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L’Estat de L’Eglise du Périgord depuis le christianisme,

 

(2ème volume)

 

par le R.P. Jean Dupuy, Récollect

 

A Périgueux,

par Pierre & Jean Dalvy Imprimeurs

& marchands libraire, 1629,

avec approbation.

 

 

Table des matières.

 

 

Arnaldus Vitabrensis, Evesque. ― Guillaume, Duc d’Aquitaine.

1

Geraldus de Gordonio, Evesque. ― Guido Duc d’Aquitaine.

9

Guillelmus de Monteberulpho, Evesq. ― Guill. Geoffroy Duc d’Aquitaine.

14

Reginaldus De Tyberio, Evesque. ― Guill. Geoff. 8. Duc d’Aquitaine.

20

Guillelmus de Albaroca, Evesque. ― S. Guillel. IX, Duc d’Aquitaine.

26

Guillelmus de Nauclard, Evesque. ― S. Guillau. IX, Duc d’Aquitaine.

35

Gaufridus de Cauzé, Evesque. ― Louys VII, Roy de France & Duc d’Aquitaine.

44

Reymondus de Maiolio, Evesque. ― Lovys Le Jeune, Duc d’Aquitaine.

46

Joannes d’Asside, Evesque. ― Henr. II. Roy d’Angleterre & Duc d’Aquitaine.

55

Petrus Minetis, Evesque. ― Richard, Duc d’Aquitaine.

59

Adzemarus, Evesque. ― Richard, Duc d’Aquitaine.

64

Radulphus de Turribus, Evesque. ― Phil., Roy de France & Duc d’Aquitaine.

73

Raymundus de Pons, Evesque & Cardinal. ― Louys VIII, Roy de France & Duc d Aquitaine.

80

Petrus de S. Asterio, Evesque. ― S. Louys, Roy de France & Duc d’Aquitaine.

83

Helias Paletisis, Evesque. ― Henry IV, Roy d’Angleterre & Duc d’Aquitaine.

93

Raymundus Dauberoche, Evesque. ― Edouard, Roy d’Angl. & Duc d’Aquit.

95

Audoinus, Evesque. ― Philippe, Roy de France & Duc d’Aquitaine.

100

Raymundus, Evesque. ― Edouard II, Roy d’Angleterre & Duc d’Aquitaine.

104

Petrus, Evesque. ― Edouard III, Roy d’Angleterre & Duc d’Aquitaine.

107

Raymundus, Evesque. ― Edouard III, Roy d’Angleterre & Duc d’Aquitaine.

107

Guillelmus, Evesque. ― Edouard III, Roy d’Angleterre & Duc d’Aquitaine.

111

Petrus Evesque. ― Edouard, Prince des Galles & Duc d’Aquitaine.

117

Gabriel, Evesque. ― Henry IV Roy d’Angleterre, Duc d’Aquitaine.

128

Raymundus Joannes, Evesque. ― Henry IV Roy d’Angleterre, Duc d’Aquitaine.

128

De Bretenous Evesque. ― Henry IV, Roy d’Angleterre, Duc d’Aquitaine.

128

Berengarius, Evesque. ― Henry V, Roy d’Angleterre & Duc d’Aquitaine.

130

Elias Serven, Evesq. ― Charles VII, Roy de France, Duc d’Aquitaine.

136

Petrus de Durfort, Evesque. ― Charles VII, Roy de France, Duc d’Aquitaine.

136

Raymundus Laubariensis, Evesq. ― Charles VII, Roy de France, Duc d’Aquitaine.

136

Godefridus Berengarius darpajou, Evesq. ― Charles VII, Roy de France, Duc d’Aquitaine.

136

Elias de Bourdeille Evesque, Cardinal. ― Charles VII, Roy de France & Duc d’Aquitaine.

140

Radelphinus, Evesque. ― Louys XI, Roy de France & Duc d’Aquitaine.

153

Godefridus de Pompadorio, Evesque. ― Louys XI. Roy de France.

158

Gabriel Dumas, Evesque. ― Charles VIII, Roy de France.

158

Godefridus de Pompadorio, Evesque. ― Louys XII, Roy de France.

158

Joannes Auriens, Evesque. ― François I, Roy de France.

164

Guido de Castro-Novo de Bretenous, Evesque. ― François I, Roy de France.

164

Jacobus Murisso de Castro-Novo, Evesque. ― François I, Roy de France.

164

Joannes de Plagnies, Evesque. ― François I, Roy de France.

167

Fulco de Bonneval, Evesque. ― François I, Roy de France.

171

Claudius Givry, Evesque, Cardinal. S. R. E. ― François I, Roy de France.

171

Joannes de Lustrac, Evesque. ― Henry II, Roy de France.

174

Godefridus de Pompadour de Chasteau Bouchet, Evesque. ― Henry II, Roy de France.

174

Guido Bouchard d’Aubeterre, Evesque. ― Henry II, Roy de France.

174

Augustinus de Trivulcis, Card. S. R. E., Evesque. ― Henry II, Roy de France.

174

Petrus Fournier, Evesque. ― Charles IX Roy de France.

182

Franciscus de Bourdeille, Evesque. ― Henry III, Roy de France.

206

Joannes Martin, Evesque. ― Henry IIII, Roy de France.

216

Franciscus de la Beraudiere, Evesque ― Louys XIII, Roy de France.

219

Advertissement aux catholiques de ceste province sur le profit qu'ils pourront

recueillir de la lecture de cét opuscule.

228

Sancti provinciae Petrochorensis.

234

Diptyca Episcoporum Petrochorensium.

235

Capitula dioecesis Petrochorensis

236

Archidiaconatus.

237

Abbatiae

237

Praepositurae

237

Archipresbiteratus

237

Prioratus

238

Conventus

239

Les roys d’Aquitaine, depuis l’an 419 jusques à 852 suivant les Annales d’Aquitaine,

& la Chronique Bourdeloise.

239

Ducs d’Aquitaine François depuis l’an 852 jusques à 1137

240

Ducs d’Aquitaine Anglois jusques à l’an 1200

240

Les comtes du Perigord, recueillis des livres de Piton, Choppin, Corlieu, Belloy, Meynard,

Catel, & tiltres de la Generalité de Bourdeaux, de la maison de ville de Perigueux,

de Nerac, & des plus anciennes noblesses.

241

Notes critiques et historiques sur l'ouvrage du P. Dupuy par M. l'abbé Audierne

243

 

 

 

 

 

 

― Page 1 ―

 

Arnaldus Vitabrensis, Evesque.

Guillaume, Duc d’Aquitaine.

 

Le Successeur de Rodolphus (en marge: L’an de Jesus-Christ 1014) fut Arnaud de Vitabre, qui la mesme année receut la chaire du Perigord (en marge: Chenu. Gal. Chri. Ma. sc.), & fut sacré Evesque à S. Benoist de Nantueil (en marge: son sacre) par Seguin jadis Moyne, & pour lors Archevesque de Bourdeaux, avec d’autres Evesques. Estant promeu à l’Episcopat il se rendit reccommendable & pour la paix & pour la guerre, pour le spirituel & temporel. l’Année d’après son ordination il fut convoqué à la consecration de l’Eglise du Monastere d’Userche (en marge: Eglise consacrée), qui fut consacrée par Guillaume Duret, Evesque de Lymoges, où il faut remarquer que desja les Chrestiens, suyvant l’ancienne religion, pour les dédicaces des Eglises, avoient acoustumé de faire un grand convoy, pour rendre l’action plus magnifique (en marge: Magnificenses). Baronius (en marge: Baro. an. 393, Ex Sozon. lib. 8 c. 17) l’observe mesme dés l’an 393 ce qui ne se faisoit sans une grande despence (en marge: Et Greg. mag. ep. 54; vid. conc. Aurel.), mesmes avec dons, & li­beralités generales, envers les pauvres. La solemnité presente fut faicte à la faveur de la paix, dont l’Eglise jouyssoit en Aquitaine (en marge: 1017 Heretiques), laquelle

 

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neantmoins l’ennemy vouloit desja troubler, y envoyant quelques hérétiques (en marge: Ex frag. hist. aquit. ex Pit. ma. sc.), où plustost Epicuriens, environ l’an 1017 pour estre avancoureurs de la doctrine des Petrobrusiens & Albigeois qui quelque temps apres infesterent plusieurs quartiers du Perigord, comme nous dirons.

Guillaume 6. Duc d’Aquitaine mourut l’An 1025 (en marge: Guido 7. Duc daq.) son frere Guy succeda (en marge: 1025), & se rendit recommendable en son zele, lors qu’une partie du chef de Sainct Jehan Baptiste, praecurseur de Jesus-Chrift, fust trouvée au monastere d’Angeraye, où Angery, dans un cercueil de pierre (en marge: La teste Sainct Jean Baptis.): car il convoqua de toute l’Aquitaine tous les ordres re­ligieux pour venir honnorer ce Sacré reliquaire, auquel lieu non seulement les Aquitaniens vindrent par devotion: mais encore les peuples de France, de Bourgongne, de Bretaigne, de Lombardie (en marge: Extat. post vit. Rober. in apend. ad glab.), & quod etiam magis videtur, omnes congregationes sermorum Dei ex Aquitania cum sanctorum corporibus & reliquiis, & apparatu ecclesiastico psallentes processerunt ad memoriam sancti praecursorum Christi dict un fragment de l’histoire d’Aquitaine (en marge: Processions). Il ne faut poinct doubter qu’il n’y faille comprendre les communautes religieuses du Périgord à cause du voisinage (en marge: Bar. hoc anno; Dupl. to. 2 p. 35), quoy qu’ils n’y pareussent avec la magnificence des moines de S. Martial de Lymoges.

Je crois aussy qu’a ce temps le comte de Perigord Gérard estoit mort (en marge: Corl. chron. eng. Meynard arr; li. 9), son fils aisné Elie luy succede à la charge (en marge: Crime Sacrilege), & pleust a Dieu qu’il eut

 

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hérité lintegrité de son pere (en marge: Elie Com. de Per.): car au contraire il se treuve coulpable d’un crime tres noir. Cest que Ebles Evesque de Lymoges frere, où selon Guydonis oncle de Guillaume Duc d’Aquitai­ne (en marge: Guido in tab. ep. Lemov.), estant desja cassé de viellesse, nomma pour Evesque & son coadjuteur Benoist, qu’il avoit eslevé des son bas aage, à ce qu’il eut ladministration de l’Evesché, auquel il luy succederoit apres sa mort. Elie ne pouvant supporter qu’un sien ennemy fust eslevé à cette dignité, luy dresse une embuscade, le prent & le tenant en prison luy creve le yeux, le relaschant apres telle cruauté. Duquel forfait Ebles eut eu reparation, poursuivant le Comte criminelement (en marge: Annal. du Bou. 3 p. c. 1); mais bien tost apres il mourut en l’abbaye de S. Michel en lair; le Comte peu après bourrellé de la synderese, se resolut pour expiation de son crime sen aller à Rome demender au S. Pere labsolution de son peché (en marge: Penitence); & lors qu’il y alloit en habit de pénitent, il mourut par les chemins (en marge: Ma. sc. S. Anth.). Dautre part il fit battre dans la ville certaine monoye nommée, Helianensis, laquel­le après sa mort causa beacoup de troubles & fut descriée par l’Evesque comme nous verrons. Dans la mesme Année 1025 soubz le regne de Robert Roy de France (en marge: 1025) l’abbaye de Tourtoyrac en Perigord fust fondée par Guido Vicom­te de Lymoges & Imma sa femme (en marge: Abbatia Tortoyracensis fundatur Anno 1025), en consideration d’un de leurs enfans Richard qui fut le premier Abbé de ce lieu, ses freres Ademarus avec Senegundis sa femme; & Pierre avec Sulpi-

 

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cia sa femme, contribuerent notablement à ceste saincte action pour honorer l’Ordre de S. Benoist, auquel lieu plusieurs bons Religieux randirent leurs voeus (en marge: Ma. Sc. Cartul. dioeces. Petroch.). L’ancien Cartulaire du Dioceze nous marque, que jadis il y avoit les Offi­ces suivens, le Prieur claustral , le Sacrestain, le Camarier & 34 Moynes, Stephanus fut le seçond Abbé, toutes aultres memoires sont perdues dans les ruines generales du catholicisme.

Revenons à l’Evesque Arnaldus lequel, à ce que je crois, nous trouverons à Lymoges, à lassemblée des Evesques convoqués pour leslevation du Corps de S. Martial, & la consecration de l’Eglise S. Estiene (en marge: Sacre d’Eglise), l’An 1018 au moys d’Aoust, au rapport de Gaufredy, & comme portent les actes de ceste assemblée où concile: je dis avec beaucoup de probalité (sic) que nostre Evesque y assista pour lors, puis que la mesme année au moys de Novembre nous le trouverons dans la solennité faite pour l’Eglise royale de S. Sauveur, bastie par Pepin, comme il appert par l’inscription du sacre, portant le nom d’onze Evesques desquels Arnaldus est le 4 (en marge: Inscrip. Lemov. cons. 1028) (en marge: Adsistans).

ANNO DOMINI 1018. CONSACRATA EST BASILICA REGALIS SALVATORIS LEMOVICAE, V. CAL. DECEMBRIS, IDQVE AB EPISCOPIS VNDECIM. IORDANVS LEMOVICENSIS, IZEMBERTVS PICTAVIENSIS, ROHO ENGOLISMENSIS, ARNALDVS PETROCHORENSIS, PETRVS GERVNDENSlS, DEODATVS CADVRCENDIS, AEMILIVS ALBIENSIS, ARNALDVS ROTENENSIS, FVLCO

 

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CARCASSONENSIS, ELVS SANTONENSIS, GODEFREDVS ARCHIEPISCOPVS BVRDIGALENSIS. HOC FACTVM EST IN TEMPORE ROBERTI REGIS FRANCORVM; ET IMPERATORVM CONSTANTINI GRAECORVM, ET CONRADI ROMANORVM.

