L’Estat de L’Eglise du Périgord depuis
le christianisme,
(2ème volume)
par le R.P. Jean Dupuy, Récollect
A Périgueux,
par Pierre & Jean Dalvy Imprimeurs
& marchands libraire, 1629,
avec approbation.
Table des matières.
Arnaldus Vitabrensis, Evesque.
Guillaume, Duc d’Aquitaine.
Le Successeur de Rodolphus (en marge: L’an de Jesus-Christ 1014) fut Arnaud de Vitabre, qui la mesme année receut la chaire du
Perigord (en marge: Chenu. Gal. Chri. Ma.
sc.), & fut sacré Evesque à S. Benoist de Nantueil (en marge: son sacre) par Seguin jadis
Moyne, & pour lors Archevesque de Bourdeaux, avec d’autres Evesques. Estant
promeu à l’Episcopat il se rendit reccommendable & pour la paix & pour
la guerre, pour le spirituel & temporel. l’Année d’après son ordination il
fut convoqué à la consecration de l’Eglise du Monastere d’Userche (en marge:
Eglise consacrée), qui fut consacrée par Guillaume Duret, Evesque de
Lymoges, où il faut remarquer que desja les Chrestiens, suyvant l’ancienne
religion, pour les dédicaces des Eglises, avoient acoustumé de faire un grand
convoy, pour rendre l’action plus magnifique (en marge: Magnificenses). Baronius (en marge: Baro. an. 393, Ex Sozon. lib. 8 c. 17) l’observe mesme
dés l’an 393 ce qui ne
se faisoit sans une grande despence (en
marge: Et Greg. mag. ep. 54; vid. conc. Aurel.), mesmes avec dons, & liberalités
generales,
envers les pauvres. La solemnité presente fut faicte à la faveur
de la paix, dont l’Eglise jouyssoit en Aquitaine (en marge: 1017 Heretiques), laquelle
― Page 2 ―
neantmoins l’ennemy vouloit
desja troubler, y envoyant quelques
hérétiques (en marge: Ex frag. hist.
aquit. ex Pit. ma. sc.), où plustost Epicuriens, environ l’an 1017
pour estre avancoureurs de la doctrine des Petrobrusiens
& Albigeois qui quelque temps apres infesterent plusieurs quartiers du
Perigord, comme nous dirons.
Guillaume 6. Duc d’Aquitaine mourut l’An 1025 (en marge: Guido 7. Duc daq.) son frere
Guy succeda (en marge: 1025), &
se rendit recommendable en son zele, lors qu’une partie du chef de Sainct Jehan
Baptiste, praecurseur de Jesus-Chrift, fust trouvée au monastere d’Angeraye, où
Angery, dans un cercueil de pierre (en
marge: La teste Sainct Jean Baptis.): car il convoqua de toute l’Aquitaine
tous les ordres religieux pour venir honnorer ce Sacré reliquaire, auquel lieu
non seulement les Aquitaniens vindrent par devotion: mais encore les peuples de
France, de Bourgongne, de Bretaigne, de Lombardie (en marge: Extat. post vit. Rober. in apend. ad glab.), & quod etiam magis videtur,
omnes congregationes sermorum Dei ex Aquitania cum sanctorum corporibus &
reliquiis, & apparatu ecclesiastico psallentes processerunt ad memoriam
sancti praecursorum Christi dict un fragment
de l’histoire d’Aquitaine (en marge:
Processions). Il ne faut poinct doubter qu’il n’y faille comprendre les
communautes religieuses du Périgord à cause du voisinage (en marge: Bar. hoc anno; Dupl. to. 2 p. 35), quoy qu’ils n’y
pareussent avec la magnificence des moines de S. Martial de
Lymoges.
Je
crois aussy qu’a ce temps le comte de Perigord Gérard estoit mort (en marge: Corl. chron. eng. Meynard arr; li.
9), son fils aisné Elie luy succede à la charge (en marge: Crime Sacrilege), & pleust a Dieu qu’il eut
― Page 3 ―
hérité
lintegrité de son pere (en marge: Elie
Com. de Per.): car au contraire il se treuve coulpable d’un crime tres
noir. Cest que Ebles Evesque de Lymoges frere, où selon Guydonis oncle de
Guillaume Duc d’Aquitaine (en marge:
Guido in tab. ep. Lemov.), estant desja cassé de viellesse, nomma pour
Evesque & son coadjuteur Benoist, qu’il avoit eslevé des son bas aage, à ce
qu’il eut ladministration de l’Evesché, auquel il luy succederoit apres sa
mort. Elie ne pouvant supporter qu’un sien ennemy fust eslevé à cette dignité,
luy dresse une embuscade, le prent & le tenant en prison luy creve le yeux,
le relaschant apres telle cruauté. Duquel forfait Ebles eut eu reparation,
poursuivant le Comte criminelement (en marge:
Annal. du Bou. 3 p. c. 1); mais bien tost apres il mourut en l’abbaye de S.
Michel en lair; le Comte peu après bourrellé de la synderese, se resolut pour
expiation de son crime sen aller à Rome demender au S. Pere labsolution de son
peché (en marge: Penitence); &
lors qu’il y alloit en habit de pénitent, il mourut par les chemins (en marge: Ma. sc. S. Anth.). Dautre part
il fit battre dans la ville certaine monoye nommée, Helianensis, laquelle après sa mort causa beacoup de troubles
& fut descriée par l’Evesque comme nous verrons. Dans la mesme Année 1025
soubz le regne de Robert Roy de France (en
marge: 1025) l’abbaye de Tourtoyrac en Perigord fust fondée par Guido Vicomte
de Lymoges & Imma sa femme (en marge:
Abbatia Tortoyracensis fundatur Anno 1025), en consideration d’un de leurs
enfans Richard qui fut le premier Abbé de ce lieu, ses freres Ademarus avec
Senegundis sa femme; & Pierre avec Sulpi-
― Page 4 ―
cia sa femme, contribuerent
notablement à ceste saincte action pour honorer l’Ordre de
S. Benoist, auquel lieu plusieurs bons Religieux randirent leurs voeus (en marge: Ma. Sc. Cartul. dioeces. Petroch.).
L’ancien Cartulaire du Dioceze nous marque, que jadis il y avoit les Offices suivens,
le Prieur claustral , le Sacrestain, le Camarier & 34 Moynes,
Stephanus fut le seçond Abbé, toutes aultres memoires sont perdues dans les
ruines generales du catholicisme.
Revenons à l’Evesque Arnaldus lequel, à ce que je crois,
nous trouverons à Lymoges, à lassemblée des Evesques convoqués pour
leslevation du Corps de S. Martial, & la consecration de l’Eglise S.
Estiene (en marge: Sacre d’Eglise), l’An 1018 au moys d’Aoust, au
rapport de Gaufredy, & comme portent les actes de
ceste assemblée où concile: je dis avec beaucoup de probalité
(sic) que nostre
Evesque y assista pour lors, puis que la mesme année au
moys de Novembre nous le trouverons dans la solennité faite
pour l’Eglise
royale de S. Sauveur, bastie par Pepin, comme il appert par l’inscription
du sacre,
portant le nom
d’onze Evesques desquels Arnaldus est le 4 (en marge: Inscrip.
Lemov. cons. 1028) (en marge:
Adsistans).
ANNO DOMINI 1018.
CONSACRATA EST
BASILICA REGALIS SALVATORIS LEMOVICAE, V. CAL.
DECEMBRIS, IDQVE AB EPISCOPIS
VNDECIM. IORDANVS LEMOVICENSIS,
IZEMBERTVS PICTAVIENSIS, ROHO ENGOLISMENSIS, ARNALDVS PETROCHORENSIS, PETRVS GERVNDENSlS,
DEODATVS CADVRCENDIS, AEMILIVS ALBIENSIS,
ARNALDVS ROTENENSIS,
FVLCO
― Page 5 ―
CARCASSONENSIS, ELVS SANTONENSIS,
GODEFREDVS ARCHIEPISCOPVS BVRDIGALENSIS. HOC FACTVM EST IN TEMPORE ROBERTI
REGIS FRANCORVM; ET IMPERATORVM CONSTANTINI GRAECORVM, ET CONRADI ROMANORVM.
Je trouve aussi qu’en la mesme année, ce bon Evesque fut au convoy funebre de
Guillaume Taillefer,
Comte d’Angolesme, suivant la remarque de Corlieu (en marge: Corl. chr. Engol.). Quittons Engolesme pour passer à
Bourges (en marge: Consiles), & y
veoir comme un concile d’Evesques y est assemblé du nombre desquels estoit
nostre Evesque l’An 1034 le 3
du moys de Novembre (en
marge: 1034), pour faire plusieurs bons reglemens Ecclesiastiques, &
remedier a beaucoup d’incidens; mais je soubsçonne fort qu’is forgearent là
certains articles, qui sentent trop leur rigeur & severité, qu’ils
vouloient auctoriser soubs pretexte de zele (en marge: Glaber. lib. 4 ch.), & pour obeir à quelque pretandüe
revelation que quelqu’un de ces bons Evesques disoit avoir eu, lesquels articles
du despuis furent casses. Repassons à Lymoges au jour anniversaire du sacre de
l’Eglise S. Sauveur pour veoir vn 2. Concile provincial auquel les Evesques
sont convoqués (en marge: Ex act. cons. 2
Lemov.), premièrement pour acoiser les troubles & seditions esmeuës
contre les Ecclesiastiques par les perturbateurs du repos public (en marge: Tom. 3 cons. p. 2). La
première seance fut conclue par une estrange commination (en marge: Conclusions), contre tous ceux qui enfreindroient la pais
publicque, & seroient recogneus autheurs des seditions, les Evesques
commandans au Diacre qui avoit leu
― Page 6 ―
l’Evangile,
de lire hault & clair la presente malediction (en marge: Excommunication) (en
marge: Act. ep. Cad. sub. Deod. Episc.). Ex authoritate Dei patris omnipotentis & filii & spiritus
sancti, & Dei genitricis Mariae, & S. Petri Apostolorum principis,
& beati Martialis, & aliorum
Apostolorum, atque omnium Sanctorum Dei, nos Episcopi in nomine Dei
secialiter congregati Aerno Archiepiscopus Bituricensis Jordanus antistes Lemovicensis, Stephanus
Aniciensis, Rorico Arnernensis, Ragamundus Mymatensis, AEmilius Albiensis, Deus
dedit Cadurcensis, Izembertus Pictavienfis, Arnaldus Petragoricensis, Roho
Engolismensis: ex communicamus illos milites de isto Episcopatu Lemovicensi,
qui pacem & institiam Episcopo suo firmare, sicut ipse exigit nolunt, aut
noluerunt. Maledicti ipsi, & adiutores eorum in malum, &c. (en marge: Ex. Glab. lib. 4) Pour lors les Evesques jetterent en terre & estegnirent
les cierges qu’ils tenoient allumés; exhortans au-surplus les peuples à garder
la paix & concorde avec leur Evesque. La seconde seance fust pour donner
conclusion au grand debat survenu pour le tiltre d’Apostre donné à S.
Martial (en marge: Nom d’Apostre),
premier Evesque des Lymosins. Contraste qui avoit duré plusieurs
ans nonobstant la conclusion faicte au premier Concile tenu il y a cinq ans au
mesme lieu (en marge: Scol. ser. Binij.
in to. 3 Conc.), & renouvellée au Concile de Bourges, auquel les
lettres du Pape Jean avoient esté leües, qui decidoient la cause, &
declaroient qu’il meritoit le tiltre d’Apostre; & mesme avoit envoyé
l’Oraison ou il estoit nommé Apostre. On faict en suitte lecture des 20 Canons soubscrits par eux à Bourges
il n’y avoit que quelques jours,
― Page 7 ―
en outre l’on donna audience aux plaintes que l’Evesque
proposoit (en marge: Plaintes). La
première fut qu’un Comte de Tholose, puis Comte du Perigord & Vicomte de
Combort, avoit par auctorite donné un Abbé laique à l’Abbaye de Beauvais (en marge: Baro. ex M. S. anno 1032 n. 2).
Action qui fut detestée par tous les Evesques qui deposerent cet Abbé, disant
ces beaux mots, Ecclesiastica officia non
secundum carnis orignem, sed secundum meritorum virtutem distribui oportere. Se plaignoit aussi de ce que les excommuniez par les
Evesques alloient demander au Pape l’absolution, & plusieurs autres particularitez rapportées dans le
troisîesme tome des Conciles (en marge:
Vid. tom. 3 Conc. p. 2), le collecteur desquels l’a emprunte de Baronius,
& Baronius partie de Glaber, partie d’un manuscript que j’ay eu nagueres
entre mes mains, auquel plusieurs autres propositions sont contenues,
lesquelles Baronius juge indignes des Evesques François, tant elles sont
hardies contre le sainct Siège.
