leur fournirait une escorte ; et si, par hasard, quelqu'un était appréhendé au corps entre les deux villes, une information en serait faite  en commun et de bonne foi. — Il en serait de même si quelque vol était commis à l'égard de ces gens qui apportent des denrées ou autres marchandises dans l'une ou l'autre ville et qui doivent être saufs, à l'aller et au retour, à moins qu'ils ne soient débiteurs ou fidéjusseurs. — Si quelque doute survient, à l'occasion d'une dette ou de toute autre chose, par suite de la dénégation de quelqu'un, celui-ci ne sera pas saisi pour la plainte qui en sera faite ; mais le dénégateur devra répondre au demandeur en présence de quatre arbitres, de telle sorte que l'affaire soit  résolue dans les vingt jours de la dénégation ; le coupable sera puni d'une peine pécuniaire. — Le droit de chacun en matière de dette ou de saisie sera garanti, mais sous la réserve de l'autorité ecclésiastique. — Les quatre arbitres seront élus pour un an, chaque ville devant en choisir deux ; ils jureront de traiter les affaires communes suivant l'équité et sans acception de personnes.  S'il arrive que l'un ou deux d'entre eux s'absentent, leurs concitoyens pourvoiront à leur remplacement d'après la forme précitée. Ces arbitres devront se réunir aussi souvent qu'il sera nécessaire.

L'avènement de Louis VIII (14 juillet 1223) fut, pour la communauté du Puy-Saint-Front, une occasion nouvelle d'attester son dévouement à la couronne[99] . Au mois de septembre, le maire, les consuls de la Ville au nombre de sept, et plus de quinze cents bourgeois prêtèrent le serment de fidélité, devant Philippe de Louveciennes, clerc du roi, et Jean, son écuyer, s'engageant « à défendre envers et contre tous, les droits, l'honneur, la vie et le corps du roi », et déclarant que

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« tenant de lui leur ville, ils la lui garderont et ne la rendront sans son ordre à homme qui vive »[100] . En retour, le roi accorda aux bourgeois des lettres reversales, en date du mois de janvier 1224 (n. st.), à Lorris, où il les « retenait comme siens »[101] . Trois ans plus tard, Louis VIII étant mort, le Puy-Saint-Front dut rendre à son successeur un hommage analogue. Le texte ne nous en est pas parvenu ; mais les lettres reversales, datées de Compiègne, au mois de décembre 1226, ont été conservées[102]: le roi mande que les hommes du Bourg sont ses amés et féaux », et déclare que le Puy-Saint-Front « est irrévocablement uni à la couronne ».

Il va sans dire que, à cette époque, la Ville ne jouissait pas seulement du droit de s'administrer elle-même : son autononomie municipale se complétait, quant aux affaires extérieures, par une entière indépendance. Ainsi que les autres vassaux de la couronne, le Puy-Saint-Front, suivant son intérêt, contractait des alliances avec les seigneurs du voisinage ou

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guerroyait contre eux. C'est ainsi que nous le voyons, le, 31 mai 1223, conclure une trêve avec Hélie Rudel, seigneur de Bergerac[103] , puis, quatre ans plus tard, signer, à Excideuil[104], un traité d'alliance avec la vicomtesse de Limoges (septembre 1237)[105] .

§ 3. — Le traité d'union des deux villes (16 septembre 1240). — Venons maintenant à cet important traité d'union qui marqua la victoire du Puy-Saint-Front et détermina la fin de

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la Cité, en tant que ville distincte, et dont toutes les dispositions méritent d'être analysées avec détail[106].

Le 16 septembre 1240, le chapitre de Saint-Etienne et tous les clercs, chevaliers, damoiseaux et autres laïcs citoyens de la Cité de Périgueux, d'une part; de l'autre, les consuls et la communauté de la Ville du Puy-Saint-Front :

l°-2° Décident de se pardonner mutuellement les injures passées, sous la réserve que les cens et les rentes continueront à être payés, en la manière accoutumée, à ceux à qui ils appartiennent.

3° Ce traité sera gardé perpétuellement ; désormais la Cité et le Puy-Saint-Front ne feront qu'une ville (universitas), qui sera gouvernée suivant les coutumes anciennes, exactement observées, de la Ville du Puy-Saint-Front.

4° Pour le gouvernement de cette université, on élira, de l'avis et du consentement de tous, un maire et des consuls, ou des consuls seulement, qui seront obéis de tous.

5° Tous ceux qui auront atteint l'âge de quinze ans seront obligés de promettre et jurer obéissance aux maire et consuls, sous la réserve

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des cas où les clercs ne peuvent se soumettre à la juridiction laïque ; si quelqu'un de la Cité refuse l'obéissance aux consuls, il ne fera plus partie de l'université.

6° Il demeure convenu que tant la Cité que le Puy-Saint-Front, gardent leurs clôtures respectives; tours, portes, avant-murs et fossés ; cependant, il sera fait une nouvelle clôture continue depuis la Cité jusqu'à la Ville[107] , et ceux qui habiteront au-dedans seront membres de l’université et obéiront pour toutes choses aux consuls, comme les autres habitants de la Cité et du Puy-Saint-Front ; et afin que ladite université ne reçoive dommage, il ne sera permis à personne de construire, au-dedans de cette enceinte, aucune espèce d'édifice, soit maison ou autre bâtiment quelconque, dont il puisse résulter du danger pour l’université. Les consuls seront tenus d'y veiller.

7° Comme la Cité est libre et que personne n'y exerce la justice dans les cas de vol, homicide, coups, fausses mesures ou autres injustices, dommages et dettes, il est arrêté que les consuls auront pleine juridiction et le droit de connaître de tous les cas dans la Cité et la nouvelle enceinte, et d'infliger des peines aux coupables selon qu'ils le jugeront convenable ; excepté les causes féodales qui, à raison des fiefs, seront discutées et jugées devant les seigneurs desdits fiefs. S'il arrive que quelqu'un soit dépouillé par un autre ou dépossédé sans l'autorité de son juge naturel, les consuls rétabliront dans ses droits celui qui aura été dépossédé, et le spoliateur sera puni de la manière que le consulat le jugera à propos.

8° Dans la Cité non plus que dans la nouvelle enceinte, nulle église, nul clerc ni laïc ne pourra exiger l'hommage de quelque personne, hors de sa famille; en ce qui concerne la famille, on suivra la coutume depuis longtemps observée dans la Ville du Puy-Saint-Front.

9° Il a été statué qu'aucun de ladite université, clerc ni laïc, ne citera ni ne fera citer une autre personne de l’université devant un juge ecclésiastique ou séculier, hors de la Cité, de la Ville du Puy-Saint-Front ou de la nouvelle enceinte ; pourvu cependant que celui qui doit être appelé en jugement devant les juges ordinaires, délégués ou subdélégués, selon la compétence de chacun d'eux, qu'ils soient clercs ou laïcs, puisse, étant là ou auprès, comparaître devant eux.

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10° Si quelqu'un des citoyens possède, une maison forte ou quelque autre édifice, et que, de ce fait, il soit justement suspect au consulat, il doit prendre les mesures nécessaires, de l'avis du consulat, pour qu'il n'arrive dommage à l’université ; si, au contraire, il ne peut ou ne veut prendre, à cet égard, les mesures convenables, le consulat s'emparera de ladite maison ou forteresse et la conservera aux dépens du propriétaire aussi longtemps que celui-ci voudra subvenir aux frais de l'occupation. Mais, si le maître de la maison cesse de satisfaire aux dépenses nécessaires, cette maison ou forteresse sera mise au niveau des murs et ouverte du côté de la Cité, le tout, ainsi que le consulat le jugera à propos.

11° On tiendra le marché au lieu accoutumé dans la Ville du Puy-Saint-Front.

12° On mettra une cloche (Intersignum) dans la Cité et une autre semblable dans la Ville du Puy-Saint-Front, et l'on donnera en même temps le signal dans l'une et dans l'autre ville, à la nuit, et, alors, les portes, tant de la Cité que de la Ville, seront fermées.

13° Si la Cité se clôt de murs, depuis la porte de la Boucherie (Bocharie), jusqu'à la porte du Bourreau (Boarelà), le Puy-Saint-Front ne sera pas tenu de contribuer aux frais de construction de cette clôture, qui sera suffisamment bonne et solide ; mais si, dans la suite, il est nécessaire de réparer ces murs, les réparations, ainsi que toutes autres clôtures de la Cité et de la Ville du Puy-Saint-Front, seront à la charge de la communauté.

14° Les hérauts feront les cris et publications au nom de la communauté et du consulat, tant dans la Ville du Puy-Saint-Front que dans la Cité et la nouvelle enceinte.

15° La communauté se servira avec toute plénitude de droit du seu et même sceau dont le consulat et la communauté de la Ville du Puy-Saint-Front avaient accoutumé de se servir au temps de ce traité.

16° Les poids du blé et de la farine doivent être placés à la porte de la Cité, comme ils le sont à la porte de la Ville du Puy-Saint-Front, et les moulins ne prélèveront pour moudre le blé que la seizième partie du grain.

17° Toutes les mesures seront égales, ainsi que les poids, dans la Cité, la Ville du Puy-Saint-Front et la nouvelle enceinte, en même quantité et tels qu'ils sont dans la Ville ; et ils seront remis comme le consulat en décidera. L'émolument qui en proviendra sera employé à l'utilité publique.

18° L'armée de l’université marchera et sera conduite selon la volonté et la disposition du consulat.

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19° La maison du consulat sera dans la Ville du Puy-Saint-Front, à la volonté de ceux qui seront institués pour le gouvernement dudit consulat.

20° Les hommes de l’université pourront, dans l'enceinte des murs, se transporter où ils voudront, d'un lieu à un autre, et y faire leur séjour.

21° L'université payera tous les ans, à Noël, les vingt livres qui sont dues au comte[108]; le consulat les percevra et les remettra au comte ; mais, pour cela, néanmoins, le comte n'acquerra aucune juridiction dans là Cité ni la nouvelle enceinte, non plus que sur leurs habitants.

22° Il a été convenu que l’université contribuera, et tous en commun, à toutes les dépenses nécessaires; de manière que, lorsqu'on devra imposer des tailles, les biens meubles et immeubles de tous les laïcs étant estimés par livres et connue la part qui doit être payée par les laïcs de la Cité, les clercs de la même Cité payent là moitié de la somme imposée sur les laïcs, en sorte que, si ces-derniers sont obligés de payer quarante sous, les clercs doivent en payer vingt ; Quelle que soit la somme à percevoir en tailles et redevances, elle sera établie par serment ou de toute autre manière, et ainsi l’université et le consulat s'obligent à défendre la personne des chanoines et des clercs de la Cité, leurs hommes et leurs droits, comme les hommes et les droits des hommes de la Ville du Puy-Saint-Front ; et, de la même manière, les chanoines et les clercs de la Cité sont tenus de défendre les hommes de ladite Ville et les droits de ceux-ci. Les biens meubles, où qu'ils soient, et les immeubles, dans le rayon d'une lieue, seront évalués.

23° On ne fera dans les murs ni dans les tours de la Cité aucune poterne ni autres ouvertures qui puissent causer aucun dommage à l’université.

24° Si l'on fait des fossés ou autres clôtures pour la nouvelle enceinte et que, pour cela, on prenne le fonds de quelqu'un, on le payera selon l'estimation du consulat.

25° Toutes les fois que le consulat le jugera à propos, il pourra occuper les fortifications de la Cité, de la nouvelle enceinte et de la Ville du Puy-Saint-Front. Personne ne doit introduire dans aucun de ces trois endroits des gens suspects, dont l’université puisse avoir à souffrir péril ni dommage.

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26° Si quelqu'un demande à être reçu dans l’univevsité, il y sera admis, nonobstant l'opposition de quiconque, pourvu cependant que, dans le cas où il serait porté quelques plaintes contre lui, il se soumette à la juridiction du consulat, selon l'usage observé en pareil cas par le consulat.

27° S'il survient quelque événement, le consulat veillera sur lui-même et la communauté, et la décision qu'il aura prise obligera perpétuellement l’université.

Il ressort clairement des conditions de ce traité que la Ville du Puy-Saint-Front s'était taillé la part du lion. Le vainqueur absorbait le vaincu et lui imposait sa loi. En somme, n'était-ce point de bonne guerre? Aussi bien nous verrons plus loin quelle fut la fortune du traité de 1240.

§ 4. — De la conclusion du traité d'union à sa dénonciation par la Cité (1246). — Il est vraisemblable que la Cité ne consentit pas librement ce traité, dont les clauses étaient pour elle si humiliantes, mais qu'il lui fut imposé par le Puy-Saint-Front. Dès lors, on pouvait prévoir que les citoyens vaincus ne se résigneraient que difficilement à cette déchéance, qui les faisait entrer malgré eux dans une communauté où ils demeuraient sans pouvoir.

Cependant, quelques années s'écoulèrent sans trouble. Mais cette paix n'est qu'apparente : la Cité cherche à se refaire, et il semble que le comte, qui nourrit des desseins ambitieux, ne manque pas de l'y encourager.

Cette courte accalmie, qui suivit le traité d'union, est peu fertile en événements importants. Le 4 août 1241, la communauté du Puy-Saint-Front et de la Cité de Périgueux, traite, sous la médiation de Pierre de Saint-Astier, évêque de Périgueux, de Jean Le Monnoyer et Nantier, sergents du roi de France et du sénéchal du Poitou et leurs baillis au diocèse de Périgueux, avec les représentants d'Hélie Aymeri, seigneur de Ribérac, prisonnier du consulat[109].

Deux ans plus tard, il se produisit un incident qui eût pu entraîner des conséquences fâcheuses pour la Cité. Le comte de Périgord, Hélie VI, réclama des droits et prérogatives

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sur l’église et le chapitre de Saint-Etienne qui repoussa ses prétentions. La demande du comte était d'autant plus injustifiée que, par un acte du 29 août 1227[110], Archambaud II, son prédécesseur, avait formellement reconnu n'avoir aucun droit sur les hommes du chapitre. Un compromis entre les mains de l'évêque, en date du 15 janvier 4244 (n. st.), à Périgueux, aplanit toutes les difficultés : il fut démontré que l'église ni le chapitre n'avaient rien à démêler avec le comte[111]. Quatre jours après, le comte écrivait au roi pour le prier de confirmer cette sentence arbitrale[112].

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L'année suivante, c'est-à-dire en 1245, une sorte d'antagonisme se manifesta, semble-t-il, entre la municipalité, d'une part, et, de l'autre, l'évêque-abbé et le chapitre de Saint-Front : avec un égal empressement, les deux parties essayèrent, par des concessions, de s'assurer la faveur royale. Nous avons deux documents relatifs à cette affaire. Le premier, émanant du maire et de l'université du Puy-Saint-Front[113] , en date du dimanche 18 février 1246 (n. st.), s. 1., a pour but de rappeler à Louis IX que le Puy-Saint-Front est dans l'usage de prêter serment aux rois de France à leur avènement, avec engagement de leur livrer la ville à grande et à petite force quand ils le requerront, et de les suivre en armes dans tout le diocèse pour maintenir ou reprendre leurs droits ; que lui, de son côté, s'est engagé, ainsi que ses prédécesseurs, à protéger ladite ville et à ne point la mettre hors de ses mains ; c'est pourquoi, pour lui prouver son affection, elle s'engage à lui donner à perpétuité douze deniers par feu payables à la Saint-Jean, sous le nom de commun[114] , qui seront perçus dans la Ville et les faubourgs, le priant, en échange, de garder et défendre ses habitants et leurs domaines, et de lui conserver intacts ses coutumes, sa communauté, son consulat, son sceau, ses statuts établis, sa juridiction, son administration et ses libertés, tels qu'elle en a joui depuis Philippe-Auguste[115].

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Dans le second de ces documents, daté du mois de février 1246 (n. st.), à Paris, Pierre, évêque de Périgueux[116] comme abbé de Saint-Front, et le chapitre de Saint-Front, après avoir fait remarquer que ladite église a toujours été très dévouée à la couronne, déclarent que, afin de donner plus de de facilité au roi pour protéger leurs personnes et leurs propriétés et conserver la paix dans le diocèse, ils lui concèdent, ainsi qu'à ses héritiers, à perpétuité, la moitié de la justice temporelle qu'ils ont dans la Ville, la moitié des ventes, des gageries, des produits du marché, du péage, du poids du blé et de la farine, et des revenus provenant de l'aliénation des terrains à bâtir, sauve une rente de 50 sous fondée pour l'anniversaire du roi Philippe-Auguste[117] . Le roi, par des lettres datées du mois de novembre 1246, à Pontoise, accepta cette cession[118] .

L'intérêt de cet acte se conçoit assez : il en ressort que l'abbaye de Saint-Front avait gardé, dernier vestige de sa seigneurie primitive, comme un droit de basse justice civile dans le territoire du Bourg. Désormais, cette justice, qu'exerçait un dignitaire nommé le cellérier (cellerarius)[119] , sera commune entre le roi et le chapitre abbatial : elle formera ce que l'on appelle un pariage.

Le comte, cependant, ne restait pas inactif: il avait garde de négliger les dissentiments qui séparaient la municipalité du

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chapitre de Saint-Front, à la faveur desquels il pensait trouver dans ce dernier un précieux auxiliaire pour les desseins qu’il formait contre le Bourg. Nous n'en voulons pour preuve qu'un compromis intervenu, à la date du 6 décembre 1245, à Périgueux, entre le comte Hélie VI et l'évêqùe Pierre de Saint-Astier comme abbé de Saint-Front[120] . Cet acte, où les deux parties, naguère en lutte, abandonnent leurs mutuelles prétentions et se remettent leurs torts, nous parait devoir se rattacher à cette politique cauteleuse, chère aux comtes, dont nous aurons tout à l'heure un éclatant témoignage, et qui consistait à isoler le Puy-Saint-Front afin de l'abattre plus sûrement.

Telle était la situation lorsque les hostilités s'ouvrirent, c'est à-dire en l'année 1246. Le Puy-Saint-Front allait se trouver aux prises avec deux adversaires, la Cité et le chapitre de Saint-Etienne, d'une part, et, de l'autre, le comte de Périgord, dont l'un au moins, le second, pouvait être redoutable. Il y a lieu de croire, en outre, que le chapitre de l'abbaye de Saint-Front était défavorable au Bourg. Il semblait que c'en fût fait de ce dernier et que les coalisés dussent enfin remporter cette victoire qui tardait si longtemps. Nous allons voir comment l'événement déjoua leurs prévisions.

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§ 5. — Etablissement définitif de la communauté (1251). — Les hostilités, selon toute apparence, commencèrent au début de l'année 1246. Nous avons vu, en effet, que, le 18 février, des lettres furent adressées au roi saint Louis, qui émanaient, non de la communauté des deux villes, mais du maire et de l’Université du Puy-Saint-Front[121] . On peut induire de ce fait que la Cité avait dès lors dénoncé le traité d'union. Les forces des deux parties nous sont déjà connues : ce sont, d'un côté, les maire et consuls du Puy-Saint-Front, de l'autre, le comte, le chapitre de Saint-Etienne et les habitants de la Cité, auxquels s'étaient joints quelques bourgeois de condition médiocre, dévoués au comte[122] .

Nous ne savons quelles furent les péripéties de cette lutte. Il semble qu'elle fut sanglante et que les deux adversaires y aient porté un égal acharnement. Une trêve, qui était intervenue au mois de juin, fut rompue par le fait du comte[123]. Le mois suivant, la guerre atteignait à un tel degré d'intensité que le sénéchal du Périgord, Pons de La Ville[124] , reçut mission de se rendre à Périgueux, afin de ramener la paix entre les belligérants. L'intervention de Pons de La Ville ne put empêcher les hostilités de continuer avec un acharnement dont nous pouvons nous faire une idée d'après un rapport circonstancié du sénéchal, rapport qui a été heureusement conservé[125] .