 

Je trouve aussi qu’en la mesme année, ce bon Evesque fut au convoy funebre de Guillaume Taillefer, Comte d’Angolesme, suivant la remarque de Corlieu (en marge: Corl. chr. Engol.). Quittons Engolesme pour passer à Bourges (en marge: Consiles), & y veoir comme un concile d’Evesques y est assemblé du nombre desquels estoit nostre Evesque l’An 1034 le 3 du moys de Novembre (en marge: 1034), pour faire plusieurs bons reglemens Ecclesiastiques, & remedier a beaucoup d’incidens; mais je soubsçonne fort qu’is forgearent là certains articles, qui sentent trop leur rigeur & severité, qu’ils vouloient auctoriser soubs pretexte de zele (en marge: Glaber. lib. 4 ch.), & pour obeir à quelque pretandüe revelation que quelqu’un de ces bons Evesques disoit avoir eu, lesquels arti­cles du despuis furent casses. Repassons à Ly­moges au jour anniversaire du sacre de l’Eglise S. Sauveur pour veoir vn 2. Concile provinci­al auquel les Evesques sont convoqués (en marge: Ex act. cons. 2 Lemov.), premi­èrement pour acoiser les troubles & seditions esmeuës contre les Ecclesiastiques par les perturbateurs du repos public (en marge: Tom. 3 cons. p. 2). La première seance fut conclue par une estrange commination (en marge: Conclusions), contre tous ceux qui enfreindroient la pais publicque, & seroient recogneus autheurs des seditions, les Evesques commandans au Diacre qui avoit leu

 

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l’Evangile, de lire hault & clair la presente malediction (en marge: Excommunication) (en marge: Act. ep. Cad. sub. Deod. Episc.). Ex authoritate Dei patris omnipotentis & filii & spiritus sancti, & Dei genitricis Mariae, & S. Petri Apostolorum principis, & beati Martialis, & aliorum Apostolorum, atque omnium Sanctorum Dei, nos Episcopi in nomine Dei secialiter congregati Aerno Archiepiscopus Bituricensis Jordanus antistes Lemovicensis, Stephanus Aniciensis, Rorico Arnernensis, Ragamundus Mymatensis, AEmilius Albiensis, Deus dedit Cadurcensis, Izembertus Pictavienfis, Arnaldus Petragoricensis, Roho Engolismensis: ex communicamus illos milites de isto Episcopatu Lemovicensi, qui pacem & institiam Episcopo suo firmare, sicut ipse exigit nolunt, aut noluerunt. Maledicti ipsi, & adiutores eorum in malum, &c. (en marge: Ex. Glab. lib. 4) Pour lors les Evesques jetterent en terre & estegnirent les cierges qu’ils tenoient allumés; exhortans au-surplus les peuples à garder la paix & concorde avec leur Evesque. La seconde seance fust pour donner conclusion au grand debat survenu pour le tiltre d’Apostre donné à S. Martial (en marge: Nom d’Apostre), premier Evesque des Lymosins. Contraste qui avoit du­plusieurs ans nonobstant la conclusion faicte au premier Concile tenu il y a cinq ans au mesme lieu (en marge: Scol. ser. Binij. in to. 3 Conc.), & renouvellée au Concile de Bourges, auquel les lettres du Pape Jean avoient esté leües, qui decidoient la cause, & declaroient qu’il meritoit le tiltre d’Apostre; & mesme avoit envoyé l’Oraison ou il estoit nommé Apostre. On faict en suitte lecture des 20 Canons soubscrits par eux à Bourges il n’y avoit que quelques jours,

 

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en outre l’on donna audience aux plaintes que l’Evesque proposoit (en marge: Plaintes). La première fut qu’un Comte de Tholose, puis Comte du Perigord & Vicomte de Combort, avoit par auctorite donné un Abbé laique à l’Abbaye de Beauvais (en marge: Baro. ex M. S. anno 1032 n. 2). Action qui fut detestée par tous les Evesques qui deposerent cet Abbé, disant ces beaux mots, Ecclesiastica officia non secundum carnis orignem, sed secundum meritorum virtutem distribui oportere. Se plaignoit aussi de ce que les excommuniez par les Evesques alloient demander au Pape l’absolution, & plusieurs autres particularitez rapportées dans le troisîesme tome des Conci­les (en marge: Vid. tom. 3 Conc. p. 2), le collecteur desquels l’a emprunte de Baronius, & Baronius partie de Glaber, partie d’un manuscript que j’ay eu nagueres entre mes mains, auquel plusieurs autres propositions sont contenues, lesquelles Baronius juge in­dignes des Evesques François, tant elles sont hardies contre le sainct Siège.

Il se presenta aussi à nostre Evesque une noble occasion en laquelle il fit paroistre son courage & sa vaillance au faict des armes contre les Normans (en marge: Faict d’armes), qui environ ce temps voulurent prendre terre à S. Michel en l’air, in sancto Michaele de Eremo, qui est au bas Poictou contre la mer avec leur fiere & cruelle resolution de venir encore un coup saccager toute l’Aqui­taine. Cet Evesque faict levée de gens d’armes, lesquels comme Capitaine il conduit au danger (en marge: Ma. Sc. S. Anth.), & ayant joinct ses forces avec Guillaume

 

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Comte de Poictou, homme tres-vaillant: on livre la bataille contre l’ennemy, où les Normans furent presque tous taillez en pieces. Je trouve aussi que l’argent venant à manquer, à nostre Evesque pour l’entretien & solde de ses gens de guerre; il fut contraint d’engager à Anthoine Evesque de Lymoges l’Archiprestré d’Eyssideuilh pour quelque somme d’argent (en marge: Archiprestré engagé), avec laquelle il recompensa ceux qui l’avoient servy. Le vieux cartulaire remarque, que long temps par le peu de soing de l’Eglise du Peri­gord, cest Archiprestré a esté perdu & mis en oubly par ce Dioceze, sans qu’on fut soigneux de le rachapter & reunir comme il est aujourd’huy. Les anciens manuscripts suivis par Chenu (en marge: Chenut. in Ta. ep.) mettent la mort d’Arnaldus l’an 1036 le 14 Juillet (en marge: 1036): mais je le trouve encor en vie l’année après soubscrivant aux lettres du Duc d’Aquitaine Guillelmus (en marge: 1037), comme il se voit dans le cartulaire de S. Jean d’Angeric (en marge: Pet. Ma. Sc. S. Joan Angeriac). Il fut depuis ensevely (en marge: Mort) dans l’Eglise du Monastere Sainct Front, où reposoient les os de ses predecesseurs. (aa)

 

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Geraldus de Gordonio, Evesque.

Guido, Duc d’Aquitaine.

 

Apres la mort d’Arnaldus (en marge: L’an de Jesus-Christ 1037), Gérard fut mis en sa place (en marge: Chenu. Gall. Christ. ma. sc.): il gouverna cet Evesché tout autant de temps que son devancier; mais non avec pareil suc­cez: car le demon embraza & alluma une estran­ge querelle (en marge: Querelle) entre luy & le Comte du Perigord Audebert Cadoyrac (en marge: Audebert Cadoyrac Comt du Perig.), qui avoit succedé à Elie son frere mort au voyage de Rome sans laisser d’enfans (en marge: Comt. d’Angol. par Corl. Ma. sc; don. comm.). Voicy le subject de la combustion. L’Evesque voyant que le Comte Elie durant son vivant avoit faict battre de la monnoye qui avoit eu mise (en marge: Monnoye), peut estre parce qu’il avoit usurpé le pouvoir de l’Abbé de S. Front qui pouvoit faire battre monnoye comme j’ay veu en des pieces d’argent, où d’un costé il y a les ar­moiries du Chapitre, qui sont cinq ronds, & de l’autre une Croix, portant autour Ludovicus. Tant y a que l’Evesque descria le cours de la monnoye d’Elies, suivant la puissance judiciaire qui estoit pour lors aux Officialitez des Eves-

 

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ques. Ce qui anima tellement Audebert qu’impatient de cet affront, desja il met des gens en campagne pour aller assieger & prendre l’Evesque, qui sembloit avoir chocqué sa puissance. D’autre part l’Evesque ne pouvant supporter les ravages du Comte son ennemy & pour l’asseurance de sa personne met aussi des soldats sur pied pour s’opposer à ceste furie, jette des garnisons dans ses chasteaux Episcopaux bastis par Froterius contre les Normans l’an 980. Le desordre dura long temps, puis que l’Evesque pour entretenir ses gens sur pied & les soldoyer, fut contraint d’engager (en marge: Engagemens) & aliéner de sa mense Episcopale deux chasteaux d’importance, Agonac & Auberoche, lesquels furent desengagez du depuis, comme nous trouverons en peu de temps par les hommages rendus pour ces places aux Evesques à muance de Seigneur.

Guido septiesme Duc d’Aquitaine (en marge: Ann. aquit. Chron. Burd.) n’avoit guieres long temps vescu en son Duché (en marge: Duché), succedant à Guillaume teste d’estouppe, l’an 1025 (en marge: 1025) si que je conjecture que son fils Guillaume surnommé Geoffroy (en marge: Guil. Geof. Duc d’Aquitaine) estoit de present le huictiesme Duc d’Aquitaine 1’an 1045 (en marge: 1045).

Nous trouvons dans le Calendrier du grand livre de sainct Sillain (en marge: Ma. sc. S. Syll.) que l’an 1047 (en marge: 1047) l’Archevesque de Bourges Aymo consacra (en marge: Sacre d’Eglise) & dedia le grand Monastere de S. Front, Chenu (en marge: Chenu in Ta. ep. Pet.) l’appelle Aymo de Solliaco le cinquantiesme Archevesque de Bourges, adjoustant que pour lors il faisoit la visite de la province de Bourdeaux, comme

 

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Primat de toute l’Aquitaine, il faut advoüer qu’il s’est porté assez passionné en ceste cause, qui est en l’itispendance dés long temps, sçavoir-mon s’il falloit donner la primauté de l’Aquitaine à Bourges ou à Bourdeaux; car pour la Métro­pole sur les Evesques de la seconde Aquitaine, ceux de Bourges ne nous la disputent point; mais asseurent que le Primat ou Patriarchat est à eux; car le nom de Patriarche chez les Grecs est la mesme chose que Primat chez les Latins (en marge: Primace), suivant la docte remarque d’Azor (en marge: Azor. Just. moral. p. 3 c. 35), qui cite le chapitre Cleros dist. 21. & le chapitre Urbes dist. 80. & le chapitre Provinciae dist. 99 (en marge: Alberic. in Rub. de stat. hom.; Card. Alex. In cap. de sin. dist. 22). La dispute doncques de ce Patriarchat est en Litige dés long temps entre les deux Archevesques, comme il appert par le chapitre dernier de Majoritate & obedientia, & du chapitre exposuit, de dilatationibus tit. de dolo & contumacia; & a attiré plusieurs Docteurs à divers partis, chacun de son costé citant plusieurs rescrits des Saincts Peres, comme l’on peut voir dans Nicolaus Boerius (en marge: Boerius in add. ad tract. in m. conc. num. 14 p. 1) aux additions sur le traicté faict pour l’authorité du grand Concile. Je ne veux donc examiner si l’Archevesque de Bourges faisoit bien ou mal en ceste consecration, je diray en passant que tousjours lors que les Archevesques de Bourges ont voulu s’attribuer ces jurisdictions spirituelles sur la seconde Aquitaine: ceux de Bourdeaux ont reclamé specialement l’an 1052 & l’an 1024 comme il appert par la Chronique Bourdeloise (en marge: Chronic. Burdig.), qui cite aussi une

 

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definitive determination baillée par le Pape Cle­ment cinquiesme l’an 1036 (F.B. lire 1306). adjugeant le Pri­mat d’Aquitaine à l’Archevesché de Bour­deaux.

Je trouve qu’au mesme jour du Sacre de l’Eglise Sainct Front se rencontre le Sacre de l’Eglise cathédrale de S. Estienne (en marge: Chapitre Cathedral), je ne sçay pourtant s’il fut faict en mesme année, & par le mesme: l’antiquité du bastiment me donne à conjecturer que desja ceste Eglise estoit sur pied, quoy qu’elle soit esté bastie à diverses reprises, comme l’on peut voir à l’oeil, sans que nous sçachions ny ses fondateurs, ny ses ampliateurs, contents de dire qu’autres fois ce Chapitre a esté de l’Ordre régulier de Sainct Augustin; & puis que je suis sur ce subject je ne veux obmettre ceste ancienne inscription que nous voyons gravée dans la grande Nef au costé droict de l’Autel, qui fut admirée par le docte Jofeph Lescale estant à Périgueux avec le docte Pythou l’an 1583 (en marge: Josep. scul. 7. de emend. temp. papirius masso de not. Epis. Gall.) de laquelle inscription paschale il advoüe ne sçavoir la raison. Voicy ses mots rapportez par Papirius Masso, dans le Notitia Episcopatum Galliae. Neque causas scimus periodi cujusdam paschalis quam Petrachoriis vidimus una cum Pythaeo nostro, in dextro latere altaris Ecclesiae Majoris, insculptae erant dominici paschalis litterae, meliores quam ut longe infra tempora Justiniani descriptae videantur. Titulus ita conceptus erat. HOC EST PASCHA SINE TERMINO ET NUMERO. CUM FINIERIT A CAPITE REINCIPE.

 

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MARCIVS XXIIII. APR. XII. APR. IIIV. AP. XXIIII. MR. XXXI. AP. XX. & ITA, DEINCEPS IN FINE AUTEM. MR. XXVII. ... IIII. AP. XVI. MR. XXXI. AP. XX. Et mediocriter docto patet initium esse à Cyclo Paschali Dionisiano XVI. Solari XXIIII.

Parmy le calme de l’Eglise la ferveur des Evesques de ce temps se ralentit presque dans toute la France, plusieurs mauvaises coustumes se glissant insensiblement (en marge: Arag. de gest. Rom.). Le sacrilege des Symonies (en marge: 1055) infecta presque tous les Sièges Episcopaux, si que l’an 1055 le Pape Victor tousjours pere commun envoya Hildebrand à Lyon pour assembler un Concile notional (en marge: Epis. 45 Conc. Lugd.) & remedier à ces maux (en marge: Concile), comme de faict plusieurs Evesques Symoniaques se deposerent volontairement de leur charge, ayant veu le miracle qui arriva en la personne d’un d’entr’eux.

