F.B. Le texte du père Jean Dupuy a été restitué en adaptant la graphie de l’époque (début du XVIIe siècle) pour une meilleure lecture: quand il y a lieu, les i sont transformés en j, les v en u et les β par « ss ». Les abréviations õ, ã, ẽ sont retranscrites en « on » ou « om », « an » ou « am », « en » ou « em ». L’accentuation (ou l’absence d’accentuation) du texte original a été respectée.
L’Estat de L’Eglise du Périgord depuis le christianisme,
(1er volume)
par le R.P. Jean Dupuy, Récollect
Table des matières.
S. Front premier evesque et apostre du Perigord p. 21
Observations sur ce chapitre p. 22
Observations sur ce chapitre p. 33
Observations sur ce chapitre p. 41
Observations sur ce chapitre p. 50
Observations sur ce chapitre p. 64
Observations sur ce chapitre p. 80
S. Anianus II evesque ; de Vespasian Empereur l’an 5 p. 88
Chronopius III evesque ; de l’Empire romain p. 89
Siège vacant à cause des persécutions p. 91
Pegasius evesque ; de l’Empire d’Honorius p. 98
Chronopius evesque ; Alaric Roy d’Aquitaine p. 109
Charterius evesque ; Gontran 10e Roy d’Aquitaine p. 131
Saffarius evesque ; Childebert Roy d’Aquitaine p. 143
Siège vacant à cause des guerres p. 151
Bertrandus, Reymundus, ...., evesques p. 159
Sebaldus evesque ; Guillelmus Duc d’Aqutaine p. 209
Froterius evesque ; Guillelmus 3e du nom, 6e Duc d’Aquitaine p. 214
Martin Boso evesque ; Guillelmus Duc d’Aquitaine p. 221
Rodolphus de Cohalia ; Guillelmus Duc d’Aquitaine p. 222
Notes critiques par l’Abbé Audierne p. 225
L’Estat
de
L’Eglise du Périgord
depuis le christianisme,
par le R.P. Jean Dupuy, Récollect
A Périgueux,
par Pierre & Jean Dalvy Imprimeurs
& marchands libraire, 1629,
avec approbation.
ET VIGILANT PASTEUR
FRANCOIS DE LA BERAUDIERE
EVESQUE DE PERIGUEUX
ABBE DE NOUAILLE
CONSEILLER DU ROY
EN SES CONSEILS D’ESTAT ET
PRIVE, ET SES COURS DES PARLEMENTS
DE PARIS ET BOURDEAUX.
Monseigneur,
Me voicy derechef à vos pieds les mains chargées de branches d’olive, & de lauriers, recueillis dans l’héritage de l’Apostre du Perigord duquel aujourd’huy apres seize cens ans, vous estes recogneu legitime successeur & le tres juste possesseur. Je rends à votre Siege Episcopal ce qui luy appartient; puis qu’il à produit dans les siècles passez & les victoires signalées sur l’enfer, & les douceurs de la religion catholique, toute pacifique en ses divines operations. Aussi selon le dire de Sainct Cyprian, le champ de l’Eglise faict tousjours germer ses guirlandes pour salarier, soit en paix, soit en guerre, les champions du Christianisme. L’ombre de vos lauriers seront l’azile sacré contre les foudres & carreaux qui frappent bien souvent les ouvrages les plus releuez Tandis que David fut dans le peril journalier des armes, il pria le Roy de Moab de retirer ses bons pere & mere dans sa maison Royale hors l’hazard d’un Mars capricieux; aussi tandis que durant cinq ans je me suis treuvé dans la meslée des armes spiritueles, occupé contre l’heresie dans votre mission de Bragerac, j’ay voulu mettre soubs la protection de votre Royal Sacerdoce, les actes du glorieux S. Front, le vray pere qui par l’Evangile nous a engendrés, & de l’Eglise du Perigord qui comme une bonne mere nous a enfantez:; car je recognois vostre Chaire Episcopale estre un lieu tout sacrosainct, où le fleau rigoureux ne peut aborder, puis que les sieges de nos Prelats sont, comme disoit nostre Roy Charles le Chauve le Throne de Dieu mesme, dans lequel il siege & y prononce ses arrests tres equitables. Je choisis aussi l’ombrage des rinçeaux d’Olive, symbole de la paix & misericorde, qui par vos charitables liberalitez croist à foison dans votre Dioceze, pour y mettre à couvert ce qui encor n’a veu le jour, de peur que les antiquitez sacrées que j’ai tiré de l’obscurité des tenebres, ne perdent la clarté pour avoir esté trop soudain produites en lumiere. Le travail mis à creuzer & piocher les veines de ce thresor m’a esté tres doux, puis qu’il estoit caché dans le champ spirituel appartenant a un si gracieux & aymable pere de famille, qui non seulement par son office possede les ames de ses Diocezains; mais, comme jadis sainct Ambroise dans Milan, s’est mis en propre les corps, les biens, & les affections de tous par sa bonté toute paternele. Et quoy que l’abnegation religieuse, si essentiele & affectée à l’ordre que je professe, m’ayant instille par l’oreille l’oubli de mon peuple & de toute