Il se presenta aussi à nostre Evesque une noble occasion en
laquelle il fit paroistre son courage & sa vaillance au faict des armes
contre les Normans (en marge: Faict
d’armes), qui environ ce temps voulurent prendre terre à S. Michel en
l’air, in sancto Michaele de Eremo, qui est au bas Poictou contre la mer avec leur fiere &
cruelle resolution de venir encore un coup saccager toute l’Aquitaine. Cet
Evesque faict levée de gens d’armes, lesquels comme Capitaine il conduit au
danger (en marge: Ma. Sc. S. Anth.),
& ayant joinct ses forces avec Guillaume
― Page 8 ―
Comte de
Poictou, homme tres-vaillant: on livre la bataille contre l’ennemy, où les
Normans furent presque tous taillez en pieces. Je trouve aussi que l’argent
venant à manquer, à nostre Evesque pour l’entretien & solde de ses gens de
guerre; il fut contraint d’engager à Anthoine Evesque de Lymoges l’Archiprestré
d’Eyssideuilh pour quelque somme d’argent (en
marge: Archiprestré engagé), avec laquelle il recompensa ceux qui l’avoient
servy. Le vieux cartulaire remarque, que long temps par le peu de soing de
l’Eglise du Perigord, cest Archiprestré a esté perdu & mis en oubly par ce
Dioceze, sans qu’on fut soigneux de le rachapter & reunir comme il est
aujourd’huy. Les anciens manuscripts suivis par Chenu (en marge: Chenut. in Ta. ep.) mettent la mort d’Arnaldus l’an 1036 le 14 Juillet (en marge: 1036): mais je le trouve encor
en vie l’année après soubscrivant aux lettres du Duc d’Aquitaine Guillelmus (en marge: 1037), comme il se voit dans
le cartulaire de S. Jean d’Angeric (en
marge: Pet. Ma. Sc. S. Joan Angeriac). Il fut depuis ensevely (en marge: Mort) dans l’Eglise du
Monastere Sainct Front, où reposoient les os de ses predecesseurs. (aa)
Geraldus
de Gordonio, Evesque.
Guido, Duc d’Aquitaine.
Apres
la mort d’Arnaldus (en marge: L’an de Jesus-Christ
1037), Gérard fut mis en sa place (en
marge: Chenu. Gall. Christ. ma. sc.): il gouverna cet Evesché tout autant
de temps que son devancier; mais non avec pareil succez: car le demon embraza
& alluma une estrange querelle (en
marge: Querelle) entre luy & le Comte du Perigord Audebert Cadoyrac (en marge: Audebert Cadoyrac Comt du Perig.),
qui avoit succedé à Elie son frere mort au voyage de Rome sans laisser
d’enfans (en marge: Comt. d’Angol. par
Corl. Ma. sc; don. comm.). Voicy le subject de la combustion. L’Evesque
voyant que le Comte Elie durant son
vivant avoit faict battre de la monnoye qui avoit eu mise (en marge: Monnoye), peut estre parce qu’il avoit usurpé le pouvoir
de l’Abbé de S. Front qui pouvoit faire battre monnoye comme j’ay veu en des
pieces d’argent, où d’un costé il y a les armoiries du Chapitre, qui sont cinq
ronds, & de l’autre une Croix, portant autour Ludovicus. Tant y a que l’Evesque descria le cours de la
monnoye d’Elies, suivant la puissance judiciaire qui estoit pour lors aux
Officialitez des Eves-
― Page 10 ―
ques. Ce
qui anima tellement Audebert qu’impatient de cet affront, desja il met des gens
en campagne pour aller assieger & prendre l’Evesque, qui sembloit avoir
chocqué sa puissance. D’autre part l’Evesque ne pouvant supporter les ravages
du Comte son ennemy & pour l’asseurance de sa personne met aussi des
soldats sur pied pour s’opposer à ceste furie, jette des garnisons dans ses
chasteaux Episcopaux bastis par Froterius contre les Normans l’an 980. Le
desordre dura long temps, puis que l’Evesque pour entretenir ses gens sur pied
& les soldoyer, fut contraint d’engager (en marge: Engagemens) & aliéner de sa mense Episcopale deux
chasteaux d’importance, Agonac & Auberoche, lesquels furent desengagez du
depuis, comme nous trouverons en peu de temps par les hommages rendus pour ces
places aux Evesques à muance de Seigneur.
Guido
septiesme Duc d’Aquitaine (en marge: Ann.
aquit. Chron. Burd.) n’avoit guieres long temps vescu en son Duché (en marge: Duché), succedant à Guillaume
teste d’estouppe, l’an 1025 (en marge: 1025) si que je conjecture que
son fils Guillaume surnommé Geoffroy (en
marge: Guil. Geof. Duc d’Aquitaine) estoit de present le huictiesme Duc
d’Aquitaine 1’an 1045 (en marge: 1045).
Nous trouvons dans le Calendrier du grand livre de sainct
Sillain (en marge: Ma. sc. S. Syll.)
que l’an 1047 (en marge: 1047) l’Archevesque
de Bourges Aymo consacra (en marge: Sacre
d’Eglise) & dedia le grand Monastere de S. Front, Chenu (en marge: Chenu in Ta. ep. Pet.)
l’appelle Aymo de Solliaco le cinquantiesme Archevesque de Bourges, adjoustant
que pour lors il faisoit la visite de
la province de Bourdeaux, comme
― Page 11 ―
Primat de toute l’Aquitaine, il faut advoüer
qu’il s’est porté assez passionné en ceste cause, qui est en l’itispendance dés
long temps, sçavoir-mon s’il falloit donner la primauté de l’Aquitaine à
Bourges ou à Bourdeaux; car pour la Métropole sur les Evesques de la seconde
Aquitaine, ceux de Bourges ne nous la disputent point; mais asseurent que le
Primat ou Patriarchat est à eux;
car le nom de Patriarche chez les Grecs est la mesme chose que Primat
chez les Latins (en marge: Primace),
suivant la docte remarque d’Azor (en
marge: Azor. Just. moral. p. 3 c. 35), qui cite le chapitre Cleros dist. 21.
& le chapitre Urbes dist. 80. & le chapitre Provinciae dist. 99 (en marge:
Alberic. in Rub. de stat. hom.; Card. Alex. In cap. de sin. dist. 22). La dispute
doncques de ce Patriarchat est en Litige dés long temps entre les deux
Archevesques, comme il appert par le chapitre dernier de Majoritate & obedientia, & du chapitre exposuit, de dilatationibus tit. de dolo & contumacia; & a attiré
plusieurs Docteurs à divers partis, chacun de son costé citant plusieurs
rescrits des Saincts Peres, comme l’on peut voir dans Nicolaus Boerius (en marge: Boerius in add. ad tract. in m.
conc. num. 14 p. 1) aux additions sur le traicté faict pour l’authorité du
grand Concile. Je ne veux donc examiner
si l’Archevesque de Bourges faisoit bien ou mal en ceste consecration, je diray
en passant que tousjours lors que les Archevesques de Bourges ont voulu
s’attribuer ces jurisdictions spirituelles sur la seconde Aquitaine: ceux de
Bourdeaux ont reclamé specialement l’an 1052 & l’an 1024 comme il appert par la Chronique Bourdeloise (en marge: Chronic. Burdig.), qui cite
aussi une
― Page 12 ―
definitive determination baillée par le Pape Clement
cinquiesme l’an 1036 (F.B. lire 1306). adjugeant le
Primat d’Aquitaine à l’Archevesché de Bourdeaux.
Je trouve qu’au mesme jour du Sacre de l’Eglise Sainct
Front se rencontre le Sacre de l’Eglise cathédrale de S. Estienne (en marge: Chapitre Cathedral), je ne
sçay pourtant s’il fut faict en mesme année, & par le mesme: l’antiquité du
bastiment me donne à conjecturer que desja ceste Eglise estoit sur pied, quoy
qu’elle soit esté bastie à diverses reprises, comme l’on peut voir à l’oeil,
sans que nous sçachions ny ses fondateurs, ny ses ampliateurs, contents de dire
qu’autres fois ce Chapitre a esté de l’Ordre régulier de Sainct Augustin; &
puis que je suis sur ce subject je ne veux obmettre ceste ancienne inscription
que nous voyons gravée dans la grande Nef au costé droict de l’Autel, qui fut admirée par le docte
Jofeph Lescale estant à Périgueux avec le docte Pythou l’an 1583 (en marge: Josep.
scul. 7. de emend. temp. papirius masso de not. Epis. Gall.) de
laquelle inscription paschale il advoüe ne sçavoir la raison. Voicy ses mots rapportez
par Papirius Masso, dans le Notitia
Episcopatum Galliae. Neque causas scimus periodi cujusdam paschalis
quam Petrachoriis vidimus una cum Pythaeo nostro, in dextro latere altaris Ecclesiae Majoris, insculptae erant dominici
paschalis litterae, meliores quam ut longe infra tempora Justiniani descriptae
videantur. Titulus ita conceptus erat. HOC EST PASCHA
SINE TERMINO ET NUMERO. CUM FINIERIT A CAPITE REINCIPE.
― Page 13 ―
MARCIVS XXIIII. APR. XII. APR. IIIV. AP. XXIIII. MR. XXXI. AP. XX. & ITA, DEINCEPS IN FINE AUTEM.
MR. XXVII. ... IIII. AP. XVI. MR. XXXI. AP. XX. Et mediocriter docto patet initium esse à Cyclo Paschali Dionisiano XVI. Solari XXIIII.
Parmy le calme de l’Eglise la ferveur des Evesques de
ce temps se ralentit presque dans toute la France, plusieurs mauvaises
coustumes se glissant insensiblement (en
marge: Arag. de gest. Rom.). Le sacrilege des Symonies (en marge: 1055) infecta presque tous les
Sièges Episcopaux, si que l’an 1055 le Pape Victor
tousjours pere commun envoya Hildebrand à Lyon pour assembler un Concile
notional (en marge: Epis. 45 Conc. Lugd.)
& remedier à ces maux (en marge:
Concile), comme de faict plusieurs Evesques Symoniaques se deposerent
volontairement de leur charge, ayant veu le miracle qui arriva en la personne
d’un d’entr’eux.
Je
n’ay rien plus de particulier touchant cét Evesque, si ce n’est sa mort qui fut
l’an 1059. Le
XXI. Mars après avoir gouverné l’Eglise du Perigord vingt & deux ans quatre mois,
& vingt & un jour (en marge: 1059; Mort), il fut ensevely au susdict Monastere de S.
Front.
Audebert
le Comte du Perigort son andagoniste (en
marge: Comtes) estoit desja mort (en
marge: Corl. chron. Engol.), n’ayant de gueres survescu son frère Elie,
& je croy que ce fut un juste jugement de Dieu, que celuy qui avoit si hostilement traversé le bon Evesque & tout le
Clergé, qu’il devoit honnorer comme ses peres, fut troublé après son decez par
les siens pro-
pres: car laissant son fils Bernard pour héritier du Comté,
son frere Bozon (en marge: Bozon, Com. du
Perig.), Comte de la Marche, ne pardonnant au sang & à l’amitié qu’il
devoit à son nepveu, s’usurpa le Comté du Perigord par toute voye d’hostilité (en marge: Meyn. 3 par liv. 9 arr.), depossedant son nepveu; &
comme un malheur par une entresuitte preste la main à un autre, il perit peu
apres par poison qui luy avoit esté donné (comme il est à croire) par ses
propres parens, laissant son fils Elie Comte de la Marche & du Perigord. (bb)
Guillelmus
de Monteberulpho, Evesq.
Guill. Geoffroy, Duc
d’Aquitaine.
Ce n’est pas
grand’ merveille d’estre bon parmy les bons: mais de se
rendre recommandable en saincteté dans un siecle perverty (en marge:Chenu. Gall. Christ. ma. sc. S.
Anthon.); c’est une belle rose remarquable parmy les frimats de l’Hyver,
qui attire sur son tein presque miraculeux les amours & les yeux de tous.
Je dis cecy en faveur du sainct Prelat Guillelmus (en marge: L’an de Jesus-Christ 1059), qui l’an 1059 incontinent
apres le decez de Gerard print
― Page 15 ―
possession de l’Evesché du Perigord, estant desja
recommandable par son extraction (en
marge: Origine) prinse de la maison illustre de Montberon en Engoumois, de laquelle
sont sortis plusieurs Evesques, principalement pour Engoulesme (en marge: Che. in tab. ep. Engol.),
Robertus l’an 1255 & un
autre Robertus l’an 1420.
Mais encor nostre Evesque fut plus remarquable par sa
saincteté qui reluisoit comme un Soleil dans un siecle tout ténébreux, Nous
avons veu comme l’an 1055 le Pape Victor fit remedier a la symonie (en marge: Symonies) qui gastoit presque tous les Evesques de
France, mais le remede fut seulement palliatif, & ne couppa le mal à sa
racine: car l’an 1075 le Pape
Gregoire (en marge: 1075) considerant
l’estat de tous les Evesques de France (en
marge: Desordres), Allemagne & Italie en est presque à mourir de
regret, comme il se lamante dans une de ses epistres (en marge: Greg. pap. epist. 49 lib. 2). A peine dict-il, vois-je des Evesques legaux en leur entrée, & en leur vie, gouvernans le peuple Chrestien par l’amour du Chrift, & non par l’ambition du siecle &c. Si
qu’estant agité de diverses tempestes.
Quoquo modo moriens vivo. Je vis en
mourant aucunement & comme en regret (en marge: Regret). Parmy le
petit nombre de bons Evesques François de ce temps il faut mettre le nostre,
puis que Dieu l’honoroit par plusieurs miracles signalez, entr’autres que sa
malediction avoit telle puissance qu’estant fulminée de sa bouche elle estoit
confirmée visiblement du ciel par la punition: Dieu se rendant executeur de ses
anathemes, quidquid maledicebat, a Domino erat maledictum dict le vieux manuscript (en marge: Ma. sc.) comme il
― Page 16 ―
parut lors qu’il estoit en ces quartiers de Villeboys, il
donna sa malediction
sur quelques moulins de la riviere de Nisone, j’en ignore la cause, au moins
elle fut si juste devant Dieu, que tout d’un coup & moulin & meusnier, & tout l’attirail s’abismerent
miraculeusement.