Je n’ay rien plus de particulier touchant cét Evesque, si ce n’est sa mort qui fut l’an 1059. Le XXI. Mars après avoir gouverné l’Eglise du Perigord vingt & deux ans quatre mois, & vingt & un jour (en marge: 1059; Mort), il fut ensevely au susdict Mo­nastere de S. Front.

Audebert le Comte du Perigort son andagoniste (en marge: Comtes) estoit desja mort (en marge: Corl. chron. Engol.), n’ayant de gueres survescu son frère Elie, & je croy que ce fut un juste jugement de Dieu, que celuy qui avoit si hostilement traversé le bon Evesque & tout le Clergé, qu’il devoit honnorer comme ses peres, fut troublé après son decez par les siens pro­-

 

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pres: car laissant son fils Bernard pour héritier du Comté, son frere Bozon (en marge: Bozon, Com. du Perig.), Comte de la Mar­che, ne pardonnant au sang & à l’amitié qu’il devoit à son nepveu, s’usurpa le Comté du Perigord par toute voye d’hostilité (en marge: Meyn. 3 par liv. 9 arr.), depossedant son nepveu; & comme un malheur par une entresuitte preste la main à un autre, il perit peu apres par poison qui luy avoit esté donné (comme il est à croire) par ses propres parens, laissant son fils Elie Comte de la Marche & du Perigord. (bb)

 

 

Guillelmus de Monteberulpho, Evesq.

Guill. Geoffroy, Duc d’Aquitaine.

 

Ce n’est pas grand’ merveille d’estre bon parmy les bons: mais de se rendre recommandable en saincteté dans un siecle perverty (en marge:Chenu. Gall. Christ. ma. sc. S. Anthon.); c’est une belle rose remarquable parmy les frimats de l’Hyver, qui attire sur son tein presque miraculeux les amours & les yeux de tous. Je dis cecy en faveur du sainct Prelat Guillelmus (en marge: L’an de Jesus-Christ 1059), qui l’an 1059 incontinent apres le decez de Gerard print

 

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possession de l’Evesché du Perigord, estant desja recommandable par son extraction (en marge: Origine) prinse de la maison illustre de Montberon en Engoumois, de laquelle sont sortis plusieurs Evesques, principalement pour Engoulesme (en marge: Che. in tab. ep. Engol.), Robertus l’an 1255 & un autre Robertus l’an 1420. Mais encor nostre Evesque fut plus remarquable par sa saincteté qui reluisoit comme un Soleil dans un siecle tout ténébreux, Nous avons veu com­me l’an 1055 le Pape Victor fit remedier a la symonie (en marge: Symonies) qui gastoit presque tous les Evesques de France, mais le remede fut seulement palliatif, & ne couppa le mal à sa racine: car l’an 1075 le Pape Gregoire (en marge: 1075) considerant l’estat de tous les Evesques de France (en marge: Desordres), Allemagne & Italie en est presque à mourir de regret, comme il se lamante dans une de ses epistres (en marge: Greg. pap. epist. 49 lib. 2). A peine dict-il, vois-je des Evesques legaux en leur entrée, & en leur vie, gouvernans le peuple Chrestien par l’amour du Chrift, & non par l’ambition du siecle &c. Si qu’estant agi­té de diverses tempestes. Quoquo modo moriens vivo. Je vis en mourant aucunement & comme en regret (en marge: Regret). Parmy le petit nombre de bons Evesques François de ce temps il faut mettre le nostre, puis que Dieu l’honoroit par plusieurs mira­cles signalez, entr’autres que sa malediction avoit telle puissance qu’estant fulminée de sa bouche elle estoit confirmée visiblement du ciel par la punition: Dieu se rendant executeur de ses anathemes, quidquid maledicebat, a Domino erat maledictum dict le vieux manuscript (en marge: Ma. sc.) comme il

 

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parut lors qu’il estoit en ces quartiers de Villeboys, il donna sa malediction sur quelques moulins de la riviere de Nisone, j’en ignore la cause, au moins elle fut si juste devant Dieu, que tout d’un coup & moulin & meusnier, & tout l’attirail s’abismerent miraculeusement.

Depuis peu d’années l’on a faict rencontre dans quelques vieux sepulchres des Moynes Religieux de l’Abbaye de S. Front d’une rare­té, qui monstre la pratique de l’Eglise de ce temps-là: c’est une Croix de plomb (en marge: Croix de plomb, 1072) de la longueur de huict ou neuf poulces, dans laquelle d’un costé estoit gravé (en marge: Inscriptio plumbea 1072) SACRO FONTE BAPTISMATIS DONATVR ILLIANTE, ELIE VOCATVR, OBIIT AVTEM KALENDAS MAII ANNO DOMINI MILLESIMO SEPTVAGESIMO SECVNDO, REGNAN­TE PHILIPPO FRANCORVM REGE, & au milieu il y a un O. & une N. de l’autre costé d’icelle DOMINVS DEVS OMNIPOTENS QVI POTESTATEM DEDIT SANCTIS APOSTOLIS SVIS LIGANDI ATQVE SOLVENDI IPSE TE DIGNETVR ABSOLVERE F. ELIA A CVNCTIS PECCATIS TVIS, ET QVANTVM MEAE FRAGILITATI PERMITTITVR SIS ABSOLVTVS ANTE FACIEM ILLIVS QVI VIVIT ET REGNAT IN SAECVLA SAECVLORVM. De premier abord j’ay creu que c’estoit l’absolution de l’excommunication qui auroit esté donnée à Frere Elie natif d’Heilac en Perigord apres fon trespas: & ce suivant le stile de l’Eglise, qui pour donner de la terreur par l’excommu­nication , & specialement pour declarer aux

 

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fidèles qu’ils peuvent faire prieres publiques pour le deffunct qui estoit mort avec repentance de la faute pour laquelle il estoit tom­bé en la censure, sans pouvoir recevoir son absolution; l’Eglise pour le foro extérieur, comme on dict, se servoit de quelques céré­monies baillant l’absolution sur la sepulture: ce que les Docteurs apres le droict Canonique appellent absolvere mortum ab excommunicatione (en marge: Absolution d’un mort). Non que l’Eglise militante lie & deslie en sa propre signification ceux qui desja sont trespassez, comme il est amplement traicté dans le décret de Gratian (en marge: Dec. 2 p. caus. 24 q. 2), part. 2. caus. 14. quaest. II. cap. Damnationis, §. his auctoritatibus, mais en denonçant que les decedez sont morts fide­les, & que l’excommunication a cessé par la mort: remarque faicte par Covarruvias (en marge: Cova. in c. al. mat. § II n. 8), Ledesma (en marge: Led. 24 qu. 2 6 ar. I), Henriques (en marge: Henric. lib. 13 de exc. c. 25 § post.), Sayrus (en marge: Say. th. lib. I c. 8) & autres Canonistes: & pource non sans subject dans ceste Croix de plomb est faicte mention de son baptesme: car l’Eglise ne peut exercer sa jurisdiction punitive & relaxative sur d’autres que sur ceux qui luy sont subjects par le sainct Bap­tesme, comme le declare le Concile de Trente (en marge: Conc. Trid. S. 14 c. 2). Mais apres tout, dans ceste absolution gravée sur la Croix, je n’y remarque aucun mot d’ex­communication, & aymerois mieux dire que peut estre ceste marque estoit la communion & viatique d’absolution (en marge: Viatique), dont parle le (en marge: Conc. Arans. c. 3) Concile d’Aurange can. 3. qui recedunt de corpore poenitentia accepta, placuit sine reconciliatoria manus impositione

 

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cos communicare, quod morientis sufficit consolationi, secundum deffinitiones patrum, qui hujusmodi communionem congruenter viaticum nominarunt: Sur lequel passage deux doctes lumières de l’Eglise Gallicane (en marge: M. d’Orleans obs. II; M. Coiff. des noms de l’Euc. p. 239) ont de nostre temps remarqué que le mot de communion & viatique ne doit estre entendu de l’Eucharistie adorable (en marge: Viatique); veu que le Concile parle d’une sorte de communion qui estoit baillée sans la reconciliation qui se faisoit par l’imposition de mains, & neantmoins sans icelle on n’eust osé administrer les mysteres sacrosaincts. Partant on conclud que viaticum doit estre entendu en ce lieu tant seulement de labsolution, qui seule quelquesfois estoit donnée aux penitents, mesmes à l’article de la mort, sans administrer l’Eucharistie suivant les rigueurs de la primitive Eglise. Absolution & viatique qui en tesmoignage public de la repentance du decedé seroit pour lors esté gravée sur ceste Croix de plomb, & mise pour accompa­gner le mort au sepulchre.

Revenons à l’histoire, mettant la remarque de Papyrius Masso (en marge: Papir. Mass. lib. de not. episc.), qu’en divers temps plusieurs de Conciles d’Evesques furent assemblez dans le voisinage (en marge: Conciles), sans qu’il en soit faict mention dans les tomes des Conciles, ny par les Annalistes de l’Eglise. Entr’autres il rapporte par les epistres Conc. d’Ildebert (en marge: Hild. epist. Conc. Engol. anno 1060), que l’an 1060 un Concile fut convoqué à Angoulesme par Bertrand second du nom, Archevesque de Bourdeaux , avec les Evesques ses comprovinciaux, soubs la Presi-

 

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dence de Rogerius Cardinal Diacre: comme aussi que l’an 1079 du temps de Gosselin (en marge: 1079) aussi Archevesque de Bourdeaux (en marge: Conc. Burdig. anno 1079), il y assembla un grand nombre d’Evesques, tant suffragans qu’autres convoquez au Concile par Amatus Evesque d’Oloron & Vicaire du pape Gregoire septiesme qui y presida avec son adjoinct nom­mé Hugues Evesque de Digne en Provence, & ce pour arrester & mettre un frain au luxe des Clercs, & reformer leurs moeurs depravées. La Chronique Bourdeloise (en marge: Chronic. Burdig. anno 1095) met plus tard ce Concile l’an 1095. De plus il dict que l’année après il fut convoqué un autre Concile à Xaintes (en marge: Chenut. in Tab. Arch. Burdig.) par le mesme Legat Apostolique & mesmes Evesques. Il nous faut adjouster un Concile (en marge: 1073) tenu premier que ces deux derniers (en marge: Conc. Pictav. anno 1073), à sçavoir l’an 1073 l’Archevesque gosselin ayant assemblé ses Evesques à Sainct Maixant en Poictou contre les fauteurs de l’heresie de Bourges qui desja gastoit la basse Guyenne; nous conjecturons avec beaucoup de probabilité que nostre Evesque Guillelmus avoit seance dans ces Conciles, desquels je n’ay peu trouver les actes dans le thresor de l’Archevesché.

Durant le Pontificat de nostre Evesque (en marge: 1077) & l’an 1077 Guinamondus Moyne de l’Abbaye de la Chesedieu, tres-bon sculpteur de ce temps (en marge: Ma. sc. S. Anth.), fit une riche architecture (en marge: Scupture) dans le coeur de l’Eglise de S. Front sur le sepulchre du sainct Apostre. Iterius appellé Canonicus Divi Frontonis & Cellariarius, fournit aux frais pour ceste

 

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fabrique. Je ne sçay s’il faut conclurre de là que desja la secularisation eut esté faicte.

Je conjecture aussi qu’environ ce temps le Monastere de nostre Dame, de Castris, de la Chastre, de l’Ordre regulier de S. Augustin eut ses premiers fondemens (en marge: Fondation). Le bastiment de ses tours dont il a pris sa denomination monstre son antiquité (en marge: Fund. Abbatiae de Castris), & dans ses ruines prochaines, demande un bon Abbé qui rappelle la premiè­re ferveur de ses fondateurs. Je trouve dans l’ancien cartulaire du Dioceze (en marge: Cart. Episco. Petrac.) qu’il y avoit jadis ces dignitez, le Prieur Claustral, le Chantre, le Cellarier, & treize Moynes, avec plusieurs Priorez & Curez de la collation de l’Abbé en divers Diocezes. Je trouve ceste Abbaye avoir esté en ruine environ l’an 1440 à raison des guerres & malheurs dont nous parlerons.

En fin Guillaume de Montberon ayant gouverné l’Evesché (en marge: Ma. sc.) durant vingt ans, onze mois & trois jours (en marge: Meurt), rendit son esprit à Dieu le neufiesme Fevrier de l’an 1081 (en marge: 1081) & fut ensevely au lieu de sa naissance à Montberon dans l’Eglise de S. Alduric, laissant un general regret à tous ses enfans d’avoir perdu un si bon & si sainct Pre­lat, mais le mal fut flatté par le merite de son successeur. (cc)

 

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Reginaldus De Tyberio, Evesque.

Guill. Geoff. 8, Duc d’Aquitaine.

 

Dans le champ de l’Eglise (en marge: L’an de Jesus-Christ 1081) les lys & les roses y croissent a foison, la paix & la guerre ont leurs propres guirlandes & tousjours verdoyantes couronnes pour salarier les soldats de Jesus-Christ (en marge: V. Bed. S. 18 de sanct.). Il nous faut maintenant enlasser un tortis de fleurs de lys d’innocence, & de roses empourprées par le sang de ce glorieux Martyr Reynald, (en marge: Origine) de la noble maison de Tyviers (en marge: Chenut. Gall. Chri.): il nous ouvrira un champ assez ample pour escrire ses merites, lequel sera encor de plus grande estenduë (en marge: 1086) si nous prenons garde que l’an 1086 Guillaume Geoffroy Duc d’Aquitaine meurt (en marge: Annal. Aquit. 3 p. c. I; Chron. Burd.), laissant S. Guillaume son fils pere de Heleonor (en marge: S. Guillaume Duc d’Aquit.), pour estre le neufiesme Duc d’Aquitaine: car dans ces siecles infortunez nous verrons de grands schismes, revolutions & malheurs qui grossiront contre l’Eglise & l’estat de l’Aquitaine; & auparavant de nous embarquer au voyage d’outremer, remarquons premierement, (en marge: Cart. episc. Pet.) comme nostre sainct Evesque fit bastir l’Eglise de S. Jean de Colle (en marge: Fundation), le bourg de ce lieu prenant son

 

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nom de la riviere Colla, qui le traverfe: il y fon­da en suitte un Prioré Conventuel de Chanoi­nes Réguliers de S. Augustin, où jadis suivant la Pancarte estoient les Offices suivans, le Secretain, le Chantre, le Prevost, l’Infirmier, & l’Aumosnier. Le nombre des Religieux estoit de seize residents: jugez combien fut magnifi­que la libéralité de cét Evesque pour l’entre­tien & fondation de ce Chapitre.