la parantele, ne permette que j’aye le coeur à ce champ, où le thresor est caché. Je tiens pourtant à singuliere religion & pieté avec sainct Paul, le travail mis pour le salut de mes concitoyens, & le souvenir du lieu ou par le baptesme j’ai receu l’esprit & la vie du Christianisme. Le grand sainct Louys, non moins religieux que le tres puissant Monarque, parmi les discours de ses Chevaliers sur l’honneur qu’on pouvoit acquerir, & moy dict-il, je n’ay jamais reçeu tant d’honneur quà Poyssi, & s’explicant apres la suspension de leurs esprits, dict que c’estoit la où il avoit receu le sainct baptesme; & escrivant à ses intimes i se souscrivoit Louys de Poyssi, comme le plus noble tiltre de sa Couronne. Desja l’eau de despart qu’une religion si destachée des affections humaines nous donne dès l’entrée comme pour un second baptesme a peu separer l’or d’avec les autres metaus de plus bas aloy, & l’esprit d’avec le marc & la lytarge crasseuse, pour mettre l’un à l’oubli & reccuillir l’autre pour l’offrir à mon Dieu, & à votre Seigneurie qui dans vostre Siege Episcopal tient sa place. J’advoueray bien volontiers que cèt opuscule n’est de grand prix comme n’estant encore enrichi de toutes ses perfections; mais je m’asseure fort & sur la discretion des lecteurs, qui eu esgard au subject ardu & jugé souvent impossible, seront contrains de loüer mesmes ses deffauts & manquemens, & sur vostre bonté paternele qui me servira d’antidote contre la mauvestié de ceux qui ne pouvant dire mal par raison, le font bien souvent par un prurit & demangeson de bec coustumier à piquoter tout ce qui de nouveau se produit dans le public. Si faut-il pourtant qu’ils advouent dans cette Province, aussi bien que chez les Grecs, que le μωμαζ y’est plus aisé que le μιμεγζ, & la censeure plus facile que l’imitation. L’un & l’autre leur semblera esgalement difficile contre cèt oeuvre, pourveu qu’il soit authorité & muni par vos paterneles benedictions, que vous demande humblement celuy qui sera à jamais.
DE VOSTRE SEIGNEURIE,
Le tres-humble & affectioné serviteur en Jesus-Christ.
P. Jean DUPUY.
Recollect indigne.
De nostre cellule ce jour de la Vierge en septembre 1629.
DES DOCTEURS
Nous Jean Tarde Prestre & Chanoine Theologal de l’Eglise Cathedrale de Sarlat certifie avoir veu & leu attentivement un livre intitulé l’Estat de l’Eglise du Perigord, depuis le Christianisme jusques a present, composé par le R.P. J. Dupuy, Religieux Recollect, & Gardien au Convent dudit Ordre en ladicte vile, auquel livre je n’ay trouvé rien qui soit contraire à la Religion Chrestienne Catholique Apostolique & Romaine, ny aux bonnes moeurs, & le juge digne d’estre imprimé pour beaucoup de raisons, & mesme pour faire voir la succession des Pasteurs en ladicte Eglise. Faict à Sarlat le vingtiesme Apvril mil six cens vingt-neuf.
TARDE Chanoine Theologal en l’Esglise
Cathedrale de Sarlat.
APPROBATION.
Je soubs signé Pascal de Labrousse, prestre & Docteur en Theologie, Chanoine en l’Eglise Cathedrale de Sarlat, & curé de ladicte ville, atteste avoir leu un livre intitulé l’Estat de l’Eglise du Périgord depuis le Christianisme, composé par le venerable Pere Jean Dupuy Gardien des Freres Mineurs Recollects de ladicte ville de Sarlat, & en iceluy n’avoir trouvé rien de contraire ny aux bonnes moeurs, ny à la Foy Catholique Apostolique & Romaine; & le juge tres-digne d’estre communiqué au public pour faire voir aux Catholiques la Foy, zele & devotion de leurs ancestres; & aux heretiques la continuele succession des Pasteurs en l’Eglise Romaine, en tesmoignage dequoy ay signé à Sarlat ce vingt-neufviesme du mois d’Apvril mil six cens vingt-neuf.
P. Delabrousse.
APPROBATION.
Nous soubs signés lecteurs en Theologie, certiffions avoir veu & leu par le commandement du R. Leon Vacquier Provincial en la provinces des Peres Recollects de Guyene, ce livre qui contient l’Estat de l’Eglise du Perigord, depuis ke Christianisme, composé par le R. P. Jean Dupuy Religieux de la mesme Province, & gardien en nostre Convent de Sarlat, auquel n’avons rien trouvé qui ne soit conforme à la doctrine ortodoxe & qui ne merite la presse. Faict en nostre Convent de Tulle le second de Juin mil six cens vingt-neuf.
F. Hilaire Nauche.
Lecteur en Theologie, & definiteur des Peres
Recollects en la provonce de Guyene.
F. Joseph Javaneau.
Lecteur en Theologie & Gardien au Convent
des P. Recollects de Tulle.