Depuis peu d’années l’on a faict rencontre dans quelques
vieux sepulchres des Moynes Religieux de l’Abbaye de S. Front
d’une rareté, qui monstre la pratique de l’Eglise de ce temps-là: c’est une
Croix de plomb (en marge: Croix de plomb,
1072) de la longueur de huict ou neuf poulces, dans laquelle d’un costé
estoit gravé (en marge: Inscriptio
plumbea 1072) SACRO FONTE
BAPTISMATIS
DONATVR ILLIANTE,
ELIE VOCATVR, OBIIT AVTEM KALENDAS MAII ANNO DOMINI MILLESIMO
SEPTVAGESIMO SECVNDO, REGNANTE PHILIPPO FRANCORVM REGE, & au
milieu il y a un O. & une N. de l’autre costé d’icelle DOMINVS
DEVS OMNIPOTENS QVI POTESTATEM DEDIT SANCTIS APOSTOLIS SVIS LIGANDI ATQVE
SOLVENDI IPSE TE DIGNETVR ABSOLVERE F. ELIA A CVNCTIS
PECCATIS TVIS, ET QVANTVM MEAE FRAGILITATI
PERMITTITVR SIS ABSOLVTVS ANTE FACIEM ILLIVS QVI VIVIT ET REGNAT IN SAECVLA SAECVLORVM. De premier
abord j’ay creu que c’estoit l’absolution de l’excommunication qui auroit esté
donnée à Frere Elie natif d’Heilac en Perigord apres fon trespas: & ce suivant
le stile de l’Eglise, qui pour donner de la terreur par l’excommunication ,
& specialement pour declarer aux
― Page 17 ―
fidèles qu’ils peuvent faire prieres publiques pour le
deffunct qui estoit mort avec repentance de la faute pour laquelle il estoit
tombé en la censure, sans pouvoir recevoir son absolution; l’Eglise pour le
foro extérieur, comme on dict, se servoit de quelques cérémonies baillant
l’absolution sur la sepulture: ce que les Docteurs apres le droict Canonique
appellent absolvere mortum ab
excommunicatione (en marge: Absolution d’un mort). Non que
l’Eglise militante lie & deslie en sa propre signification ceux qui desja
sont trespassez, comme il est amplement
traicté dans le décret de Gratian (en
marge: Dec. 2 p. caus. 24 q. 2), part. 2. caus. 14. quaest. II. cap. Damnationis, §. his auctoritatibus, mais en denonçant que les decedez
sont morts fideles, & que l’excommunication a cessé par la mort: remarque
faicte par Covarruvias (en marge: Cova.
in c. al. mat. § II n. 8), Ledesma (en
marge: Led. 24 qu. 2 6 ar. I), Henriques (en marge: Henric. lib. 13 de exc. c. 25 § post.), Sayrus (en marge: Say. th. lib. I c. 8) &
autres Canonistes: & pource non sans subject dans ceste Croix de plomb est
faicte mention de son baptesme: car l’Eglise ne peut exercer sa jurisdiction
punitive & relaxative sur d’autres que sur ceux qui luy sont subjects par
le sainct Baptesme, comme le declare le Concile de Trente (en marge: Conc. Trid. S. 14 c. 2). Mais
apres tout, dans ceste absolution gravée sur la Croix, je n’y remarque aucun
mot d’excommunication, & aymerois mieux dire que peut estre ceste marque
estoit la communion & viatique d’absolution (en marge: Viatique), dont parle le (en marge: Conc. Arans. c. 3) Concile d’Aurange can. 3. qui recedunt de corpore
poenitentia accepta, placuit sine reconciliatoria manus impositione
― Page 18 ―
cos communicare, quod morientis sufficit
consolationi, secundum deffinitiones patrum, qui hujusmodi communionem congruenter viaticum
nominarunt: Sur lequel passage deux doctes lumières de l’Eglise
Gallicane (en marge: M. d’Orleans obs.
II; M. Coiff. des noms de l’Euc. p. 239) ont de nostre temps remarqué que
le mot de communion & viatique ne doit estre entendu de l’Eucharistie adorable (en marge: Viatique); veu que le Concile
parle d’une sorte de communion qui estoit baillée sans la reconciliation qui se
faisoit par l’imposition de mains, & neantmoins sans icelle on n’eust osé
administrer les mysteres sacrosaincts. Partant on conclud que viaticum doit estre entendu en ce lieu tant seulement de
labsolution, qui seule quelquesfois estoit donnée aux penitents, mesmes à
l’article de la mort, sans administrer l’Eucharistie suivant les rigueurs de la
primitive Eglise. Absolution & viatique qui en tesmoignage public de la
repentance du decedé seroit pour lors esté gravée sur ceste Croix de plomb,
& mise pour accompagner le mort au sepulchre.
Revenons
à l’histoire, mettant la remarque de Papyrius Masso (en marge: Papir. Mass. lib. de not. episc.), qu’en divers temps
plusieurs de Conciles
d’Evesques furent assemblez dans le voisinage (en marge: Conciles), sans qu’il en soit faict mention dans les
tomes des Conciles, ny par les Annalistes de l’Eglise. Entr’autres il rapporte
par les epistres Conc. d’Ildebert
(en marge: Hild. epist. Conc. Engol. anno
1060), que l’an 1060
un Concile fut convoqué à Angoulesme par Bertrand
second du nom, Archevesque de Bourdeaux , avec les Evesques ses comprovinciaux,
soubs la Presi-
― Page 19 ―
dence de Rogerius Cardinal Diacre: comme aussi que l’an
1079 du temps
de Gosselin (en marge: 1079) aussi
Archevesque de Bourdeaux (en marge: Conc.
Burdig. anno 1079), il y assembla un grand nombre d’Evesques, tant
suffragans qu’autres convoquez au Concile par Amatus Evesque d’Oloron &
Vicaire du pape Gregoire septiesme qui y presida avec son adjoinct nommé
Hugues Evesque de Digne en Provence, & ce pour arrester & mettre un
frain au luxe des Clercs, & reformer leurs moeurs depravées. La Chronique
Bourdeloise (en marge: Chronic. Burdig.
anno 1095) met plus tard ce Concile l’an 1095. De plus il dict que l’année après il fut convoqué un autre Concile à
Xaintes (en marge: Chenut. in Tab. Arch.
Burdig.) par le mesme Legat Apostolique & mesmes Evesques. Il nous faut adjouster un Concile (en marge: 1073) tenu premier que ces deux derniers
(en marge: Conc. Pictav. anno 1073),
à sçavoir l’an 1073 l’Archevesque
gosselin ayant assemblé ses Evesques à Sainct Maixant en Poictou contre les
fauteurs de l’heresie de Bourges qui desja gastoit la basse Guyenne; nous
conjecturons avec beaucoup de probabilité que nostre Evesque Guillelmus avoit
seance dans ces Conciles, desquels je n’ay peu trouver les actes dans le
thresor de l’Archevesché.
Durant le Pontificat de nostre Evesque (en marge: 1077) & l’an 1077 Guinamondus Moyne de l’Abbaye de
la Chesedieu, tres-bon sculpteur de ce temps (en marge: Ma. sc. S. Anth.), fit une riche architecture (en marge: Scupture) dans le coeur de
l’Eglise de S. Front sur le sepulchre du sainct Apostre. Iterius appellé Canonicus Divi Frontonis & Cellariarius, fournit
aux frais pour ceste
― Page 20 ―
fabrique.
Je ne sçay s’il faut conclurre de là que desja la secularisation eut esté
faicte.
Je
conjecture aussi qu’environ ce temps le Monastere de nostre Dame, de Castris, de
la Chastre, de l’Ordre regulier de S. Augustin eut ses premiers fondemens (en marge: Fondation). Le bastiment de
ses tours dont il a pris sa denomination monstre son antiquité (en marge: Fund. Abbatiae de Castris),
& dans ses ruines prochaines, demande un bon Abbé qui rappelle la première
ferveur de ses fondateurs. Je trouve dans l’ancien cartulaire du Dioceze (en marge: Cart. Episco. Petrac.) qu’il y
avoit jadis ces dignitez, le Prieur Claustral, le Chantre, le Cellarier, &
treize Moynes, avec plusieurs Priorez & Curez de la collation de l’Abbé en
divers Diocezes. Je trouve ceste Abbaye avoir esté en ruine environ l’an 1440 à
raison des guerres & malheurs dont nous parlerons.
En
fin Guillaume de Montberon ayant gouverné l’Evesché (en marge: Ma. sc.) durant vingt ans, onze mois & trois jours (en marge: Meurt), rendit son esprit à
Dieu le neufiesme Fevrier de l’an 1081 (en
marge: 1081) & fut ensevely au lieu de sa naissance à Montberon dans
l’Eglise de S. Alduric, laissant un general regret à tous ses enfans d’avoir
perdu un si bon & si sainct Prelat, mais le mal fut flatté par le merite
de son successeur. (cc)
Reginaldus De Tyberio, Evesque.
Guill.
Geoff.
8, Duc d’Aquitaine.
Dans
le champ de l’Eglise (en marge: L’an de
Jesus-Christ 1081) les lys &
les roses y croissent
a foison, la paix & la guerre ont leurs propres guirlandes & tousjours
verdoyantes couronnes pour salarier les soldats de Jesus-Christ (en marge: V.
Bed. S. 18 de sanct.). Il
nous faut maintenant enlasser un tortis de fleurs de lys d’innocence, & de
roses empourprées par le sang de ce glorieux Martyr Reynald, (en marge: Origine) de la noble maison de
Tyviers (en marge: Chenut. Gall. Chri.):
il nous ouvrira un champ assez ample pour escrire ses merites, lequel sera
encor de plus grande estenduë (en marge:
1086) si nous
prenons garde que l’an 1086 Guillaume
Geoffroy Duc d’Aquitaine meurt (en marge:
Annal. Aquit. 3 p. c. I; Chron. Burd.), laissant S. Guillaume son fils pere
de Heleonor (en marge: S. Guillaume Duc
d’Aquit.), pour estre le neufiesme Duc d’Aquitaine: car dans ces siecles
infortunez nous verrons de grands schismes, revolutions & malheurs qui
grossiront contre l’Eglise & l’estat de l’Aquitaine; & auparavant de
nous embarquer au voyage d’outremer, remarquons premierement, (en marge: Cart. episc. Pet.) comme
nostre sainct Evesque fit bastir l’Eglise de S. Jean de Colle (en marge: Fundation), le bourg de ce
lieu prenant son
― Page 22 ―
nom de la
riviere Colla, qui le traverfe: il y fonda en suitte un Prioré Conventuel
de Chanoines Réguliers de S. Augustin, où jadis suivant la Pancarte estoient
les Offices suivans, le Secretain, le Chantre, le Prevost, l’Infirmier, & l’Aumosnier. Le nombre des
Religieux estoit de seize residents: jugez combien fut magnifique la
libéralité de cét Evesque pour l’entretien & fondation de ce Chapitre.
Environ ce
mesme temps (en marge: 1095), au
rapport de Sigisbert (en marge: Chron.
Sygisb. in fin.), un estrange mal fut presque general dans toute la France
(en marge: Les Ardans), causé par un
feu occulte qui brusloit &
consommoit, au moins mutiloit & defiguroit les membres
du corps. Contagion qui donna occasion à la charité d’un noble Viennois
d’instituer l’ordre des Freres Servans à ces malades dans les Hospitaux, qu’il
erigeoit, & d’autant
que le secours des Reliques du grand S. Anthoine
apportées à Vienne (en marge: Histoir.
Anthon. p. 2 c. 33) estoit le plus souverain remede contre ce mal, les
Religieux prindrent ce Sainct pour leur titulaire, portans pour marque sur
leurs manteaux un T. le Perigord fut infecté de ce feu S. Anthoine, comme j’ay
remarqué dans un manuscript vieux de plus de quatre cens ans, qui jadis servoit
de Breviaire dans l’Abbaye de S. Martial de Lymoges (en marge: Brev. Lemo.), où sont rapportez quelques miracles de
Sainct Front faicts en faveur de ces ardans ou bruslans; c’est
pourquoy nous trouvons à Aubeterre (en
marge: Fundation) une Commanderie de cét Ordre, qui a dans ceste province
deux Priorez dependans.
― Page 23 ―
Il est temps de porter sa pensée sur les maux &
calamitez (en marge: Maux des Levantins)
que les pauvres Chrestiens de la Terre Saincte enduroient soubs la tyrannie du
Roy de Perse & des Sarrazins, le rapport qu’un bon Ecclesiastique d’Amiens,
nommé Pierre l’Hermite, en fit au retour de son pèlerinage, toucha tellement le
coeur du pere commun de tout le Christianisme, qu’il indiqua un Concile à
Clermont en Auvergne (en marge: Conc.
Claremont. to. 3 conc.) pour y conclurre les remedes favorables pour
secourir nos Freres du Levant. Ce fut donc le Pape Urbain second qui y venant
en personne sur la fin de l’an 1094
(en marge: 1094) arriva à
Lymoges (en marge: Plat. in Urb. 2),
& le penultiesme jour de cét an, consacra l’Eglise Cathédrale de S. Estienne,
& le premier de l’an 1095
(en marge: 1095) consacra
l’Eglise Royalle de S. Martial avec grande magnificence (en marge: Chron. S. Mart.), & concours de plusieurs Prélats,
Entr’autres de nostre Evesque Reginaldus. Il faut cependant prendre garde comme
ceste dedicace n’est incompatible avec le Concile (en marge: Gall. Christ. in tab. epis. Lemo.) que nous avons dict
cy-dessus l’an 1028 (en marge: Vide sup. anno
1028). De là ils se rendent a Clermont pour tenir le Concile la
mesme année 1095
où parurent treize Archevesques avec leurs Evesques
suffragans, & l’on y compta deux cens cinquante bastons Pastoraux (en marge: Concile). Platine dict (en marge: Plat. ibid.) que tous les Evesques de France y
comparurent, au moins nostre Evesque n’y fit point defaut, & ce fut là que
ceste divine arangue du Sainct Pere, faicte sur la miserable condition des
Chrestiens de la Syrie mit le coeur au ventre d’une infinité de Seigneurs
― Page 24 ―
qui se croiserent, pour aller restablir par armes les Chrestiens
en leur liberté; concluant par une affectueuse exhortation aux Prelats, à ce
qu’ils se rendissent à leurs Eveschez pour porter leurs peuples à l’exécution
d’une si saincte entreprise (en marge:
Croisade).