Environ ce mesme temps (en marge: 1095), au rapport de Sigisbert (en marge: Chron. Sygisb. in fin.), un estrange mal fut presque general dans toute la France (en marge: Les Ardans), causé par un feu occulte qui brusloit & consommoit, au moins mutiloit & defiguroit les membres du corps. Contagion qui donna occasion à la charité d’un noble Viennois d’instituer l’ordre des Freres Servans à ces malades dans les Hospitaux, qu’il erigeoit, & d’autant que le secours des Reliques du grand S. Anthoine apportées à Vienne (en marge: Histoir. Anthon. p. 2 c. 33) estoit le plus souverain remede contre ce mal, les Religieux prindrent ce Sainct pour leur titulaire, portans pour marque sur leurs manteaux un T. le Perigord fut infecté de ce feu S. Anthoine, comme j’ay remarqué dans un manuscript vieux de plus de quatre cens ans, qui jadis servoit de Breviaire dans l’Abbaye de S. Martial de Lymoges (en marge: Brev. Lemo.), où sont rapportez quelques miracles de Sainct Front faicts en faveur de ces ardans ou bruslans; c’est pourquoy nous trouvons à Aubeterre (en marge: Fundation) une Commanderie de cét Ordre, qui a dans ceste province deux Priorez dependans.

 

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Il est temps de porter sa pensée sur les maux & calamitez (en marge: Maux des Levantins) que les pauvres Chrestiens de la Terre Saincte enduroient soubs la tyrannie du Roy de Perse & des Sarrazins, le rapport qu’un bon Ecclesiastique d’Amiens, nommé Pierre l’Hermite, en fit au retour de son pèlerinage, toucha tellement le coeur du pere commun de tout le Christianisme, qu’il indiqua un Concile à Clermont en Auvergne (en marge: Conc. Claremont. to. 3 conc.) pour y conclurre les remedes favorables pour secourir nos Freres du Levant. Ce fut donc le Pape Urbain second qui y venant en personne sur la fin de l’an 1094 (en marge: 1094) arriva à Lymoges (en marge: Plat. in Urb. 2), & le penultiesme jour de cét an, consacra l’Eglise Cathédrale de S. Estienne, & le premier de l’an 1095 (en marge: 1095) consacra l’Eglise Royalle de S. Martial avec grande magnificence (en marge: Chron. S. Mart.), & concours de plusieurs Prélats, Entr’autres de nostre Evesque Reginaldus. Il faut cependant prendre garde comme ceste dedicace n’est incompatible avec le Concile (en marge: Gall. Christ. in tab. epis. Lemo.) que nous avons dict cy-dessus l’an 1028 (en marge: Vide sup. anno 1028). De là ils se rendent a Clermont pour tenir le Concile la mesme année 1095 où parurent treize Archevesques avec leurs Evesques suffragans, & l’on y compta deux cens cinquante bastons Pastoraux (en marge: Concile). Platine dict (en marge: Plat. ibid.) que tous les Evesques de France y comparurent, au moins nostre Evesque n’y fit point defaut, & ce fut là que ceste divine arangue du Sainct Pere, faicte sur la miserable condition des Chrestiens de la Syrie mit le coeur au ventre d’une infinité de Seigneurs

 

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qui se croiserent, pour aller restablir par armes les Chrestiens en leur liberté; concluant par une affectueuse exhortation aux Prelats, à ce qu’ils se rendissent à leurs Eveschez pour porter leurs peuples à l’exécution d’une si saincte entreprise (en marge: Croisade).

L’on conclud aussi dans ce Concile trente-deux articles importans pour les moeurs du Clergé (en marge: Lamb. ep. Atrebat.), afin d’en bannir la symonie, le sacrilege & le concubinage (en marge: Bellef. lib. 4; Ann. Franc.). Je ne veux aussi obmettre que ce fut là qu’il fut commandé que l’Office & les Heures de nostre Dame seroient recitées dans l’Eglise; & afin d’advancer la resolution d’outre-mer, le Sainct Pere vint en personne visiter plusieurs Eglises d’Aquitaine (en marge: Ann. Aquit. 3 p.).

Desja toute sorte de peuples (en marge: 1096), de tous aages & de toutes conditions prennent la Croix, deslogent de toutes parts, ou soubs la conduite de plusieurs vaillans Capitaines, ou à la suitte de leurs Evesques, Prestres & Religieux (en marge: Guill. tyr. hist. sac. c. 25 lib. 3). Reynald nostre Evesque fut du nombre, prenant avec les siens la route vers Constantinople, qui estoit le general rendez-vous des Croisez. Godefroy de Billon ayant contrainct avec puissante armée l’Empereur Alexius fidele de nom: mais notablement infidèle aux vrais fideles de recevoir la paix avec les Occidentaux, passe vers l’Hellespont avec resolution de donner vers la Bithynie, où ayant subjugué la ville de Nicée, l’on pousse dans la Syrie, passant le pied sur le ventre à l’armée de Solimand, composée de trois cens soixante mille archers à cheval (en marge: Soliman défaict): &

 

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comme un torrent impetueux forçans plusieurs villes & places d’importance (en marge: Guill. Tyri. l. 4 c. 11), on vint en fin poser le siege devant Antioche (en marge: Siege d’Antioche) qui pour lors estoit gouvernée par Acxianus, en quoy Duplex (en marge: Duplex ann. t. 2) se semble, a esté trompé, disant que c’estoit Corbagath, lequel de vray fut envoyé par son pere Soliman avec une-très puissante armée de Sarrazins (en marge: Secours) pour fondre sur les nostres. Les nouvelles de cét effroyable orage qui venoit sur le camp des Chrestiens r’alluma leur courage (en marge: Tyr. li. 5 c. 14), tous se met­tent en devoir de soustenir le choc, & n’aban­donner leur entreprise. Les Ecclesiastiques ont recours aux prieres & larmes: nostre Evesque sçachant que la victoire sur les ennemis vient d’en-haut, commence à celebrer le divin sacrifice de la saincte Messe, & tandis qu’il estoit à l’Autel, dans ceste action sacrosaincte les ennemis donnent l’assaut si brusquement qu’ils for­cerent nos Chrestiens à ce rencontre (en marge: Ma. sc. S. Anth.), & parmy les boucheries sanguinaires, trouvent nostre sainct Pontife avec ses habits Sacerdotaux, le massacrent cruellement, luy tranchans la teste sur le mesme Autel où il disoit la Messe (en marge: Martyre): ainsi par son martyre il mésla son sang avec le sang de l’Aigneau sans tache Jesus, plus triomphant & annobly par la souffrance de ceste mort, que le vainqueur par sa première victoire, laquelle il achéta bien cherement: car nos Croisez se rallians donnent sur l’ennemy avec horrible tuerie, restans maistres de la ville d’Antioche, dont Bohemond Prince de Tarente & Normand de nation eut

 

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le gouvernement. Ainsi mourut (en marge: 1099) glorieusement le sainct Evesque le huictiesme Septembre l’an 1099 apres avoir gouverné le Dioceze dix-sept ans, quatre mois, vingt & un jour (en marge: Gall. Christ. in ep. Pet.): son corps fut inhumé à Sainct George de Romas, & nous rencontrons son nom parmy les Abbés de Sainct Martial de Lymoges estant surnommé Lastros. (dd)

 

 

Guillelmus de Albaroca, Evesque.

S. Guillel. IX, Duc d’Aquitaine.

 

Mais (en marge: L’an de Jesus-Christ 1099) comme tousjours les plus grandes prosperitez sont destrempées de malheurs inopinez, du­rant ces longs voyages & sieges nos Croisés ayant souffert beau­coup de disette, & tout d’un coup se trouvans dans l’abondance des provisions conquises sur les Sarrazins, se laissans aller à leur appétit, contracterent plusieurs maladies pestilentielles qui dans peu terrasserent plus de Chrestiens (en marge: Guill. Tyr. lib. 10 de bell. S. c. 12), que le glaive ennemy n’avoit faict par le passé. La mort d’Ademarus Evesque du Puy en Vellay (en marge: Ademarus Eves. meurt) porta un notable regret & perte (en marge: Odo de Giff.), qui pourtant revint au profit spirituel & bon-heur de ceste province du Perigord; damant que les nostres

 

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estans desja possesseurs des principales villes où les Chrestiens avoient d’autres fois conservé les precieuses reliques des souffrances de Jesus-Christ, rencontrerent par divine revelation le precieux fer de la lance qui avoit percé son costé adorable apres son trespas. De plus ce noble Evesque Eymard, comme il estoit puissant & signalé dans l’armée, avoit recouvert un des suaires où Jesus-Christ avoit esté enveloppé apres sa mort lors que Joseph d’Arimathie & Nicodeme rendoient à leur Dieu les honneurs funeraux (en marge: S. Suaire), linge sacré qui estoit le suaire honorai­re qui enveloppoit les autres linges qui estoient baignez de baume. Thresor sacré par la vertu duquel, mesme la maison des infideles avoit prosperé à veuë d’oeil, comme il est insinué dans le venerable Bede (en marge: Bed. tom. 3 lib. de loc. saint.), au livre De Locis Sanctis. Cét Evesque auparavant mourir le donna en garde pour le transporter de deçà à un sien Prestre le plus affidé, lequel estant sur mer pour son retour mourut dans la navire, laissant ce sacré depost entre les mains d’un Prestre du Perigord qui le porta à son Eglise (en marge: Porté en Perigord), où Dieu manifesta ce grand thresor par signalez miracles. L’ancien & autentique tiltre qui est aujourd’huy agraffé à l’Eglise de Cadouin (en marge: Inscript. tabell. in Abb. Cad.) nous apprend ce que dessus, disant que le sainct Suaire trouvé dans Antioche, AB EPISCOPO ANICIENSI, QUI IN PARTIBVS VLTRA MARINIS TRANSFRETAVERAT EST HABITVS, ET ILLVD IPSE MORIENS CVIDAM SVO SACERDOTI TRADIDIT, QVI CVM ESSET SVPRA

 

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MARE VENIENS ETIAM MORTVVS EST, RELINQVENS PRETIOSVM MUNVS CVIDAM CLERICO SERVIENTI SVO; HIC CVM ESSET IN FINIBVS PETROCHORENSIBVS , UNDE ERAT NATVS POSVIT DOMINICVM SVDARLVM IN QVADAM ECCLESIA SIBI COMMENDATA QVAE ERAT PROPE CADUNIVM SITA.

Apres la mort du Martyr Reynald, Guillelmus (en marge:1099) d’Auberoche, la mesme année avoit esté pourveu de l’Evesché du Perigord & Abbaye de S. Front.dans laquelle parut grandement le sainct & venerable Robert d’Asdebrezelo, fondateur des Dames de Frontevaux. Ce fut l’an mil cent quatorze (en marge: 1114), que ce docte & Apostolique Prédi­cateur monta en chaire en la presence de l’Evesque, & fit un si divin Sermon, qu’on le jugea digne de le recompenser par une donation (en marge: Donat. Cap. pro ord. font. ebra. Ma. Sc.) que fit l’Evesque & le Chapitre de S. Front d’une terre qu’ils avoient en propre au bourg de Cadouin pour y fonder un Convent pour des Religieuses de l’Ordre qu’il avoit institué: ausquelles de plus les Sieurs de Bainac, & de Biron donnerent ce qui est des biens laicques. L’année 1115 d’après (en marge: 1115) ceste place fut resignée par ledit Robert & par Petronille Abbesse de Frontevaux en faveur de Guido de Salis Docteur (en marge: Donation), intime amy de Robert (en marge: Cont. pro fund. Abb. Cadun.), puis qu’il l’appelle son fidèle compagnon fidele conserviteur au service de Dieu: il vesquit avec ses condisciples comme heremitiquement dans ce lieu, jusques à ce que l’an d’après (en marge: 1116) ils se mirent soubs la jurisdiction d’Henry

 

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Religieux de Pontigny, premier Abbé régulier de Cadouin: & a raison de ce, ceste Abbaye se recognoist la septiesme de la filiation de Pontigny, & l’onziesme de l’Ordre de Clervaux.