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Ce très curieux document retrace dans les moindres détails les actes de violence auxquels les bourgeois du Puy-Saint-Front furent en butte; le 19 juillet et pendant tout le mois d'août, de la part des citoyens, soutenus par le comte de Périgord et par différents vassaux du roi d'Angleterre. Il est donc intéressant de l'analyser avec quelque développement:

Le sénéchal, arrivé à Périgueux le 19 juillet, requit aussitôt le maire et les bourgeois du Puy-Saint-Front de lui fournir des otages, pour garantir qu'ils s'en remettaient au roi du soin de vider les querelles qu'ils avaient avec le comte et les citoyens. Le maire et les bourgeois s'engagèrent à livrer cent bourgeois, choisis parmi les plus notables, au gré du sénéchal. Le même jour, Pons de La Ville eut une entrevue avec l'évêque de Périgueux et le comte de Périgord, dans la campagne qui s'étend entre la Ville et la Cité ; il requit le comte de s'engager à garder, à l'égard du maire et de l'université du Puy-Saint-Front et de leurs alliés, une trêve jusqu'à l'octave de la Toussaint prochaine, époque à laquelle les deux parties comparaîtraient devant le roi qui prononcerait sur leurs griefs réciproques, et il lui demanda de livrer, en garantie, des otages et quelques-uns de ses ouvrages de défense. Le comte répondit qu'il ne comparaîtrait pas devant le roi et qu'il ne remettrait ni otages ni défenses; déclarant que le roi et la reine-mère n'avaient rien à voir dans le diocèse de Périgueux et menaçant de mort le sénéchal, s'il se mêlait des affaires du pays[126] . Bien plus, il fit sortir de sa demeure

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des chevaliers et des sergents armés qui poursuivirent le sénéchal et ses compagnons jusqu'aux murs de la Ville, en poussant contre eux des clameurs menaçantes. Ensuite, le sénéchal requit l'évêque de Périgueux, de la part du roi et au nom de la fidélité due au souverain, de lui livrer les tours, qu'il avait dans la Cité, en vue de réprimer la malice et l'orgueil de ceux qui ne veulent pas obéir au roi, pour maintenir la paix dans l'évêché et faire observer les droits de la couronne. L'évêque répondit qu'il ne remettrait pas ses tours, qu'il livra incontinent au comte et aux citoyens, et prétendit qu'il ne tenait rien du roi. A cette réponse, le sénéchal demanda affectueusement à l'évêque et le requit de la part du roi, de veiller à ce que, du fait desdites tours, nul dommage ne fût porté à lui-même, à ses compagnons ni aux gens delà Ville. L'évêque repartit qu'il ne se mêlerait de rien. Aussitôt, comme le sénéchal s'éloignait, on lança contre lui, du haut de l'une de ces tours, des traits dont l'un blessa son cheval et dont plusieurs blessèrent des bourgeois qui l'avaient accompagné.

Sur ces entrefaites, le sénéchal apprit que le comte sollicitait le secours de Hélie Rudel[127] , de plusieurs autres vassaux du roi d'Angleterre, et du vicomte de Limoges. Par lettres, il défendit à ce dernier, de la part du roi, de porter aucun dommage aux bourgeois, ni de permettre qu'aucun des siens leur en portât, puisqu'ils s'étaient offerts à satisfaire à la justice du roi. Le sénéchal fit la même défense aux vassaux du roi d'Angleterre. Mais, au mépris de cette interdiction, le vicomte de Limoges, Hélie Rudel et ses fils, les vicomtes de Fronsac et de Bénauge, Pierre de Bordeaux, Gaillard, fils de Rostand de Solar, tous deux citoyens de Bordeaux, Amalvin de Vares, Bernard de Mouleydier, frère de Hélie Rudel, R. de Montaut, Boson de Gragnols, Eble de Bourdeille, P. Aitz et ses fils, Ligier d'Aubeterre, les chevaliers de Montagrier, et plusieurs autres, avec toutes leurs forces, tant en cavaliers qu'en fantassins, vinrent, le jour de la fête de Saint-Pierre-ès-Liens[128] , mettre le siège devant le Puy-Saint-Front. Ils investirent la Ville, incendièrent et détruisirent ses moulins et ses granges, et saccagèrent ses jardins et ses vignes. Il faut savoir à cet égard qu'un prêtre, nommé Pierre de Risona, envoyé par le comte à la cour du roi, revint de cette cour le samedi avant la fête de Saint-Laurent[129] et remit au comte des lettres royales lui défendant de porter aucun dommage aux personnes

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 ni aux biens des bourgeois jusqu'à l'arrivée de maître Pierre du Fai, chevalier, que le roi envoyait aux parties de Périgord. Ce même jour, les gens de la Cité de Périgueux reçurent un message analogue.

Le lendemain, qui était un dimanche[130] , le comte et les citoyens,  avec les gens du roi d'Angleterre, c'est-à-dire les vicomtes de Fronsac et de Bénauge, P. de Bordeaux, Amalvin de Vares, Olivier de Chalais, Ar. de Bouville, Bérard de Mouleydier et plusieurs autres, tentèrent un assaut contre deux portes de la Ville, saccagèrent des jardins et des vignes appartenant à des bourgeois, incendièrent des granges et, attaquant ensuite l'église de Boulazac[131] , distante de la Ville d'à peu près une lieue, ils en brisèrent les portes et firent main basse sur les choses qui se trouvaient dans l'église, c'est-à-dire l'huile et la cire qui servaient pour l'autel, les livres sacrés et le blé, non sans avoir incendié le bourg et les maisons de cette paroisse qui dépend de l'église de Saint-Front et de certains bourgeois de la Ville, et, ce même dimanche, ils infligèrent de nombreux dommages à beaucoup de gens.

Le lundi suivant[132] , des habitants de la Cité se saisirent d'un bourgeois de la Ville nommé P. Agaruce, qui se promenait sans armes, hors de la Ville, avec des religieux, et, ce même jour, le comte le fit pendre à un arbre devant le Puy-Saint-Front.

Le mardi[133] , le comte et ses alliés renouvelèrent leurs insultes contre la Ville, dévastant ses vignes et lui prodiguant maints graves dommages. Ils s'emparèrent, ce jour-là, d'un arbalétrier au service de la Ville, nommé Aymard, à qui, le lendemain, le comte fit couper la main droite et arracher les yeux.

Le vendredi suivant, qui était la fête de Saint-Laurent[134] , un chevalier, compagnon du comte, nommé Hélie Foucaud, arracha la lèvre à une femme de la Ville, et, par des tortures, força maintes gens à lui payer rançon. En outre, comme le fils d'un noble, Amalvin de Pestilhac, défenseur de la Ville, avait franchi sans armes la porte du Puy-Saint-Front, il fut blessé par un trait et mourut de sa blessure. Tous ces méfaits furent accomplis par le comte et les citoyens, nonobstant l'ordre du roi contenu dans les lettres qui avaient été remises

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au comte, et malgré la défense du sénéchal qui leur avait été signifiée par les Frères Prêcheurs.

Le mardi avant la fête de Saint-Barthélémy[135] , comme les bourgeois et leurs gens, se fiant à la sûreté qui leur avait été promise par le sénéchal, étaient sortis de la Ville pour aller quérir le blé, le bois, les raisins et autres aliments dont ils manquaient, le comte et les citoyens, à cette nouvelle, assaillirent, avec leurs complices, Boson de Gragnols, H. de Périgueux, tous deux neveux de Géraud de Malemort[136] , Ar. de Bouville, neveu d'Hélie Rudel, P. Aitz, Amalvin de Vares et d'autres vassaux du roi d'Angleterre, le maire et les bourgeois, à l'instigation de Gui d'Estissac qui les livra et, ensuite, passa du côté adverse, se précipitant le premier avec ses compagnons contre les gens de la Ville. Deux cents bourgeois et vingt femmes, dont quelques-unes étaient grosses, furent massacrés, et plus de trois cents habitants du Puy-Saint-Front furent emmenés en captivité. Ce Gui d’Estissac avait juré sur les saints Evangiles d'assister les bourgeois et la Ville contre leurs ennemis et, pour ce faire, avait reçu des subsides pendant plus d'une année.

Bien plus, comme maître Pierre du Fai, chevalier, député par le roi aux parties de Périgord, avait envoyé devant lui Hugues Massua, sergent royal, porteur de lettres du roi et du chevalier du Fai lui-même, défendant au comte et aux citoyens d'infliger aucun dommage aux bourgeois et aux gens de la Ville, ledit sergent vint, le 21 août au matin, trouver le comte et les citoyens et leur lut l'ordre du roi et celui du chevalier, son délégué. Ceux-ci, au mépris de ces injonctions et mettant le comble à leurs méfaits, employèrent cette même journée à arracher les vignes des bourgeois dont les citoyens prirent les fruits ; en outre, les compagnons du comte tuèrent, ce jour, deux hommes de la Ville, en prirent un autre et incendièrent des granges et des étables appartenant à des bourgeois et même la léproserie dite de Salvanio, infligeant aux gens de la Ville, par la capture de leurs bêtes et autres biens, des dommages importants.

Même les trêves assurées par maître Pierre du Fai n'empêchèrent point de nouveaux forfaits : un laboureur du Puy-Saint-Front fut tué, en secret, près de la Ville, par des ennemis des bourgeois ; on le trouva couvert de plaies et la gorge coupée. Et un homme de la Cité tua, en cachette, le fils d'un bourgeois devant les murs de la Ville. »

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Comme on a pu le voir, Pons de La Ville donnait raison, dans cette affaire, aux bourgeois qui s'étaient comportés en sujets loyaux de la couronne. Non contents d'accepter que le roi réglât les contestations qu'ils avaient avec le comte et avec la Cité, ils avaient aidé le sénéchal à mettre à la raison les perturbateurs de la paix. Celui-ci avait, d'ailleurs, et dès le 18 août, reconnu les services rendus, et promis aux bourgeois de leur faire rembourser, sur le produit du commun, les dépenses qu'ils avaient faites de ce chef[137] .

Malgré la surexcitation des esprits, l'ordre ne tarda pas à se rétablir, grâce peut-être à l'arrivée de ce commissaire spécial envoyé par le roi, maître Pierre du Fai, chevalier, dont il est question à deux reprises dans le rapport du sénéchal[138] ; Au mois de novembre 1246, Hélie, comte de Périgord, s'amendait en présence du roi, s'engageant à lui être fidèle, à le servir loyalement, à garder la paix avec les habitants du Puy-Saint-Front, à ne leur faire aucun mal ni à permettre qu'on leur en fît, à relâcher les prisonniers et à s'en rapporter à ce qui serait décidé, de ses griefs et de ses plaintes, par les envoyés du roi, à la suite de l'enquête dont ce prince les avait chargés, pendant que, de leur côté, le maire et les fondés de pouvoir du Puy-Saint-Front prenaient les mêmes engagements[139] .

Ce premier pas vers un arrangement devenu indispensable eut pour conséquence un compromis dans les mains de trois envoyés du roi, Pierre d'Ernancourt, chevalier du roi, maître Guillaume de Limoges et Garnier, clercs du roi, entre le

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comte, le chapitre de Saint-Étienne, les chevaliers et habitants de la Cité, et divers bourgeois du Puy-Saint-Front, d'une part, les maire et consuls et la communauté du Puy-Saint-Front, de l'autre, pour le règlement définitif de toutes leurs querelles (3 juillet l247)[140] . Le même jour, le comte donnait son fils comme otage et, en garantie de l'exécution de son engagement, son château de la Rolphie et ses autres biens[141] . Il fit plus encore : dans le courant du même mois, il fournit comme pleines ou cautions quatre de ses partisans[142] .

Cependant, le chapitre de Saint-Etienne ne restait pas inactif : le samedi 17 août suivant, il nommait un fondé de pouvoir, l'archidiacre Raoul de Lastoars, pour le représenter auprès du roi[143] .

Tel était l'état de la question, lorsqu'intervint le jugement définitif du roi, rendu à Vincennes, au mois de septembre 1247[144] , qu'il convient d'analyser ici avec quelque détail :

1° Tous les revenus, tous les droits que le comte avait au Puy-Saint-Front avant la guerre, seront placés sous la main du roi, tout le temps que vivra le comte, ou, du moins, tout le temps qu'il plaira

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au souverain qui, pendant trois ans, en fera la répartition entre les veuves et les orphelins de la Ville du Puy-Saint-Front et leurs héritiers.

2° Silence éternel est imposé au comte quant à ses prétentions sur le mesurage du blé, le commandement de l'armée de la Ville, la suppression du consulat, les publications à son de trompe ou autrement qu'il voulait être faites en son nom au Puy-Saint-Front, et la démo­lition de ses maisons dans cette ville, toutes choses sur lesquelles il était en contestation avec les bourgeois.

3° Le comte restituera les rançons de certains habitants du Puy-Saint-Front.

4° Le roi tiendra sous sa main le château de la Rolphie tant qu'il lui plaira. Tout cela fut ainsi décidé pour punir le comte, cause de tant de morts, des violations de trêves et des dommages de toute sorte subis par les bourgeois, et, surtout, afin de lui faire payer une amende de 2000 marcs d'argent qu'il avait encourue pour avoir rompu la trêve, il y avait un an avant la Saint-Jean.

5° L'union et communauté de la Ville et de la Cité est maintenue.

6° Pendant quatre ans, les maires seront nommés par le roi qui pourra les prendre même en dehors de la Ville et de la Cité; ils seront rétribués par la communauté.

Les habitants de la Cité, à l'exception des chanoines et des clercs, payeront 40 livres d'amende qui seront distribuées aux veuves et aux orphelins des morts de la Ville.

8° Ils serviront, en outre, une rente perpétuelle de 20 sous aux chanoines, prêtres et clercs de Saint-Front, qui concourront à la célébration de l'anniversaire des morts du Puy-Saint-Front.

9° Les bourgeois du Puy-Saint-Front feront faire un vase d'argent doré, du poids de 7 marcs, pour placer l'hostie sacrée sur l'autel de Saint-Etienne de la Cité, à cause des pierres que leurs machines lancèrent contre cette église.

10° Le comte, ni le chapitre de Saint-Étienne, non plus que les habitants de la Cité et du Puy- Saint-Front, ne recevront aucune indemnité à l'occasion de la guerre.

11° Les hommes [du Puy-Saint-Front] qui suivirent le parti du comte recouvreront les immeubles qu'ils possédaient en dehors de la Ville ; ceux qu'ils avaient dans la Ville seront vendus ainsi que leurs biens meubles, et le prix en sera distribué aux héritiers des morts ; de plus, ces hommes devront résider dans les biens possédés par eux à une demi-lieue de fane et de l'autre ville.

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12° Le vigier[145], recouvrera sa vigerie telle qu'elle était avant la guerre, avec tous les droits en dépendant, et les revenus de cette vigerie lui seront restitués depuis le moment où Pierre du Fai, chevalier, alla à Périgueux, jusqu'à ce jour. Sur les démolitions de maisons, l'abatage des bois, les injures, les dommages provenant du vigier ou de son frère ou des bourgeois du Puy-Saint-Front, il est imposé un silence éternel aux uns et aux autres[146] .

Cette sentence, il est facile de s'en convaincre, était une nouvelle victoire pour le Puy-Saint-Front, qui obtenait le maintien du traité d'union (art. 5). Derechef, le joug de cette communauté, qu'ils avaient répudiée, était imposé aux habitants de la Cite comme au chapitre de Saint-Etienne ; en outre, les quelques transfuges, qui avaient quitté le parti du Bourg pour suivre celui du comte, étaient frappés comme des rebelles (art. 11).

Mais Hélie VI était évidemment le plus maltraité par cet arrêt, ce qui autorise à croire qu'il était aussi le plus coupable. Cependant, il se montra parfaitement résigné à sa défaite. Il fit même plus : quelque temps après, il alla visiter le roi à Crépy-en-Valois (avril 1248, n. st.). Le comte rendit hommage à son suzerain[147]  et prit l'engagement de faire le voyage d'outre-mer avec le comte d'Artois[148]), Cette détermination lui valut toutes les bonnes grâces du roi qui, sur le champ, lui accorda des lettres portant que en raison de ce que le comte lui avait juré fidélité et fait la promesse de se croiser, il lui restituerait, après trois ans, les domaines et droits confisqués à la suite de la guerre contre les bourgeois du Puy-Saint-Front, et dont le revenu, pendant ces trois ans,

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devait être distribué aux veuves et aux orphelins de ceux qui avaient été tués » .[149]

Le silence qui règne sur les suites du jugement de 1247 et de l'engagement pris postérieurement, par Hélie VI, autorise à penser, d'une part, que la paix se rétablit entre ce seigneur et le Puy-Saint-Front mais que, de l'autre, Hélie ne tint pas la promesse qu'il avait faite au roi, puisqu'onne le voit point figurer dans l'armée des croisés, et que, dès qu'il est de nouveau question du comte, c'est son fils mineur qui l'a remplacé (1251). Sans doute ne survécut-il guère à son serment.

Il ne paraît pas que la sentence royale ait satisfait la Cité. Une lutte sourde semble avoir subsisté entre les deux villes jusqu'en 1251. Alors, les deux adversaires prirent le parti de s'en remettre à deux arbitres, l'évêque de Périgueux, pour la Cité, et le maire du Puy-Saint-Front, pour la Ville, du soin de terminer leurs différends. Le 8 mars, les arbitres rendirent leur décision :

L'union des deux villes resterait indissoluble ; — la communauté serait administrée par un maire et des consuls, élus conformément aux règles de 1240 ; — les luttes et les querelles, s'il-en surgissait de nouvelles, au lieu d'être vidées par les armes, seraient de la compétence des maire et consuls qui statueraient sur les torts et dommages ; s'il y avait résistance, fraude ou abus quelconque, le maire et l'évêque jugeraient en dernier ressort ; — il n'y aurait de saisies que pour le cens ou pour toute autre redevance foncière ; — il se ferait une nouvelle clôture entre la Ville et la Cité ; — pendant dix ans, les habitants de cette clôture seraient exempts de queste et de taille ; — les étrangers ne pourraient habiter que   dans cette clôture ; — le terrain nécessaire pour la construction de cette clôture serait estimé loyalement et payé après la Saint-Jean ; par obolée de terre[150]  on payerait en argent dix livres une fois et sans plus ; — on ne se reprocherait pas les dommages mutuellement causés ;  on ne se  vanterait ni ne s'accuserait de ces dommages et l'on ne se menacerait pas ; — si quelqu'un transgressait ces injonctions, il en serait puni pécuniairement ; — toutes haines, rancunes, injures, etc., seraient oubliées;

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— enfin, les habitants de la Cité, qui avaient causé des maux nombreux, se rendraient personnellement, en chemise et braie et sans chaussures, au couvent des Frères Prêcheurs, et là, à genoux et les mains jointes, ils demanderaient merci aux bourgeois, qui céderaient à leurs prières faites très distinctement[151] .

La communauté des deux villes était définitivement établie.


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CHAPITRE II

LA COMMUNAUTÉ DES DEUX VILLES JUSQU'AU TRAITÉ DE BRÉTIGNY

(1360).

§ 1. — Fin du xiiie siècle. — Nous connaissons mal l'histoire des premières années de la communauté : c'est à peine si, de loin en loin, quelque rare document vient jeter un faible jour sur cette période obscure.

Au mois de février 1255 (n. st.), un accord intervint entre le comte de Périgord, Archambaud III, et le chapitre de Saint-Etienne. Le chapitre voulait qu'Archambaud lui assignât un bien qui garantît le payement d'une rente annuelle de 20 sous léguée aux chanoines par le feu comte Hélie. Archambaud III y consentit.[152] .

Trois ans plus tard, en 1258, le même Archambaud III reconnaît devoir aux consuls du Puy-Saint-Front de Périgueux une somme de six-vingts livres de monnaie courante qu'ils lui avaient prêtée[153] . Pour se couvrir de cette somme, les consuls retiendront trois termes de la rente annuelle de vingt livres qu'ils payent au comte le jour de Noël[154] ; ils prélèveront en outre, pendant trois années, aux fêtes de Pâques, vingt livres sur les rentes et revenus que ledit comte possède à Périgueux « tam in pedagio quam in bocharia et eus chamziels (?) »[155].