L’on conclud
aussi dans ce Concile trente-deux articles importans pour les moeurs du Clergé
(en marge: Lamb. ep. Atrebat.), afin d’en
bannir la symonie, le sacrilege & le concubinage (en marge: Bellef. lib. 4; Ann. Franc.). Je ne veux aussi obmettre
que ce fut là qu’il fut commandé que l’Office & les Heures de nostre Dame
seroient recitées dans l’Eglise; & afin d’advancer la resolution
d’outre-mer, le Sainct Pere vint en personne visiter plusieurs Eglises
d’Aquitaine (en marge: Ann. Aquit. 3 p.).
Desja toute sorte de peuples (en marge: 1096), de tous aages & de toutes conditions prennent
la Croix, deslogent de toutes parts, ou soubs la conduite de plusieurs vaillans
Capitaines, ou à la suitte de leurs Evesques, Prestres & Religieux (en marge: Guill. tyr. hist. sac. c. 25 lib.
3). Reynald nostre Evesque fut du nombre, prenant avec les siens la route
vers Constantinople, qui estoit le general rendez-vous des Croisez. Godefroy de
Billon ayant contrainct avec puissante armée l’Empereur Alexius fidele de nom:
mais notablement infidèle aux vrais fideles de recevoir la paix avec les
Occidentaux, passe vers l’Hellespont avec resolution de donner vers la
Bithynie, où ayant subjugué la ville de Nicée, l’on pousse dans la Syrie,
passant le pied sur le ventre à l’armée de Solimand, composée de trois cens
soixante mille archers à cheval (en
marge: Soliman défaict): &
― Page 25 ―
comme un torrent impetueux forçans plusieurs villes & places d’importance (en marge: Guill. Tyri. l. 4 c. 11), on vint en fin poser le siege devant Antioche (en marge: Siege d’Antioche) qui pour lors estoit gouvernée par Acxianus, en quoy Duplex (en marge: Duplex ann. t. 2) se semble, a esté trompé, disant que c’estoit Corbagath, lequel de vray fut envoyé par son pere Soliman avec une-très puissante armée de Sarrazins (en marge: Secours) pour fondre sur les nostres. Les nouvelles de cét effroyable orage qui venoit sur le camp des Chrestiens r’alluma leur courage (en marge: Tyr. li. 5 c. 14), tous se mettent en devoir de soustenir le choc, & n’abandonner leur entreprise. Les Ecclesiastiques ont recours aux prieres & larmes: nostre Evesque sçachant que la victoire sur les ennemis vient d’en-haut, commence à celebrer le divin sacrifice de la saincte Messe, & tandis qu’il estoit à l’Autel, dans ceste action sacrosaincte les ennemis donnent l’assaut si brusquement qu’ils forcerent nos Chrestiens à ce rencontre (en marge: Ma. sc. S. Anth.), & parmy les boucheries sanguinaires, trouvent nostre sainct Pontife avec ses habits Sacerdotaux, le massacrent cruellement, luy tranchans la teste sur le mesme Autel où il disoit la Messe (en marge: Martyre): ainsi par son martyre il mésla son sang avec le sang de l’Aigneau sans tache Jesus, plus triomphant & annobly par la souffrance de ceste mort, que le vainqueur par sa première victoire, laquelle il achéta bien cherement: car nos Croisez se rallians donnent sur l’ennemy avec horrible tuerie, restans maistres de la ville d’Antioche, dont Bohemond Prince de Tarente & Normand de nation eut
― Page 26 ―
le
gouvernement. Ainsi mourut (en marge:
1099) glorieusement le sainct Evesque le huictiesme Septembre l’an 1099 apres
avoir gouverné le Dioceze dix-sept ans, quatre mois, vingt & un jour (en marge: Gall. Christ. in ep. Pet.):
son corps fut inhumé à Sainct George de Romas, & nous rencontrons son nom
parmy les Abbés de Sainct Martial de Lymoges estant surnommé Lastros. (dd)
Guillelmus
de Albaroca, Evesque.
S. Guillel.
IX, Duc
d’Aquitaine.
Mais (en marge: L’an
de Jesus-Christ 1099) comme tousjours les plus grandes prosperitez sont
destrempées de malheurs inopinez, durant ces longs voyages & sieges nos
Croisés ayant souffert beaucoup de disette, & tout d’un coup se trouvans
dans l’abondance des provisions conquises sur les Sarrazins, se laissans aller
à leur appétit, contracterent plusieurs maladies pestilentielles qui dans peu
terrasserent plus de Chrestiens (en
marge: Guill. Tyr. lib. 10 de bell. S. c. 12), que le glaive ennemy n’avoit
faict par le passé. La mort d’Ademarus Evesque du Puy en Vellay (en marge: Ademarus Eves. meurt) porta un
notable regret & perte (en marge: Odo
de Giff.), qui pourtant revint au profit spirituel & bon-heur de ceste
province du Perigord; damant que les nostres
― Page 27 ―
estans desja possesseurs des principales villes où les
Chrestiens avoient d’autres fois conservé les precieuses reliques des
souffrances de Jesus-Christ, rencontrerent par divine revelation le precieux
fer de la lance qui avoit percé son costé adorable apres son trespas. De plus
ce noble Evesque Eymard, comme il estoit puissant & signalé dans l’armée,
avoit recouvert un des suaires où
Jesus-Christ avoit esté enveloppé apres sa mort lors que Joseph d’Arimathie
& Nicodeme rendoient à leur Dieu les honneurs funeraux (en marge: S. Suaire), linge sacré qui
estoit le suaire honoraire qui enveloppoit les autres linges qui estoient
baignez de baume. Thresor sacré par la vertu duquel, mesme la maison des
infideles avoit prosperé à veuë d’oeil, comme il est insinué dans le venerable
Bede (en marge: Bed. tom. 3 lib. de loc.
saint.), au livre De Locis
Sanctis. Cét Evesque auparavant mourir le
donna en garde pour le transporter de
deçà à un sien Prestre le plus affidé, lequel estant sur mer pour son retour
mourut dans la navire, laissant ce sacré depost entre les mains d’un Prestre du
Perigord qui le porta à son Eglise (en
marge: Porté en Perigord), où Dieu manifesta ce grand thresor par signalez
miracles. L’ancien & autentique tiltre qui est aujourd’huy agraffé à
l’Eglise de Cadouin (en marge: Inscript.
tabell. in Abb. Cad.) nous apprend ce que dessus, disant que le sainct
Suaire trouvé dans Antioche, AB EPISCOPO ANICIENSI,
QUI IN PARTIBVS VLTRA MARINIS TRANSFRETAVERAT EST HABITVS, ET ILLVD IPSE
MORIENS CVIDAM SVO SACERDOTI TRADIDIT, QVI CVM ESSET SVPRA
― Page 28 ―
MARE
VENIENS ETIAM MORTVVS EST, RELINQVENS
PRETIOSVM MUNVS CVIDAM CLERICO SERVIENTI SVO; HIC CVM ESSET IN FINIBVS
PETROCHORENSIBVS , UNDE
ERAT NATVS POSVIT DOMINICVM SVDARLVM IN QVADAM ECCLESIA SIBI COMMENDATA
QVAE ERAT PROPE CADUNIVM SITA.
Apres la mort du Martyr Reynald, Guillelmus (en marge:1099) d’Auberoche,
la mesme année avoit esté pourveu de l’Evesché du Perigord & Abbaye de S.
Front.dans laquelle parut grandement le sainct & venerable Robert
d’Asdebrezelo, fondateur des Dames de Frontevaux. Ce fut l’an mil
cent quatorze (en marge: 1114), que
ce docte & Apostolique Prédicateur monta en chaire en la presence de
l’Evesque, & fit un si divin Sermon, qu’on le jugea digne de le recompenser
par une donation (en marge: Donat. Cap.
pro ord. font. ebra. Ma. Sc.) que fit l’Evesque & le Chapitre de S.
Front d’une terre
qu’ils avoient en propre au bourg de Cadouin pour y fonder
un Convent pour des Religieuses de l’Ordre qu’il avoit institué: ausquelles de
plus les Sieurs de Bainac, & de Biron donnerent ce qui est des biens
laicques. L’année 1115 d’après (en marge: 1115) ceste place fut resignée
par ledit Robert & par Petronille Abbesse de Frontevaux en faveur de Guido
de Salis Docteur (en marge: Donation),
intime amy de Robert (en marge: Cont. pro
fund. Abb. Cadun.), puis qu’il l’appelle son fidèle compagnon fidele conserviteur au service de Dieu: il vesquit avec ses condisciples comme heremitiquement dans
ce lieu, jusques à ce que l’an d’après (en
marge: 1116) ils se mirent soubs la jurisdiction d’Henry
― Page 29 ―
Religieux de Pontigny, premier Abbé régulier de Cadouin:
& a raison de ce, ceste Abbaye se recognoist la septiesme de la filiation
de Pontigny, & l’onziesme de l’Ordre de Clervaux.
Ce
fut là que ces saincts Religieux dans les commencemens de leurs premieres
ferveurs menoient une vie Angelique: & Dieu voulut les consoler par le
sacré thresor du sainct Suaire (en marge:
Ma. Sc.). L’histoire
en est telle; le
bon Prestre qui l’avoit apporté estant absent de son Eglise champestre, le feu
s’embrasa par tout le village du lieu, consommant le toict & tout ce qui
estoit dans la petite Eglise, sans que les voisins accourus à l’incende
peussent arrester sa furie: neantmoins, ô miracle! (en marge: Miracle) tous prennent garde comme le feu n’osoit aborder
le sacré escrain ou coffret qui estoit pres de l’Autel, Dieu renouvellant le miracle
de la victoire qu’eut jadis le sainct Suaire sur les flammes, rapporté par Bede
(en marge: V. Bed. tom. 3 de loc. Sanct.)
au lieu allegué: les Religieux de Cadouin y accourent pour estre spectateurs de
la merveille, & passans à travers les flammes enlevent ce joyau inestimable
(en marge: Relique prinse), le
portent à leur Monastere, auquel ce bon Ecclesiastique quelques jours apres
vint faire ses humbles suppliques de luy rendre ce qu’il avoit apporté au péril
de sa vie; & ne l’ayant peu obtenir, supplia affectueusment le Superieur de
le recevoir au nombre de ses Religieux; ce qu’ayant obtenu il consacra le
restant de ses jours pour vivre & mourir aux pieds de ceste saincte Relique
(en marge: Inscrip. tabell. in abb. Cad.);
Apres son decez il fut en-
― Page 30 ―
sevely honnorablement dans le
sepulchre qui releve deux pieds sur le pavé de la Chappelle de la Magdeleine,
ce fut 1’an mil cent dix-huict (en marge:
1118) qu’ils commencerent à bastir l’Eglise qui est aujourd’huy sur pied,
& fut parachevée & consacrée l’an mil cent trente-neuf. (en marge: 1139)
Revenons à
l’an mil cent (en marge: 1100), nous
souvenans comme
l’un des motifs qui
avoient obligé le Pape Urbain second (en
marge: Conciles) de tenir le Concile à Clermont (en marge: Conc. clar. to. 3), fut pour remedier aux pechez (en marge: Guibert. lib. 2 c. 3),
scandaleux par un double adultere du Roy Philippe, qui rejettant & exilant
sa propre femme, avoit ravy Bertrande de Monfort femme du Comte d’Anjou, de
laquelle il avoit eu deux enfans & une fille. Le Roy espouvanté par la
foudre de l’excommunication quitta pour lors son adultere; Mais apres la mort
du S. Pere il r’appella avec plus grand scandale sa concubine. Paschal second
successeur à la chaire succeda aussi au zele Pastoral, envoyé en France les
Cardinaux Jean & Benoist
pour ses Legats, lesquels indirent un Concile à Poictiers (en marge: Conc. Pict. to. 3 anno 1100) au vingt-neufiesme Juillet
de l’an mil cent, pour juger cét affaire, & reïterer l’exommunication
contre le Roy (en marge: Notae Binii ex
Baro. hoc anno num. 19), & il est plus que vray semblable que nostre
Evesque y fut present: sur quoy les Annales de Dubouchet (en marge: Annal. aquit. 3 p. c. 2) citées par
les Collecteurs des Conciles, & par
Baronius, remarquent que le Duc Guillaume vouloit empescher ceste
assemblée d’Evesques dans sa ville, comme de faict il leur commanda de se
retirer: mais en fin il acquiessa à la
― Page 31 ―
vision qui avoit paru à l’un des Legats du sainct Pere.
Ainsi dans les conclusions de ce Concile nous y trouvons plusieurs bons
reglemens presque conformes à ceux de Clermont, & le Collecteur des Conciles indique
un second Concile de Poitiers (en marge:
Conc. Pict. to. 3 anno 1109) tenu par les mesmes Legats l’an mil cent neuf
(en marge: 1109), le premier de
Decembre, contenant seize articles qui specialement visent ad reformandos mores Ecclesiae. Et certainement
le desordre estoit grand pour lors en tous ces quartiers (en marge: Symonie), causé par la symonie & sacrilege usurpation
des biens Ecclesiastiques, & trocque du bien du Crucifix; puis que si
souvent & a tous ces Conciles les Evesques taschent d’arracher les malheurs
qui attirerent le fleau de Dieu sur plusieurs endroits, notamment sur le bourg & Abbaye du Puy S. Front, laquelle
tout d’un coup en punition des pechez fut embrasée d’un grand feu (en marge: Incende), si violent que les
cloches se fondirent au clocher, & encore aujourd’huy l’on remarque en
plusieurs endroits de l’Eglise du costé de l’Abbaye, les marques d’un grand
incende qui reduisoit voire les pierres en cendres: voicy les mots d’un vieux
& asseuré manuscript (en marge: Ma.