Ce fut là que ces saincts Religieux dans les commencemens de leurs premieres ferveurs menoient une vie Angelique: & Dieu voulut les consoler par le sacré thresor du sainct Suaire (en marge: Ma. Sc.). L’histoire en est telle; le bon Prestre qui l’avoit apporté estant absent de son Eglise champestre, le feu s’embrasa par tout le village du lieu, con­sommant le toict & tout ce qui estoit dans la pe­tite Eglise, sans que les voisins accourus à l’incende peussent arrester sa furie: neantmoins, ô miracle! (en marge: Miracle) tous prennent garde comme le feu n’osoit aborder le sacré escrain ou coffret qui estoit pres de l’Autel, Dieu renouvellant le mi­racle de la victoire qu’eut jadis le sainct Suaire sur les flammes, rapporté par Bede (en marge: V. Bed. tom. 3 de loc. Sanct.) au lieu allegué: les Religieux de Cadouin y accourent pour estre spectateurs de la merveille, & passans à travers les flammes enlevent ce joyau inestimable (en marge: Relique prinse), le portent à leur Monastere, auquel ce bon Ecclesiastique quelques jours apres vint faire ses humbles suppliques de luy rendre ce qu’il avoit apporté au péril de sa vie; & ne l’ayant peu obtenir, supplia affectueusment le Superieur de le recevoir au nombre de ses Re­ligieux; ce qu’ayant obtenu il consacra le restant de ses jours pour vivre & mourir aux pieds de ceste saincte Relique (en marge: Inscrip. tabell. in abb. Cad.); Apres son decez il fut en-

 

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sevely honnorablement dans le sepulchre qui releve deux pieds sur le pavé de la Chappelle de la Magdeleine, ce fut 1’an mil cent dix-huict (en marge: 1118) qu’ils commencerent à bastir l’Eglise qui est aujourd’huy sur pied, & fut parachevée & consacrée l’an mil cent trente-neuf. (en marge: 1139)

Revenons à l’an mil cent (en marge: 1100), nous souvenans comme l’un des motifs qui avoient obligé le Pape Urbain second (en marge: Conciles) de tenir le Concile à Clermont (en marge: Conc. clar. to. 3), fut pour remedier aux pechez (en marge: Guibert. lib. 2 c. 3), scandaleux par un double adultere du Roy Philippe, qui rejettant & exilant sa propre femme, avoit ravy Bertrande de Monfort femme du Comte d’Anjou, de laquelle il avoit eu deux enfans & une fille. Le Roy espouvanté par la foudre de l’excommunication quitta pour lors son adul­tere; Mais apres la mort du S. Pere il r’appella avec plus grand scandale sa concubine. Paschal second successeur à la chaire succeda aussi au zele Pastoral, envoyé en France les Cardinaux Jean & Benoist pour ses Legats, lesquels indirent un Concile à Poictiers (en marge: Conc. Pict. to. 3 anno 1100) au vingt-neufiesme Juillet de l’an mil cent, pour juger cét affaire, & reïterer l’exommunication contre le Roy (en marge: Notae Binii ex Baro. hoc anno num. 19), & il est plus que vray semblable que nostre Evesque y fut present: sur quoy les Annales de Dubouchet (en marge: Annal. aquit. 3 p. c. 2) citées par les Collecteurs des Conciles, & par Baronius, remarquent que le Duc Guillaume vouloit empescher ceste assemblée d’Evesques dans sa ville, comme de faict il leur com­manda de se retirer: mais en fin il acquiessa à la

 

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vision qui avoit paru à l’un des Legats du sainct Pere. Ainsi dans les conclusions de ce Concile nous y trouvons plusieurs bons reglemens presque conformes à ceux de Clermont, & le Collecteur des Conciles indique un second Concile de Poitiers (en marge: Conc. Pict. to. 3 anno 1109) tenu par les mesmes Legats l’an mil cent neuf (en marge: 1109), le premier de Decembre, contenant seize articles qui specialement visent ad reformandos mores Ecclesiae. Et certainement le desordre estoit grand pour lors en tous ces quar­tiers (en marge: Symonie), causé par la symonie & sacrilege usurpation des biens Ecclesiastiques, & trocque du bien du Crucifix; puis que si souvent & a tous ces Conciles les Evesques taschent d’arracher les malheurs qui attirerent le fleau de Dieu sur plusieurs endroits, notamment sur le bourg & Abbaye du Puy S. Front, laquelle tout d’un coup en punition des pechez fut embrasée d’un grand feu (en marge: Incende), si violent que les cloches se fondi­rent au clocher, & encore aujourd’huy l’on re­marque en plusieurs endroits de l’Eglise du costé de l’Abbaye, les marques d’un grand incende qui reduisoit voire les pierres en cendres: voicy les mots d’un vieux & asseuré manuscript (en marge: Ma. Sc. S. Anth.). Hoc tempore burgus Sancti Frontonis Monastenum cum suis ornamentis repentino ïncendio, peccatis id promerentibus constagravit, atque signa in clotario igne soluta sunt, erat tunc temporis monasterium ligneis tabulis coopertum.

Callixte second l’an mil cent vingt (en marge: 1120) estant promeu au Pontificat (en marge: Galt. in Chro. in Calix.) donna au siege Archiepis-­

 

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copal, de Vienne la primauté sur six provinces & sieges Archiepiscopaux, de Bourges, de Bourdeaux, d’Aux, Narbonne, Aix & Aubrun (en marge: Privileges), il donna aussi un Bref à nostre Evesque Guillelmus (en marge: Lib. hom. Episc.), par lequel il confirma a son Eglise tous les privileges faveurs & indults qui luy avoient esté donnez par Paschal second.

L’Eglise du glorieux Confesseur Avitus (en marge: Vide Anno 507) dont nous avons parle aux siecles passez fut consacrée par nostre Evesque Guillaume (en marge: Consecration d’Eglise), l’an mil cent dix-sept (en marge: 1117), comme nous lisons dans l’inscription gravée dans la muraille près de l’Autel qui est à costé droict (en marge: Inscript. lap. anno 1117), ANNO M. CXVII. GVILLELMVS EPISCOPVS PETROCHORICENSIS DE ALBA RVPE IN HONOREM BEATI IOANNIS BAPTISTAE ET SAN. IOAN. EVANG. SEXTO KALENDAS IANVARII HOC ALTARE CONSECRAVIT.

L’année d’après (en marge: 1118) le corps de ce sainct Anacho­rète Avitus, qui avoit esté ensevely & reposoit depuis cinq cens ans dans l’Eglise qui est au pied de la montagne, fut transferé à ceste nouvelle Eglise suivant l’inscription gravée (en marge: Inscript. lap. anno 1118) au costé droict ANNO MILLENO CENTENO TERQVOQVE SENO, AD MONTEM SANCTI TRANSFERTVR CORPVS AVITI.

Il est aussi averé que cét Evesque benist & consacra le Cemetiere pour les pauvres (en marge: Cemetiere) qui est au delà le pont de la ville de Périgueux, vers la riviere de l’Isle. Plusieurs avoient mis sa mort l’an mil cent vingt-trois (en marge: 1123): mais je suis contraint (en marge: Ma. Sc. S; Anth.) de luy prolonger la vie de cinq ou six ans pour un oeuvre tout sainct & religieux.

 

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Desja dés quelques années plusieurs bons Ecclesiastiques s’estoient retirez dans un desert prés de Périgueux, où estoit une fontaine close de grilles de fer, appellée Fons Cancellatus. Ils vivoient là soubs la direction de Folcaudus Abbé de Sellefroin (en marge: Fondation), qui s’estoit associé avec ces hommes de bien pour vivre heremitiquement & pauvrement, n’ayans pour Eglise qu’un petit Oratoire basty de terre & de bois à l’honneur de la Vierge Marie, prés de la fontaine qui dans peu donna le nom à l’Abbaye (en marge: M. Sc. Abb. Canc.): car l’odeur de leurs rares vertus parvint à l’Evesque, qui trouva bon d’agréer la supplique qu’ils luy font (en marge: Abbé), demandans pour Abbé un de leur corps, nommé Geraldus de Montelauduno, lequel il consacra vo­lontiers dans le petit Oratoire pour leur Abbé, & print tellement à coeur ce lieu devot, qu’il y donna souvent les Ordres sacrez , leur benist un Cemetiere tout contre, & pour leur entre­tien leur donna l’Eglise de Beurona, & le lieu de Bord (en marge: Donation), apres y avoir beny le Cemetiere prés duquel cét Abbé fit bastir l’Eglise qui aujour­d’huy est sur pied, & y celebra depuis la pre­mière Messe en la presence du Seigneur Evesque.

Mais apres tout ceste Chappelle & Oratoire basty de terre estoit trop à l’estroit pour ces bons Moynes, il fallut desseigner un nouveau & plus ample edifice (en marge: M. Sc. Abb. Canc.): Ce fut l’an mil cent vingt-huict (en marge: 1128), Domino Guillelmo de Albarupe venerabili Episcopo Petrachoricensem Episcopatum pro-

 

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curante. Ainsi parle l’ancien Cartulaire de l’Abbaye duquel nous apprendrons le nom des pre­miers Religieux qui baillerent le commence­ment à l’Abbaye de Chancelade (en marge: Premiers fundateurs). In nomine summae individua sanctae Trinitatis Patris & Filii & Spiritus sancti, & in honore beatae & gloriosae semper Virginis Mariae genitricis Dei, & Domini nostri Jesu Christi, & in honore sanctae Mariae Magdalenae, atque omnium sanctorum. Bonae memoriae Geraldus de Montelauduno, Venerabilis & primus Abbas de Cancellata, & frater Gerardus Bernardi sacerdos, primus ejusdem loci prior, & frater Helias sacerdos, qui postea fuit secundus Abbas, & Geraldus de Cauze sacerdos, & frater Folcherius Archans sa­cerdos, & frater Gerardus Ranulphi sacerdos, & frater Elias Laoudries Laicus, & frater Gerardus Guiberti Laicus, & frater Guillelmus de Mallesec dignus memoriae Laicus, Monasterium de Cancellata divina virtute & auxilio roborati aedificare coeperunt, atque in festivitate Sanctorum Apostolorum Petri & Pauli quam Catholica Ecclesia tertio Kalendas Julii venerabiliter toto orbe celebrat, magno gaudio spirituali repleti primos lapides in fundamento hujus aedificis in Deo omnium bonorum cum majore firmitate sperantes, posuerunt, anno ab Incarnatione Domini 1128 indictione septima, &c (en marge: Fund. Abbatiae Beatae Mariae Cancell.). Quelque temps apres l’Evesque du Perigord mourut le second d’Avril, & fut ensevely dans 1’Eglise de S. Front (en marge: 1128).

Pour ce qui est du comté du Perigord (en marge: Helie Comte du Perigord), il y avoit grande contraste entre Elie fils de Bozon Comte

 

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de la Marche, & Bernard legitime heritier du Comté (en marge: Comté) que son oncle avoit ravy à son pere Audebert (en marge: Corle. Chron. Engol.). Et le bon-heur fut pour arrester ceste discorde que Elie estant laissé jeune, eut pour curateur Sainct Guillaume Duc d’Aquitaine (en marge: S. Guillaume, Duc d’Aquit.), qui mit la paix entre les deux cousins germains, ordonnant que le Comté de la Marche demeureroit à Bernard, & que Elie seroit Comte du Perigord (en marge: Arrest. Meyn. 3 p. l. 9.), partage un peu injuste, advantageant Elie estranger sur le Seigneur naturel. (ee)

 

 

Guillelmus de Nauclard, Evesque.

S. Guillau. IX, Duc d’Aquitaine.

 

Cependant (en marge: L’an de Jesus-Christ 1130) un grand & no­table malheur se prepare contre l’E­glise d’Aquitaine, dans lequel nous serons enveloppez par la faction du Duc Guillaume: lequel favorisant Roger le Normand & l’Antipape Anaclet (en marge: Vit. S. Bernard lib. 2 c. I) contre le vray Pape Innocent second, causa un notable schisme dans l’Eglise (en marge: Schisme), les uns tenant le party de Pierre Leon surnommé Anaclet, les autres d’Innocent (en marge: Du Bouch. annal. Aqui. 3 p.). Mais ce qui attisa davantage cét incende fut Gerard Evesque d’Angoulesme qui avoit esté

 

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faict Legat Apostolique par le Pseudopape. Cettuy-cy se servant de l’authorité du Duc sur les Evesques d’Aquitaine, en avoit tiré plusieurs du voisinage à son party, espouvantez par la cruauté qu’il exerçoit sur les Evesques contretenans lesquels il n’avoit peu fleschir (en marge: Pet. Clu. lib. 2 mira. c. 14), d’autant qu’ils portoient trop à contre-coeur, que l’innocence fut opprimée en la persecution d’Innocent, & que l’abomination fut erigée dans la maison de Dieu, comme parle S. Bernard (en marge: Bern. ep. 124). Ainsi Guillau­me Evesque de Poictiers, Eustorgius de Lymoges & Guillelmus de Nauclard nostre Evesque, demeurerent inebranlables à la rage de ce meschant Semei (en marge: Ann. Aquit. 3 p. c. 2), faux Legat d’un faux Pasteur: mais aussi exposez à la furie du Duc d’Aquitai­ne qui les malmema au possible, les chassa de leurs Eveschez, mit d’autres en leurs places, apres mille outrages & violences.