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L'année suivante, le roi Louis IX conclut avec l'Angleterre le traité de Paris, ratifié le 4 décembre 1259. Nous savons que, par ce traité, Henri III renonçait pour toujours à la Normandie, à l'Anjou, à la Touraine, au Maine et au Poitou, et que, de son côté, le roi de France lui cédait tout ce qu'il avait de fiefs et de domaines dans les évêchés de Limoges, Cahors et Perigueux. Les domaines laissés au roi d'Angleterre formèrent le duché de Guyenne, mouvant de la couronne de France par la foi et l'hommage-lige. Cette cession ne comprenait point la ville de Perigueux : en effet, le traité exceptait formellement « les choses, que li Rois de France ne peut mettre hors de sa maine par lettres de lui ou de ses ancessors, les queles choses li Rois de France doit porchacier à bone foi, vers cels qui ces choses tienent »[156] . Or, à maintes reprises, les rois de France avaient promis de ne point mettre hors de leur main les habitants de Perigueux. Aussi bien cela fut officiellement constaté dans les procès-verbaux de 1311, quand les commissaires des deux cours, à la tête desquels étaient, d'un côté, l'évêque d'Amiens, et, de l'autre, l'évêque de Norwich, vérifièrent les objets de la cession consentie par saint Louis[157] . A quel point les intéressés, dont les privilèges avaient été réservés par le traité de 1259, surent s'en prévaloir, on peut le voir par le pacte conclu le 24 novembre 1263, à Brive, entre les consuls de Perigueux, de Figeac, de Brive et de Sarlat, avec le consentement du sénéchal et pour une période de dix ans. Tous jurèrent de défendre en commun le droit qu'avaient leurs communautés de rester perpétuellement dans la vassalité immédiate de la couronne de France. « Pour être plus assurés de vivre en paix, ils formèrent un

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conseil de quatre prud'hommes qui seraient leurs arbitres. Ce conseil serait renouvelé chaque année par voie d'élection[158] ».

Trois ans plus tard (1266), une contestation s'éleva entre le comte Archambaud III et les maire et consuls de Périgueux. Le comte prétendait battre monnaie au Puy-Saint-Front : il soutenait que ce droit avait appartenu à son père, avant la guerre que termina le jugement de saint Louis de 1247, et qu'il était lui-même absolument le maître du titre, de la quantité et de la qualité des espèces qui s'y fabriquaient, Le maire et la communauté s'opposèrent à cette prétention : ils affirmèrent que ce droit de battre monnaie appartenait si essentiellement à leur ville que le comte de Périgord avait été obligé d'obtenir permission de leurs prédécesseurs pour y faire frapper quelques espèces qui pouvaient avoir cours dans le reste du comté, et que cette licence même avait été modifiée et limitée par le règlement qui lui avait été imposé sur le titre et sur la qualité de la monnaie. Sur cette contestation, les parties compromirent entre les mains de Raoul de Mareuil, archidiacre de Périgueux, de Geoffroi de Saint-Astier et de deux bourgeois du Puy-Saint-Front, nommés Pierre d'Armagnac et Pierre de Lammarie, qui rendirent leur sentence le 6 novembre 1266. Les arbitres accordèrent au comte, mais pour trois ans seulement, la permission de battre monnaie au Puy-Saint-Front ; et, comme c'était une concession gracieuse, ils y mirent les conditions par lesquelles il paraît qu'avait été modifiée la licence primitive. En outre on lui fixa le titre et la qualité des espèces[159] .

Le comte, débouté de sa demande, se réduisit alors à prétendre un droit de police sur la fabrication de la monnaie. Comme les pièces que la communauté faisait frapper, nommées périgourdins, avaient cours dans le comté, le comte voulut avoir sur la fabrique de ces espèces un droit d'inspection qui

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lui fut encore disputé par les maire et consuls. Après bien des contestations, par lesquelles on craignait sans cesse de voir se renouveler la guerre, le comte et les consuls s'en remirent à deux arbitres, Etienne de Jovenals et Barnabe Jour-de-Dieu, tous deux bourgeois du Puy-Saint-Front, du soin de terminer leur différend. La sentence, en date du 16 août 1276, à Périgueux, détermina la forme, et le titre des périgourdins qui se frapperaient dans la ville, indiqua le lieu où serait placée la fabrique, et décida que le comte pourrait nommer deux prud'hommes, habitants du Puy-Saint Front, qui, joints au conseil nommé par les consuls, « garderaient bien et loyalement la monnaie »[160] .

Il semblait que cette sentence, qui sauvegardait les intérêts du comte et ceux de la communauté, dût mettre fin à la contestation. Il n'en fut rien. Il s'éleva entre eux, peut-être à propos de l'exécution de ce jugement, un nouveau litige qui amena, le 12 juillet 1277, un nouveau compromis dans les mains de quatre arbitres, Itier de Sauzet, Arnaud de la Roche, Etienne d'Armagnac et Etienne de Jovenals. Les deux parties convenaient de respecter fidèlement l'arrêt rendu par saint Louis en 1247 et d'observer le présent accord jusqu'à la Saint-Michel ou plus longtemps même, à la volonté des arbitres, déclarant, en outre que, si ces derniers ne parvenaient pas à s'entendre, le sénéchal du Périgord prononcerait à leur place[161]. Nous ne savons ce qu'il advint de cette composition. Il y a grande apparence que les difficultés persistèrent pendant deux ans encore entre le comte et la municipalité, et qu'elles ne furent tranchées que le 18 mars 1279 (n. st.), où un compromis final entre les mains d'Etienne de Jovenals et de Barnabe Jour-de-Dieu régla définitivement cette question épineuse de la fabrication de la monnaie[162] .

Ces contestations qui, sans cesse, mettaient aux prises le comte et la municipalité, n'altérèrent pas, du moins au début,

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la bonne entente du Puy-Saint-Front et de la Cité. Dans l'intervalle qui s'écoula entre les deux jugements de 1266 et de 1276, les deux villes renouvelèrent le traité de 1240. Le dimanche 30 décembre 1269, les consuls tinrent une assemblée générale de tous les bourgeois et citoyens, dans laquelle fut lu, accepté et juré de nouveau le pacte d'union, dont une copie entière fut insérée au procès-verbal qui fut dressé et signé[163] . Cette même année, le Parlement confirma une des prérogatives de la communauté. Nous avons vu que le consulat jouissait du droit de punir les malfaiteurs[164] : Raoul de Trapes, sénéchal du Périgord pour le roi de France, lui contesta le droit de les punir de mort. L'affaire fut portée devant le Parlement qui reconnut et proclama ce droit[165] .

Aussi bien les sénéchaux ne cessèrent point de témoigner leur hostilité à la communauté. Mais nous venons de voir que, à l'occasion, le Parlement ne craignait pas de désavouer les manœuvres de ces agents trop zélés. Dans d'autres rencontres, la municipalité elle-même suffit à leur imposer raison. C'est ainsi que, en 1282, le sénéchal Jean de Villette, ayant voulu, sans doute, tenir ses assises dans la maison du consulat, en fut empêché et se vit contraint, le 24 septembre, de déclarer qu'il n'en avait pas le droit, non plus que celui d'user de la prison de la ville sans la permission de la municipalité[166] .

L'année suivante, quelques difficultés surgirent entre le Puy-Saint-Front et la Cité. En 1283, les deux consuls de la Cité ne voulurent plus se croire liés par le traité de 1240, renouvelé, comme l'on sait, en 1269. Il avait été convenu, lors de cette dernière confirmation, que la maison commune serait toujours au Puy-Saint-Front et que les consuls y jugeraient les affaires, survenues entre les hommes de la Ville et de la Cité[167] , dont la connaissance leur appartenait. Les deux

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consuls ayant refusé d'aller traiter ces affaires au consulat, le roi ne tarda pas à condamner cette prétention. Par des lettres datées du mois de février 1284 (n. st.), à Paris, Philippe le Hardi, sur un arrêt du Parlement, obligea les deux consuls de la Cité à porter les affaires de ladite Cité « au consulat du Puy-Saint-Front, ou partout ailleurs où le maire et la majorité des consuls voudraient qu'elles fussent débattues». En outre, le sénéchal du Périgord devait connaître de toutes les contestations qui pourraient s'élever, à l'occasion du maire ou de l'état de la ville, entre les consuls du Puy-Saint-Front et ceux de la Cité[168].

A peine ces lettres avaient-elles été signifiées aux maire et consuls du Puy Saint-Front et aux habitants de la Cité que de nouvelles difficultés s'élevèrent et amenèrent les deux parties devant le sénéchal Jean de Montignac. Celui-ci, le 16 juin 1284, rendit un jugement dont la teneur explique les prétentions des habitants de la Cité :

Les citoyens, prononce-t-il en substance, prêteront et sont tenus de prêter serment d'obéissance au maire ou aux administrateurs du consulat ; ils contribueront et seront tenus de contribuer à toutes les dépenses de la communauté ; ils doivent rembourser ce qui n'a pas été payé, au prorata de ce qui les concerne, après compte fait. Les sergents de la cour du consulat pourront en toute liberté ajourner, citer, prendre nantissement, saisir, exiger des gages, arrêter des hommes et conduire ou déposer le tout au consulat. Quant à la prison, les deux consuls de la Cité pourront enfermer dans une fosse à eux appartenant, et y garder jusqu'au matin les malfaiteurs arrêtés nuitamment ; mais, le matin venu, ils sont dans l'obligation et seront toujours tenus de conduire les malfaiteurs au consulat, dans la prison commune, sous peine d'amende ; et, comme cette faculté ne donne, en aucune manière, aux consuls de la Cité, le droit d'avoir une prison et d'en exiger une, la clef de la fosse appartient de fait au maire ou aux administrateurs du consulat, qui la confient aux consuls de la Citè, mais peuvent la reprendre quand bon leur semblera[169] .

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Cette sentence fut confirmée par lettres de Philippe le Bel, en date du 31 janvier 1287 (n. st.), à Paris[170] .

En 1286, une contestation nouvelle se produisit entre la municipalité et le comte Archambaud III. Nous avons vu que les deux parties avaient fait un arrangement au sujet de la justice criminelle, par lequel, moyennant 20 livres de rente annuelle, la municipalité rendait seule la haute justice au Puy-Saint-Front[171] . Il y eut quelques difficultés sur les limites de cette justice qui, selon le comte, ne devait pas dépasser les murs de la Ville, et, selon la municipalité, devait s'étendre à toute la banlieue. Après d'assez vifs débats, le 11 mars 1287 (n. st.), une transaction intervint :

La rente annuelle fut portée à 40 livres, payables par moitié à la Noël et à la Saint-Jean ; le comte recevait, en outre, un marbotin d'acapte[172] , à chaque muance de seigneur. En retour, la municipalité eut le droit d'exercer la justice criminelle dans la banlieue, dont les limites furent réglées. La municipalité était dans l'obligation de présenter à la cour du comte les condamnés à mort pour homicide, afin que l'exécution en fût faite immédiatement par les soins de ce dernier, en présence du maire, des consuls et de leurs gens, du comte ou de son prévôt et de ses gens, avec cette clause que, si le comte cherchait à différer cette exécution, les consuls auraient le droit d'y faire procéder eux-mêmes. Les immeubles du condamné et ses meubles autres que les objets d'or et d'argent, appartenaient à ses héritiers directs, comme s'il était mort naturellement. Quant aux objets d'or et d'argent, trouvés dans la circonscription de la justice de la Ville, ils étaient partagés par moitié entre le comte et la municipalité, après remboursement du douaire de la veuve et payement préalable des dettes. Si la veuve ou les enfants de celui qui avait été tué par l'exécuté étaient sans ressources, la municipalité devait les aider de sa moitié. Quant aux gens du comte, coupables de quelque crime ou délit dans le territoire de la Ville, ils devaient être jugés par le comte ou son prévôt et le consulat, dans la Ville même. Si, dans quelque cas relevant de la justice criminelle, il y avait appel d'une sentence des consuls à la cour du comte, l'affaire serait tranchée

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en dernier ressort par le comte et quatre prud'hommes de la Ville. Les parties, étaient, d'ailleurs, d'accord pour reconnaître que cette composition n'était pas applicable à la Cité, et qu'elle ne devait en rien porter atteinte aux décisions de 1247, rendues par ordre du roi[173] (1).

Le lendemain de ce jour, c'est-à-dire le 12 mars, le comte Archambaud III et les consuls, après avoir rappelé qu'ils avaient conclu la transaction qui précède par la médiation et avec l'assistance de f. Bernard Barsalona, prieur des Frères Prêcheurs de Périgueux, d'Etienne de Jovenals et d'Etienne d'Armagnac, bourgeois de la Ville, convinrent de donner, pour deux années, à ces arbitres le pouvoir de la modifier à leur gré[174] . Cette composition fut ratifiée par des lettres du roi Philippe le Bel, datées du mois d'avril 1293, à Paris[175] . Cependant, les maire, et consuls cherchaient à s'immiscer dans la juridiction temporelle du chapitre abbatial sur la paroisse de Saint-Front. La composition du 11 mars 1287 (n. st.), entre le comte et la municipalité, laissait à celle-ci toute liberté ; et, comme les usurpations se justifiaient toujours par le succès, les maire et consuls, peu soucieux de l'acte de février 1246 (n. st.), émané de l'abbé et du chapitre de Saint-Front[176], se crurent, sans doute, assez forts pour atteindre leur but. Ils le visaient déjà depuis quelques années ; .car le jugement, dont nous parlerons tout à l'heure, déclare expressément que les premières tentatives d'empiétement remontaient au temps de Philippe le Hardi. L'abbé et le chapitre s'en émurent et l'affaire fut portée devant le Parlement. Nous ne connaissons pas les allégations des deux parties ; mais le jugement qui fut prononcé en 1290 nous

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renseigne sur les réclamations et les prétentions du chapitre, en même temps qu'il nous apprend les droits incontestés de la municipalité[177] . Voici l'analyse de cet arrêt :

L'abbé et le chapitre alléguaient, en leur nom et au nom du roi de France, leur co-seigneur[178] , que le domaine, la justice et la juridiction de la Ville, dans l'étendue de la paroisse de Saint-Front,  ainsi que le marché, appartenaient en commun à eux. et au roi, sauf les affaires criminelles qui regardaient le comte ;  et que ceux qui  se disaient consuls les troublaient dans l'exercice de leurs droits en agissant en consuls, en faisant usage d'un sceau aux contrats, en levant tailles et questes, en exigeant le serment des habitants, en se mêlant de certaines affaires telles que les saillies ou balcons, les montres ou revues, en empêchant le marché, en usurpant les terrains, vagues pour y placer les poids du blé et de la farine, etc.,  et ils demandaient que ces prétendus consuls fussent déboutés de leurs prétentions et condamnés à payer cinq mille marcs d'argent pour dommages et intérêts envers eux et le roi. Après discussion, il fut établi que : 1e domaine direct de la Ville, dans toute l'étendue de la paroisse de Saint-Front, appartenait au roi et au chapitre, en vertu du pariage, d'autant que la partie adverse reconnaissait elle-même que,  lorsqu'une maison, une aire ou un emplacement y étaient obligés, hypothéqués, acensés, vendus ou autrement aliénés, les contractants se rendaient devant l'église où l'aliénateur se dévestissait et investissait l'acquéreur, dans les mains du chapitre agissant et recevant les lods et ventes pour le roi[179] . Il fut aussi prouvé que, d'ancienneté, et ayant le pariage, le chapitre avait une justice appelée cour du cellérier, possédée par indivis, depuis le pariage, par le roi et le chapitre ; que cette cour avait  ses sergents appelés mandes, qui ajournaient les gens pour les affaires civiles. Il fut encore constaté qu'il y  avait un vigier qui relevait du chapitre et avait la connaissance des causes criminelles, sauf les cas qu'on disait appartenir au comte ; lequel vigier

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avait un pilori et une prison ; et, comme il parut constant que les consuls n'avaient aucune juridiction dans la paroisse, soit au civil, soit au criminel, il leur fut interdit de s'y immiscer. — D'un autre côté, il fut parfaitement établi que les consuls jouissaient légalement du consulat et du sceau aux contrats ; qu'ils avaient le droit de percevoir les tailles et les questes et de contraindre les retardataires à payer ; que les habitants de la Ville, y compris ceux de la paroisse de Saint-Front devaient leur prêter serment ; que le mesurage du blé, la maison ou il se vendait, les places où se trouvaient les poids publics du blé et de la farine étaient de leur ressort; qu'à eux incombait le soin de punir les fabricants de mauvaises étoffes et les autres artisans pris en défaut, sauf les vendeurs de chairs ladres dans les vieilles boucheries de la paroisse ; qu'ils avaient une tour et un coffre communs, convoquaient l'ost ou la chevauchée et les commandaient ; que les ponts, les murailles, les tours, les portails et les portes, les clefs de ces portes, les fossés, les glacis, les barbacanes et autres fortifications de la Ville, étaient dans leurs attributions et qu'ils devaient les garder et réparer; qu'ils devaient aussi garder et réparer les places publiques, les rues, les chemins et les pavés. Le jugement ajoutait que le Parlement ne voulait rien préjuger sur les droits du comte ni sur ceux du vigier [180].

Ainsi qu'on le voit, le chapitre réclamait une juridiction presque exclusive sur la paroisse de Saint-Front : les procès civils ressortissaient à la cour du cellérier qui, depuis 1246, formait, comme nous savons, un pariage entre le roi et le chapitre abbatial, et un autre magistrat, le vigier, qui relevait uniquement du chapitre, connaissait de toutes les affaires criminelles qui n'étaient point de la compétence du comte. Il ne faut point s'étonner des exigences de l'abbaye : on se rappelle l'origine du Bourg et comment il s'éleva peu à peu sur des terrains qui, dans le principe, étaient la propriété du chapitre. Dès lors, il était naturel que ce dernier prétendît conserver un droit de juridiction sur ceux des habitants de la Ville qui étaient de la paroisse de Saint-Front et dont les aïeux, avant d'être des bourgeois autonomes, vassaux directs du roi, avaient été les hommes de l'abbaye. Tel était, sans

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doute, le fondement juridique sur lequel le chapitre appuyait ses réclamations. On peut remarquer, en effet, qu'il ne prétendit jamais aucun droit sur la Cité qui, jusqu'à la réunion des deux villes, apparaît libre de toute seigneurie.

Il semble que, après l'arrêt de 1290 qui était une victoire pour lui, le chapitre tenta à son tour, à la faveur de la protection royale, d'empiéter sur les droits de ses adversaires et d'étendre indûment le ressort de la cour du cellérier. Cet essai d'usurpation n'eut pas le succès qu'en attendait son auteur. Aussi bien voici des lettres de Pierre Astores, baile[181]  de Périgueux, à son avoué dans cette ville, Raimond Peycho, en date du 3 octobre 1290, à Sarlat, qui sont à cet égard fort instructives :

«.. .Nous vous enjoignons de garder et défendre, en notre lieu et place, le maire, etc., les sergents et leurs gens, dans leurs droits, usages et coutumes, de ne pas les inquiéter à ce propos, à la requête de l'église de Saint-Front ni du cellérier, de ne vous immiscer en quelque manière que ce soit, dans leurs affaires ; ... nous vous ordonnons, en outre, de laisser les gens du consulat porter librement, dans la Ville et au dehors, leurs armes et leur bâton, et faire, dans toute la Ville, leurs publications avec trompes et sans trompes, droit qui leur appartient de, toute antiquité ; nous vous défendons d'ajourner les habitants et de permettre qu'ils soient ajournés par nos sergents devant le cellérier de ladite église, et de les arrêter à la demande de ce dernier ; nous vous enjoignons de soutenir avec énergie ceux qui appelleront de l'audience de ladite église à l'audience du sénéchal, et d'ajourner les appelés sans retard, lorsque vous en serez requis par le maire, etc. ; car, relativement aux choses susdites, nous avons, à l'assise de Sarlat, reçu un ordre en ce sens de Me Arnaud Clari, juge lieutenant du-sénéchal, etc.[182]. »

Cet échec ne découragea pas l'ambition du chapitre qui fit, peu après, mais, cette fois, avec plus de succès, un nouvel acte d'autorité qui ne laissa pas d'émouvoir la municipalité.