Sc. S. Anth.). Hoc
tempore burgus Sancti Frontonis Monastenum cum suis ornamentis repentino
ïncendio, peccatis id promerentibus constagravit, atque signa in clotario igne
soluta sunt,
erat tunc temporis monasterium
ligneis tabulis coopertum.
Callixte
second l’an mil cent vingt (en marge:
1120) estant promeu au Pontificat (en
marge: Galt. in Chro. in Calix.) donna au siege Archiepis-
― Page 32 ―
copal, de Vienne la primauté sur six provinces & sieges
Archiepiscopaux, de Bourges, de Bourdeaux, d’Aux, Narbonne, Aix & Aubrun (en marge: Privileges), il donna aussi un
Bref à nostre Evesque Guillelmus (en
marge: Lib. hom. Episc.), par lequel il confirma a son Eglise tous les
privileges faveurs & indults qui luy avoient esté donnez par Paschal
second.
L’Eglise du glorieux Confesseur Avitus (en marge: Vide Anno 507) dont nous avons
parle aux siecles passez fut consacrée par nostre Evesque Guillaume (en marge: Consecration d’Eglise), l’an
mil cent dix-sept (en marge: 1117),
comme nous lisons dans l’inscription gravée dans la muraille près de l’Autel
qui est à costé droict (en marge:
Inscript. lap. anno 1117), ANNO M. CXVII. GVILLELMVS
EPISCOPVS PETROCHORICENSIS
DE ALBA RVPE
IN HONOREM BEATI IOANNIS BAPTISTAE ET SAN.
IOAN. EVANG. SEXTO KALENDAS IANVARII
HOC ALTARE CONSECRAVIT.
L’année
d’après (en marge: 1118) le corps de
ce sainct Anachorète Avitus, qui avoit esté ensevely & reposoit depuis cinq cens ans dans
l’Eglise qui est au pied de la montagne, fut transferé à ceste nouvelle Eglise suivant l’inscription
gravée (en marge: Inscript. lap. anno
1118) au costé droict ANNO
MILLENO CENTENO TERQVOQVE SENO, AD MONTEM SANCTI TRANSFERTVR CORPVS
AVITI.
Il est aussi averé que cét Evesque benist & consacra le Cemetiere pour les
pauvres (en marge: Cemetiere) qui est
au delà le pont de la ville de Périgueux, vers la riviere de l’Isle. Plusieurs
avoient mis sa mort l’an mil cent vingt-trois (en marge: 1123): mais je suis contraint (en marge: Ma. Sc. S; Anth.) de luy prolonger la vie de cinq ou six
ans pour un oeuvre tout sainct &
religieux.
― Page 33 ―
Desja dés quelques années plusieurs bons Ecclesiastiques
s’estoient retirez dans un desert prés de Périgueux, où estoit une fontaine
close de grilles de fer, appellée Fons
Cancellatus. Ils vivoient là soubs la direction
de Folcaudus Abbé de Sellefroin (en
marge: Fondation), qui s’estoit associé avec ces hommes de bien pour vivre
heremitiquement & pauvrement, n’ayans pour Eglise qu’un petit Oratoire
basty de terre & de bois à l’honneur de la Vierge Marie, prés de la
fontaine qui dans peu donna le nom à l’Abbaye (en marge: M. Sc. Abb. Canc.): car l’odeur de leurs rares vertus
parvint à l’Evesque, qui trouva bon d’agréer la supplique qu’ils luy font (en marge: Abbé), demandans pour Abbé un
de leur corps, nommé Geraldus
de Montelauduno, lequel il
consacra volontiers dans le petit Oratoire pour leur Abbé, & print
tellement à coeur ce lieu devot, qu’il y donna souvent les Ordres sacrez , leur
benist un Cemetiere tout contre, & pour leur entretien leur donna l’Eglise
de Beurona, & le lieu de Bord (en marge: Donation), apres y avoir beny le Cemetiere prés duquel
cét Abbé fit bastir l’Eglise qui aujourd’huy est sur pied, & y celebra
depuis la première Messe en la presence du Seigneur Evesque.
Mais apres tout ceste Chappelle & Oratoire basty de
terre estoit trop à l’estroit pour ces bons Moynes, il fallut desseigner un
nouveau & plus ample edifice (en
marge: M. Sc. Abb. Canc.): Ce fut l’an mil cent vingt-huict (en marge: 1128), Domino Guillelmo de Albarupe venerabili Episcopo Petrachoricensem
Episcopatum pro-
― Page 34 ―
curante. Ainsi
parle l’ancien Cartulaire de l’Abbaye duquel nous apprendrons le nom des premiers
Religieux qui baillerent le commencement à l’Abbaye de Chancelade (en marge: Premiers fundateurs). In nomine summae individua sanctae Trinitatis Patris & Filii &
Spiritus sancti, & in honore beatae & gloriosae semper Virginis Mariae
genitricis Dei, & Domini nostri Jesu Christi, & in honore sanctae
Mariae Magdalenae, atque omnium sanctorum. Bonae memoriae Geraldus de
Montelauduno, Venerabilis & primus Abbas de Cancellata, & frater
Gerardus Bernardi sacerdos, primus ejusdem loci prior, & frater Helias sacerdos, qui postea
fuit secundus Abbas, & Geraldus de Cauze sacerdos, & frater Folcherius Archans sacerdos, & frater Gerardus Ranulphi
sacerdos, & frater Elias Laoudries Laicus, & frater Gerardus Guiberti
Laicus, & frater Guillelmus de Mallesec dignus memoriae Laicus, Monasterium
de Cancellata divina virtute & auxilio roborati aedificare coeperunt, atque in festivitate Sanctorum
Apostolorum Petri & Pauli quam Catholica Ecclesia tertio Kalendas Julii
venerabiliter toto orbe celebrat, magno gaudio spirituali repleti primos
lapides in fundamento hujus aedificis in Deo omnium bonorum cum majore
firmitate sperantes, posuerunt, anno ab Incarnatione Domini 1128 indictione septima, &c (en marge: Fund. Abbatiae Beatae Mariae Cancell.). Quelque temps apres l’Evesque du Perigord mourut le second
d’Avril, & fut ensevely dans 1’Eglise de S. Front (en marge: 1128).
Pour ce
qui est du comté du Perigord (en marge:
Helie Comte du Perigord), il y avoit grande contraste entre Elie fils de
Bozon Comte
de la Marche, & Bernard legitime heritier du Comté (en marge: Comté) que son oncle avoit ravy à son pere
Audebert (en marge: Corle. Chron. Engol.).
Et le bon-heur fut pour arrester ceste discorde que Elie estant laissé jeune,
eut pour curateur Sainct Guillaume Duc d’Aquitaine (en marge: S. Guillaume, Duc d’Aquit.), qui mit la paix entre les
deux cousins germains, ordonnant que le Comté de la Marche demeureroit à Bernard,
& que Elie seroit Comte du Perigord (en
marge: Arrest. Meyn. 3 p. l. 9.), partage un peu injuste, advantageant Elie
estranger sur le Seigneur naturel. (ee)
Guillelmus
de Nauclard, Evesque.
S.
Guillau. IX, Duc d’Aquitaine.
Cependant
(en marge: L’an de Jesus-Christ 1130)
un grand & notable malheur se prepare contre l’Eglise d’Aquitaine, dans lequel
nous serons enveloppez par la faction du Duc Guillaume: lequel favorisant Roger
le Normand & l’Antipape Anaclet (en marge: Vit. S. Bernard lib. 2 c. I)
contre le vray Pape Innocent second, causa un notable schisme dans l’Eglise (en marge: Schisme), les uns tenant le
party de Pierre Leon surnommé Anaclet, les autres d’Innocent (en marge: Du Bouch. annal. Aqui. 3 p.).
Mais ce qui attisa davantage cét incende fut Gerard Evesque d’Angoulesme qui
avoit esté
― Page 36 ―
faict
Legat Apostolique par le Pseudopape. Cettuy-cy se servant de l’authorité du Duc
sur les Evesques d’Aquitaine, en avoit tiré plusieurs du voisinage à son party,
espouvantez par la cruauté qu’il exerçoit sur les Evesques contretenans
lesquels il n’avoit peu fleschir (en
marge: Pet. Clu. lib. 2 mira. c. 14), d’autant qu’ils portoient trop à
contre-coeur, que l’innocence fut opprimée en
la persecution d’Innocent, & que l’abomination fut erigée dans la maison de
Dieu, comme parle S. Bernard (en marge: Bern. ep. 124). Ainsi Guillaume Evesque de Poictiers, Eustorgius de
Lymoges & Guillelmus de Nauclard nostre Evesque, demeurerent inebranlables
à la rage de ce meschant Semei (en marge:
Ann. Aquit. 3 p. c. 2), faux Legat d’un faux Pasteur: mais aussi exposez à
la furie du Duc d’Aquitaine qui les malmema au possible, les chassa de leurs
Eveschez, mit d’autres en leurs places, apres mille outrages & violences.
Pour
remede souverain à tous ces malheurs Dieu se voulut servir du grand & non
jamais assez loüé S. Bernard (en
marge: Vit. Bern. lib. 2), lequel espousant la querelle de Dieu offensé en
la personne de son Lieutenant (en marge:
S. Bernard), à la prière de plusieurs gens de bien se porta à Rome pour
adoucir par paroles ce meschant Diotrephes qut desiroit tenir le haut bout parmy
nous: mais n’ayant peu r’amollir ce coeur de Pharaon s’en revint en France, &
sçachant l’oppression que Gérard, pour le spirituel, & Guillaume pour le temporel donnoient à nos Evesques
deffenseurs de la Justice il leur escrit pour consolation l’epistre cent vingt
fix, l’une des
― Page 37 ―
plus eloquentes qui jamais sortit de ceste plume dorée (en marge: Les console), dont voicy le
tiltre. Domninis & Patribus
honorandis Lemovicensi, Pictaviensi, Petrachoricensi, & Xantonensi Dei
gratia Episcopis sanctis, frater Bernardus Abbas dictus de Claravalle
Constantiam in adversis (en marge: Bern. ep. 126). Il
sembleroit presque necessaire de la mettre icy tout au long, n’estoit sa
prolixité, en voicy quelques traicts les plus remarquables traduits en
François, commence ainsi. La vertu
s’acquiert par la paix, s’esprouve par l’angoisse, est approuvée par la
victoire: Il est temps que la nostre se fasse voir maintenant, si tant est
qu’il y en ait en vous, elle ne peut demeurer oyseuse. Mes Reverends Peres,
& dignes d’honneur: car le glaive de l’ennemy qui en ce temps semble
derechef menasser de mort le corps de Christ est pointé specialement sur vos
testes, & rage contre vous d’autant plus vivement, qu’il vous attaque de plus prés: si que
vous estes contraints ou de resister courageusement, ou de ceder honteusement aux
insultats journaliers, &c (en marge: Oppressions). Peu après
il leur explique la cause pourquoy Gerard d’Angoulesme avoit abandonné Innocent,
pour se ranger à l’Antipape, d’autant qu’il avoit esté honteusement refusé de
la legation qu’il luy avoit demandé, l’ayant acheptée par symonie du faux Pape,
par laquelle puissance il les depossedoit & vexoit à outrance (en marge: Ambition ridicule). Maintenant, dict-il (en marge: ibidem), ce nouveau Legat forge de nouveaux Evesques, afin que son Pape ne soit
Pape pour soy seulement, ne mettant pas des successeurs aux deffuncts, ains
s’appuyant de sa puissance tyrannique il intruse
― Page 38 ―
des
invaseurs sur les vivans, prenant l’occasion de la malice des Princes, qui haissent à mort les
Evesques de leurs villes. Au surplus
il accuse le faste de ce partisan d’iniquité, lequel, dict-il, est à blasmer en tous, mais specialement à un Evesque. Ambition
qui l’eslançoit à deposseder ceux qui ne vouloient fleschir le genouil devant la beste qui avoit ouvert la bouche pour
blasphemer le nom du Seigneur & son sainct tabernacle (en marge: Apocal. 13). Voila les couleurs dont il peint ceux qui opposoient Autel contre Autel, Evesques contre Evesques, Abbex.
contre Abbez, opprimant les Catholiques, advançant les Schismatiques. Mais après tout il asseure ces Prelats comme la plus grand
part, voire tous les vrais Superieurs de la chrestienté recognoissoit Innocent
pour legitime Pasteur, desquels il faict un long denombrement (en marge: Obeissans), adjoustant encore
les plus celebres Abbayes, & parmy ceux de son ordre il nomme Cadumenses, lesquels
je conjecture, avec le commentateur de ses epistres (en marge: Not. F. J. Picard. in epist. S. Bern.), avoir esté les
Religieux de l’Abbaye de Cadouin qui pour lors estoient en odeur de saincteté,
sans recourir en Normandie à l’Abbaye Sancti
Stephani Cadomensis. Enfin S.
Bernard conclud ceste epistre par une forte exhortation à ces bons Evesques pour
perseverer à la deffense de la cause de Jesus-Christ (en marge: I. Cor. I), La vertu
& sagesse duquel estoit avec eux, qui ne permettrait pas qu’ils fussent
esprouvez au delà de leurs forces.