Pour remede souverain à tous ces malheurs Dieu se voulut servir du grand & non jamais assez loüé S. Bernard (en marge: Vit. Bern. lib. 2), lequel espousant la querelle de Dieu offensé en la personne de son Lieutenant (en marge: S. Bernard), à la prière de plusieurs gens de bien se porta à Rome pour adoucir par paroles ce meschant Diotrephes qut desiroit tenir le haut bout parmy nous: mais n’ayant peu r’amollir ce coeur de Pharaon s’en revint en France, & sçachant l’oppression que Gérard, pour le spirituel, & Guillaume pour le temporel donnoient à nos Eves­ques deffenseurs de la Justice il leur escrit pour consolation l’epistre cent vingt fix, l’une des

 

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plus eloquentes qui jamais sortit de ceste plume dorée (en marge: Les console), dont voicy le tiltre. Domninis & Patribus honorandis Lemovicensi, Pictaviensi, Petrachoricensi, & Xantonensi Dei gratia Episcopis sanctis, frater Bernardus Abbas dictus de Claravalle Constantiam in adversis (en marge: Bern. ep. 126). Il sembleroit presque necessaire de la mettre icy tout au long, n’estoit sa prolixité, en voicy quelques traicts les plus remarquables traduits en François, commence ainsi. La vertu s’acquiert par la paix, s’esprouve par l’angoisse, est approuvée par la victoire: Il est temps que la nostre se fasse voir maintenant, si tant est qu’il y en ait en vous, elle ne peut demeurer oyseuse. Mes Reverends Peres, & dignes d’honneur: car le glaive de l’ennemy qui en ce temps semble derechef menasser de mort le corps de Christ est pointé speciale­ment sur vos testes, & rage contre vous d’autant plus vivement, qu’il vous attaque de plus prés: si que vous estes contraints ou de resister courageusement, ou de ceder honteusement aux insultats journaliers, &c (en marge: Oppressions). Peu après il leur explique la cause pourquoy Gerard d’Angoulesme avoit abandonné Inno­cent, pour se ranger à l’Antipape, d’autant qu’il avoit esté honteusement refusé de la legation qu’il luy avoit demandé, l’ayant acheptée par symonie du faux Pape, par laquelle puissance il les depossedoit & vexoit à outrance (en marge: Ambition ridicule). Maintenant, dict-il (en marge: ibidem), ce nouveau Legat forge de nouveaux Evesques, afin que son Pape ne soit Pape pour soy seulement, ne mettant pas des successeurs aux deffuncts, ains s’appuyant de sa puissance tyrannique il intruse

 

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des invaseurs sur les vivans, prenant l’occasion de la malice des Princes, qui haissent à mort les Evesques de leurs villes. Au surplus il accuse le faste de ce partisan d’iniquité, lequel, dict-il, est à blasmer en tous, mais specialement à un Evesque. Ambition qui l’eslançoit à deposseder ceux qui ne vouloient fleschir le genouil devant la beste qui avoit ouvert la bouche pour blasphemer le nom du Seigneur & son sainct tabernacle (en marge: Apocal. 13). Voila les couleurs dont il peint ceux qui opposoient Autel contre Autel, Evesques contre Evesques, Abbex. contre Abbez, opprimant les Catholiques, advançant les Schismatiques. Mais après tout il asseure ces Prelats comme la plus grand part, voire tous les vrais Superieurs de la chrestienté recognoissoit Innocent pour legitime Pasteur, desquels il faict un long denombrement (en marge: Obeissans), adjoustant encore les plus celebres Abbayes, & parmy ceux de son ordre il nomme Cadumenses, lesquels je conjecture, avec le commentateur de ses epistres (en marge: Not. F. J. Picard. in epist. S. Bern.), avoir esté les Religieux de l’Abbaye de Cadouin qui pour lors estoient en odeur de saincteté, sans recourir en Normandie à l’Abbaye Sancti Stephani Cadomensis. Enfin S. Bernard conclud ceste epistre par une forte exhortation à ces bons Evesques pour perseverer à la deffense de la cause de Jesus-Christ (en marge: I. Cor. I), La vertu & sagesse duquel estoit avec eux, qui ne permettrait pas qu’ils fussent esprouvez au delà de leurs forces.

Ce ne fut que les commencemens des travaux de Sainct Bernard (en marge: Conc.), il s’employa à ceste

 

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reunion durant sept ans, avec un très heureux succez. Le Pape Innocent chassé de Rome vint en France, assemble en divers lieux plusieurs Conciles pour dissoudre ce schisme (en marge: Conciles). Le premier fut tenu à Clermont en Auvergne (en marge: Claromo. anno 1130 t. 3 p. 2), composé des Evesques des Gaules & de Germanie (en marge: Otto friginsen. l. 7 c. 18), l’an mil cent trente (en marge: 1130). Les Annales d’Aquitaine (en marge: Ann. Aquit.) remarquent que specialement les Evesques de Lymoges & Poictiers depossedez par le Pseudolegat y assisterent; jugez si nostre Evesque en estoit absent? pour condamner avec tous les Peres Pierre de Leon, & recevoir le Pape Innocent, lequel vint à Orleans, fut accueilly par le Roy de France Louys le Gros, la Royne & ses enfans (en marge: Vinc. lib. 27 c. 6). Par apres (en marge: 1131) le sainct Pere fit assembler un Concile à Estampes (en marge: Contre l’antipape), qui fut conclu par son approbation (en marge: Conc. stanp. ann. 1131), comme vray Pape. L’année d’après le sainct Pere en tint encor un plus general à Rheims, auquel suivant la remarque de Robert qui continuë la Chronique de Sigisbert (en marge: Rob. con. Sygis.), ab omnibus Galliae & Germaniae Episcopis, Petrus Antipappa anathematizatur. Peu apres Geoffroy est envoyé en Guyenne, comme Legat Apostoli­que du Pape Innocent, par l’authorité duquel & l’exhortation de S. Bernard (en marge: Vit. S. Ber. lib. 2), accompagnée de signes & prodiges miraculeux, le Duc d’Aquitaine Guillaume se remet à l’obeyssance de l’Eglise, r’establit les Evesques depossedez (en marge: Retour).

Pour lors le Perigord receut le sien à bras ouverts, & plusieurs ressentirent les effects de son zele, specialement les Moynes de Chance-

 

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lade ausquels il bailla plusieurs tesmoignages d’amitié, consacrant plusieurs Autels dans leur nouvelle Eglise (en marge: Ma. Sc. Cancell.): celuy qui est au costé gauche, in nomine summi, & omnipotentis Dei, & in honorem beatorum Apostolorum Petri & Pauli & omnium Apostolorum (en marge: Dedicace). Quelques années apres celuy du costé droict , in nomine Dei omnipotentis, & in honorem beati Protomartyris Stephani, & sancti Laurentii, & sancti Vincentii, atque omnium Sanctorum. De plus il choisit souvent ce lieu pour y conferer les Ordres sacrez, & pour l’entretien de l’Abbaye, leur donna l’Eglise Sancti Sulpitii & Sanctae Innocentiae (en marge: Voeux solamnels). Tandis que l’Abbé Gerard de Montleau cultivoit à la pieté ces nouveaux Religieux, animez par sa saincte parole, ils prennent resolution de voüer entre ses mains la vie religieuse soubs l’Ordre canonical & re­gulier de Sainct Augustin. (en marge: 1133) Ce fut l’an mil cent trente-trois jour de Sainct Pierre & S. Paul, auquel estat ils perfevererent presque tous en odeur de saincteté jusques à la fin.

Revenons au Pape Innocent, qui passe en Italie (en marge: 1134): estant à Pise l’an mil cent trente-quatre il assemble tous les Evesques de l’Occident au rapport de la vie de S. Bernard (en marge: Bernard. in Vit. S. Ber. lib. 2 ca. 2), & quoy que les actes de ce grand Concile soient perdus (en marge: Concile), neantmoins nous avons tesmoignage que nostre Evesque Guillelmus de Nauclard y fut present pour la quatriesme ou cinquiesme condamna­tion d’Anaclet, & reception d’Innocent.

Mais si l’assemblée de tant de nobles Prélats

 

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& leurs conclusions avoient esté triomphantes pour toute l’Eglise, le retour du voyage de ce Concile fut tout autant funeste pour l’Eglise de France (en marge: Tyrannies), a raison des soldats inhumeins qui favorisoient la tyrannie de Conrad, usurpateur de l’Empire sur Clotaire. Ces desnaturez se ruerent sur les sacrées trouppes des Peres du Concile qui s’en revenoient en France, les pillerent, blesserent, massacrerent, les firent prisonniers pour les rançonner, au grand scandale de la Chrestienté. Nostre Evesque de Nauclard fut enveloppé dans ceste calamité, comme nous apprenons de Pierre Abbé de Cluny, l’un des prisonniers, qui au nom de tous escrit au sainct Pere une missive qui arra­che les larmes des yeux du lecteur (en marge: Pet. Cluniac. lib. 3 Epist. 27). Spectacle horrible, dict-il, de voir tirasser, dissiper, blesser, & poursuivre de toutes parts avec les espées, des grands personnages si necessaires à l’Eglise de Dieu; plusieurs des Evesques & Abbez furent violemment traisnez, aux prochaines places, & quelques uns d’iceux après avoir esté battus & blessez, furent jettez. en prison par une cruauté barbare. Entre lesquels Monseigneur de Rheims ayant receu beaucoup de blessures & de playes, est tenu renfermé dans une tour, sans avoir esgard ny à son aage, ny à sa dignité; l’Evesque de Perigueux a esprouvé choses semblables, &c. adjoustant de plus l’infortune de plusieurs Evesques du voisinage.

Mais Dieu jugeant que nostre Evesque nous estoit encore necessaire (en marge: Ma. Sc. St. Anth.) le nous conserva & ren-

 

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dit à son Dioceze, pour esprouver une rebellion estrange, ou sedition qui arriva (en marge: Sedition) contre l’Abbaye de S. Front par la faction du Comte de Perigord Elie Rudel, fils putatif du feu Comte Elie (en marge: Elie Rudel Comt. du Perigord), lequel animant les bourgeois se met en teste d’une trouppe armée, va enfoncer & brusler les portes des greniers qui estoient dans les Cloistres, pille & enleve tout le grain gardé pour la nourriture des Religieux: action si noire que sa propre mere la Comtesse Guasconia en punition de son fils, fit une action qui est bonnement sans exemple: car n’estant retenuë de son propre honneur & interest, au jour de la Cour Ecclesiastique, suivant les formalitez de ce temps: elle vint en face de l’assemblée declarer au Sieur Evesque, que Helie Ru­del son fils naturel n’estoit fils legitime du feu Comte Elie son mary (en marge: Vangeance extraordinaire), ains bastard, conçeu d’adultere, & partant elle demandoit son ex-heredation.

Je trouve aussi que cét Evesque pour la collation des Ordres sacrez (en marge: Ma. Sc. ibid.), primus instituit fieri scrutinium in sacris ordinibus. J’advoüe ne pouvoir comprendre ce Scrutinium, quand bien il s’entendroit de l’examen aux Ordres sacrez, qui suivant les Conciles estoit auparavant en pratique: non plus aussi puis-je sçavoir quelle fut ceste sienne ordonnance, Ut omnes agricolae darent Convivium pro pace obtinenda (en marge: Annal. Aquit. p. 3 c. 3).

Portons maintenant nostre pensée sur le Duc d’Aquitaine Guillaume (en marge: S. Guillaume), de loup devenu plus

 

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doux qu’un aigneau, qui pour penitence d’avoir mal-traicté nos Evesques,. estant à Galice dissimule une maladie, comme disent les Annales d’Aquitaine (en marge: Dup. to. 2 sub. Claud. Crass.), & par la feinte de sa mort se retire à Rome au S. Pere: de là en Hierusalem pour vivre dans le desert en Anachorete. Auparavant sa retraite il faict son testament, donne à Louys le Jeune fils du Roy Louys le Gros le Duché de Guyenne (en marge: Louys le Jeune, Duc d’Aquitaine), à condition qu’il espouseroit sa fille Heleonor: article qui fut receu avec un general applaudissement. Le Roy envoye son fils en Guyenne, arrive à Bourdeaux, celebre le mariage: ainsi le Duché d’Aquitaine (en marge: Duché) fut derechef uny à la Couronne de France: car Louys le Jeune dixiesme Duc, estoit dés quelques an­nées sacré pour Roy de France par le Pape Innocent second au Concile de Rheims dont nous avons parlé.

Ce jeune Prince voulant captiver les bonnes graces du Clergé leur donna une ample descharge & exemption du droict des regales par une Pancarte (en marge: Donation des regales) que du Bouchet dict avoir veu & leu en son original (en marge: Dubouc. ibid.), Choppin la rapporte tout au long (en marge: Choppinus lib. I de sac. polit.), Baronius aussi (en marge: Baro. anno 1134), Pasquier dans ses recherches l’attribue premièrement à son pere Louys le Gros (en marge: Pasquier rech. de fra. lib. 3 c. 31), elle est concleuë en ces mots (en marge: Chenut ex. Chopp.), In nomine sanctae & individuae Trinitatis, Amen. Ludovicus Dei gratia Francorum Rex tibi dilecte in Domino Gaufride Burdigalensis Archiepiscope, cum suffraganeis Episcopis Raymondo Agennensi, Lamberto Engolismensi, Guillelmo Xantonensi, Guillelmo

 

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Pictaviensi, Guillelmo Petrachoricensi, nec-non Abbatibus Burdigalensis Provinciae, vestrisque successoribus in perpetuum, &c. Leur donnant pouvoir d’eslire les futurs Archevesques, Evesques, & Abbez de ladite Province de Bourdeaux sans le congé du Roy ny de ses successeurs, Datum Parisis in palatio nostro, anno Incarnationis M. C. XXXVII (en marge: 1137). Pasquier dict que la mesme remise fut confir­mée par son fils Louys le Jeune en la mesme année estant à Bourdeaux, d’où il conclud que le droict de regale devoit appartenir aux Ducs d’Aquitaine durant leur souveraineté.

Ce mariage avoit de trop heureux commencemens pour une suitte si sanglante & funeste (en marge: Ma. Sc.). Arrestons la vie de cét Evesque en l’année d’a­près ce traicté (en marge: Meurt), le vingt-neufiesme Decembre mil cent trente-huict (en marge: 1138), il fut ensevely en l’Eglise de l’Abbaye de S. Front. (ff)

 

 

Gaufridus de Cauzé, Evesque.

Louys VII, Roy de France

& Duc d’Aquitaine.

 

Geoffroy de l’ancienne & noble maison de Cauzé (en marge: Gall. Christ.; Chenut) fut successeur de l’Evesché la mesme année (en marge: L’an de Jesus-Christ 1138) du decez de Guillelmus. Il ne tint que deux ans la

 

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chaire Episcopale, & pour ce peu de temps il laissa assez de ses marques, tant en ses bastimens, que pour le bien du Clergé (en marge: Zele): specialement tesmoignant son affection envers les Ordres reli­gieux. Pour-lors les Chevaliers du Temple estoient desja celebres par le secours & service religieux qu’ils rendoient aux pelerins du sainct Sepulchre (en marge: Guill. Tyri. lib. 12 c. 7), & dans ce peu de temps depuis leur establissement ils s’estoient rendus redoutables aux infidèles par leurs heureux exploicts d’armes (en marge: Templiers), & recommandables aux Prélats de toute la Chrestienté (en marge: Roderigues de orig. templ.): si que tous à l’envy leur donnoient du fonds pour s’establir soubs le nom des Frères de la Milice du Temple. Ils vindrent en Perigord du temps de cét Evesque qui leur donna l’Eglise de S. Maurice d’Andrivaux (en marge: Ma. Sc. S. Anth.), auquel lieu avoit esté basty jadis un Monastere de Religieuses (en marge: Fondation), qui par le laps du temps vivans trop libertinement avec un notable scandale de leur incontinence, avoient enfin aban­donné la closture. Les Religieux Templiers, qui pour lors estoient en bonne odeur de zele & vertu, comme nous pouvons voir dans le Concile de Troyes (en marge: Concil. Trec. to. 3) en Champagne, furent envoyez pour le repeupler.