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Il établit, sans doute pour donner plus d'autorité au partage, un sceau commun dans la paroisse de Saint-Front. Les maire et consuls réclamèrent auprès du roi : tout en le priant, de confirmer la composition conclue avec le comte trois ans auparavant, si cette composition ne préjudicie en rien aux droits de la couronne[183] , ils observent que le chapitre de Saint-Front possède en commun avec le roi quamdam jurisdictionem vilem et pedaneam que non valet in universo nisi quindecim libras petragoricensis monete Capitulo et Regi, laquelle juridiction, assise en la paroisse de Saint-Front, ne peut s'étendre hors de la. Ville; et que, se couvrant du nom du roi, le Chapitre a fait faire un sceau qu'il dit être de la cour du pariage, et dont il se sert, non seulement hors de la paroisse de Saint-Front, mais même dans tout le royaume, pour le plus grand préjudice des droits du roi[184]. Cette réclamation ne servit de rien : le Parlement de la Chandeleur 1291 (n. st.) décida que le sceau serait maintenu[185] .

En 1295, un nouveau procès pendait entre les deux parties, au sujet de la justice du cellérier. La preuve en est dans des lettres du sénéchal Guichard de Marzi, datées de 1295, s. d. de mois, au camp devant Saint-Sever, où ce magistrat donne commission pour connaître de ce procès à ses juges Arnaud Clari et Géraud de Sabanac[186] (4); Leur sentence, que nous ne connaissons point, ne termina pas les contestations entre le consulat et le chapitre. Trois ans plus tard, une autre controverse s'éleva, probablement au sujet de l'arrêt de 1290, sur l'étendue de la justice du pariage dans la paroisse de Saint-Front : le doyen, le chapitre, et les agents du roi prétendaient

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qu'elle devait s'étendre sur toute la paroisse, dans et hors les murs de la Ville ; les consuls disaient au contraire qu'elle ne dépassait point l'enceinte. L'affaire vint devant le roi qui ordonna au sénéchal, par lettres datées du 26 janvier 1299 (n. st.), à Paris, d'informer sur la valeur et le produit de la moitié de la juridiction du cellérier qu'il possédait en vertu de l'acte depariage de 1246[187] . Au mois d'août suivant, cette enquête n'était pas encore faite, puisque, le 31 de ce mois, Gérard Flote, sénéchal du Périgord et du Quercy, mandait au baile de Périgueux de procéder sans tarder à l'information prescrite par le roi[188] . A cette date le Parlement avait statué : un arrêt du mois de février 1299 (n. st.,) déclara que la justice du pariage devait s'exercer dans toute l'étendue de la paroisse de Saint-Front[189] . Peu après, par des lettres patentes en date du 30 mars 1299 (n. st.), à Paris, Philippe le Bel reconnut et confirma le droit du consulat et de la communauté d'établir des impôts, pour les besoins de la ville, sur tous les habitants indistinctement[190] .

§ 2. —1300-1305. — Il est aisé d'imaginer que l'arrêt du mois de février 1299 (n.st.), qui consacrait, relativement à l’étendue de la juridiction du cellérier, les prétentions capitulaires, ne satisfit point la municipalité. De fait, il paraît bien que cet arrêt ait été rendu à la légère par des juges mal éclairés : le Parlement, nous l'avons vu, n'attendit pas, pour statuer, le résultat de l'enquête ordonnée par le roi.

Il est probable que cette sentence, dont on pouvait à bon droit suspecter l'équité, resta lettre morte, et que la contestation n'en continua pas moins entre les deux parties. Nous

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pouvons l'inférer d'un nouvel arrêt du Parlement, en date du 15 mars 1302 (n. st.) :

Dans le procès en instance entre les maire et consuls de Périgueux et le chapitre de Saint-Front super consuetudinibus, usibus et libertatibus dicte Ville, la cour, après audition des parties, a décidé de surseoir au jugement et, cependant, d'enjoindre au sénéchal de lui communiquer l'original de l'enquête qu'il a gardé par devers lui[191] .

Cet arrêt ajournait, il est vrai, la décision définitive, mais promettait un jugement plus réfléchi. Nous ne possédons point la sentence qui dut terminer le procès[192]. A quelle époque fut-elle rendue et quelle en était la teneur ? Nous l'ignorons également. Il est vraisemblable que le chapitre eut gain de cause et que l'arrêt de 1299 fut confirmé[193] .

Il semble que cette même année (1302)[194] , quelques difficultés s'élevèrent entre la municipalité et le comte de

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Périgord Hélie VII. Ce dernier, contestant aux consuls certains droits de juridiction, leur intenta un procès devant le Parlement de Paris. En outre, il confirma, le 19 juillet, à la maison de Hélie de Périgueux, chevalier de la Cité, qui toujours s'était montrée hostile à la municipalité, le privilège que le comte Archambaud lui avait octroyé en 1227[195] , c'est-à-dire le droit d'exercer la juridiction haute, moyenne et basse dans tout le comté[196] . Cette concession comprenait notamment le bénéfice de certains des droits appartenant aux comtes dans la Ville du Puy-Saint-Front. Cependant, le comte ne tarda pas à revenir à de meilleurs sentiments : quelques jours après cette confirmation, le 8 août, comprenant qu'il lui valait mieux vivre en paix avec la communauté, il sanctionne après lecture la composition du 11 mars 1287 (n. st.)[197], fait abandon aux maire et consuls, pour s'acquitter d'une dette contractée envers la communauté, de la rente annuelle de 40 livres que ceux-ci lui avaient reconnue par cet acte, et s'engage à faire cesser l'action judiciaire en instance auprès du roi. La comtesse Brunissende acquiesce audit accord, auquel les consuls se rallient de leur côté[198].

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La municipalité, il est facile de s'en convaincre, ne manquait pas une occasion débattre en brèche les prérogatives du chapitre abbatial. Nous l'avons vue, dans les quinze dernières années du xiiie siècle, engager avec lui des contestations variées dont l'issue était, fréquemment, malheureuse pour elle. Il ne parait pas que ces échecs aient détourné les consuls de leur dessein. L'année suivante (1303), un petit événement s'accomplit, qui ne permet point de douter de la persistance de leurs prétentions :

Le dimanche 22 septembre, les maire et consuls s'emparèrent de la personne de Hélie Vigier, vigier du Puy-Saint-Front, sous le prétexte de quelques infractions[199] ; la municipalité le retint prisonnier dans la maison du consulat et ne consentit à le relâcher que s'il prêtait serment de ne plus entraver les affaires de la communauté ; ce qu'il fit[200].

Les choses n'en restèrent point là : la victoire de la municipalité devait être, comme on le verra, bien plus complète encore. Le dimanche 14 avril 1304, en plein chapitre de Saint-Front, Hélie Vigier, assisté de son frère, Pierre Vigier, considérant qu'il était toujours en querelle avec la

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municipalité pour la vigerie qu'il exerçait en ce moment, du consentement de l'abbé et du chapitre de Saint-Front, dont il dit tenir cette vigerie, la céda à ladite municipalité, avec sa cour, ses droits, sa juridiction et ses émoluments, qui s'étendaient à la fois à la paroisse de Saint-Front et à celle de Saint-Silain, moyennant la somme de 50.000 sous, sous la réserve de la directe appartenant au chapitre de Saint-Front et de l'acapte de dix florins d'or, payables à chaque changement d'abbé, que désormais la municipalité devait acquitter à sa place[201] .

On conçoit aisément l'importance de cet acte qui, s'il eût été exécuté, aurait complété, par l'adjonction de la basse justice, la juridiction criminelle que la municipalité possédait déjà au Puy-Saint-Front. On se rappelle, en effet, que les consuls tenaient en fief du comte l'exercice de la justice criminelle presque entière dans la Ville, moyennant une rente annuelle qui, d'abord fixée à vingt livres, avait été plus tard portée à quarante. Cela ressort clairement de la composition du 11 mars 1287 (n. st)[202], sanctionnée à nouveau par le comte Hélie VII, le 8 août 1302[203]. Quant à la vigerie, c'est-à-dire à la connaissance des procès criminels de peu d'importance dans les paroisses de Saint-Front et de Saint-Silain, elle était, avant la cession du 14 avril 1304, héréditaire dans la famille des Vigier, à qui le chapitre de Saint-Front l'avait inféodée. Désormais substituée à cette maison, la municipalité devait avoir aussi, avec l'agrément du chapitre, dont la seigneurie demeurait sauve, l'exercice de la basse justice. Malheureusement pour elle, il ne paraît pas, comme nous le verrons plus loin, que cet acte ait jamais été exécuté[204].

L'année suivante, c'est-à-dire en 1305, deux jeunes gens, fils du feu comte de Périgord Archambaud III et petits-fils de

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cet Hélie VI que saint Louis avait puni[205] , cherchèrent à faire revivre les entreprises de la maison dont ils étaient les héritiers : l'un d'eux, nommé Archambaud, était chanoine, l'autre, Boson, simple chevalier. Ils adressèrent conjointement une requête au roi et lui représentèrent que leur aïeul Hélie, avant la guerre qu'il avait faite aux habitants du Puy-Saint-Front, avait été en possession de plusieurs droits de justice et de seigneurie dans cette ville, droits dont ils ont intérêt à demander la restitution ; ils ajoutent que, la preuve ne pouvant en être faite que par le témoignage des anciens habitants, dont la plupart sont déjà parvenus à la vieillesse la plus avancée, ils espèrent de la bonté du roi qu'il voudra bien commettre sur les lieux des officiers chargés d'entendre les témoins qu'ils comptent produire, et de constater, parles dépositions de ces derniers, les faits qu'ils entendent articuler.

Sur cette requête, Philippe le Bel fit expédier des lettres datées du 7 juillet 1305, à Paris, par lesquelles il commet pour l'enquête demandée Me Jean de l'Hôpital, clerc du roi, et le sénéchal du Périgord, Jean d'Arrablay[206] . Celui-ci, ne pouvant y vaquer lui-même, délégua à sa place, par des lettres en date du 12 octobre 1305, au Mont-de-Domme, Me André Roux, chanoine de l'église de Saint-Front[207].

Dès le lendemain de ce jour (13 octobre), les deux commissaires se mirent à l'œuvre. A la requête des frères Archambaud et Boson, ils firent ajourner les maire et consuls de la Ville du Puy-Saint-Front[208] , pour venir dire leurs raisons et assister, s'ils le jugeaient à propos, à la prestation du serment des témoins assignée. Les maire et consuls comparurent, soutinrent avoir des raisons péremptoires pour empêcher l'enquête, demandèrent qu'on leur laissât copie des

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lettres de commission, ainsi que des faits et articles qu'on leur avait opposés, et réclamèrent, en outre, un délai suffisant pour produire leurs moyens. Les commissaires, jugeant qu'un délai ne pouvait que rendre l'enquête plus malaisée, passèrent outre à la réception du serment des témoins, sans préjudice des droits respectifs des parties. Les maire et consuls, mécontents de cette décision, refusèrent d'assister à la suite de la procédure, qui fut suivie contre eux par défaut. Cependant, bien que l'enquête réclamée par les héritiers du comte n'ait eu aucun contradicteur, nous y verrons éclater l'illégitimité de leurs prétentions : les dépositions mêmes des témoins, qui y sont entendus, vont établir que ces prétentions furent appuyées, non sur aucun titre, mais sur des violences.

On voit d'abord, en tête du procès-verbal de cette enquête, les faits et articles qu'Archambaud et Boson veulent établir par les témoignages qu'ils ont recherchés. On rappelle la sentence qui, en 1247, avait condamné le comte Hélie VI et lui avait ôté la jouissance de tous ses droits et revenus, et la promesse que saint Louis lui avait faite, au mois d'avril 1248, detout lui restituer[209] (art. 1 et 2). On y voit, soutenu que, avant la guerre, le comte de Périgord était, au Puy-Saint-Front, seul en possession de toute espèce de juridiction temporelle[210] sur les délits dont on trouve ensuite l'énumération,

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savoir : les violences commises avec les armes, le rapt, l'adultère, le crime de faux, les empoisonnements[211] (art. 3-8). On y articule qu'il a également la justice et la police sur tous les poids et mesures, et de plus vingt livres de rente à percevoir tous les ans à Noël (art. 9-10). On y prétend que le comte de Périgord avait, ayant la guerre, le droit de mener et de commander l'armée de la Ville, ou de choisir celui qui devait la commander pour lui ; et que chaque habitant ou bourgeois était tenu de lui envoyer un homme ou un sergent d'armes, toutes les fois qu'il en recevait l'ordre par la proclamation, sous peine d'une amende de soixante-cinq sous et un denier (art. 11-43) ; qu'enfin, il pouvait exiger de tous les habitants et bourgeois le serment de fidélité, et avait le droit de les convoquer par un héraut ou trompette, toutes les fois qu'il voulait les assembler (art. 14-15), etc.[212] .

Toutes ces obligations, il est facile de s'en convaincre, étaient formellement contredites par les nombreux actes intervenus depuis le jugement de 1247 entre le comte et la municipalité. Nous les avons analysés à leur place ; il est inutile d'y revenir[213] . Quoi qu'il-en soit, il est curieux de lire les dépositions des témoins : leurs paroles, pleines de simplicité, où les détails piquants abondent, ont été fidèlement transcrites. Nous rapporterons ici les déposilions des deux premiers. La plupart, parlant de faits qui avaient près de soixante ans de date, ne pouvaient avancer que des on dit très généraux. Aussi bien, c'est à quoi se réduisent le plus grand nombre de leurs allégations, dont quelques-unes même

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sont contradictoires. Telle est, par exemple, la déposition du premier témoin :

Pierre Richard, citoyen de Périgueux, octogenarius et ultra, prout ex aspectu sui corporis evidenter apparebat, déclare qu'il a ouï dire que, plusieurs années avant la guerre dont il s'agit, le comte Hélie connaissait des fausses mesures au Puy-Saint-Front[214] ; que lui-même en a vu plusieurs exemples dont il ne peut citer aucun, eu égard à l'éloignement du temps. Comme on lui demande aussitôt combien il y a d'années que se sont passés ces faits dont il ne se souvient pas, il répond qu'il y a environ quarante ans[215] . Le même témoin dit que le comte de Périgord avait un sergent d'armes par lequel il faisait tradi et tailliari mensuras bladi et vini, alnas et cubitus, et que ce sergent, dont le nom lui échappe, avait six doigts à une main, S'il ajoute qu'il a vu le comte exiger un serment de fidélité de quelques habitants, il a soin de corriger immédiatement : plures contradixerunt et fuit proclamation ad arma. Si Pierre Richard dépose qu'il a ouï dire que le comte Hélie a marché jusqu'à un endroit nommé Vernh (Vergt)[216] avec l'armée de la Ville, il ne dit point qu'il se soit mis à sa tête, et il ajoute qu'il ne sait si ces troupes marchaient comme ses alliées, comme payées par lui ou comme lui devant le service[217] .

Le second témoin, Raimond Martin, bourgeois de la Ville dit qu'il y a environ soixante ans que le comte fit juger dans la Ville par ses gens[218] un homme nommé Bruelh. Mais il ne sait, ni quel crime ce dernier avait commis, ni où il l'avait commis, ni à quelle peine il fut condamné[219] . Le, même Raimond Martin raconte un fait singulier

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qui peut donner une idée de la manière dont le comte Hélie établissait son prétendu droit de justice : Cum quidam avunculus vel patruus dicti testis teneret quamdam adulteram dictam Lapiga in domo sua, dictus dominus Helias Thalayrandi accessit ad domum patrui sive avunculi, et cum pulsaret dictus comes ad ostium et vellet eum capire et punire pro delicto, dictus avunculus sive patruus exivit ad fenestram et dixit : Domine comes, vos non intrabitis ; et dixit cuidam de familia sua : Porta illi sexaginta et quinque solidos quia pro delicto adulterii non teneor sibi ad plus[220]). Le même explique, en détail, le fait du serment, dont a parlé le premier témoin. Le comte Hélie, un jour, assemble dans l'église de Saint-Front, non des habitants de la Ville, mais quelques paysans des environs. Là, il veut les obliger à lui prêter serment de fidélité : le bruit s'en répand, et à peine deux ou trois l’ont-ils prêté qu'arrivent plusieurs consuls et des bourgeois. L'un d'eux frappe sur le livre des Evangiles que le comte tenait entre ses mains, et crie aux armes ; tous lui répondent ; l'émeute devient générale et peu s'en fallut qu'Hélie ne payât de sa vie l'acte de possession qu'il avait voulu se ménager[221] , etc.[222] . »

Les deux héritiers d'Archambaud III firent-ils usage de cette enquête, continuèrent-ils leurs poursuites contre les

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maire et consuls de Périgueux ? En 1319, ce même Archambaud, fils du feu comte de même nom, avait au Parlement une instance pendante entre lui, comme demandeur, et les maire et consuls de la ville de Périgueux, comme défendeurs. On ne sait quand ni pourquoi cette instance avait été introduite : peut-être Archambaud travaillait-il encore à se faire rétablir dans les droits qu'il avait prétendus en 1305. On voit cependant que, cette même année (1319), les maire et consuls furent deux fois obligés de le faire ajourner pour comparaître et venir soutenir ses demandes. Les ajournements existent[223] , et ils prouvent, du moins, que la ville de Périgueux ne redoutait point les effets de l'enquête de 1305. Mais comme, depuis cette époque, il ne paraît pas que, à cet égard, il ait été rien jugé, il est vraisemblable que les demandes des comtes furent abandonnées comme insoutenables[224], et que du jour de la contradiction manifeste qui leur fut opposée par la ville de Périgueux, la possession est toujours demeurée à celle-ci. Dès lors, il importe, en effet, de le remarquer, nous verrons les comtes et leur famille non plus réclamer des droits, mais essayer de se les faire attribuer par l'autorité royale[225] .

§ 3. — 1305-1320. — L'acquisition par la municipalité des droits et de la juridiction du vigier n'avait pas mis fin aux dissentiments qui la séparaient du chapitre de Saint-Front. Il fallait, d'ailleurs, l'approbation du roi, suzerain de la ville, pour que cette acquisition devînt définitive. Soit que les guerres avec la Flandre, soit que les embarras de toute sorte, suscités à la couronne, eussent empêché le roi de s'occuper de cette affaire, la ville, quatre ans après, ne l'avait pas encore obtenue. Le moment parut favorable en 1308, et des négociations furent entamées à cet effet. Comme on va le voir,

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le consulat, dans l'intervalle, n'avait pas perdu son temps. Le roi était représenté par Hugues de la Celle, chevalier, et par Jean Calvet, son procureur[226] dans la sénéchaussée du Périgord. La municipalité demandait que Philippe approuvât et confirmât la paix et la transaction, arrêtées entre elle, l'abbé et le chapitre, avec cette convention que la seigneurie et le ressort appartiendraient à la couronne seule, et que le maire, les consuls et la communauté tiendraient directement d'elle tout ce que l'abbé et le chapitre leur cédait, sans être obligés d'en faire hommage à l'abbé ni au chapitre. Le roi, de son côté, devait délaisser aux maire et consuls sa part dans la juridiction et l'émolument  du sceau de la cour commune entre la couronne et l'église de Saint-Front[227] , et approuver l'achat par la municipalité de la vigerie et de la juridiction du vigier. Le roi devait encore céder à la municipalité toute la juridiction et tous les autres droits qu'il avait dans la paroisse de Saint-Front, se réservant seulement le ressort, l'hommage, et recevant, en outre, trois cents livres de rente, payables par la ville, moitié à la Saint-Jean, moitié à la Noël, jusqu'au moment où cette rente serait assise sur un domaine suffisant, acquis par la couronne, ou, par la ville, pour le compte de la couronne, et cinq mille livres une fois données[228] .