Ce ne fut que les
commencemens des travaux de Sainct Bernard (en
marge: Conc.), il s’employa à ceste
― Page 39 ―
reunion durant sept ans, avec un très heureux succez. Le
Pape Innocent chassé de Rome vint en France, assemble en divers lieux plusieurs
Conciles pour dissoudre ce schisme (en
marge: Conciles). Le premier fut tenu à Clermont en Auvergne (en marge: Claromo. anno 1130 t. 3 p. 2),
composé des Evesques des Gaules & de Germanie (en marge: Otto friginsen. l. 7 c. 18), l’an mil cent trente (en marge: 1130). Les Annales d’Aquitaine
(en marge: Ann. Aquit.) remarquent
que specialement les Evesques de Lymoges & Poictiers depossedez par le
Pseudolegat y assisterent; jugez si nostre Evesque en estoit absent? pour
condamner avec tous les Peres Pierre de Leon, & recevoir le Pape Innocent,
lequel vint à Orleans, fut accueilly par le Roy de France Louys le Gros, la
Royne & ses enfans (en marge: Vinc.
lib. 27 c. 6). Par apres (en marge:
1131) le sainct Pere fit assembler un
Concile à Estampes (en marge: Contre
l’antipape), qui fut conclu par son approbation (en marge: Conc. stanp. ann. 1131), comme vray Pape. L’année d’après
le sainct Pere en tint encor un plus general à Rheims, auquel suivant la
remarque de Robert qui continuë la Chronique de Sigisbert (en marge: Rob. con. Sygis.), ab omnibus Galliae & Germaniae Episcopis, Petrus Antipappa
anathematizatur. Peu apres
Geoffroy est envoyé en Guyenne, comme Legat Apostolique du Pape Innocent, par
l’authorité duquel & l’exhortation de S. Bernard (en marge: Vit. S. Ber. lib. 2), accompagnée de signes & prodiges miraculeux, le Duc
d’Aquitaine Guillaume se remet à l’obeyssance de l’Eglise, r’establit les
Evesques depossedez (en marge: Retour).
Pour
lors le Perigord receut le sien à bras ouverts, & plusieurs ressentirent
les effects de son zele, specialement les Moynes de Chance-
― Page 40 ―
lade
ausquels il bailla plusieurs tesmoignages d’amitié, consacrant plusieurs Autels
dans leur nouvelle Eglise (en marge: Ma.
Sc. Cancell.): celuy qui est au costé gauche, in nomine
summi, & omnipotentis Dei, & in honorem beatorum Apostolorum Petri & Pauli & omnium Apostolorum (en marge: Dedicace). Quelques
années apres celuy du costé droict , in
nomine Dei omnipotentis, & in honorem beati Protomartyris Stephani, &
sancti Laurentii, & sancti Vincentii, atque omnium Sanctorum. De plus il choisit souvent ce lieu pour y conferer les
Ordres sacrez, & pour l’entretien de l’Abbaye, leur donna l’Eglise Sancti Sulpitii & Sanctae Innocentiae (en marge: Voeux solamnels). Tandis que l’Abbé Gerard de Montleau cultivoit à la pieté
ces nouveaux Religieux, animez par sa saincte parole, ils prennent resolution
de voüer entre ses mains la vie religieuse soubs l’Ordre canonical & regulier
de Sainct Augustin. (en marge: 1133)
Ce fut l’an mil cent trente-trois jour de Sainct Pierre & S. Paul, auquel
estat ils perfevererent presque tous en odeur de saincteté jusques à la fin.
Revenons au Pape Innocent, qui passe en Italie (en marge: 1134): estant à Pise l’an mil
cent trente-quatre il assemble tous les Evesques de l’Occident
au rapport de la vie de S. Bernard (en
marge: Bernard. in Vit. S. Ber. lib. 2 ca. 2), & quoy que les actes de
ce grand Concile soient perdus (en marge:
Concile), neantmoins nous avons tesmoignage que nostre Evesque Guillelmus
de Nauclard y fut present pour la quatriesme ou cinquiesme condamnation
d’Anaclet, & reception d’Innocent.
Mais si l’assemblée de tant de nobles Prélats
― Page 41 ―
& leurs conclusions avoient esté triomphantes pour
toute l’Eglise, le retour du voyage de ce Concile fut tout autant funeste pour
l’Eglise de France (en marge: Tyrannies),
a raison des soldats inhumeins qui favorisoient la tyrannie de Conrad,
usurpateur de l’Empire sur Clotaire. Ces desnaturez se ruerent sur les sacrées
trouppes des Peres du Concile qui s’en revenoient en France, les pillerent,
blesserent, massacrerent, les firent prisonniers pour les rançonner, au grand
scandale de la Chrestienté. Nostre Evesque de Nauclard fut enveloppé dans ceste
calamité, comme nous apprenons de Pierre Abbé de Cluny, l’un des prisonniers,
qui au nom de tous escrit au sainct Pere une missive qui arrache les larmes
des yeux du lecteur (en marge: Pet.
Cluniac. lib. 3 Epist. 27). Spectacle
horrible, dict-il, de voir
tirasser, dissiper, blesser, & poursuivre de toutes parts avec les espées, des grands personnages si
necessaires à l’Eglise de Dieu; plusieurs des Evesques & Abbez furent violemment traisnez, aux
prochaines places, & quelques uns d’iceux après avoir esté battus &
blessez, furent jettez. en prison par une cruauté barbare. Entre lesquels Monseigneur de Rheims ayant receu
beaucoup de blessures & de playes, est tenu renfermé dans une tour, sans avoir esgard ny à son
aage, ny à sa dignité; l’Evesque de Perigueux a esprouvé choses semblables,
&c. adjoustant de plus l’infortune de
plusieurs Evesques du voisinage.
Mais Dieu jugeant que nostre Evesque nous estoit encore necessaire (en marge: Ma. Sc. St. Anth.) le nous conserva & ren-
― Page 42 ―
dit à son Dioceze, pour esprouver une rebellion estrange,
ou sedition qui arriva (en marge:
Sedition) contre l’Abbaye de S. Front par la faction du Comte de Perigord
Elie Rudel, fils putatif du feu Comte
Elie (en marge:
Elie Rudel Comt. du Perigord), lequel
animant les bourgeois se
met en teste d’une trouppe armée, va enfoncer & brusler
les portes des greniers qui estoient dans les Cloistres, pille & enleve
tout le grain gardé pour la nourriture des Religieux: action si noire que sa
propre mere la Comtesse Guasconia en punition de son fils, fit une action qui
est bonnement sans exemple: car n’estant retenuë de son propre honneur &
interest, au jour de la Cour Ecclesiastique, suivant les formalitez de ce
temps: elle vint en face de l’assemblée declarer au Sieur Evesque, que Helie Rudel
son fils naturel n’estoit fils legitime du feu Comte Elie son mary (en marge: Vangeance extraordinaire),
ains bastard, conçeu d’adultere, & partant elle demandoit son
ex-heredation.
Je trouve
aussi que cét Evesque pour la collation des Ordres sacrez (en marge: Ma. Sc. ibid.), primus instituit fieri scrutinium in sacris
ordinibus. J’advoüe ne pouvoir comprendre ce Scrutinium, quand bien il s’entendroit de l’examen aux Ordres
sacrez, qui suivant les Conciles estoit auparavant en pratique: non plus aussi
puis-je sçavoir quelle fut ceste sienne ordonnance, Ut omnes agricolae darent
Convivium pro pace obtinenda (en marge: Annal. Aquit. p. 3 c. 3).
Portons
maintenant nostre pensée sur le Duc d’Aquitaine Guillaume (en marge: S. Guillaume), de loup devenu plus
― Page 43 ―
doux qu’un aigneau, qui pour penitence d’avoir mal-traicté
nos Evesques,. estant à Galice dissimule une maladie, comme disent les Annales d’Aquitaine (en marge: Dup. to. 2 sub. Claud. Crass.), & par la feinte de sa
mort se retire à Rome au S. Pere: de là en Hierusalem pour vivre dans le desert
en Anachorete. Auparavant sa retraite il faict son testament, donne à Louys le Jeune fils du Roy Louys le Gros le Duché
de Guyenne (en marge: Louys le Jeune, Duc
d’Aquitaine), à condition qu’il espouseroit sa fille Heleonor: article qui
fut receu avec un general applaudissement. Le Roy envoye son fils en Guyenne,
arrive à Bourdeaux, celebre le mariage: ainsi le Duché d’Aquitaine (en marge: Duché) fut derechef uny à la
Couronne de France: car Louys le Jeune dixiesme Duc, estoit dés quelques années
sacré pour Roy de France par le Pape Innocent second au Concile de Rheims dont
nous avons parlé.
Ce jeune Prince voulant captiver les bonnes graces
du Clergé leur donna une ample descharge & exemption du droict des regales
par une Pancarte (en marge: Donation des
regales) que du Bouchet dict avoir veu & leu en son original (en marge: Dubouc. ibid.), Choppin la
rapporte tout au long (en marge:
Choppinus lib. I de sac. polit.), Baronius aussi (en marge: Baro. anno 1134), Pasquier dans ses recherches l’attribue
premièrement à son pere Louys le Gros (en
marge: Pasquier rech. de fra. lib. 3 c. 31), elle est concleuë en ces mots
(en marge: Chenut ex. Chopp.), In nomine sanctae & individuae Trinitatis, Amen. Ludovicus Dei gratia Francorum Rex tibi dilecte in Domino Gaufride Burdigalensis Archiepiscope, cum suffraganeis Episcopis
Raymondo Agennensi, Lamberto Engolismensi, Guillelmo Xantonensi, Guillelmo
Pictaviensi, Guillelmo
Petrachoricensi, nec-non Abbatibus Burdigalensis Provinciae, vestrisque
successoribus in perpetuum, &c. Leur
donnant pouvoir d’eslire les futurs Archevesques, Evesques, & Abbez de
ladite Province de Bourdeaux sans le congé du Roy ny de ses successeurs, Datum Parisis in palatio nostro, anno Incarnationis M. C. XXXVII (en marge: 1137). Pasquier dict que la
mesme remise fut confirmée par son fils Louys
le Jeune en la
mesme année estant à Bourdeaux, d’où il conclud que le droict de regale devoit
appartenir aux Ducs d’Aquitaine durant leur souveraineté.
Ce mariage avoit de
trop heureux commencemens pour une suitte si sanglante & funeste (en marge: Ma. Sc.). Arrestons la vie de
cét Evesque en l’année d’après ce traicté (en
marge: Meurt), le vingt-neufiesme Decembre mil cent trente-huict (en marge: 1138), il fut ensevely en l’Eglise
de l’Abbaye de S. Front. (ff)
Gaufridus
de Cauzé, Evesque.
Louys VII, Roy de France
&
Duc d’Aquitaine.
Geoffroy
de l’ancienne & noble
maison de Cauzé (en marge: Gall. Christ.; Chenut) fut
successeur de l’Evesché la mesme année (en marge: L’an de Jesus-Christ 1138) du
decez de Guillelmus. Il ne tint que deux ans la
― Page 45 ―
chaire Episcopale,
& pour ce peu de temps il laissa assez de ses marques, tant en ses
bastimens, que pour le bien du Clergé (en
marge: Zele): specialement tesmoignant son affection envers les Ordres religieux.
Pour-lors les Chevaliers du Temple estoient desja celebres par le secours &
service religieux qu’ils rendoient aux pelerins du sainct Sepulchre (en marge: Guill. Tyri. lib. 12 c. 7),
& dans ce peu de temps depuis leur establissement ils s’estoient rendus
redoutables aux infidèles par leurs heureux exploicts d’armes (en marge: Templiers), &
recommandables aux Prélats de toute la Chrestienté (en marge: Roderigues de orig. templ.): si que tous à l’envy leur
donnoient du fonds pour s’establir soubs le nom des Frères de la Milice du
Temple. Ils vindrent en Perigord du temps de cét Evesque qui leur donna
l’Eglise de S. Maurice d’Andrivaux (en
marge: Ma. Sc. S. Anth.), auquel lieu avoit esté basty jadis un Monastere
de Religieuses (en marge: Fondation),
qui par le laps du temps vivans trop libertinement avec un notable scandale de
leur incontinence, avoient enfin abandonné la closture. Les Religieux
Templiers, qui pour lors estoient en bonne odeur de zele & vertu, comme
nous pouvons voir dans le Concile de Troyes (en marge: Concil. Trec. to. 3) en Champagne, furent envoyez pour le
repeupler.
Cét
Evesque à l’imitation de ses predecesseurs continua ses affections envers
l’Abbaye de Chancelade (en marge: Ma. Sc.
Cancell.), pour laquelle il consacra le second Abbé Elie, lequel fit
bastir l’Eglise qui est au lieu nommé Delandia (en marge: Donation), dans laquelle l’Evesque Geoffroy dict la première
Messe, & y benit
un Cemetiere.
Il unit aussi à l’Abbaye le lieu de Merlandia, avec toutes ses appartenances: & apres avoir gouverné
l’Eglise du Perigord durant deux ans huict mois & onze jours, il mourut
le vingt-huictiesme Aoust de l’an mil cent quarante-deux (en marge: 1142). Il fut ensevely en la mesme Eglise que ses
predecesseurs (en marge: Ma. Sc. S. Anth.).
(gg)
Reymondus
de Maiolio, Evesque.
Lovys Le Jeune, Duc d’Aquitaine.
Les merites
de Raymondus de Maiolio le firent trouver digne de succeder à Geoffroy (en marge: L’an de Jesus-Christ 1142),
& augmentans de plus en plus l’esleverent jufques à l’Archevesché de
Bourdeaux (en marge: Chenut Gall. Christ.),
aussi estoit-il tres-bon Prelat, tout pieux & de bon genie; en voicy des marques par
l’affection qu’il portoit aux Religieux de Chancelade (en marge: Affection), ausquels il bailla & annexa à leur manse
les Eglises de S. Martial de Artentia, de S.