Cét Evesque à l’imitation de ses predecesseurs continua ses affections envers l’Abbaye de Chancelade (en marge: Ma. Sc. Cancell.), pour laquelle il consacra le se­cond Abbé Elie, lequel fit bastir l’Eglise qui est au lieu nommé Delandia (en marge: Donation), dans laquelle l’Evesque Geoffroy dict la première Messe, & y benit

 

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un Cemetiere. Il unit aussi à l’Abbaye le lieu de Merlandia, avec toutes ses appartenances: & apres avoir gouverné l’Eglise du Perigord du­rant deux ans huict mois & onze jours, il mou­rut le vingt-huictiesme Aoust de l’an mil cent quarante-deux (en marge: 1142). Il fut ensevely en la mesme Eglise que ses predecesseurs (en marge: Ma. Sc. S. Anth.). (gg)

 

 

Reymondus de Maiolio, Evesque.

Lovys Le Jeune, Duc d’Aquitaine.

 

Les merites de Raymondus de Maiolio le firent trouver digne de succeder à Geoffroy (en marge: L’an de Jesus-Christ 1142), & augmentans de plus en plus l’esleverent jufques à l’Archevesché de Bourdeaux (en marge: Chenut Gall. Christ.), aussi estoit-il tres-bon Prelat, tout pieux & de bon genie; en voicy des marques par l’affection qu’il portoit aux Religieux de Chancelade (en marge: Affection), ausquels il bailla & annexa à leur manse les Eglises de S. Martial de Artentia, de S. Sernin de Blis, & de S. Vincent (en marge: Ma. Sc. Cancell.): consacra leur Eglise qui est hors l’Abbaye (en marge: 1147), In nomine sanctae & indiuiduae Trinitatis, & in honere beati Joannis Bapt. & Sancti Frontonis Patris nostri, anno Domini 1147. quarto

 

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idus Octobris (en marge: Dedicace). De plus il celebra la première Messe en leur Eglise de Marnac, y benit le Ce­metiere. Mais le plus signalé bien-faict qu’ils receurent de sa main fut la pretieuse Relique d’une pièce de la vraye Croix qui luy avoit esté envoyée par Fulcherius faict Patriarche de Hie­rusalem ceste mesme année mil cent quarante-sept (en marge: Reliques). L’inscription ancienne gravée sur une petite lame d’argent, attachée sur la Croix qui sert de Reliquaire dict ainsi (en marge: Inscript. lam. argenteae), HAE SVNT RELIQVIAE QVAS MISIT FVLCHERIVS PATRIARCHA HIEOROSOZOLIMITANVS REYMONDO PETRACHORICENSI EPISCOPO.

Ce Fulcherius estoit natif d’Aquitaine, jadis Abbé de la Selle à Poictiers (en marge: Guill. Tyri. lib. 16 c. 1), & n’agueres avoit esté pris de l’Evesché de Tyr , & durant le temps qu’il tenoit ce Siège à sçavoir l’an mil [cens] quarante-six (en marge: 1146), un Concile avoit esté tenu à Chartres, auquel Louys le Jeune Roy de France avec Eleonor, se croizerent pour la conqueste de la Terre Saincte (en marge: Sugerius), & partirent l’année dapres avec tel nombre de Seigneurs, specialement des Aquitaniens, que les villes & chasteaux, à ce qu’escrit S. Bernard (en marge: Bernard. ep. 246), demeurerent vuides. Il est vray semblable que le present du bois sacré de la Croix fut envoyé & apporté à nostre Evesque au retour de ce voyage d’outremer.

Retour (en marge: 1152) qui ne fut si triomphant ny si heureux que le départ: car ce Roy Louys le Jeune (en marge: Annal. Gall.) couvoit en son coeur la répudiation de sa femme Heleonor (en marge: Repudiation), malheur funeste à la France, conçeu

 

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soubs je ne sçay quels ombrages de desloyauté. En fin le maltalent esclate: il assemble à Bougency les Princes de son Royaume, convoque plusieurs Archevesques & Evesques, speciale­ment il prie Geoffroy Archevesque de Bour­deaux de s’y rendre avec ses Evesques suffragans.

L’Archevesque (en marge: 1152) pour sçavoir plustost l’inclination de ses Evesques & leur sentiment sur un cas si extraordinaire les assemble à son Concile (en marge: Conc. Burdig.), & apres quelque contraste qui y intervint sur la presseance qui fut adjugée à Lambert Evesque d’Angoulesme (en marge: In tab. episc. Engol. Corl.), on conclud de se servir d’un secret non cogneu à tous (en marge: Conciles), si tant est qu’il fallut venir au mal de la dissolution du mariage (en marge: Chron. Burdig.): de là ils se rendent au Concile de Bougency (en marge: Conc. Bogenc. ex Abb. Sugerio), où la proposition de ce divorce & rupture de mariage fut impugnée au possible par Geoffroy & les siens, qui soustenoient le party d’Heleonor; mais l’oppression donnant la Loy, il proposa son expedient pour dorer la pillule, & ne ren­dre ceste separation si douleureuse, maintenant avec ses Evesques, qu’il y avoit parenté entre le Roy & la Royne du costé de pere & mere dans les degrez prohibez par l’Eglise, ce qu’ayant clairement & moyennant serment verifié, l’on condud la solution du mariage qui fut confir­mée par le Pape Eugene troisiesme. Le Duché d’Aquitaine revenant à Heleonor; elle s’y retira, & bien tost apres condud un second mariage (en marge: Thom. Vualfing.) avec Henry Comte d Anjou, & Duc de Nor­mandie (en marge: Ducs Anglois)

 

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mandie declaré heritier du Royaume d’Angle­terre, auquel il parvint dans deux ans; ainsi le Duché d’Aquitaine passe à la Couronne d’Angleterre (en marge: Ann. Aquit. 3 p. c. 4).

Fascheux eschange (en marge: 1153), de perdre son Seigneur naturel pour subir les loix & caprices d’un estranger (en marge: Henri Roy d’Angleterre & Duc d’Aquit.); qui nonobstant toutes ses protestations vouloit abolir toutes les franchises & immunités que les Roys & Ducs precedents nous avoient donné, comme il parut bien tost, après le decez de ce grand personnage (en marge: 1158) Gaufridus Archevesque de Bourdeaux l’an 1158 (en marge: Chenu. in Tab. Archiep. Burd.). Pour lors il y eut un debat & presque sedition (en marge: Debats) pour l’élection d’un successeur, les Evesques & Chanoines voulans jouyr des privileges donnez par Louys le Jeune, & son pere Louys le Gros: & à ce que le mal n’empirast par sa course (en marge: Compromis), on arresta par compromis que celuy que les Evesques d’Angoulesme, de Poictiers, de Perigueux & d’Agen nommeroient seroit receu pour Archevesque (en marge: Vide sup. anno 1137).

Ces Evesques estans assemblez a Bourdeaux (en marge: Chron. Burdig.), le Roy d’Angleterre Henry second, & mainte­nant nostre Duc, esperant par authorité mener à sa volonté ces Pères, leur propose, avec recommandations & prieres Jean Sochius, Principal du Collège de Poictiers (en marge: Corl. in Tab. Episc. Engol.), homme qui n’avoit cognoissance des divines lettres, encore qu’il fut capable pour les humaines. Nos Evesques demeurerent inebranlables en leur droict pour la cause de Dieu, respondans ces beaux

 

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mots, Honores Ecclesiastici non precibus, non largitionibus, sed virtute & doctrina comparandi (en marge: Courage sans saveur). Ainsi avec le refus ils representent au Roy l’insuffisance de celuy qu’il proposoit. Response qui luy despleut fort, il sort de l’assemblée avec cholere qui coutera cher à l’Eglise de Perigueux: car je conjecture que Reymondus fut pour lors esleu Archevesque (en marge: Chenu. in Tab. Archiep. Burdigal.), quoy que je ne le trouve dans les tables de l’Archevesché de Bourdeaux: ains apres la mort de Godefroy mise l’an mil cent cinquante huict, l’on met Harduin Doyen de l’Eglise de Sens choisy l’an mil cent soixante (en marge: Ma. Sc. Cancell.), & Bertrand Evesque de Lectoure peu de temps apres. Au moins nostre Reymond estoit Archevesque de Bourdeaux l’an mil cent cinquante neuf (en marge: 1159): ainsi le Roy tourna sa passion contre nostre Evesché, si que pour l’appaiser on luy donna du thresor de S. Front une placque d’argent où les douze Apostres estoient en relief.

Sans nous arrester a ces biens temporels prenons garde aux maux spirituels qui avoit bien avant gasté ceste Province, dans laquelle nous voyons un estrange desordre du costé qu’elle regarde le Toulouzain, causé par l’heresie des Petrobrusiens (en marge: Heretiques), fomentée par ce faux Moyne de Toloze Henry (en marge: Geneb. Innoce. 2), avantcourrier de ceste ver­mine d’Albigeois. Impieté si fort accréditée, que comme escrit S. Bernard (en marge: Vit. S. Bernardi. lib. 3 c. 5), Desja l’on trouvoit à tous pas les Eglises sans le peuple, le peuple sans leurs Prestres, les Prestres sans la deüe reverence,

 

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bref les Chrestiens sans leur Christ. Ce sainct homme envoyé de Dieu (en marge: Sainct Bernard) pour estre l’elexitaire des here­sies de son temps, & le Docteur pour le rappel des desvoyez, vint à Toulouze contre l’Heresiarque, comme jadis S. Pierre à Rome contre Simon Magus, de là passant par les pays les plus infectez d’heresie vient en Perigord se rend à Sarlac, & fut passé plus avant vers nous, sans que ce vray humble pour eviter les applaudissemens qu’on luy rendoit se retira comme à la desrobée, specialement pour se garantir du concours des malades qui venoient à luy de toutes parts pour estre participans du grand miracle raconté par l’autheur de sa vie Guillelmus Abbas qui est tel (en marge: Gill. in Vit. S. Bernardi).

Sainct Bernard estant à Sarlac (en marge: Vient à Sarlat) fit une docte predication en presence du Prelat Apostolique Geoffroy Evesque de Chartres, dans laquelle il refutoit par visves raisons les faux dogmes qui avoient infecté plusieurs de ce pays, & comme à la fin de sa predication on luy presenta selon sa coustume des pains pour les benir, alors faisant le signe de la Croix il dict tout haut, vous tous cognoistrez, que ce que je vous presche est vray, & que ce que disent les heretiques est faux, si vos malades ayant gousté de ce pain reçoivent la santé (en marge: Miracle), Le Legat Apostolique adjousta, pourveu qu’ils le reçoivent avec la foy: Sainct Bernard replique, Je ne dis pas cela; mais que tous ceux qui gousteront de ce pain seront gueris, à ce qu’on cognoisse que nous sommes messagers de la vérité, qui vient de

 

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la part de Dieu. De faict si grand nombre de malades après avoir mangé de ce pain furent gueris (en marge: Miracle), que la nouvelle en parvint par toute ceste province, & l’homme sainct rebroussa son chemin par les lieux les plus proches, evitant le concours in­tolerable du peuple, craignant de passer plus avant, dict l’autheur ja cité (en marge: Ibidem in fine).

Le voyage de S. Bernard en ceste Province attira du Clergé de Perigord un homme de condideration nommé Alquerius, pour aller se rendre Religieux à Clervaux, soubs sa reigle. Estant dans ce faux-bourg du Paradis, jouyssant du repos de la solitude, il escrivit une missive à tout le Clergé de ceste Province, exhortant ses compatriotes à donner du pied au monde, & faire un serieux divorce avec sa vanité, se retirans à son imitation dans la solitude de Clervaux. Nous trouvons ceste belle missive (en marge: Missive) dans le second tome de la Bibliothèque des Peres (en marge: To. 2 Bibl. patrum auctu. p. 3) escrite par le Frere Nicolaus Cisterciensis, Secretaire de Bernard (en marge: Nicol. Cist. epist. 36), qui avoit charge de faire la response à toutes les lettres qu’on adressoit aux Religieux de l’Abbaye, Dilectis suis Petrachoricensibus Clericis, frater Alquerius, illam vivere qua in coelo vivitur vitam. Traduisons quelques lignes qui nous serviront pour l’histoire. J’escris à vous d’un pays esloigné, quoy que vous ne soyez gueres loing de mon coeur: car la charité qui r’assemble dans le sacraire de la dilection & l’amy & l’ennemy pour l’amour de Dieu ne me permet pas que pour quelque petite heure vous soyez absens de moy. Je vous attaque

 

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courageusement avec icelle, en icelle, & pour elle mesme, &c. Que faictes-vous donc, mes tres-chers? pour quoy ne vous rendez-vous à ceste maison où les en­fans. d’Israel sans danger & sans se lasser passent le Jourdain en bon equipage, &c. Ceste Religion n’est pas comme les Religieux qui sont en vostre pays, lesquels ressentent plus à des seculiers, tirans à mespris & oppro­bre le nom d’une Religion incorporée a l’estat du siecle. Pour les nostres ils ont du tout rejetté & le monde, ce qui est du monde, &c. Il n’est pas trop asseure pour vous d’avoir la cure des ames, sans soigner le bien des ames. Vivre du patrimoine de Christ, & ne servir point à Christ. Veritables paroles (en marge: Exhortation), autant necessaires pour ce temps icy, voire encore plus que pour lors. Quant à ce qu’il dict de l’estat deplo­rable & mesprisable de nos Abbayes, tousjours il y en avoit quelqu’une où la devotion & ferveur rendoit les Religieux recommandables envers les grands (en marge: Dedicace), comme nous voyons que l’Evesque Raymond estant faict Archevesque de Bourdeaux, voulut laisser aux Religieux de Chancelade (en marge: Ma. Sc. Cancel.) un memorial de ses affections. La mesme année de son decez il fut les visiter, & consacra l’Autel de la Chappelle de l’Infirmerie, l’an mil cent cinquante-neuf, Idibus Aprilis, indictione septima, estant au Chapitre avec l’Abbé & Religieux fut ordonné que tous les jours de l’an, hors du Vendredy Sainct, l’on y celebreroit une Messe basse pour les deffuncts.