Ces prétentions des maire et consuls nous révèlent combien leur autorité avait grandi. Nous verrons plus loin les raisons qui empêchèrent cet arrangement d'aboutir[229] .

L'année suivante (1309) fut marquée par un gros incident qui troubla profondément la communauté : on découvrit que, depuis plusieurs années, les élections consulaires étaient

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entachées de fraude. Le maire, Pierre Martin, et les consuls en exercice furent dénoncés, reconnus coupables et traduits devant le Parlement. L'affaire fut aussitôt instruite et un arrêt rendu, qui apprend, à la fois, comment on nommait les maire et consuls et quelles manœuvres étaient venues vicier le mode normal de l'élection. Il est intéressant d'en résumer les principales dispositions :

Le mode et la forme de la création annuelle du maire et des consuls, longtemps et paisiblement observés par les habitants de Périgueux, étaient que, l'espace d'un an écoulé, le maire et les consuls s'assemblassent au consulat ; que là, en présence de tous les habitants convoqués à son de trompe, ils déposassent leurs pouvoirs, et, après avoir préalablement prêté serment de désigner les plus capables et les plus dignes, fissent choix de quatre personnes parmi les habitants, hors les membres de la municipalité sortant de charge. Les quatre élus, après avoir prêté serment à leur tour, en choisissaient huit autres, toujours en dehors du maire et des consuls, lesquels, le serment aussi préalablement prêté, désignaient le maire et les consuls qui devaient administrer la ville pendant l'année qui s'ouvrait. Or, il était arrivé que, depuis plusieurs années, le maire et les consuls, pour conserver toute leur influence, s'assemblaient clandestinement et désignaient en cachette les quatre électeurs qui devaient faire choix des huit autres, leur imposaient leur volonté et leur faisaient nommer les huit par eux désignés ; que ces huit, circonvenus à leur tour, proclamaient le maire et les consuls qui leur étaient imposés.

Cette fraude ayant été découverte, et les malversations, abus et violences, qui en étaient les conséquences ayant été dénoncés au Parlement, il fut ordonné que la juridiction de la ville serait mise sous la main du roi, que les maire et consuls, élus selon le mode accoutumé, seraient présentés au sénéchal et qu'ils administreraient selon la manière ancienne. En outre, en punition des résistances faites à l'autorité du roi, les portes de l'hôtel de ville furent brisées et brûlées, et il fut décidé que l'hôtel resterait sans fermeture aussi longtemps qu'il plairait au souverain ; que les maire et consuls coupables, et leurs enfants jusqu'à la troisième génération, seraient exclus de la mairie et du consulat ; et qu'enfin ce maire, ces consuls et un certain nombre d'autres

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individus qui leur avaient prêté la main, payeraient au roi une amende de 6000 livres tournois et à Lambert Laporte, leur principale victime, 1000 livres tournois de dommages-intérêts, réparties sur les coupables par la cour elle-même[230] .

Cet arrêt fut rigoureusement exécuté en ce qui concernait les maire et consuls condamnés, la saisie de la juridiction et la destruction des portes du consulat[231] ; mais, comme il arrive souvent, la couronne voulut profiter de la situation pour s'immiscer dans l'administration de la ville qui, pourtant, avait été expressément réservée. De là une plainte des maire et consuls sur laquelle le roi, par lettres en date du 5 juillet 1310, à Paris, interdit au sénéchal de les troubler dans l'exercice de leurs droits[232] . Cela n'empêcha pas le lieutenant du sénéchal de renvoyer l'affaire, le 27 juillet, aux

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assises suivantes[233] , où elle dut être terminée conformément aux ordres du roi et à la demande des maire et consuls.

Restait la mainmise du roi sur la juridiction communale, l'interdiction jetée sur les familles des coupables et la destruction des portes de la ville. Ces trois chefs de condamnation ne tardèrent pas à être le sujet de nouvelles réclamations[234], qui amenèrent le Parlement à ordonner une enquête sur laquelle cette cour se prononça, le 11 juin 1317. Elle rejeta la requête présentée[235]; mais, cédant aux instances des réclamants, et comprenant qu'il était prudent de conserver sur les frontières françaises la fidélité d'une ville dévouée, Philippe le Long, seize jours plus tard, accorda des lettres de rémission portant que « la mainmise royale était retirée, que les portes du consulat seraient refaites et que les maire, consuls et leur famille, exclus des fonctions municipales jusqu'à la troisième génération, étaient réhabilités et reconnus de nouveau propres à exercer ces fonctions, à la condition cependant que la ville verserait au trésor 11000 livres tournois d'amende, payables en un certain nombre d'années »[236] .

Peu de temps après l'arrêt de 1309, le Parlement, le mardi après l'octave de l'Epiphanie 1310 (n. st.), en rendit deux autres relatifs à la juridiction du cellérier, qui méritent que nous nous y arrêtions. Le plus important concerne une plainte formée par le chapitre et le chantre de l'abbaye de Saint-Front contre les enquêteurs[237], récemment envoyés par le roi

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en Périgord. Les plaignants disaient en substance qu'il était d'usage d'appeler de la cour du cellérier à la cour du chapitre; et que, cependant, les enquêteurs avaient défendu ces sortes d'appels ; que, malgré la coutume consacrée de sceller les certificats de l'unique sceau du chapitre, par les soins du chantre qui en tirait un revenu personnel, ces enquêteurs avaient pareillement défendu qu'on fit usage de ce sceau pour ces sortes d'actes ; ils disaient encore que, bien que la juridiction temporelle de la Ville du Puy-Saint-Front fût commune au roi et au chapitre dans les causes civiles comme dans les causes criminelles[238]; bien que le roi et le chapitre, depuis la création du sceau commun, fussent en possession de créer des notaires publics, chargés de la confection des actes destinés à être scellés de ce sceau ; quoique, enfin, ils eussent le droit d'accorder à ces notaires des lettres d'institution, scellées du sceau du chapitre et de celui du sénéchal, — ces mêmes enquêteurs avaient défendu d'ajouter foi aux actes des notaires porteurs de lettres d'institution, scellées du sceau du chapitre et de celui du sénéchal, et voulaient que l'on ne considérât comme bons que ceux des notaires porteurs de lettres d'instititution, scellées du sceau commun au roi et au chapitre, au détriment du chapitre et du chantre. Une enquête fut ordonnée ; mais, s'étant trouvée mal faite, elle dut être

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recommencée[239]. Ces détails n'en sont pas moins très importants pour l'histoire de la cour du cellérier.

Le second des arrêts est de moindre portée. Bien que la cour du cellérier eût, comme nous venons de le voir, un sceau commun au roi et au chapitre et dont les enquêteurs voulaient accroître l'importance, il ne semble pas qu'il y eût alors un local affecté au siège de la juridiction du pariage. Aussi le procureur de l'abbé et du chapitre demanda-t-il au roi « que la maison d'un nommé Guillaume Guy, confisquée pour les méfaits de ce dernier, et dont la moitié appartenait au chapitre, servît à cet usage. Après information, il fut décidé que, si ledit procureur maintenait sa demande, le Parlement ordonnerait une enquête à cet égard[240] .

On se rappelle que, le 14 avril 1304, la municipalité acquit solennellement la vigerie des mains d'Hélie Vigier, qui la tenait du chapitre de Saint-Front en fief héréditaire[241]. Quatre ans plus tard (1308), nous avons vu les consuls tenter auprès du roi des démarches qui, outre l'approbation royale nécessaire à cet acte, devaient leur assurer de nouveaux privilèges[242]. Le chapitre ne pouvait ignorer cette manœuvre qui ne tendait à rien moins qu'à le dépouiller de ses droits. Il en prévint l'effet, fort habilement, et fit au roi des ouvertures qui furent acceptées. Deux actes nous renseignent sur cette négociation.

Le premier nous apprend que le roi Philippe le Bel avait traité, par l'entremise de ses représentants, de la cession à la couronne de la juridiction temporelle du chapitre[243], moyennant une juste récompense ; mais que les actes passés n'étant pas définitifs, il avait, pour terminer l'affaire, chargé, par lettres datées du 29 mai 1313, à Paris, Hugues de la Celle et Pierre de Blanosque, chevaliers, d'aller sur les lieux la conclure, à

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la satisfaction de tous les intéressés et pour le plus grand avantage du bien général. Sur quoi, ces fondés de pouvoir se rendirent à Périgueux, s'adjoignirent le sénéchal et le procureur du roi dans la sénéchaussée, et arrêtèrent, le 29 novembre 1313, avec le fondé de pouvoir du chapitre et le chapitre lui-même, l'arrangement suivant ;

La juridiction et la justice que le roi possède en commun avec lui au Puy-Saint-Front, le chapitre les cède au roi, ainsi que la juridiction de la paroisse de Saint-Georges, près Périgueux, sauf les fiefs et autres revenus, pour la somme de deux cents livres de petits tournois de rente, que le chapitre se procurera au moyen de quatre mille livres de petits tournois une fois données par le roi, quittes de tous droits. Il est bien entendu néanmoins que le chapitre aura la faculté de juger au Puy-Saint-Front les procès, crimes et délits de ses hommes, ainsi qu'il le faisait par le passé, sans réserve ni difficultés, comme aussi sans aucune innovation. Le domaine direct des maisons, greniers et autres dépendances, dans toute l'étendue de la paroisse de Saint-Front, ainsi que les lods et ventes de ces maisons, greniers, etc., resteront en commun. Il est, cependant, permis aux chanoines, comme ils sont très petitement logés, et quoiqu'il leur soit interdit de faire des acquisitions autrement que pour leur logement, d'acheter quatorze maisons sans payer de lods et ventes, sous cette condition qu'elles seront de mainmorte: Le chapitre cède encore au roi tout le droit féodal qu'il a sur le vigier et la vigerie. Enfin, il est convenu qu'il n'y aura plus de sceau commun dans la Ville, mais un sceau royal[244] .

Le dimanche suivant (2 décembre), d'après le second des deux actes, le roi, devenu suzerain de la vigerie, rachetait d'Hélie Vigier, dont la famille était préposée à cette justice, l'exercice de son droit. Les mêmes fondés de pouvoir, porteurs de lettres royales, accompagnés du sénéchal et d'un des procureurs royaux de la sénéchaussée, traitèrent de la sorte avec HélieVigier:

Ledit Vigier cède au roi la vigerie et les droits qui en dépendent, telle que lui et ses ancêtres l'ont toujours possédée, à titre de fief

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tenu de l'abbé et du chapitre de Saint-Front, avec hommage, serment de fidélité et acapte de huit florins d'or à chaque muance de vigier, sauf les droits qui lui incombent personnellement, moyennant cent livres de petits tournois de rente à percevoir sur la sénéchaussée du Périgord, sur celle de Saintonge ou sur le comté d'Angoulème, et quinze cents livres une fois payées, à cette condition que ledit Hélie Vigier exercera ses fonctions et percevra les produits de la vigerie, tant qu'il n'aura pas reçu les quinze cents livres et qu'on ne lui aura pas assigné les cent livres de rentes. Il exige, en outre, que, dans cette assignation, il n'y ait rien de placé sous la juridiction des maire et consuls de Périgueux, et que sa famille, ses biens et lui-même soient sous la sauvegarde spéciale du roi, avec un gardien particulier[245].

Il ne semble pas que les deux actes que nous venons d'analyser aient été exécutés. En réalité, le roi n'acquit pas la vigerie[246], et la cour du cellérier ou du partage continua à être commune entre le roi et le chapitre[247]. Il y a grande apparence que la couronne, alors fort endettée, ne put pas plus payer les 4000 livres exigées par le chapitre que la somme

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réclamée par Hélie Vigier. Mais ces négociations, pour n'avoir pas été suivies d'effet, n'en constituaient pas moins, on le comprend, un échec fâcheux pour la politique de la municipalité. Cependant, loin de s'abandonner, elle continua de garder jalousement ses privilèges et témoigna, une fois encore, qu'elle ne craignait pas de rappeler les officiers royaux au respect de ses droits. C'est ainsi que, le 28 avril 1314, elle fit constater officiellement par le juge-mage que les prisons de la ville appartenaient à elle seule, et que les représentants de la couronne ne pouvaient s'en servir qu'avec sa permission[248] .

Pendant les cinq années qui suivent (1315-1320), l'histoire de la ville de Périgueux devient soudain fort obscure. C'est à peine si quelques rares documents, qu'il est difficile d'interpréter, viennent éclairer cette période d'un faible jour. Aussi est-il malaisé d'entrevoir la liaison des événements. Nous donnerons donc la suite chronologique des faits, en résumant les conjectures par lesquelles Dessalles s'est essayé à les expliquer.

Philippe V avait succédé à Louis X, son père, le 25 novembre 1316. Au mois d'avril suivant, la municipalité chargea deux consuls, Guillaume de Margo et Itier Chatuel, d'aller à Bourges porter au nouveau roi l'hommage de la ville et lui prêter le serment de fidélité. Un acte émané de Philippe V, en date du mois d'avril 1317, à Bourges, le constate officiellement[249] . Vers la même époque, le 22 février précédent, le lieutenant du sénéchal, ayant, sans doute, prétendu à nouveau disposer, sans autorisation, de la prison consulaire, la municipalité contraignit cet officier à reconnaître formellement, ce qui avait été fait en 1314, que la prison avait été mise bénévolement à sa disposition par les consuls[250] .

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Dans ce même temps, de graves événements que nous connaissons mal surgirent à Périgueux. Des discordes intestines, qui, dès l'année 1315, nécessitaient l'intervention du sénéchal[251] , éclatèrent entre le maire et les consuls du Puy-Saint-Front, d'une part, et de l'autre, Lambert Laporte[252] , les consuls de la Cité et les clercs des Ville et Cité de Périgueux. Quelle en était la cause ? Tout porte à croire que les troubles étaient dus, au moins en partie, à la conduite tenue par le maire et les consuls du Puy-Saint-Front dans la répartition et la levée des impôts. Peut-être des procédés brutaux à l'égard de certains contribuables avaient-ils excité quelque mécontentement contre eux. Il semble, en outre, qu'on leur reprochait d'avoir éludé l'arrêt de 1309 et ses conséquences[253] .

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Une plainte fut portée au roi avec une copie de l'arrêt[254]. Nous verrons tout à l'heure ce que fit la couronne et quelle suite eut l'affaire.

Ces dissensions n'étaient pas pour déplaire aux deux ennemis nés de la communauté, le comte et le chapitre de Saint-Front, qui, s'ils ne les avaient pas fomentées, ne manquèrent pas du moins d'en profiter. Depuis longtemps, des divergences portant sur l'étendue de leurs juridictions respectives les divisaient : le moment leur parut venu d'y mettre fin. Déjà, en 1316, un rapprochement fut tenté. Il y est fait allusion dans des lettres du roi Louis X au sénéchal du Périgord, en date du 27 mai 1316, à Paris[255]. Un an plus tard, le 12 avril 1317, un lien plus étroit vint unir les deux parties : un acte de pariage fut conclu entre elles, qu'il est intéressant d'analyser :

Le comte et la comtesse[256] avaient de vives contestations, souvent réitérées, avec le chapitre au sujet des hommes et des terres possédés

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par les uns et les autres dans diverses paroisses des environs de Périgueux Pour couper court à leurs divisions, d'un commun accord, ils constituent un pariage et société de leursdits droits de justice, comme suit : le chapitre met dans la société la juridiction qu'il exerce dans les château et châtellenie de Périgueux, etc. De leur côté, le comte et sa mère apportent les droits de justice qu'ils ont dans les château et châtellenie susdits, etc.... Tous les ans, le jour de la fête de Saint Jean-Baptiste, à Périgueux, il sera créé en commun un juge, un greffier, des sergents et autres employés nécessaires pour administrer la juridiction commune. Le comte et le chapitre désigneront d'un commun accord le lieu où se tiendront les assises et où seront placées la prison et les fourches patibulaires. Dans toute l'étendue du pariage, la justice sera rendue conformément aux règles établies par le présent acte. Le pariage ne donnera aucun droit nouveau sur les hommes ni sur les choses aux parties contractantes. Si le pariage venait à se dissoudre, tout rentrerait dans l'état primitif. Les cens, rentes, redevances, etc., déjà existants, seront perçus par les parties contractantes, respectivement, comme par le passe; on rendra la justice suivant la manière accoutumée dans les affaires inhérentes au domaine direct des deux parties, etc....[257] .

Cet arrangement fut approuvé par le roi au mois de juillet 1318[258] .

On conçoit aisément combien ce pariage fortifiait l'union des deux ennemis héréditaires de la communauté et devenait ainsi redoutable à cette dernière[259] . Cette marque d'hostilité ne suffit pas à Brunissende de Foix, mère et tutrice du jeune comte Archambaud. Le 9 février 1318 (n. st.), elle crut devoir

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affirmer par devant notaire le droit qui appartenait au comte d'empêcher les maire et consuls et même les commissaires royaux de lever sur ses officiers et gens « taille ni autre subside »[260]. Le 12 avril suivant, Archambaud IV et sa mère confirmaient à la maison de Pierre de Périgueux les privilèges qui lui avaient été concédés en 1227, puis renouvelés en 1302[261].

Cependant, les troubles devenaient tels dans la ville, que la couronne, saisie, comme nous l'avons dit, d'une plainte en forme, comprit la nécessité d'agir avec vigueur. Des lettres du roi Philippe V en date du 26 juin 1318, à Paris, adressées à Raoul de Jayac, Itier de Fano, clercs, et à Bertrand de Roquenégade, chevalier, s'expriment ainsi :

Nous vous envoyons, sous notre contre-sceau, les articles remis à notre cour par Lambert Laporte, bourgeois de Périgueux, et ses co-plaignants, Pierre de Lacropte, damoiseau, Pierre de Montbrier, clerc et consul fondé de procuration des habitants de la Cité de Périgueux, et Raymond Brun, clerc, pour lui et les autres clercs de la Cité et du Puy-Saint-Front de Périgueux vivant cléricalement, et nous vous demandons de vous rendre tous les trois ou, du moins, deux d'entre vous, à Périgueux, sans le moindre retard, pour informer aussi diligemment que faire se pourra sur ces articles et sur ceux qu'on voudra vous  remettre, touchant les plaintes formées depuis deux ans par les habitants de la Cité et du Puy-Saint-Front contre les maire et consuls, comme au sujet des caisses où est déposé l'argent à l'usage de  la  municipalité, afin de savoir comment  elles ont été instituées et si la municipalité avait le droit de les instituer, de quel avantage ou de quel inconvénient elles sont et peuvent être pour nous et pour le public. Vous informerez aussi sur l'état et condition de la Cité et de la Ville et sur la manière dont se conduisent et gouvernent les administrateurs. Pendant que vous vous occuperez de cette enquête, vous saisirez les caisses et la juridiction du consulat et vous les ferez gérer par des personnes capables, jusqu'à nouvel ordre. Vous ferez restituer, sous cautions, les biens des clercs et des

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laïcs de la Cité et de la Ville, pris, dit-on, injustement par lesdits administrateurs, contre lesquels de graves plaintes ont été portées... Nous voulons, du reste, que l'arrêt déjà rendu par notre cour[262] obtienne son plein et entier effet... Vous ferez en sorte, cependant, de rétablir la paix et la concorde, si cela vous est possible, en prenant pour base la décision rendue autrefois par notre bisaïeul le roi saint Louis[263] .

Ces lettres furent suivies de deux autres. Les premières, du 20 septembre, recommandent à Bertrand de Roquenégade, puisque Raoul de Jayac et Itier de Fano ne peuvent l'assister, de s'adjoindre le sénéchal ou tout autre, et de faire à eux deux ce que ses collègues ne peuvent accomplir avec lui[264] . Les secondes, du 10 novembre, presque analogues, autorisent Bertrand de Roquenégade à s'adjoindre un homme capable et lui enjoignent de ne pas différer plus longtemps de traiter ces affaires[265]. Sur quoi, le 7 décembre, le commissaire, conjointement avec Philippe de Grialon, juge-mage de la sénéchaussée, saisit la juridiction du consulat, le consulat lui-même et ses caisses, en confie l'administration à Pierre Desmons, clerc du roi, et lui commande de faire restituer sous cautions tous les biens confisqués ou saisis sur des clercs[266]. Pierre Desmons administra, de fait, les finances de la communauté pendant un an, depuis le vendredi après la Saint-Martin d'hiver (17 novembre) 1318, jusqu'au dimanche après la Saint-André (2 décembre) 1319. Il nous reste de sa gestion un compte de recettes et dépenses très précieux pour l'étude du budget municipal[267].