Sernin de Blis, & de
S. Vincent (en marge: Ma. Sc. Cancell.):
consacra leur Eglise qui est hors l’Abbaye (en
marge: 1147), In nomine sanctae & indiuiduae Trinitatis, & in honere beati
Joannis Bapt. & Sancti Frontonis Patris nostri, anno Domini 1147. quarto
― Page 47 ―
idus Octobris (en marge: Dedicace). De plus il
celebra la première Messe en leur Eglise de Marnac, y benit le Cemetiere. Mais
le plus signalé bien-faict qu’ils receurent de sa main fut la pretieuse Relique
d’une pièce de la vraye Croix qui luy avoit esté envoyée par Fulcherius faict
Patriarche de Hierusalem ceste mesme année mil cent quarante-sept (en marge: Reliques). L’inscription
ancienne gravée sur une petite
lame d’argent, attachée sur la Croix qui sert de Reliquaire
dict ainsi (en marge: Inscript. lam.
argenteae), HAE SVNT RELIQVIAE QVAS
MISIT FVLCHERIVS PATRIARCHA HIEOROSOZOLIMITANVS REYMONDO PETRACHORICENSI
EPISCOPO.
Ce Fulcherius estoit natif d’Aquitaine, jadis Abbé
de la Selle à Poictiers (en marge: Guill.
Tyri. lib. 16 c. 1), & n’agueres
avoit esté pris de l’Evesché de Tyr , & durant le temps qu’il tenoit ce
Siège à sçavoir l’an mil [cens]
quarante-six (en marge: 1146), un
Concile avoit esté tenu à Chartres, auquel Louys le Jeune Roy de France avec
Eleonor, se croizerent pour la conqueste de la Terre Saincte (en marge: Sugerius), & partirent l’année
dapres avec tel nombre de Seigneurs, specialement des Aquitaniens, que les
villes & chasteaux, à ce qu’escrit S. Bernard (en marge: Bernard. ep. 246), demeurerent vuides. Il est vray
semblable que le present du bois sacré de la Croix fut envoyé & apporté à
nostre Evesque au retour de ce voyage d’outremer.
Retour (en
marge: 1152) qui ne fut si triomphant ny si heureux que le départ: car ce
Roy Louys le Jeune (en marge: Annal. Gall.)
couvoit en son coeur la répudiation de sa femme Heleonor (en marge: Repudiation), malheur funeste à la France, conçeu
― Page 48 ―
soubs je
ne sçay quels ombrages de desloyauté. En fin le maltalent esclate: il assemble
à Bougency les Princes de son Royaume, convoque plusieurs Archevesques & Evesques,
specialement il prie Geoffroy Archevesque de Bourdeaux de s’y rendre avec ses
Evesques suffragans.
L’Archevesque (en marge: 1152) pour sçavoir plustost l’inclination de ses Evesques & leur sentiment sur un cas si extraordinaire les assemble à son Concile (en marge: Conc. Burdig.), & apres quelque contraste qui y intervint sur la presseance qui fut adjugée à Lambert Evesque d’Angoulesme (en marge: In tab. episc. Engol. Corl.), on conclud de se servir d’un secret non cogneu à tous (en marge: Conciles), si tant est qu’il fallut venir au mal de la dissolution du mariage (en marge: Chron. Burdig.): de là ils se rendent au Concile de Bougency (en marge: Conc. Bogenc. ex Abb. Sugerio), où la proposition de ce divorce & rupture de mariage fut impugnée au possible par Geoffroy & les siens, qui soustenoient le party d’Heleonor; mais l’oppression donnant la Loy, il proposa son expedient pour dorer la pillule, & ne rendre ceste separation si douleureuse, maintenant avec ses Evesques, qu’il y avoit parenté entre le Roy & la Royne du costé de pere & mere dans les degrez prohibez par l’Eglise, ce qu’ayant clairement & moyennant serment verifié, l’on condud la solution du mariage qui fut confirmée par le Pape Eugene troisiesme. Le Duché d’Aquitaine revenant à Heleonor; elle s’y retira, & bien tost apres condud un second mariage (en marge: Thom. Vualfing.) avec Henry Comte d Anjou, & Duc de Normandie (en marge: Ducs Anglois)
― Page 49 ―
mandie declaré heritier du Royaume d’Angleterre, auquel il
parvint dans deux ans; ainsi le Duché d’Aquitaine passe à la Couronne
d’Angleterre (en marge: Ann. Aquit. 3 p.
c. 4).
Fascheux eschange (en
marge: 1153), de perdre son Seigneur naturel pour subir les loix &
caprices d’un estranger (en marge:
Henri Roy d’Angleterre & Duc d’Aquit.); qui nonobstant toutes ses
protestations vouloit abolir toutes les franchises & immunités que les Roys
& Ducs precedents nous avoient donné, comme il parut bien tost, après le
decez de ce grand personnage (en marge:
1158) Gaufridus Archevesque de Bourdeaux l’an 1158 (en marge:
Chenu. in Tab. Archiep. Burd.). Pour lors il y eut un debat &
presque sedition (en marge: Debats)
pour l’élection d’un successeur, les Evesques & Chanoines voulans jouyr des
privileges donnez par Louys le Jeune, & son pere Louys le Gros: & à ce
que le mal n’empirast par sa course (en
marge: Compromis), on arresta par compromis que celuy que les Evesques
d’Angoulesme, de Poictiers, de Perigueux & d’Agen nommeroient seroit receu
pour Archevesque (en marge: Vide sup.
anno 1137).
Ces Evesques estans assemblez a Bourdeaux (en marge: Chron. Burdig.), le Roy
d’Angleterre Henry second, & maintenant nostre Duc, esperant par authorité
mener à sa volonté ces Pères, leur propose, avec recommandations & prieres
Jean Sochius, Principal du Collège de Poictiers (en marge: Corl. in Tab. Episc. Engol.), homme qui n’avoit
cognoissance des divines lettres, encore qu’il fut capable pour les humaines.
Nos Evesques demeurerent inebranlables en leur droict pour la cause de Dieu,
respondans ces beaux
― Page 50 ―
mots, Honores Ecclesiastici non precibus, non largitionibus, sed virtute &
doctrina comparandi (en marge: Courage sans saveur). Ainsi avec le refus ils representent au Roy l’insuffisance de
celuy qu’il proposoit. Response qui luy despleut fort, il sort de l’assemblée
avec cholere qui coutera cher à l’Eglise de Perigueux: car je conjecture que
Reymondus fut pour lors esleu Archevesque (en
marge: Chenu. in Tab. Archiep. Burdigal.), quoy que je ne le trouve dans
les tables de l’Archevesché de Bourdeaux: ains apres la mort de Godefroy mise
l’an mil cent cinquante huict, l’on met Harduin Doyen de l’Eglise de Sens
choisy l’an mil cent soixante (en marge:
Ma. Sc. Cancell.), & Bertrand Evesque de Lectoure peu de temps apres.
Au moins nostre Reymond estoit Archevesque de Bourdeaux l’an mil cent cinquante
neuf (en marge: 1159): ainsi le Roy
tourna sa passion contre nostre Evesché, si que pour l’appaiser on luy donna du
thresor de S. Front une placque d’argent où les douze Apostres estoient en
relief.
Sans nous arrester a ces biens temporels prenons garde aux
maux spirituels qui avoit bien avant gasté ceste Province, dans laquelle nous voyons un
estrange desordre du costé qu’elle regarde le Toulouzain, causé par l’heresie
des Petrobrusiens (en marge: Heretiques),
fomentée par ce faux Moyne de Toloze Henry (en
marge: Geneb. Innoce. 2), avantcourrier de ceste vermine d’Albigeois.
Impieté si fort accréditée, que
comme escrit S. Bernard (en
marge: Vit. S. Bernardi. lib. 3 c. 5), Desja l’on trouvoit à tous pas les Eglises sans le peuple, le peuple
sans leurs Prestres, les Prestres sans la deüe reverence,
― Page 51 ―
bref les Chrestiens
sans leur Christ. Ce sainct homme envoyé de Dieu (en marge: Sainct Bernard) pour estre l’elexitaire des heresies de
son temps, & le Docteur pour le rappel des desvoyez, vint à Toulouze contre
l’Heresiarque, comme jadis S. Pierre à Rome contre Simon Magus, de là passant
par les pays les plus infectez d’heresie vient en Perigord se rend à Sarlac,
& fut passé plus avant vers nous, sans que ce vray humble pour eviter les
applaudissemens qu’on luy rendoit se retira comme à la desrobée, specialement
pour se garantir du concours des malades qui venoient à luy de toutes parts pour
estre participans du grand miracle raconté par l’autheur de sa vie Guillelmus
Abbas qui est tel (en marge: Gill. in
Vit. S. Bernardi).
Sainct Bernard estant à Sarlac (en marge: Vient à Sarlat) fit une docte predication en presence du Prelat Apostolique Geoffroy Evesque de Chartres, dans laquelle il refutoit par visves raisons les faux dogmes qui avoient infecté plusieurs de ce pays, & comme à la fin de sa predication on luy presenta selon sa coustume des pains pour les benir, alors faisant le signe de la Croix il dict tout haut, vous tous cognoistrez, que ce que je vous presche est vray, & que ce que disent les heretiques est faux, si vos malades ayant gousté de ce pain reçoivent la santé (en marge: Miracle), Le Legat Apostolique adjousta, pourveu qu’ils le reçoivent avec la foy: Sainct Bernard replique, Je ne dis pas cela; mais que tous ceux qui gousteront de ce pain seront gueris, à ce qu’on cognoisse que nous sommes messagers de la vérité, qui vient de
― Page 52 ―
la part de Dieu. De faict si grand
nombre de malades après avoir mangé de ce pain furent gueris (en marge: Miracle), que la nouvelle en parvint par toute ceste province, & l’homme
sainct rebroussa son chemin par les lieux les plus proches, evitant le concours intolerable du peuple,
craignant de passer plus avant, dict l’autheur ja cité (en
marge: Ibidem in fine).
Le voyage de S. Bernard en ceste Province attira du Clergé
de Perigord un homme de condideration nommé Alquerius, pour aller
se rendre Religieux à Clervaux, soubs sa reigle. Estant dans ce faux-bourg du
Paradis, jouyssant du repos de la solitude, il escrivit une missive à tout le Clergé de ceste Province, exhortant ses
compatriotes à donner du pied au monde, & faire un serieux divorce avec sa
vanité, se retirans à son imitation dans la solitude de Clervaux. Nous trouvons
ceste belle missive (en marge: Missive)
dans le second tome de la Bibliothèque des Peres (en marge: To. 2 Bibl. patrum auctu. p. 3) escrite par le Frere
Nicolaus Cisterciensis, Secretaire de Bernard
(en marge: Nicol. Cist. epist. 36),
qui avoit charge de faire la response à toutes les lettres qu’on adressoit aux
Religieux de l’Abbaye, Dilectis suis Petrachoricensibus Clericis, frater
Alquerius, illam vivere qua in coelo vivitur vitam. Traduisons
quelques lignes qui nous serviront pour l’histoire. J’escris à vous
d’un
pays esloigné, quoy que vous ne soyez gueres loing de
mon coeur: car la charité qui r’assemble dans le sacraire de la dilection &
l’amy & l’ennemy pour l’amour de Dieu ne me permet pas que pour quelque
petite heure vous soyez absens de moy. Je vous attaque
― Page 53 ―
courageusement avec icelle, en
icelle, & pour elle mesme, &c. Que
faictes-vous donc, mes tres-chers? pour quoy ne vous rendez-vous à ceste maison où les enfans. d’Israel sans
danger & sans se lasser passent le
Jourdain en bon equipage, &c. Ceste Religion n’est pas comme les Religieux
qui sont en vostre pays, lesquels ressentent plus à des seculiers, tirans à
mespris & opprobre le nom d’une Religion incorporée a l’estat du siecle.
Pour les nostres ils ont du tout rejetté & le monde, ce qui est du monde,
&c. Il n’est pas trop asseure pour vous d’avoir la cure des ames, sans
soigner le bien des ames. Vivre du patrimoine de Christ, & ne servir point
à Christ. Veritables paroles (en marge: Exhortation), autant
necessaires pour ce temps icy, voire encore plus que pour lors. Quant à ce
qu’il dict de l’estat deplorable & mesprisable de nos Abbayes, tousjours
il y en avoit quelqu’une où la devotion & ferveur rendoit les Religieux
recommandables envers les grands (en
marge: Dedicace), comme nous voyons que l’Evesque Raymond estant faict
Archevesque de Bourdeaux, voulut laisser aux Religieux de Chancelade (en marge: Ma. Sc. Cancel.) un memorial
de ses affections. La mesme année de son decez il fut les visiter, &
consacra l’Autel de la Chappelle de l’Infirmerie, l’an mil cent cinquante-neuf,
Idibus Aprilis, indictione
septima, estant au Chapitre avec l’Abbé
& Religieux fut ordonné que tous les jours de l’an, hors du Vendredy Sainct,
l’on y celebreroit une Messe basse pour les deffuncts.
Nous apprenons par la table imprimée au pied de S.
Bernard (en marge: Vid. in fine), à
la dernière impression,
― Page 54 ―
comme dés
son vivant (en marge: D. Bernard.