Nous apprenons par la table imprimée au pied de S. Bernard (en marge: Vid. in fine), à la dernière impression,

 

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comme dés son vivant (en marge: D. Bernard. Abbatiae) & l’an 1153 l’Abbaye de Petrosa (en marge: 1153), de Peyrouse fut fondée le 39 Mars (sic; il faudrait lire 29 Mars), & se trouve la 69. en rang de l’Ordre de Clervaux (en marge: Fundatio Abb. Petrosae anno 1153) qui est la troisiesme fille des Cisteaux; c’est merveille de 1’authorité que ce sainct Patriarche avoit acquis dans ce peu de temps depuis sa re­formation dans la Chrestienté pour l’establissement de son Ordre, pour lequel tous contribuoient par une saincte aemulation. L’Abbaye de Peyrouse dans peu fut splendide en grands revenus desquels elle dota l’Abbaye de Boschaud (en marge: Fund. Abb. Bosco Cavo), de Bosco Cavo, qui receut pour son establissement une partie de ses revenus de sa liberalité: mais le sacré thresor du corps d’un sainct Martyr, estoit le plus riche gage de l’Abbaye de Boschaud, lequel on voit encor aujourd’huy dans les ruines deplorables de cét ancien edifi­ce soubs le grand Autel sans qu’on sçache son nom (en marge: Martyrol. Rom.). Ce grand amy de Dieu S. Bernard mourut la mesme année de la fondation de Peyrouse le vingtiesme d’Aoust.

Adrian quatriesme l’année suivante qui fut la première de son Pontificat (en marge: 1154), expedia une Bulle à nostre Evesque Reymondus (en marge: Bull. Ad. 4 ad ep. Petroch.) qui luy confir­me tous les revenus que les Papes ses predecesseurs luy avoient donné.

Nous trouvons aussi que de ce temps le Comte du Perigord (en marge: Comté) fit bastir une forte & haute tour prés de l’amphiteatre, peut estre pour se munir à l’encontre des incursions des Rouptiers (en marge: Ma. Sc. S. Anth.), meschans heretiques qui bien tost nous donne-

 

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ront de la peine. Raymond de Maiolio meurt l’an mil cent cinquante-neuf, n’ayant gueres demeuré au Siège de Bourdeaux, où il fut ensevely dans l’Eglise Metropolitaine de Sainct André. (hh)

 

 

Joannes d’Asside, Evesque.

Henr. II, Roy d’Angleterre & Duc d’Aquitaine.

 

Le Poictou n’ayant peu donner d’Archevesque A Bourdeaux sur la recommandation du Roy d’Angleterre, bailIa à Périgueux un Evesque de l’Eglise de Poictiers. Je ne sçay s’il est le mesme que Joannes Sochius Gimnasii Pictaviensis Ludimagister, refusé pour Bourdeaux; il fut recogneu pour nostre Evesque l’an mil cent soixante, auquel temps l’heresie avoit notablement gasté les esprits de ces quar­tiers, si que desja des paroles ils venoient aux armes, se saisissoient des fortes places, exerçoient toutes hostilitez possibles contre les Catholiques: specialement à l’encontre des Religieux qui tousjours ont esté persecutez par les ennemis de l’Eglise.

 

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Le chasteau de Gavaudun en Agenois (en marge: Ma. Sc. S. Anth.), forte place à raison de son assiete servoit de retraicte à tels brigandages (en marge: Gavaudun), & apportoit notables dommages à leur voisinage. Nous trouvons par memoire que nostre Evesque Jean monstra qu’il sçauoit plus que fueilleter son Breviaire; faisant levée de gens de guerre, il alla assieger ceste pla­ce qui sembloit inexpugnable à raison de sa position, comme il se void encores aujourd’huy: si est-ce pourtant qu’il la força, la print, la fit razer rez pied rez terre (en marge: Prins), humiliant ceste canaille d’heretiques qui desja estoient appellez Ruptaris, parce qu’ils brisoient, rompoient, froissoient les Croix, Images & Autels sacrez, comme on peut voir dans l’epistre première & seconde du venerable Pierre Abbé de Cluny (en marge: Pet. vener. lib. I ep. I & 2); lequel d’un costé par sa doctrine s’estoit opposé à ceste im­pieté faisant brusler à S.Gilles l’autheur de ceste doctrine (en marge: Ma. Sc. ibid.), nostre Evesque en ces quartiers s’opposa aussi par armes a leurs efforts, suyvant dict de luy un vieux manuscript.

Quippe Gavaudunum cui par vix credo nec unum Destruxisse solo constat.

Tous ces desordres avoient bien desbauché l’Eglise en Aquitaine, & nos Annales (en marge: Ann. Aquit. dub. 3 p. c. 4) asseurent que lors que le Pape Alexandre troisiesme assembla son Concile à Rheims (en marge: 1163; Conciles), 1’un des principaux motifs fut pour la reformation des moeurs des gens d’Eglise d’Aquitaine (en marge: Sygebert. contin.). Il est vray que la principale cause estoit pour condamner & exterminer l’Antipape Victor avec ses adherans,

 

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mesme derechef l’an du Seigneur mil cent soixante & trois il assembla à Tours un Concile (en marge: Conc. Turo. t. 3 anno 1163), auquel furent dix-sept Cardinaux, cent vingt-quatre Evesques, & les mesmes annales disent que tous les Archevesques & Evedques d’Aquitaine s’y trouverent; partant disons quelque mot des articles qui y furent conclus (en marge: Conclusions). Specialement fut prohibé aux Ecclesiastiques de s’engager dans le peché sordide de symonie, deffendu aux re­ligieux le meslange trop familier avec ceux du monde, les religieux du dioceze du Perigord avoient bon besoing de ceste reformation (en marge: Reformation necessaire), comme nous avons veu par la missive du religieux de Clervaux (en marge: Vid. sup. epist. Alquer.). Le chapitre quatriesme recommande affectueusement aux Evesques & Curez de ces quartiers de veiller contre les detestables heresies de Tholoze, qui desja avoient glissé comme un chancre dans la Gascongne & Provinces voisines, & partant, disent-ils (en marge: Vid. infra 1220). Nous commandons à tous les Sieurs Evesques & Presres qui demeurent en ces quartiers de veiller à l’encontre d’eux , & prohiber par la menace de l’anatheme qu’aucun n’aye à donner retraicte en son pays, ny secours à ceux qui seroient recogneus sectateurs de ceste heresie (en marge: Eviter les heretiques): mais dans peu il faudra porter des remedes plus forts & violens; l’opiniastreté de l’estiomene ne cedant à la force de ces medicamens anodins, mettra en main le fer & le feu contre sa malice.

Je trouve encor que nostre Evesque Joannes Pictavienfis fit des donations (en marge: Ma. Sc. Cancell.) au Sieur Elie

 

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Abbé de Chancelade & à ses Religieux des Parroisses appellées Lateira & Saccus (en marge: Donation), pour y bastir des Eglises. Bref ayant tenu la chaire Episcopale durant neuf ans moins sept jours (en marge: 1169), il deceda l’an mil cent soixante-neuf, & pour sa sepulture il y eut notable different & procez entre le Clergé de l’Eglise Cathedrale Sainct Estienne & Collegiale S. Front, les premiers pretendans avoir droict pour le corps de leur Evesque l’enleverent par violence, & l’ensevelirent en leur Eglise (en marge: Ma. Sc. S. Anth.), dont les autres firent un grand procez, qui couta beaucoup de part & d’autre. Nous voyons son epitaphe gravé dans un pilier de l’Eglise Cathedrale prés de sa sepulture en ces mots (en marge: Sepulture). ANNO AB INCARNATIONE DOMINI M.C.L.D.X. NONO. SECVNDA DIE MAII OBIIT DOMINVS IAANNES HVIVS ECCLESIAE EPISCOPVS, SEDIT AVTEM IN EPISCOPATV NOVEM ANNIS SEPTEM DIEBVS MINVS (en marge: Inscript. lapid. epitaph.).

Un peu à costé on peut lire le commencement de la poesie qui ressent la rudesse de ce siecle.

PICTAVIA NATVS HIC PAVSAT PRAESVL HVMATVS FILIVS ERGO DEI PROPITIETVR EI. (ii)

 

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Petrus Minetis, Evesque.

Richard, Duc d’Aquitaine.

 

Nous pouvons apprendre de Petrus Blesensis (en marge: L’an de Jesus-Christ 1169), homme celebre en l’Eglise, le pays & parantele de Pierre Minetis ou Minetz, au­quel il escrivit une epistre qui est parmy ses oeuvres, la trente-quatriesme, par laquelle il se recognoist son cousin & parent proche. Ce fut lors qu’il se retiroit des estudes, ses pere & mere estans decedez (en marge: Origine), lesquels, comme il dict en une autre epistre, estoient des plus nobles de la petite Bretagne: voicy ses mots traduits (en marge: Petrus Blesensis epist. 34). Mon pere & ma mere ont prins leur origine des plus apparents de la petite Bretagne, ce que je ne dis pas par jactance, mais je repute la vraye noblesse des vertus estre plus recommandable lorsqu’elle est conjoincte avec la noblesse de l’extraction, son epistre porte ceste suscription, Reverendissimo Patri Petro Petrachoricensi Episcopo Petrus Blesensis suorum consanguineorum imo servorum mini­mus salutem & continuos ad vota succeffus (en marge: Pierre de Blois). Ce bon

 

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Prelat l’avoit prié voire conjuré de venir faire sa residence avec luy dans son Palais, tant pour honorer ses merites, comme aussi pour se servir du rare sçauoir & conseil de celuy qui fut trouvé digne non seulement d’instruire l’Eglise en ge­neral par ses doctes escrits (en marge: Doctrine); mais par special fut choisi pour precepteur du fils du Comte du Perche qu’il conduit à la Royne de Sicile, où il fut trouvé capable d’enseigner son fils voire & tout celuy du Roy d’Angleterre (en marge: Comment. ex Epis. 49). Ayant donc suivy la fortune qui se presentoit par le Comte du Per­che, il s’excusa envers nostre Evesque, com­mençant par les loüanges de la sacrée dilection plus forte que la mort, puis qu’elle unit les coeurs absens (en marge: Amitié), & la mort separe l’ame d’avec le corps. (en marge: Ep. 34) Et j’ay recogneu cecy en vous, dict-il, à la faveur de l’expérience, puis que vous m’avez regardé d’un oeil plus favorable, moy qui suis le plus petit & comme l’avorton de la magnificence de vostre parantele. Vous m’avez escrit, si tant est que je me souvienne fidelement de vostre commandement, que je me rendisse au plustost à vous pour y demeurer comme vostre domestique & commensal. Soudain mon esprit tressaillit d’applaudissement par la parole de vostre benignité, & desja j’avois deliberé de me rendre à vous, lors que, &c.

Quelque temps (en marge: Chroni. Engol. Corl.) apres la promotion de nostre Evesque (en marge: 1171), il se presenta un employ fort honorable (en marge: Employ) pour luy à raison du mariage d’Heleonor fille du Roy d’Angleterre, & d’Heleonor Duchesse d’Aquitaine, avec Alphonse second Roy

 

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d’Espagne, où elle fut conduitte accompagnée de l’Archevesque de Bourdeaux (en marge: Honorable), & des Evesques de Poictiers, Engoulesme, Xaintes, Perigueux, Agen & Bazas, de Raoul de la Faye Seneschal de la Guyenne, du Comte de Perigord Elie fils de Bozon, & plusieurs autres Sei­gneurs ausquels le Roy d’Espagne fit de beaux & riches presens (en marge: Chronic. Burdig.): l’on proposa aussi le mariage de Richard second fils du Roy Henry avec la fille du Comte de Barcellonne (en marge: Meynard arrest.), luy donnant le Duché d’Aquitaine, & pource Richard surnommé coeur de Lyon (en marge: Dub. Ann. Aquit. 3 p. c. 4), est le douziesme Duc d’Aquitaine (en marge: Richard coeur de Lyon Duc d’Aquit.).

Desja les seigneurs de ces quartiers souspirent apres le gouvernement des François impatiens d’estre opprimez par la domination de l’Anglois, ils se saisissent des places les plus fortes, agissent hostilement contre ceux qui tenoient leur party, ce qui appella Henry Roy d’Angleterre pour venir maintenir en obeyssance ce pays du Perigord qui desja s’estoit revolté contre luy (en marge: Ma. Sc. S. Anth.). Il y vint avec ses fils Henry Duc de Normandie, & Richard Duc d’Aquitaine, assisté du Roy d’Arragon, du Comte de Bre­tagne Geoffroy, & d’Hergamonde Dame de Narbonne pour assieger le Puy S. Front (en marge: Siege faict par les Anglois), & s’il faut agir par conjecture; je crois que la place leur demeura, car nous trouvons que l’an mil deux cens deux ceste ville estoit soubs leur puissance (en marge: Dub. ibid. c. 6), puis que la trahison pretendüe contre Poictiers y fut tramée par les Anglois avec

 

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le Clerc du Maire de Poictiers.

Les actions de pieté furent ordinaires à nostre Evesque, nous en trouvons des marques aux sacres de plusieurs Autels (en marge: Dedicaces); il en sacra un dans Chancelade (en marge: 1171), In honorem sancta Trinitatis, & in honorem sanctae Crucis, & in honorem beatae & gloriofae Virginis Mariae, & sanctorum Apostolorum Philippi & Jacobi, & sanctorum Martyrum Sebastiani & Blasii, & sanctorum Confessorum Augustini & Nicolai, & sanctarum Virginum Agnetis & Caeciliae anno Domini 1171. sexto nonae Maii (en marge: Ma. Sc. Cancell.). En presence du troisiesme Abbé Gérard qui avoit esté beny par ce mesme Evesque quelque temps auparavant.

Je trouve une inscriptîon pour l’année suivante qui marque le sacre de l’Eglise de la glorieus