Quatre jours après la fin de la gestion de Pierre Desmons, le 6 décembre, Raymond, abbé de Charroux, au diocèse de

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Poitiers, et Pierre Delage, archidiacre de Buzançais, au diocèse de Bourges, se rendirent à Périgueux, en qualité de commissaires royaux, et convoquèrent les habitants des Ville et Cité sur une grande place dépendant du couvent des Frères Prê­cheurs. Quatre mille personnes ou environ s'y trouvèrent réunies, auxquelles ils dirent qu'ils venaient, au nom du roi, réprimer les abus commis autrefois par les maire et consuls, recevoir les comptes desdits consuls, punir les coupables, apaiser les esprits, rétablir la paix et la concorde entre les habitants des deux villes, pourvoir à leur bonne administration, enfin établir entre le roi et la communauté un pariage profitable à tous. L'assemblée, consultée, décida que les commissaires royaux s'adjoindraient Lambert Laporte, Jean Chatuel, bailli du Grand fief[268] , deux prud'hommes par chacun des quartiers de l'Arsault, du Plantier, de la Limogeanne, de l'Aiguillerie et Saint-Marlin, de Taillefer, des Farges, de l'Aubergerie, de Saint-Hilaire, de la rue Neuve, des Boucheries, du pont de Tournepiche et de la Cité, et les consuls actuellement en charge. Séance tenante, elle procéda à l'élection desdits prud'hommes et déclara sanctionner d'avance les décisions prises dans l'intérêt commun[269] . Nous ne savons ce qu'elles furent ; mais l'entente qui régna depuis lors entre les habitants et la municipalité, prouve que l'accord fut rétabli. Quant au pariage, dont nous ignorons d'ailleurs l'objet, il demeura non avenu. En effet, le comte en poursuivit aussitôt la résiliation devant le Parlement[270] et, trois ans plus tard, le roi lui donna gain et cause[271] .

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Ce dernier événement vient à point pour rappeler que le litige, soulevé en 1305 par la maison de Périgord contre les maire et consuls[272] , n'était pas éteint. A deux reprises, en 1319, la municipalité fit citer Archambaud à comparaître devant le Parlement pour y soutenir ses prétentions[273] . Le procès durait encore en 1329 et fut maintenu en état en 1330[274] , par suite de la mort d'Archambaud, avec cette observation que Roger-Bernard, frère d'Archambaud IV et héritier du défunt, serait cité en temps utile. Les maire et consuls n'en obtenaient pas moins défaut contre lui un mois plus tard[275], et la cour, en 1333, les autorisait à se retirer. D'où il résulte, ou que la poursuite fut abandonnée par Roger-Bernard, ou que les parties furent mises hors de cour et de procès.

§ 4. — 1320-1334. — Quoique les troubles, qui avaient un moment agité Périgueux, eussent été apaisés dès la fin de l'année 1319, le comte n'en persista pas moins après cette date dans sa politique hostile à la communauté. En 1320, il se plaignit au roi que les consuls prétendissent avoir le droit d'imposer ses sergents comme le reste de la population, tandis que de temps immémorial, ses prédécesseurs et lui avaient, à l'en croire, créé au Puy-Saint-Front des sergents exempts de queste et de taille[276]. Sur cette plainte, le roi ordonna au sénéchal du Périgord d'enquérir, afin de savoir ce qu'il en était, et de prononcer suivant les informations qu'il recueillerait[277] . Nous ne savons quelle suite eut l'affaire.

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Il semble que la royauté ait alors voulu encourager les tentatives des comtes. On peut supposer que l'autonomie presque complète, dont jouissait la ville, avait dû donner quelque ombrage à la couronne : ce n'était peut être pas sans un secret plaisir qu'elle observait les entreprises du comte. Cependant, la situation de Périgueux, véritable sentinelle avancée postée tout auprès des domaines anglais, lui commandait de la ménager. Il importait donc de dispenser habilement les faveurs royales, de façon que les deux adversaires, sans prendre trop d'avantage aux dépens l'un de l'autre, eussent un égal intérêt à demeurer fidèles. Plusieurs actes paraissent inspirés de cette politique. En l'année 1320, un pariage fut conclu entre les officiers du roi et Archambaud de Périgord, agissant au nom d'Archambaud IV, comte de Périgord, son neveu. Le roi mettait dans ledit pariage la seigneurie et l'émolument des rentes qu'il a en la parroisse de Saint-Front de Pieregors, item l'émolument et l'exécution du scel, lequel lui est commun avec le chapitre de Saint-Front ». Le 15 septembre 1320, à la Tour, près Avignon, le comte de Périgord confirma ce traité sous réserve de l'agrément de sa mère, Brunissende, dont on devait demander la ratification[278] . La royauté devait donner d'autres preuves de ses bonnes dispositions envers le comte[279].

Il nous faut ici ouvrir une parenthèse pour évoquer la grande persécution des lépreux qui marqua l'année 1321[280]. Ce fut une exécution en masse dont nous trouvons à Périgueux des témoignages certains. La cause en est connue : le peuple, en proie aux épidémies, rendait volontiers les « lépreux répugnants »[281]  responsables de ses maux. On sait

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combien le moyen âge était dur pour les êtres difformes de corps et d'esprit ; le lépreux n'était pas moins suspect que l'épileptique ; on aimait à croire que le diable s'en était mêlé et l'on exécrait les « mésels » au nom de la religion et du bien public.

Au printemps de cette année[282], une croyance absurde partit tout à coup d'Aquitaine et se répandit parmi le peuple crédule avec une vitesse prodigieuse. On avait, disait-on, découvert une conspiration épouvantable : les mésels et les juifs, étroitement unis, avaient entrepris d'empoisonner les cours d'eau, les puits et les fontaines pour faire périr tous les chrétiens de France et d'Allemagne, en un mot pour « enherber tout le monde ». Il est probable qu'il y eut en Aquitaine, à ce moment, des morts dues à des eaux de puits contaminées, fièvres typhoïdes et autres. La foule détraquée commit des atrocités qui s'étendirent à toute la France, à l'exception de la Flandre et de quelques provinces. Ce fut la populace qui donna le signal du massacre ; puis la folie des couches inférieures de la société se communiqua bientôt par contagion à toutes les parties du peuple, aux bourgeois, aux seigneurs, aux officiers royaux. La ville de Périgueux n'en fut point exempte : les comptes de l'année 1320-1321[283] ne laissent aucun doute à cet égard.

Le jour du jeudi saint (16 avril), un grand nombre de

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lépreux des environs de la ville furent appréhendés au corps et conduits à Périgueux. On les interna en plusieurs endroits, au pont de la Cité, à l'hôpital du Toulon, au prieuré de la Daurade, à la « tête du pont de pierre » et à la maladrerie de Saint-Hippolyte. Quelques-uns, parmi lesquels un nommé Blanquet, furent emprisonnés au consulat.

La municipalité subvient tout d'abord à leurs besoins, mais les fait surveiller très étroitement. On envoie de différents côtés, à Razac, à Beauregard, à Montagrier, prendre des renseignements sur leur compte. Deux habitants sont même délégués à Tours, pour en entretenir le roi. Cependant, on s'occupe de les désinfecter. Pour cela, on les garrotte, et, après leur avoir fait prendre du vin afin de soutenir leurs forces, on les enfume[284]. Avec des crocs, qui les torturent tout en les tenant à distance, on les questionne pour les forcer à avouer leur crime[285] . Enfin on les brûle vifs[286] , ou, comme il arrive quelquefois pour les lépreuses, on les emmure[287] . Ces sauvages rigueurs étaient, comme on va le voir, conformes aux prescriptions royales.

En effet, la couronne elle-même ne tarda pas à sévir contre les lépreux. Trois ordonnances désignent « les lépreux fétides »[288] à la sévérité des justiciers royaux, non comme des

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malades qu'il faut isoler, mais comme des révolutionnaires qu'il faut détruire. La première, qui date du 21 juin 1321, est la plus importante : le roi y recommande à ses baillis et sénéchaux d'agir au plus vite et d'empêcher que quiconque ne s'arroge ce droit, qui n'appartient qu'aux officiers royaux ; tous les lépreux, hommes, femmes, enfants de plus de quatorze ans, qui ont échappé jusqu'ici à la fureur populaire, seront donc saisis et jetés en prison ; on les interrogera au plus lot ; ceux qui avoueront leurs maléfices seront brûlés ; ceux qui refuseront de faire des aveux seront mis à la torture « jusqu'à ce que la vérité s'échappe de leur bouche », et, l'aveu obtenu, ils seront brûlés comme les premiers. Les enfants de moins de quatorze ans, garçons et filles, seront enfermés pour la vie. Les femmes enceintes resteront en prison moins longtemps : elles en sortiront le jour où leur enfant pourra être sevré et « se passer d'elles»; mais, ce jour-là, elles seront torturées et brûlées.

Tout n'est pas fini avec le supplice et la mort: comme les lépreux sont au plus haut chef coupables de lèse-majesté et d'attentat contre la chose publique, leurs biens demeureront dans la main du roi jusqu'à nouvel ordre, et seront affectés, en partie à la nourriture des lépreux incarcérés, en partie à celle des frères, sœurs et autres personnes qui en jouissaient déjà précédemment, c'est-à-dire aux gardes-malades[289]. En un mot, cette ordonnance[290] est une proscription en masse.

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Un article particulier porte que, s'il se trouve des lépreux, hommes ou femmes, à qui la torture n'arrache aucun aveu et dont le crime ne puisse être prouvé, ils seront enfermés à perpétuité, réduits au pain et à l'eau. Mais l'habileté professionnelle des tortionnaires rendait cette chance de salut à peu près illusoire ; ils savaient ouvrir les mâchoires les plus rebelles, et il n'échappa vraisemblablement que les cataleptiques.

Quelques esprits résolument optimistes pourraient être tentés de croire que cette ordonnance cruelle fut destinée à satisfaire l'opinion publique et à sauver les lépreux des fureurs populaires. Mais de nombreux exemples prouvent que, loin de rester lettre morte, elle fut appliquée rigoureusement, et que les prisons royales furent, non des refuges hospitaliers, mais des lieux de tourments et de mort. Beaucoup de seigneurs montrèrent la même férocité. Philippe le Long s'était réservé la punition des lépreux comme coupables de lèse-majesté ; mais il était plein d'indulgence pour les seigneurs qui « débarrassaient la surface de la terre d'une pourriture aussi infecte » ; c'est ainsi que, les barons des sénéchaussées de Toulouse et de Carcassonne ayant massacré un grand nombre de lépreux, le roi, non seulement leur pardonne, mais encore les approuve d'avoir puni avec tant de vigueur « des crimes qui demandent une répression immédiate » ; et, dans une lettre que nous possédons, il les décharge de l'amende qu'ils ont encourue, les félicite de leur zèle et les prie de continuer. Aussi bien les hommes les plus instruits de ce temps partageaient les mêmes préjugés ; tous voient dans les lépreux des conspirateurs qui veulent détruire la chrétienté ; tous remercient Dieu « d'avoir démasqué leur perfidie » ; tous approuvent l'atrocité des supplices. La persécution ne cessa qu'en août 1321[291], date à laquelle le roi ordonna de remettre dans l'état antérieur les biens des lépreux. Quant aux lépreux eux-mêmes, ils avaient à peu

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près disparu dans le feu qui purifie tout ; mais l'ignorance, la misère et la débauche devaient bientôt les remplacer par d'autres ; la lèpre vengea les lépreux.

Nous avons dit plus haut que, en 1320, la royauté parut encourager, au détriment de la communauté, la politique du comte. L'année suivante (1321), elle témoigna plus clairement encore de ses mauvaises dispositions à l'égard de la municipalité. Les maire et consuls avaient voulu, comme de juste, forcer les clercs du Puy-Saint-Front et de la Cité à contribuer aux dépenses communes. Sur le refus de ces derniers, ils avaient saisi les biens des récalcitrants et les avaient fait vendre. Les clercs se plaignirent au roi.  Celui-ci, ayant nommé des commissaires qui firent une enquête sur les lieux, les parties entendues, maintint, le 7 août, les clercs dans la possession de leurs privilèges, avec ordre aux maire et consuls de leur restituer les biens saisis ou le prix provenu de la vente[292] . Le droit de la municipalité était d'ailleurs indéniable et consacré par les documents les plus authentiques[293] ; à tel point que, bientôt après, deux lettres du roi Charles IV, datées, l’une du 25 mai 1324, l'autre du 30 avril 1326, lui reconnurent et lui confirmèrent la faculté d'imposer les clercs sicut alios habitatores ville, pro dicte ville oneribus supportandis,... ratione bonorum immobilium et hereditariorum que in dictorum majoris et consulum territorio tenent et possident[294].

Peu après, le procureur du roi prétendit que les maire et consuls avaient empiété sur la juridiction de la cour du pariage. Par lettres datées du 15 mai 1321, à Paris, le roi Philippe V, «ayant appris que, au mépris du respect qu'ils lui doivent et malgré ses défenses,  les maire et consuls ne veulent pas reconnaître les droits de haute et basse justice

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de la cour du pariage, troublent ses officiers, les violentent même et les emprisonnent, desquelles choses le roi témoigne son étonnement », invite le sénéchal à réitérer ses défenses aux maire et consuls, et, s'ils persistent à n'en tenir compte, à les contraindre de s'y conformer. Le lieutenant du sénéchal ayant notifié ces lettres au maire de Périgueux, à l'audience de la sénéchaussée, celui-ci demanda reconventionnellement que défense fût faite au juge du pariage de s'immiscer dans les causes dont la connaissance a été réservée aux maire et consuls par l'arrêt du Parlement de 1290[295] .

Ce n'est pas tout. On se rappelle que, le 6 décembre 1319, les commissaires royaux, venus à Périgueux pour apaiser les troubles qui divisaient la ville, promirent au peuple, solennellement assemblé, qu'un pariage serait bientôt établi entre le roi et la communauté[296] . Ce projet effraya le comte qui s'en plaignit au roi et trouva le moyen d'en empêcher l'exécution, sous le prétexte que la Ville tenait de lui sa juridiction moyennant 40 livres de rente[297] . En effet, le 27 avril 1322, à Gisors, Philippe le Long donne des lettres par lesquelles il déclare qu'il ne veut faire de pariage avec les maire et consuls de Périgueux qu'à la condition que le comte de Périgord sera appelé et entendu[298] .

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La couronne eut aussi des procédés vexatoires plus directs. On sait que les francs-fiefs et nouveaux acquêts avaient été, dès la fin du xiiie siècle, soumis à des droits[299] . La munici­palité de Périgueux prétendait en avoir été toujours exempte. En 1324, le gouvernement, sollicité sans doute par des besoins d'argent, porta son attention sur cette source de revenus, et le sénéchal, par lettres datées du 8 janvier 1324 (n. st.), au Mont-de-Domme[300] , donna ordre de mettre sous la main du roi les biens acquis par la municipalité de Périgueux, pour lesquels, selon lui, elle devait payer le droit de franc-fief[301] . Celle-ci protesta sans tarder : le 19 janvier, elle fit opposition aux prétentions du sénéchal[302] . Nous ignorons ce qu'il en résulta.

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Cependant, les Anglais tenaient déjà la campagne en Gascogne. Périgueux, devant l'imminence de la lutte, oublia les défiances de la couronne et l'injuste appui prêté par elle aux entreprises du comte, et affirma hautement sa fidélité au roi de France. Nous n'en voulons pour preuve que le fait suivant : Au commencement de l'année 1327 (n. st.), les maire et consuls, craignant l'invasion des ennemis, pretextu guerre presentis Vasconie que est inter dominum regem Francie et Navarre, ex una parte, regem Anglie seu gentes ducatus Aquitanie, ex altera , voulurent mettre la ville en état de défense. Ils s'aperçurent alors qu'une tour, dite du Buis et voisine de la maison d'un nommé Lambert de Grosset, était nécessaire à la sûreté de la place, à laquelle elle pouvait devenir redoutable, si les Anglais s'en emparaient. Le 15 mars, ils se transportèrent chez cet habitant pour le sommer de leur livrer sa maison et sa tour. Là, en présence de témoins et de notaires, ils lui exposent leurs droits et leurs titres. Ils rappellent l'arrêt du Parlement de 1290[303] , décidant que « la garde de la ville et de ses murs, tours, portes, fossés et ouvrages avancés, appartient de toute antiquité aux consuls, comme représentants de la communauté ». Forts de cette déclaration, ils observent que « ayant de justes sujets de crainte, ils veulent y parer dans la mesure du possible et garder et fortifier la ville ». Dans ce dessein, « comme une certaine tour, dite du Buis, qui se trouve devant les petits murs de la ville, est placée dans la partie de celle-ci la plus exposée et manque des protections nécessaires pour résister à la puissance des ennemis du roi ; comme, en conséquence de cette situation, ils veulent prendre ladite tour et la munir de balistes, espringales et autres engins, ils requièrent ledit Lambert de livrer au roi et à la communauté sa demeure, par où l'on accède à la tour, et la tour susdite avec toutes ses entrées, afin que, de ce côté, la ville puisse être mise en état de défense ». Sur cette réquisition, le propriétaire déclara qu'il était prêt à

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obéir à l'arrêt et, après avoir fait toutes les protestations qui pouvaient sauvegarder sa propriété, il livra ses clefs et sa maison[304] .

Ce dévouement méritoire eut, comme on va voir, une singulière récompense : trois ans plus tard (1330), la communauté essuya une nouvelle attaque, qui ne servit, il est vrai, qu'à lui assurer plus fortement ses droits. Le procureur du roi dans la sénéchaussée fit assigner les maire et consuls au Parlement : il demanda qu'ils fussent tenus de produire les lettres qui donnaient à la communauté et son existence politique et la juridiction dont elle jouissait, et conclut à ce qu'il leur fût défendu d'exercer aucun droit de consulat et de justice. Aussitôt, le roi ordonna une enquête des plus sévères : par lettres datées du 27 mai 1330, à Paris, il chargea le sénéchal du Périgord de se faire représenter les lettres en vertu desquelles les bourgeois de Périgueux jouissaient du droit de consulat, et d'en envoyer copie à la Chambre des comptes[305] .