Abbatiae) & l’an 1153 l’Abbaye de Petrosa (en marge: 1153), de Peyrouse fut fondée le 39 Mars (sic; il faudrait lire 29 Mars), & se trouve
la 69. en rang de l’Ordre de Clervaux (en
marge: Fundatio Abb. Petrosae anno 1153) qui est la troisiesme fille des
Cisteaux; c’est merveille de 1’authorité que ce sainct Patriarche
avoit acquis dans ce peu de temps depuis sa reformation dans la Chrestienté
pour l’establissement de son Ordre, pour lequel tous contribuoient par une
saincte aemulation. L’Abbaye de Peyrouse dans peu fut splendide en grands
revenus desquels elle dota l’Abbaye de Boschaud (en marge: Fund. Abb. Bosco Cavo), de Bosco Cavo, qui receut pour son establissement une partie de ses
revenus de sa
liberalité: mais le sacré thresor du corps d’un sainct
Martyr, estoit le plus riche gage de l’Abbaye de Boschaud, lequel on voit encor
aujourd’huy dans les ruines deplorables de cét ancien edifice soubs le grand
Autel sans qu’on sçache son nom (en
marge: Martyrol. Rom.). Ce grand amy de Dieu S. Bernard mourut la mesme
année de la fondation de Peyrouse le vingtiesme d’Aoust.
Adrian
quatriesme l’année suivante qui fut la première de son Pontificat (en marge: 1154), expedia une Bulle à
nostre Evesque Reymondus (en marge: Bull.
Ad. 4 ad ep. Petroch.) qui luy confirme tous les revenus que les Papes ses
predecesseurs luy avoient donné.
Nous
trouvons aussi que de ce temps le Comte du Perigord (en marge: Comté) fit bastir une forte & haute tour prés de
l’amphiteatre, peut estre pour se munir à l’encontre des incursions des
Rouptiers (en marge: Ma. Sc. S. Anth.),
meschans heretiques qui bien tost nous donne-
ront de la
peine. Raymond de Maiolio meurt l’an mil cent cinquante-neuf, n’ayant gueres
demeuré au Siège de Bourdeaux, où il fut ensevely dans l’Eglise Metropolitaine
de Sainct André. (hh)
Joannes
d’Asside, Evesque.
Henr. II, Roy
d’Angleterre & Duc d’Aquitaine.
Le Poictou
n’ayant peu donner d’Archevesque A Bourdeaux sur la recommandation du Roy d’Angleterre,
bailIa à Périgueux un Evesque de l’Eglise de Poictiers. Je ne sçay s’il est le
mesme que Joannes Sochius Gimnasii
Pictaviensis Ludimagister, refusé pour Bourdeaux; il fut
recogneu pour nostre Evesque l’an mil cent soixante, auquel temps l’heresie
avoit notablement gasté les esprits de ces quartiers, si que desja des paroles
ils venoient aux armes, se saisissoient des fortes places, exerçoient toutes
hostilitez possibles contre les Catholiques: specialement à l’encontre des
Religieux qui tousjours ont esté persecutez par les ennemis de l’Eglise.
― Page 56 ―
Le chasteau
de Gavaudun en Agenois (en marge: Ma. Sc.
S. Anth.), forte place à raison de son assiete servoit de retraicte à tels
brigandages (en marge: Gavaudun),
& apportoit notables dommages à leur voisinage. Nous trouvons par memoire
que nostre Evesque Jean monstra qu’il sçauoit plus que fueilleter son
Breviaire; faisant levée de gens de guerre, il alla assieger ceste place qui
sembloit inexpugnable à raison de sa position, comme il se void encores
aujourd’huy: si est-ce pourtant qu’il la força, la print, la fit razer rez pied
rez terre (en marge: Prins),
humiliant ceste canaille d’heretiques qui desja estoient appellez Ruptaris, parce
qu’ils brisoient, rompoient, froissoient les Croix, Images & Autels sacrez,
comme on peut voir dans l’epistre première & seconde du venerable Pierre
Abbé de Cluny (en marge: Pet. vener. lib. I ep. I & 2); lequel d’un costé par sa doctrine s’estoit opposé à ceste
impieté faisant brusler à S.Gilles l’autheur de ceste doctrine (en marge: Ma. Sc. ibid.), nostre Evesque
en ces quartiers s’opposa aussi par armes a leurs efforts, suyvant dict de luy
un vieux manuscript.
Quippe Gavaudunum cui par vix credo nec unum
Destruxisse solo constat.
Tous ces desordres avoient bien desbauché l’Eglise en
Aquitaine, & nos Annales (en marge:
Ann. Aquit. dub. 3 p. c. 4) asseurent que lors que le Pape Alexandre
troisiesme assembla son Concile à Rheims (en
marge: 1163; Conciles), 1’un des principaux motifs fut pour la reformation des
moeurs des gens d’Eglise d’Aquitaine (en
marge: Sygebert. contin.). Il est vray que la principale cause estoit pour
condamner & exterminer l’Antipape Victor avec ses adherans,
― Page 57 ―
mesme derechef
l’an du Seigneur mil cent soixante & trois il assembla à Tours un Concile (en marge: Conc. Turo. t. 3 anno 1163),
auquel furent dix-sept Cardinaux, cent vingt-quatre Evesques, & les mesmes
annales disent que tous les Archevesques
& Evedques d’Aquitaine s’y trouverent; partant disons quelque mot des articles qui y furent
conclus (en marge: Conclusions).
Specialement fut prohibé aux Ecclesiastiques de s’engager dans le peché sordide
de symonie, deffendu aux religieux le meslange trop familier avec ceux du
monde, les religieux du dioceze du Perigord avoient bon besoing de ceste
reformation (en marge: Reformation
necessaire), comme nous avons veu par la missive du religieux de Clervaux (en marge: Vid. sup. epist. Alquer.). Le
chapitre quatriesme recommande affectueusement aux Evesques & Curez de ces
quartiers de veiller contre les detestables heresies de Tholoze, qui desja
avoient glissé comme un chancre dans la Gascongne & Provinces voisines,
& partant, disent-ils (en marge: Vid.
infra 1220). Nous commandons à tous
les Sieurs Evesques & Presres qui demeurent en ces quartiers de veiller à
l’encontre d’eux , & prohiber par la menace de l’anatheme qu’aucun n’aye à
donner retraicte en son pays, ny secours à ceux qui seroient recogneus sectateurs
de ceste heresie (en marge: Eviter les heretiques): mais dans
peu il faudra porter des remedes plus forts & violens; l’opiniastreté de
l’estiomene ne cedant à la force de ces medicamens anodins, mettra en main le
fer & le feu contre sa malice.
Je trouve encor que nostre Evesque Joannes
Pictavienfis fit des donations (en marge:
Ma. Sc. Cancell.) au Sieur Elie
― Page 58 ―
Abbé de Chancelade & à ses Religieux des Parroisses
appellées Lateira & Saccus (en marge: Donation), pour y
bastir des Eglises. Bref ayant tenu la chaire Episcopale durant neuf ans moins
sept jours (en marge: 1169), il
deceda l’an mil cent soixante-neuf, & pour sa sepulture il y eut notable
different & procez entre le Clergé de l’Eglise Cathedrale Sainct Estienne
& Collegiale S. Front, les premiers pretendans avoir droict pour le corps
de leur Evesque l’enleverent par violence, & l’ensevelirent en leur Eglise
(en marge: Ma. Sc. S. Anth.), dont
les autres firent un grand procez, qui couta beaucoup de part & d’autre. Nous
voyons son epitaphe gravé dans un pilier de l’Eglise Cathedrale prés de sa
sepulture en ces mots (en marge:
Sepulture). ANNO AB INCARNATIONE DOMINI M.C.L.D.X. NONO.
SECVNDA DIE MAII OBIIT DOMINVS
IAANNES HVIVS ECCLESIAE EPISCOPVS, SEDIT AVTEM IN EPISCOPATV NOVEM ANNIS SEPTEM DIEBVS MINVS (en marge: Inscript. lapid. epitaph.).
Un peu à
costé on peut lire le commencement de la poesie qui ressent la rudesse de ce
siecle.
PICTAVIA NATVS HIC PAVSAT PRAESVL HVMATVS FILIVS ERGO DEI PROPITIETVR EI. (ii)
Petrus Minetis, Evesque.
Richard, Duc
d’Aquitaine.
Nous
pouvons apprendre de Petrus Blesensis (en
marge: L’an de Jesus-Christ 1169), homme celebre en l’Eglise, le pays &
parantele de Pierre Minetis ou Minetz, auquel il escrivit une epistre qui est
parmy ses oeuvres, la trente-quatriesme, par laquelle il se recognoist son
cousin & parent proche. Ce fut lors qu’il se retiroit des estudes, ses pere
& mere estans decedez (en marge:
Origine), lesquels, comme il dict en une autre epistre, estoient des plus
nobles de la petite Bretagne: voicy ses mots traduits (en marge: Petrus Blesensis epist. 34). Mon pere & ma mere ont prins leur origine des plus
apparents de la petite Bretagne, ce que
je ne dis pas par jactance, mais je repute la vraye noblesse des vertus estre plus recommandable lorsqu’elle est conjoincte avec la noblesse de
l’extraction, son epistre porte ceste
suscription, Reverendissimo Patri Petro Petrachoricensi Episcopo Petrus Blesensis suorum consanguineorum imo servorum minimus salutem & continuos ad vota succeffus (en marge: Pierre de Blois). Ce bon
― Page 60 ―
Prelat
l’avoit prié voire conjuré de venir faire sa residence avec luy dans son Palais, tant pour honorer ses
merites, comme aussi pour se servir du rare sçauoir & conseil de celuy qui
fut trouvé digne non seulement d’instruire l’Eglise en general par ses doctes
escrits (en marge: Doctrine); mais
par special fut choisi pour precepteur du fils du Comte du Perche qu’il conduit
à la Royne de Sicile, où il fut trouvé capable d’enseigner son fils voire &
tout celuy du Roy d’Angleterre (en marge: Comment. ex
Epis. 49). Ayant donc suivy la fortune qui se presentoit par le
Comte du Perche, il s’excusa envers nostre Evesque, commençant par les
loüanges de la sacrée dilection plus forte que la mort, puis qu’elle unit les
coeurs absens (en marge: Amitié),
& la mort separe l’ame d’avec le corps. (en marge: Ep. 34) Et j’ay
recogneu cecy en vous, dict-il, à la
faveur de l’expérience, puis que vous m’avez regardé d’un oeil plus favorable, moy qui suis
le plus petit & comme l’avorton de la magnificence de vostre
parantele. Vous m’avez escrit, si tant est que je me souvienne fidelement de vostre
commandement, que je me rendisse au plustost à vous pour y demeurer comme vostre domestique & commensal. Soudain mon esprit
tressaillit d’applaudissement par la parole de vostre benignité, & desja
j’avois deliberé de me rendre à vous, lors que, &c.
Quelque
temps (en marge: Chroni. Engol. Corl.)
apres la promotion de nostre Evesque (en
marge: 1171), il se presenta un employ fort honorable (en marge: Employ) pour luy à raison du mariage d’Heleonor fille du
Roy d’Angleterre, & d’Heleonor Duchesse d’Aquitaine, avec Alphonse second
Roy
― Page 61 ―
d’Espagne, où elle fut conduitte accompagnée de
l’Archevesque de Bourdeaux (en marge:
Honorable), & des Evesques de Poictiers, Engoulesme, Xaintes,
Perigueux, Agen & Bazas, de Raoul de la Faye Seneschal de la Guyenne, du
Comte de Perigord Elie fils de Bozon, & plusieurs autres Seigneurs
ausquels le Roy d’Espagne fit de beaux & riches presens (en marge: Chronic. Burdig.): l’on
proposa aussi le mariage de Richard second fils du Roy Henry avec la fille du
Comte de Barcellonne (en marge: Meynard
arrest.), luy donnant le Duché d’Aquitaine, & pource Richard surnommé
coeur de Lyon (en marge: Dub. Ann. Aquit.
3 p. c. 4), est le douziesme Duc d’Aquitaine (en marge: Richard coeur de Lyon Duc d’Aquit.).
Desja les seigneurs de ces quartiers souspirent
apres le gouvernement des François impatiens d’estre opprimez par la domination
de l’Anglois, ils se saisissent des places les plus fortes, agissent
hostilement contre ceux qui tenoient leur party, ce qui appella Henry Roy
d’Angleterre pour venir maintenir en obeyssance ce pays du Perigord qui desja
s’estoit revolté contre luy (en marge:
Ma. Sc. S. Anth.). Il y vint avec ses fils Henry Duc de Normandie, &
Richard Duc d’Aquitaine, assisté du Roy d’Arragon, du Comte de Bretagne
Geoffroy, & d’Hergamonde Dame de Narbonne pour assieger le Puy S. Front (en marge: Siege faict par les Anglois),
& s’il faut agir par conjecture; je crois que la place leur demeura, car
nous trouvons que l’an mil deux cens deux ceste ville estoit soubs leur
puissance (en marge: Dub. ibid. c. 6),
puis que la trahison pretendüe contre Poictiers y fut tramée par les Anglois
avec
― Page 62 ―
le Clerc
du Maire de Poictiers.
Les actions de pieté furent ordinaires à nostre Evesque,
nous en trouvons des marques aux sacres de plusieurs Autels (en marge: Dedicaces); il en sacra un
dans Chancelade (en marge: 1171), In honorem sancta Trinitatis, & in honorem sanctae Crucis, & in
honorem beatae & gloriofae Virginis Mariae, &
sanctorum Apostolorum Philippi & Jacobi, & sanctorum Martyrum
Sebastiani & Blasii, & sanctorum Confessorum Augustini & Nicolai,
& sanctarum Virginum Agnetis & Caeciliae anno Domini 1171. sexto nonae Maii (en marge: Ma. Sc. Cancell.). En
presence du troisiesme Abbé Gérard qui avoit esté beny par ce mesme Evesque quelque
temps auparavant.
Je trouve une inscriptîon pour l’année suivante qui marque le sacre de l’Eglise de la glorieus