L'affaire, pourtant, traîna en longueur, et ce ne fut que le 31 mars 1332 (n. st,) que Jourdain de Louberff, alors sénéchal du Périgord, voyant qu'il ne pouvait s'en occuper lui-même, chargea Philippe de Grialon, juge-mage de la sénéchaussée, de le remplacer[306]. Celui-ci, le 20 avril suivant, convoqua

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devant lui les maire et consuls. Ces derniers, loin d'éluder la citation, y obéirent avec empressement. Ils produisirent des explications tellement catégoriques et des documents en si grande abondance que ce commissaire royal, renonçant à les analyser, se borna à en prendre note et à constater que la communauté jouissait de son consulat depuis 1188, c'est-à-dire depuis 144 ans, sans la moindre interruption[307]. L'année d'après, le Parlement, après avoir entendu les parties, rendit un arrêt qui confirmait les privilèges de la communauté[308] . Il ne semble pas que ces mesquines chicanes aient en rien troublé, comme elles pouvaient le faire naguère, la bonne entente des deux villes. En effet, le maire et les consuls du Puy-Saint-Front représentant les bourgeois, se réunirent sur ces entrefaites aux habitants de la Cité, afin de modifier d'un commun accord certains articles du traité d'union de 1240. Cette assemblée fut  tenue le 16 novembre 1330. Il en fut dressé un procès-verbal qu'il convient d'analyser avec quelque détail :

Les deux parties, considérant que, depuis le traité de 1240, des discordes avaient éclaté entre elles parce que les consuls et les habitants de ladite Ville disaient et affirmaient que les citoyens n'observaient pas l'union et composition susdite, qu'ils se servaient d'autres mesures que de celles, établies et scellées, de la Ville et prétendaient ne pas obéir à ladite union, qu'ils enfreignaient indûment, lesdits

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citoyens soutenant le contraire.... ; les parties voulant elles-mêmes avoir fit nourrir entre elles la paix, la concorde et la tranquillité, et éviter et totalement dissiper toutes voie, matière et occasion de haine, rancune et discorde, elles ont accédé à cette composition amiable et définitive :

Les maire, consuls et habitants des Ville et Cité susdites et chacun d'eux en particulier, pour eux, leurs successeurs et les autres habitants des Ville et Cité, ont ratifié, approuvé et expressément homologué la susdite union et composition et toutes les clauses contenues dans cet instrument, sous la réserve des modifications qui suivent :

Les habitants de la Cité observeront et tiendront et seront tenus d'observer et tenir, les coutumes légitimes et justes de la Ville. chaque année, après les élections consulaires, quinze habitants de la Cité, désignés par la municipalité, viendront à la maison de ville prêter le serment de fidélité et d'obéissance. Les autres habitants de la Cité prêteront le serment à la porte de la Cité dite porle de Périgueux, devant deux consuls, dont l'un sera de la Cité ; et si les habitants de la Cité ne veulent prêter le serment à ladite porte, en présence des deux consuls, au jour fixé pour cela, ils seront tenus de venir le prêter aux maire et consuls, au consulat ; à quoi, chaque année et aussi souvent qu'ils feront défaut, ils pourront être forcés par les maire et consuls, ou les consuls, s'il n'y a un maire.

Les consuls de la Cité, ou, au moins, l'un d'eux, seront convoqués pour toutes les affaires de la communauté, et le gardien de la prison et des clefs prêtera serment de fidélité entre les mains des maire et consuls.

Le marché se tiendra au Puy-Saint-Front ou ailleurs, selon qu'il semblera bon aux maire et consuls..

Le sceau de la communauté ne devra être apposé à des actes publics engageant les habitants de la Cité à des obligations extraordinaires ou à des dépenses, qu'autant que les consuls de la Cité ou l'un deux, ou, à leur défaut, deux prud'hommes de ladite Cité, auront pris part à la délibération de ces actes.

Les vingt livres de rente seront payées comme d'habitude[309] .

Les tailles imposées pour les affaires de la communauté seront établies par les maire et consuls ou leurs délégués ; les consuls de la Cité seront spécialement convoqués lorsqu'on établira la taille de la Cité.

Pour les fortifications, les maire et consuls donneront les ordres convenables ; les portes seront ouvertes et fermées en leur nom et sur leur ordre, de la manière qui paraîtra nécessaire, utile ou opportune à la communauté.

Les mesures du blé, du vin et de l'huile seront les mêmes et porteront la marque de la ville ; celles de la Cité seront remises par les consuls de la Cité, sous l'autorité des maire et consuls, et la Cité en aura le revenu.

Les sergents auront le même costume, aussi bien celui qui reste à la Cité que les autres.

Si quelque difficulté s'élevait, par la suite, entre les habitants du Puy-Saint-Front et ceux de la Cité, les maire et consuls en décideraient[310] .

Le reste est sans intérêt.

Peu après cette assemblée, dans le temps même où le procureur, du roi attaquait, ainsi qu'on a pu voir, les droits du consulat, l'évêque, à sa coutume, tentait de profiter des embarras suscités à la municipalité pour lui en créer d'autres. En 1331, une des portes de la Cité, voisine par conséquent de l'évêché, la porte dite de la Boucherie, avait besoin de réparations ; il saisit cette circonstance pour élever des prétentions de tout point contraires au traité d'union de 1240. Aussi bien, voici le résumé de la protestation que les maire et consuls élevèrent, le 2 février 1331 (n. st.), contre ces prétentions, qui ne tendaient à rien de moins qu'à déposséder la municipalité d'un de ses droits les plus importants :

Les maire et consuls de Périgueux ont toujours[311] exercé la haute, moyenne et basse juridiction dans la Cité, de sorte que les murs, les portes, les clôtures, les tours et les barbacanes les concernent seuls ;

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ils ont seuls le droit de disposer des clefs et de faire les réparations, de telle sorte que, si, parfois, ils ont pu confier une clef à quelqu'un, c'est qu'ils l'ont bien voulu. Cependant, la porte dite de la Boucherie s'étant trouvée avoir besoin d'une barre de clôture, au moment où cette barre allait être rétablie, l'official de Périgueux, au nom de l’évêque, est intervenu, a ordonné aux ouvriers de cesser leur travail, a excommunié les consuls et usé de tous les moyens d'intimidation ; ce qui, loin de les effrayer, encourage les officiers municipaux à demander justice, résolus qu'ils sont à s'adresser, s'il le faut, à l'archevêque de Bordeaux et même au pape[312] .

Nous n'avons pas la suite de l'affaire ; mais le P. Dupuy, qui put consulter des documents disparus aujourd'hui, dit que la municipalité fit mettre « une serrure à la porte », c'est-à-dire fit rétablir la barre dont il vient d'être question[313] .

§ 5. — 1334-1341. — Il semble que, en 1334, la royauté ait commencé à prendre en considération les services qui lui avaient été rendus par la ville et soit venue à des sentiments plus favorables à la municipalité. On peut l'induire de plusieurs actes :

Par lettres datées du 13 décembre de cette année, à Paris, Philippe de Valois reconnaît aux maire et consuls le droit de contraindre les habitants de la Cité au payement des impôts ; en outre, il ordonne au sénéchal de poursuivre les récalcitrants, si besoin est[314] . D'autres lettres, du 26 juin 1336, à Paris, témoignent d'une égale bienveillance. Des ordonnances avaient défendu aux sergents royaux de faire aucune fonction de leurs offices dans l'étendue des fiefs dont les seigneurs avaient droit de haute, moyenne et basse justice. Comme ces agents avaient entrepris d'exercer leur charge dans le territoire de Périgueux, la municipalité s'en émut et

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porta plainte au roi. Celui-ci enjoignit au sénéchal de leur interdire toute sorte d'actes, dans l'étendue de la haute, moyenne et basse justice de la ville, et de faire exécuter, dans ce fief, les ordonnances qui étaient observées dans les terres des autres vassaux de la couronne[315] . Ce n'est pas tout : des lettres datées du 3 juillet suivant, à Paris, firent défense au sénéchal de forcer les habitants de Périgueux à venir plaider hors de leur territoire[316] .

Peu après, une mesure plus importante fut prise. En conséquence de poursuites intentées par le procureur du roi et le chapitre de Saint-Front contre la municipalité, la juridiction de la ville et les émoluments du consulat avaient été saisis et placés sous la main du roi. Mais, en 1336, les maire et consuls, qui venaient d'éprouver plusieurs fois la faveur royale, se hasardèrent à réclamer la restitution de leurs droits. Cette démarche fut suivie d'un plein succès : des lettres de Bernard Gervais, juge-mage de la sénéchaussée, au baile de Périgueux, en date du 21 juillet 1336, à Cahors, commandaient à cet officier de faire enlever les panonceaux royaux des portes du consulat et des poids publics, et de remettre les choses en leur dernier état[317] . Peu après, cette mesure équitable était complétée par une injonction de la couronne au sénéchal d'avoir à veiller à ce que son subordonné, le procureur de la sénéchaussée à Périgueux, cessât de troubler la municipalité dans l'exercice de ses droits judiciaires et financiers[318]. Des lettres royales de l'année 1340 révèlent que la ville ne fut pas ingrate[319].

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Sur ces entrefaites, fut également terminé à l'avantage des maire et consuls un procès qui leur avait été intenté devant le Parlement par le comte de Périgord, Archambaud IV, seize années auparavant. Ce dernier les accusait d'avoir, à plusieurs reprises, empiété sur sa juridiction et sur celle du chapitre de Saint-Front, que l'on ne sera pas surpris de voir invoquer en cette affaire ; mais le grief principal concernait de prétendus excès commis par les habitants du Puy-Saint-Front, lors des obsèques de la comtesse Brunissende de Foix, mère dudit comte, en 1324. D'après les articles produits par le comte, le corps de sa mère avait été apporté à Périgueux pour être inhumé au couvent des Frères Mineurs ; le comte Archambaud IV et ses frères, le cardinal de Talleyrand et Roger-Bernard, et avec eux, une suite nombreuse de nobles dames, de barons et de chevaliers, étaient venus se loger audit couvent. Profitant de l'occasion, les consuls suivis d'une foule de peuple, pensatis insidiis et more hostili... et pulsato cornu dicte ville, quod consueverant pulsare quando communitas excitatur ad parlamentum, seraient venus, de nuit, à la maison des Frères Mineurs, dans le dessein de tuer le comte et tous ceux qui l'accompagnaient. Au cours de l'action, six archers de la suite du comte auraient été blessés mortellement. Archambaud conclut en demandant que les maire et consuls de Périgueux soient déclarés déchus du fief et de tous les droits de juridiction qu'ils tenaient de sa personne et de ses prédécesseurs[320].

Dans la défense qu'ils présentèrent, ceux-ci donnèrent de l'incident une version toute différente. Après, avoir affirmé que, relativement aux prétendus abus de juridiction, ils n'ont fait qu'user des droits leur appartenant, au regard des événements survenus lors des obsèques de la comtesse Brunissende, ou plutôt dans la nuit qui suivit le service funèbre du septième jour, ils exposent que, prenant prétexte du grand nombre de personnes venues à Périgueux à cette occasion, le comte avait demandé à la municipalité de faire faire des

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patrouilles, ce qui lui avait été accordé. Or, comme une patrouille était sortie en dehors des murailles, des gens de la compagnie d'Archambaud IV se mirent à insulter les bourgeois, ipsos vocando rusticos et alias eosdem deridendo ; puis, étant entrés un instant au couvent des Frères Mineurs, où le comte les attendait, ils en sortirent bientôt après et attaquèrent à main armée la patrouille, au moment où elle rentrait dans la ville, et blessèrent grièvement deux bourgeois. Les consuls n'hésitent pas à déclarer que tout cela s'accomplit au su et avec l'agrément du comte, qui dictam villam et habitatores ejusdem habet odio capitali[321] .

L'affaire traîna en longueur. Par un arrêt du 3 août 1334, nous voyons le Parlement condamner le comte de Périgord aux dépens, sur la requête de plusieurs habitants de Périgueux . qu'il avait fait citer, sans cependant prendre de conclusions contre eux[322] ; mais la solution définitive n'intervint qu'au mois de décembre 1340. Alors des lettres de rémission déchargèrent les maire et consuls de toute accusation, avec un éclatant éloge de la ville et de la municipalité, pour leur zèle à la défense du royaume et leur dévouement à la couronne[323]. Les maire et consuls obtinrent un autre acquittement la même année, le même mois et peut-être le même jour, dans un des nombreux procès suscités par le chapitre de Saint-Front d'accord avec le procureur royal, sous le prétexte d'usurpation sur les droits du pariage[324] .

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C'est encore sous l'influence des services rendus que, au mois d'octobre 1841, Jean, évêque de Beauvais, lieutenant du roi en Languedoc et en Saintonge, confirma leurs privilèges, en reconnaissant que les biens des bannis, originaires de la ville, ne pouvaient tomber en commise ni être acquis à la couronne, et que le roi Philippe de Valois approuva ces lettres au mois de décembre suivant[325] . Mais la situation ne tarda pas à se modifier.

§ 6. —1341-1352. — Il est superflu de rappeler que les comtes de Périgord n'avaient rien abdiqué de leurs prétentions sur là ville, et l'on se souvient que, à l'occasion d'un incident récent, Archambaud IV prit soin de les renouveler expressément. Mais Périgueux était protégé par le prix que la couronne attachait à sa fidélité, et il semblait que ses ennemis choisissaient mal leur temps. Cependant, si, au début, leurs espérances parurent déçues, un moment vint où ils purent croire qu'ils touchaient enfin au but.

En l'année 1339, le comte Roger-Bernard, à la suite d'événements étrangers à l'objet de cette étude[326] , fut amené à céder au roi Philippe de Valois, tous les droits qu'il avait sur Bergerac et ses dépendances, moyennant une rente annuelle de 1600 livres tournois assise sur les juridictions de

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Montignac, Mouleydier et Montcuq[327] . A dater de ce traité, le roi prit possession de Bergerac et de sa seigneurie, qui restèrent définitivement annexés à la couronne. Mais l'assignation de rentes à prendre sur les juridictions précitées était loin de parfaire les 1600 livres promises par elle. Sur les réclamations du comte, le roi lui donna, en 1340, la terre et la châtellenie de Bourdeille[328] , en compensation d'une autre partie de la rente.

Cependant le comte demandait toujours qu'on achevât de lui assigner ce qui lui restait dû. On s'en occupa en 1341, et des lettres du 10 novembre de cette année nous apprennent que Jean, évêque de Beauvais, lieutenant du roi en Languedoc et en Saintonge, avait été chargé de ce travail, mais que, ne pouvant le faire, il en avait confié le soin, une première fois, à Pierre Descombes, juge royal de Bergerac, qui, n'ayant eu, non plus, le temps d'y vaquer, recevait une seconde injonction. de ne pas différer davantage. Le comte ne demandait qu'à lui faciliter la tâche :

Le procureur du comte nous a fait connaître en détail le revenu de la juridiction dont la moitié appartient au roi, en vertu du pariage établi, en 1246, entre la couronne et le chapitre de Saint-Front, le revenu des ventes et du sceau qu'ils possèdent également par indivis, le revenu du droit du commun de la paix que le roi est dans l'usage de percevoir à Périgueux, le revenu de ce même droit qu'on lève annuellement sur les bourgs et paroisses de Trélissac[329] , etc... ; ledit procureur demande que tous ces revenus soient assignés audit comte.

Ce qui eut lieu, du moins en partie, car, de ces différents revenus, la part du roi dans les produits de la justice du

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pariage et le droit du commun de la paix lui furent attribués[330] . Il semble que la moitié des ventes ne lui fut adjugée que plus tard[331] .

Cette décision mécontenta les habitants de Périgueux, qui comprirent les graves conséquences qu'elle ne pouvait manquer d'entraîner pour eux. Aussi n'hésitèrent-ils pas à tenter d'en empêcher l'exécution. Ils alléguèrent leur privilège de ne pouvoir être séparés de la couronne, et soutinrent que le comte n'avait jamais eu aucun droit dans la ville. Leurs démarches furent si bien dirigées que, au mois de janvier 1342 (n. st.), le roi leur accorda des lettres qui, en confirmant tous leurs titres anciens, révoquaient la cession consentie au comte par l'évêque de Beauvais[332] . Mais ces lettres portaient une trop rude atteinte aux desseins et aux intérêts du comte pour qu'il n'essayât pas d'en paralyser les effets.

Roger-Bernard prétendit que les démarches de la municipalité et des bourgeois avaient été faites à son insu. Pour tirer l'affaire au clair, le roi, par lettres en date du 18 mars 1342

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(n. st.), « lès le Pont-Sainte-Maxence », enjoignit à Pierre Descombes, son juge à Bergerac, de citer les maire et consuls et opposants aux Requêtes de l'Hôtel, pour là quinzaine de Pâques[333] . Tout espoir n'était donc pas perdu pour le comte. Deux jours après, il est vrai, le roi paraissait se raviser et, s'estimant sans doute suffisamment éclairé, maintenait en faveur de la communauté la décision prise au mois de janvier précédent[334] .

La citation n'en eut pas moins son effet, et, trois jours après l'expiration de la quinzaine de Pâques, lorsque, très probablement, on ignorait encore en Périgord ce qui s'était passé aux Requêtes de l'Hôtel, où les maire et consuls s'étaient présentés, Pierre Descombes, siégeant à Périgueux dans le couvent des Frères Mineurs, n'hésita pas à prendre une décision par laquelle, sans avoir égard à l'appel interjeté ni aux lettres royales, la ville était condamnée à payer dorénavant au comte le droit du commun de la paix et à lui obéir comme elle obéissait naguère au roi[335] .

Cependant, l'affaire suivait son cours devant les Requêtes de l'Hôtel. Conformément à la citation reçue, le maire, les consuls et autres opposants avaient comparu au jour indiqué avec « les lettres et privilèges desquels ils entendoient s'aider contre ledit comte » ; mais, au lieu de reconnaître les droits que leur attribuaient ces lettres, les gens des Requêtes renvoyaient les parties devant l'évêque de Beauvais qui, involontairement ou à dessein, laissa tout en suspens jusqu'au mois

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d'août. Encouragé sans doute par ces retards et assuré d'autre part, comme nous le verrons tout à l'heure, des bonnes dispositions du roi, Roger-Bernard devint alors plus pressant [336]. Le 6 août, il obtenait des lettres annihilant tout ce qui avait été accordé antérieurement à ses adversaires. Ces lettres, adressées à l'évêque de Beauvais, portaient :

« Et ainsi est encore et a esté par les illicites oppositions et frivoles desdits consuls et habitants desdites villes retardée ladite assignation estre faite audit comte, en son grand grief et dommage, si comme il dit ; pour quoi nous vous mandons... que, lesdites parties appelées par devant vous sur toutes les choses dessusdites et les dépendances d'icelles, et sur le fait et teneur desdits privilèges et de toutes les circonstances des débats et discors des susdits, souverainement et de plein et sans forme de jugement, par l'inspection desdits privilèges ou autrement, ainsi comme bien vous semblera à faire, vous informés bien et diligemment et sans délai, et, ce que vous en trouverez avec vostre avis, nous réserviez féablement soubs vostre seel... afin que, sur ce, nous y puissions pourvoir de tel et convenable remède comme bon nous semblera, etc.... »

L'évêque, empêché, délégua le baile royal de Périgueux, Guillaume Hugues, pour le remplacer. Après plusieurs ajournements successifs, les maire et consuls, cités en dernier lieu devant le Parlement de Paris, répondent au baile qu'ils n'acceptent ladite citation qu'autant que le roi et le Parlement voudront eux- mêmes l'admettre. Ils ont, en effet, par devers eux des lettres royales, qui, non seulement, confirment leurs privilèges, mais déclarent nuls tous actes de procédure qui viendraient à rencontre; c'est pourquoi ils entendent ne se départir en rien desdits privilèges[337] .

On peut imaginer quelle habileté le comte dut déployer pour essayer de fixer à sa cause la faveur royale, si incertaine qu'elle oscillait sans cesse de l'une à l'autre partie. Il trouva,

il est vrai, un appui précieux dans le fils aîné de Philippe,

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Jean, duc de Normandie, qu'il accompagna dans ses chevauchées à travers le royaume et de qui la protection ne devait jamais se démentir. Nous n'en voulons pour preuve que des lettres émanées de ce dernier, en date du 27 mai 1342, à Avignon, qui, en considération des «bons et agréables services rendus longtemps et fidèlement » au roi et à lui-même, concèdent au comte de Périgord la faveur d'établir dans ses terres un juge d'appeaux qui connaîtra des « premiers appels, dans les causes tant criminelles que civiles»[338] . Cette conduite avait acquis aussi à Roger-Bernard les bonnes grâces du roi : Philippe VI, par lettres du 9 juin 1342, au Bois de Vincennes, ordonna au Parlement de mettre en surséance et tenir en état toutes les affaires du comte « jusques a un mois après son retour du voyage qu'il a entrepris avec le prince Jean »[339] .

Nous ne savons ce qu'il advint de la citation des maire et consuls devant le Parlement. Toujours est-il que le comte crut devoir recourir à Jean, duc de Normandie, alors lieutenant du roi, son père, en Languedoc, dont il avait éprouvé déjà la protection. En fait, Roger-Bernard n'eut qu'à se louer de sa détermination : par des lettres données à Montpellier, le 4 juillet 1344, ce prince lui adjugea purement et simplement les trois sources de revenus qu'il convoitait ; et, comme si cette décision devait être définitive, ces lettres furent sanctionnées par Philippe VI en janvier 1345 (n. st.)[340] . Il y eut, cependant, encore un revirement, qui ne devait pas

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être le dernier, et, en février 1346 (n. st.), le roi de France, par de nouvelles lettres, dans lesquelles il résumait ce qui s'était passé depuis 1339 et prétendait que la confirmation, qu'il avait accordée en janvier 1345 (n. st.), avait été subrepticement obtenue, révoqua l'assignation faite au comte, gardant pour lui tous les revenus adjugés et déclarant qu'ils ne seraient jamais aliénés de la couronne[341] .

Néanmoins, Roger-Bernard ne désarma pas et s'adressa de nouveau à Jean, qui, chose à peine croyable, lui accorda, au mois d'août 1346, d'autres lettres qui mettaient le comte en possession de tout ce dont il avait été déjà dépossédé deux fois. Ces lettres, que le roi n'hésita pas à confirmer au mois de novembre suivant[342] , le même roi les révoqua six mois plus tard (11 mai 1347)[343] . Il semblait que le dernier mot restait à la municipalité ; mais le comte trouva des moyens dilatoires[344] , et nous verrons cette interminable affaire se poursuivre encore sous le règne suivant.

Ces vicissitudes de la faveur royale n'altérèrent point la fidélité de la ville. Il y eut en effet, en 1345, entre le 24 juin et le 6 août, un complot pour livrer Périgueux aux Anglais[345] ; mais cette tentative, sur laquelle nous n'avons pas de détails, échoua. Cette même année, les ennemis essayèrent une attaque de vive force qui, de même, resta infructueuse. Selon Froissart, qui nous en a laissé le récit[346] , le comte de Derby avait quitté Bordeaux pour aller assiéger Bergerac, que le comte de l'Isle-Jourdain était venu occuper à la tête des troupes du roi de France. Bergerac fut pris. Derby s'y reposa deux jours, puis se dirigea sur Périgueux. Chemin faisant, il soumit Lisle, mais n'osa attaquer Bourdeille. Il semble que

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la forte situation de Périgueux, où s'étaient enfermés « les contes de Pieregorth et messires Rogiers de Pieregorth, ses oncles, et li sires de Duras et bien six-vingt chevaliers et escuiers dou pays », eut vite fait de le décourager. Les Anglais se retirèrent, s'emparèrent du château d'Auberoche, dont les habitants se rendirent sans coup férir, ainsi que de Libourne, et rentrèrent à Bordeaux.

La belle conduite de Périgueux eut sa récompense. Au mois d'avril 1347, en considération de leur constante fidélité et comme dédommagement à leurs pertes, Philippe de Valois accorda à ses habitants le privilège de ne pouvoir être cités ni ajournés, pour quelque affaire que ce pût être, que devant le sénéchal ou devant le Parlement de Paris[347] . Et, comme si cette concession ne devait pas paraître suffisamment rémunératrice de leur dévouement, moins d'un mois après, le 11 mai, le jour même où il révoquait pour la dernière fois les lettres octroyées à Roger-Bernard par le duc de Normandie[348] , le roi, sans tenir compte des instances du comte, et pour prouver d'une manière plus évidente encore l'estime qu'il faisait des maire et consuls, leur attribua deux mille livres à prendre par moitié sur le gros commun du Périgord et sur le petit commun de Périgueux,

.... Attendus et considérez les grans travauls et escandles que nos amez et feaulz les mère, conseuls et commune de la ville de Pierregort ont eus et soutenus longuement, durant nos guerres, en résistant a nos ennemis et gardant et deffendant ladite ville a l'onneur et proffit de nous et de nostre royaume, contre nozdiz ennemis qui, par trois fois[349] (3), sont venus a grans chevauchées par devant

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ladite ville, faisant leur pouvoir de l'acquérir ou destruire par force, etc,.. [350].

Il ne paraît pas qu'ancun événement important soit survenu dans la ville pendant les cinq années qui suivirent cet élogieux témoignage.

§ 7. — 1352-1360: — A peine Jean le Bon commençait à régner que le comité Roger-Bernard, fort de la faveur que ce prince lui avait toujours témoignée, crut le moment venu de tenter contre les privilèges de la communauté un suprême assaut. En février 1352 (n. st.), il obtint de lui des lettres qui remirent en vigueur celles que Jean lui avait octroyées au mois d'août 1346[351] . Mais la situation faite aux bourgeois par les lettres royales du 11 mai 1347[352]  n'en était pas moins très embarrassante pour le comte. Aussi, au lieu d'entrer immédiatement en possession, Roger-Bernard joua-t-il de ruse et laissa la ville, pendant plus d'un an, dans une sécurité trompeuse. Les maire et consuls cessèrent de se tenir sur leurs gardes. Le comte saisit ce moment et son entreprise fut conduite avec tant de bonheur que les bourgeois n'en eurent connaissance qu'au moment où ils ne pouvaient plus essayer d'y résister.

Les maire et consuls furent avertis le 21 juin 1353 « par quelques amis de la ville, ... soucieux de son honneur et de ses intérêts,.... que le comte de Périgord, avec toutes ses forces, voulait... à tort ou à raison, faire à la ville la guerre à feu et à sang, et avait l'intention de détruire, ruiner et arracher tous les blés et toutes les vignes des bourgeois, de remplir

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« de soldats et de pillards toutes les églises et autres lieux des environs, et de ne rien négliger de ce qui pourrait les accabler ». Ces amis avaient ajouté « qu'on pouvait se faire une idée des desseins du comte par le soin qu'il avait eu de garnir et d'occuper les églises de Champcevinel et de Trélissac[353] , qu'il avait fortifiées, ce qui suffisait pour causer des dommages irréparables ». C'étaient là de puissants arguments, car on touchait à l'époque de la moisson. Le parti le plus sage était donc de traiter avec le comte, ce dont les habitants de Périgueux finirent par convenir d'un commun accord[354] .

Immédiatement après avoir reçu les pouvoirs nécessaires, les maire et consuls entrent en pourparlers avec le comte. Cinq jours après (le 26 juin), les bases d'un traité étaient posées et acceptées de part et d'autre, avec l'approbation des trente prud'hommes du conseil[355] et la promesse des maire et consuls d'obtenir celle de la communauté tout entière. Cette dernière ratification fut accordée le dimanche 30 juin[356] , et les deux parties convinrent du dimanche d'après (7 juillet), pour donner à ce traité la solennité voulue et le revêtir de toutes les formalités. Cet acte est d'une telle importance qu'il est indispensable de l'analyser ici avec quelque détail[357] :

Après avoir exposé et affirmé qu'en échange de sa terre de Bergerac, le roi de France lui a définitivement concédé la moitié par indivis de la cour du pariage, dite du cellérier, et tout le commun levé dans la ville et ses faubourgs, le comte déclare qu'il est et a été depuis longtemps en paisible possession, ou à peu près, de ces droits, au vu et au su de tout le monde, sans débat ni contradiction de la part de qui que ce soit; qu'il ne s'en est jamais dessaisi et qu'il n'a jamais fait aucun acte qui pût infirmer celui qui va suivre, dont le but est

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de former une confédération avec le maire, les consuls et la communauté de Périgueux et de leur être largement agréable. Pour cela, il leur cède à perpétuité cette moitié de juridiction et ce droit du commun, pour en jouir et user en toute liberté, moyennant une rente annuelle de cinquante livres de monnaie périgourdine, payable, vingt-cinq livres à la Saint-Jean, et les vingt-cinq autres à la Noël, et un droit d'acapte d'un florin ou marbotin d'or, à chaque avènement d'un nouveau comte de Périgord, auquel ils déclareront en même temps qu'ils tiennent cette moitié de juridiction et tout ce commun de lui comme du seigneur direct, sans autre obligation ni devoir envers lui ou ses successeurs. Si, par la suite, le comte venait à acquérir la moitié des ventes que le roi perçoit dans la paroisse de Saint-Front en commun avec l'abbé et le chapitre[358] , il s'engage, dès maintenant, à en faire le transport aux maire et consuls, moyennant une nouvelle rente de dix livres, et il leur en délivrera à cet effet des lettres en bonne forme. Cette cession est arrêtée sous la réserve du consentement du roi. D'ailleurs, le comte se fait fort d'obtenir la ratification du présent arrangement par des lettres scellées du sceau royal, voire même par des lettres du pape, si cela est nécessaire.

De leur côté, les maire et consuls, du consentement exprès des trente prud'hommes, reconnaissent la vérité des assertions du comte et acceptent l'acense aux conditions imposées, mais également sous la réserve de la volonté et du consentement du roi, ajoutant que, dé­sormais, quand il se fera des proclamations dans la Ville, dans la Cité et dans les faubourgs, à son de trompe ou par la voix du crieur public, à l'exception de celles qui regardent la couronne, elles se feront toutes au nom du comte, du maire et des consuls et avec des pennons aux armes du comte, de la ville et du maire, mais avec l'expresse restriction que, de cette manière de faire les proclamations, non plus que de l'apposition de ses armes sur les pennons, il ne résultera pour le comte aucune juridiction, haute, moyenne ou basse, ni aucune sorte de droits dans la ville, et que si, par hasard, il s'avisait jamais d'avoir quelque prétention à cet égard ou d'apporter quelque entrave à l'action des maire et consuls, toute proclamation faite durant la contestation serait nulle, et les armes comtales seraient effacées des pennons, sans toutefois que les autres clauses de ce traité cessassent d'être obligatoires.

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De plus, il est convenu entre le comte et les maire et consuls que tout premier appel, soit de la cour du consulat, soit de la cour commune du cellérier, pour quelque cause que ce puisse être, lors même qu'on appellerait au roi ou à son sénéchal, sera porté, sans contrainte, à lui comte ou au juge d'appeaux qu'il doit établir dans la ville[359] ; lequel juge connaîtra des causes civiles et criminelles et devra être originaire de la ville ou y habitant. Il est bien entendu que, quoiqu'il puisse arriver, ni cotte moitié de juridiction, ni ce droit du commun ne pourront tomber en commise, être saisis ni mis sous la main des comtes. Il est convenu, en outre, que les contestations qui pourront survenir entre les contractants seront soumises à des arbitres choisis d'un commun accord. On s'engage, de part et d'autre, à tenir très religieusement ce traité, dont les clauses n'ont d'autre but que l'utilité et avantage du comte, du maire, des consuls et de la communauté. Toutefois, les deux consuls de la Cité, en y intervenant, font observer qu'il ne saurait porter atteinte aux franchises et libertés de celle-ci, dont les droits doivent demeurer intacts. Ses habitants ne contribueront pas au paiement de la rente ni de l'acapte et ne jouiront non plus des émoluments résultant du traité, sauf les cas d'appel et les proclamations avec les pennons aux triples armes, etc …

Cet arrangement, pour devenir exécutoire, devait être revêtu de l'approbation royale. Or, aucun document ne permet de supposer qu'il l’ait jamais reçue ; il est vraisemblable qu'il demeura lettre morte[360] . Jean le Bon, il est vrai, confirma au Comte le droit d'instituer un  juge d'appeaux, au mois de

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janvier 1354 (n. st.)[361] ; mais, en fait, il est permis de conjecturer qu'il en fut de cette faveur comme du traité. Elle n'eut pas de suite[362] .

Cependant, la guerre se ranimait plus ardente entre la France et l'Angleterre. Alors les habitants de Périgueux, naguère dédaigneusement abandonnés à la convoitise de Roger-Bernard, devinrent l'objet de la sollicitude de la couronne qui, de ce moment, négligea les intérêts du comte. Nous, savons que plusieurs tentatives avaient été faites par les ennemis pour s'emparer de la ville[363] . Par lettres en date du 14 mars 1354 (n. st.), à Périgueux, le sénéchal recommanda aux maire et consuls de faire garder soigneusement les portes de la ville, d'organiser des patrouilles de jour et de nuit, et de faire exécuter au plus tôt les ouvrages de fortification reconnus nécessaires ; et, comme une grosse vinade [364] avait été imposée pour ce dernier objet par la municipalité, il enjoignit aux officiers royaux de contraindre au paiement de cette taxe les habitants qui refuseraient d'y contribuer[365] . Ces lettres furent le prélude d'une série de mesures favorables à la communauté. C'est ainsi que, le 26 avril 1355, de Tournai, le roi Jean en adressa d'autres à Jean de Clermont, seigneur de Chantilly, maréchal de France et son lieutenant « es parties de Pierregort et fies païs entre les deux rivières de Loire et

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de la Dourdoingne », par lesquelles, considérant la détresse des habitants de Périgueux et sachant par personnes dignes de foi que la ville est environnée de « quatorze lieux ou forte-fesses de nos ennemis », qu'elle est, en outre, si épuisée d'hommes et d'argent qu'elle « s'en pourrait perdre se on n'y mettet remède et secours de gens d'armes a pié et a cheval », il ordonne d'envoyer à Périgueux, sous la conduite d'un « bon et souffisant capitaine », tel nombre de gens d'armes qu’il jugera nécessaire et de faire payer leurs gages par les trésoriers des guerres[366] .

La Cité était moins bien fortifiée que la Ville. Elle se trouva plus accessible à l'invasion et, malgré le secours envoyé par le roi en 1353, les Anglais s'en emparèrent de nuit et par escalade en 1356. Ils en étaient déjà maîtres au mois de mai de cette année[367] . Les maire et consuls firent des efforts incroyables pour délivrer leurs concitoyens : ils craignaient que le roi ne leur imputât cet échec et redoutaient peut-être plus encore que, s'il reprenait la Cité, il ne la regardât comme une conquête et ne voulût la soustraire à la communauté. Ce fut dans ces circonstances que, au mois de mai 1356, le roi adressa aux maire et consuls des lettres par lesquelles il les rassurait contre cette double crainte. Il commence par y faire l'éloge de leur constance et de leur fidélité ; puis, après avoir exposé le fait de la prise de la Cité, rappelle que, malgré le malheur que cette dernière a eu de tomber entre les mains des Anglais, elle n'en est pas moins, en droit, soumise à la juridiction des maire et consuls qui la gouvernent au nom de la communauté. Aussi promet-il que l'occupation de la Cité ne préjudiciera pas à leurs privilèges et que, dès que la Cité sera rentrée sous l'obéissance du roi, seu vi armorum, seu per compositionem, vel alias quocumque modo, le consulat recouvrera l'entier exercice de ses droits[368] .

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Les Anglais tenaient encore la Cité à :1a fin du mois d'octobre. Nous en avons la preuve par des lettres en date du 26 octobre 1356, au Louvre, où le dauphin Charles confirme aux habitants de Périgueux l'octroi d'un subside de 500 livres tournois par mois pour fortifier leur ville[369]. Peu après, l'ennemi fut délogé[370] . Le cardinal de Périgord, HélieTalleyrand, frère du comte, que l'inexécution du traité de 1353 faisait peut-être persister dans une politique hostile à la communauté[371], prétendit, pour faire échec à la municipalité, qu'il avait lui-même arraché la Cité des mains des Anglais et qu'il devait à ce titre continuer de la gouverner en maître[372] . Quoi qu'il en fût de la vérité de cette allégation, la démarche du cardinal

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eut un plein succès : en janvier 1357 (n. st.), il obtenait de Charles, fils aîné et lieutenant du roi prisonnier, des lettres par lesquelles ce prince lui faisait don de la place conquise[373]. Il semble qu'il y fit acte de seigneurie, mais les maire et consuls n'entendaient pas laisser prescrire leurs droits. Comme plusieurs agents de la maison de Périgord avaient institué à la Cité une cour, une audience et un marché hebdomadaires et, de plus, fait dresser des fourches patibulaires et autres insignes de juridiction, la municipalité se pourvut au Parlement contre cette usurpation, représentant que, sous la protection et la sauvegarde du roi, elle avait seule in solidum in Villa et Civitate Petragorarum ac in territorio et pertinentiis suis, infra terminos seu limites dicte ville, omnem jurisdictionem, altam videlicet mediam atque bassam, ac merum et mixtum imperium. Un arrêt rendu sur cette requête le 12 août 1357 ordonna au sénéchal du Périgord de maintenir les maire et consuls dans la possession de leurs privilèges, et, en cas de contestation, de faire assigner au Parlement les auteurs du trouble[374] . Cependant, malgré cette sentence et divers autres actes destinés à la faire strictement observer[375] , la Cité ne fut pas alors réintégrée dans

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la communauté, et les agents du cardinal, qui avaient refusé de s'en dessaisir, continuèrent à y commander, la question restant ainsi pendante[376] . Elle ne fut définitivement tranchée, à l'avantage des maire et consuls, qu'en 1362, mais, cette fois, par Jean Chandos, vicomte de Saint-Sauveur et lieutenant du roi d'Angleterre[377] . Entre temps, en effet, le désastreux traité de Londres (25 mars 1359), puis celui de Brétigny (8 mai 1360), avaient cédé à l'ennemi les «Ville, Cité, terre et païs de Pierregurs »[378] .


 

DEUXIÈME PARTIE

Institutions Municipales

CHAPITRE I

ORGANISATION   COMMUNALE

Nous ne saurions mieux faire, pour exprimer le caractère du régime municipal dont Périgueux jouit au moyen âge, que d'emprunter au savant auteur de l'Histoire de Bordeaux la définition qu'il donne de la commune de cette ville :

Le mot de commune éveille à notre esprit l'idée d'une démocratie municipale, fièrement campée au milieu d'une société aristocratique, en face d'une noblesse féodale. La commune de Bordeaux était précisément le contraire de l'institution que ce mot semble rappeler. Bien loin de s'opposer au monde féodal, elle en faisait partie intégrante. Elle se gouvernait suivant ses principes. Elle ne faisait pas contraste avec les seigneuries, baronnies ou vicomtes, qui l'entouraient sur le pays de Bordeaux ; elle leur ressemblait à peu près en tout point : c'était, elle aussi, une seigneurie. Seulement, au lieu d'avoir à sa tête un seigneur héréditaire, elle avait des magistrats électifs. Sans doute, là création de la commune a inauguré l'avènement des classes moyennes au droit de gouverner ; mais elles n'y ont participé que pour se conformer aux lois féodales. L'émancipation de Bordeaux a été l'entrée de la bourgeoisie, à titre seigneurial, dans la hiérarchie politique. Au-dessus de la commune, en effet, il y a son

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suzerain, duc d'Aquitaine, roi d'Angleterre. Le lien qui les unit l'un à l'autre n'est pas ce devoir public d'obéissance à la loi et au souverain, qui a été le principe de l'Etat romain et qui est redevenu celui des Etats modernes : c'est le lien personnel de « la foi » unissant l'homme à l'homme et le seigneur au seigneur, c'est l'hommage couvert par la garantie du serment. La commune n'est tenue d'obéir au nouveau roi que lorsque ses chefs lui ont prêté serment et qu'en échange ils ont reçu de lui l'assurance d'être bien gouvernés. La solidarité des membres de l'Etat est le fait d'un contrat solennellement affirmé. La Ville ne se connaissait d'autres devoirs que ceux auxquels l'obligeait sa déclaration... Elle n'est pas seulement, en droit, l'égale des nobles ; elle a, de la noblesse seigneuriale, les titres et les attributs. Dans son apparence matérielle, la cité  présente le caractère militaire du monde des chevaliers. Elle a, pour sa garde et sa défense, des remparts et des tours ; elle a sa maison seigneuriale, qui est l'Hôtel de Ville. Elle possède un sceau, et ce sceau est le signe visible et tangible de son droit, l'instrument éternel et la sanction indélébile de son autorité, dont ses magistrats ne sont que les dépositaires momentanés.... Comme les seigneurs enfin, la commune a son donjon : c'est le beffroi de l'Hôtel de Ville, où résonne la Grosse Cloche, voix unique de cette seigneurie collective qui est la commune de  Bordeaux[379] .