APPROBATION.
Je soubs-signé Docteur en Theologie Archidiacre & Chanoine Theologal en l’Eglise Cathedrale de Perigueux, atteste avoir veu & leu, un livre composé par le R.P. Jean Dupuy, Recollect intitulé, l’Estat de l’Eglise du Perigord, depuis le Christianisme, auquel n’ay trouvé aucune chose contraire à la foy Catholique Apostolique & Romaine; & partant je l’estime digne d’estre imprimé pour le contentement de ceux qui sont curieux de l’histoire des Prelats de la presente Eglise de Perigueux. Faict en mon cabinet de la mesme ville, le vingt-septiesme Aoust mil six cens vingt-neuf.
Pichard.
LICENCE DU R.P. PROVINCIAL.
Nous F. Leon Vacquier Provincial des Freres Mineurs Recollects en Guyene, veu l’approbation des Docteurs permettons au P. Jean Dupuy Gardien en nostre Convent de Sarlat, de faire imprimer le livre qu’il a composé de l’Estat de l’Eglise du Perigord, depuis le Christianisme. Faict à nostre Convent de Sarlat, ce jour de sainct Jean Baptiste, mil six cens vingt-neuf.
F. Leon Vacquier
Ministre Provincial.
APPROBATION ET LICENCE
DE MONSEIGNEUR L’EVESQUE.
Francois de la Beraudiere par permission divine & authorité du S. Siege Apostolique, Evesque de Perigueux; Veu & releu un livre intitulé, l’Estat de l’Eglise du Perigord, depuis le Christianisme, ensemble l’approbation d’iceluy baillée par les docteurs; avons permis au R.P. Jean Dupuy Recollects qui en est l’autheur de le faire imprimer, comme estant tres necessaire pour l’edification & consolation des Catholiques de nostre Dioceze. En foy dequoy avons signe ces presentes, & faict contresigner par nostre Secretaire. A Perigueux le quinziesme Aoust, mil six cens vingt neuf.
F. de La Beraudiere E. de Perigueux.
Par commandement de mondict Seigneur,
Pochon Secretaire.
AD AUTHOREM.
P Rotulit ex puteo Peteus verum auspice
Christo,
Dum Procerum patriae nomina, facta refert,
O decus omne tuis! genio, pietate, labori
Vesulidum merces, fama perennis erit.
FR. EPIS. PETR.
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L’ESTAT DE
L’EGLISE DU PERIGORD
DEPUIS LE CHRISTIANISME
Louöns les hommes excellens, & nos Peres qui nous ont engendrez; le Seigneur par eux à faict grand gloire, dès le commencement par sa magnificence. (en marge: Eccles. 44)
(en marge: L’honneur recompense de la vertu) La gloire & l’honneur, suivant l’Apostre, sont l’ordinaire guerdon de la vertu (en marge: Roma 2. v.7), & comme le rayon suit son soleil, aussi la loüange suit la saincteté de vie; qui de faict n’a besoing de nos eloges & acclamations, non plus que les murailles revestues de jaspe & de porphyre bien lissé n’empruntent leur beauté des couleurs de quelques peinture bigarrée, & contentes de leur esclat, laissent ce fard pour les paroirs de plastre ou de blocage; neanmoins c’est à nous de tesmoigner en quelque façon par une affectueuse recognoissance les devoirs ausquels les enfants formez à la pieté sont obligez envers ceux qui les ont engendrez (en marge: I. Cor. v. 15)
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par l’Evangile, de peur que leur ingratitude ne fletrisse le renom d’estre sortis de si nobles & si saincts bisayeulx. Bien est vray que maintefois nostre loüange ternit plus le lustre de leur grandeur, qu’il ne le rehausse, & souvent (comme disoit S. Maxime de Thurin, parlant de S. Eusebe de Verselles) (en marge: Maxim. Taur. Ser. de S. Euseb. Vers.) lors que nous pensons avoir adjousté aux loüanges de ces saincts & tres-heureux Peres, c’est pour lors que nous en avons rongné, puis que la grace de leur loüanges ne veut estre exposée par paroles, mais approuvée par les oeuvres.
(en marge: Honneur par la loüange) Si est-ce pourtant que S. Gregoire de Nazianse (en marge: Gregor. Nazian. orat. 19 de S. Cypr. mart.) ne veut ça bas donner d’autre recompense aux merites du grand Martyr S. Cyprian que le panegyrique qu’il luy dresse. Voyla, luy dit-il, ô sainct homme divin! les premices de mes Sermons, voyla aussi le guerdon de vostre doctrine & de vos combats, qui ne sera l’olive des olympiques, ny les pommes vrayes bagatelles de Delphes, ou la branche du pin de l’Istme, ny la hache de Nemée qui salarioit les pages infortunez; mais ce sera mon Sermon; puis qu’il n’y a rien qui duise davantage auz ouvriers de la divine parole; ainsi nous faudra-il payer nostre tribut hommager par la loüange de leurs merites.
(en marge: Devoirs) Toutes les loix de la nature gravées dans les tables de nos coeurs nous obligent, (en marge: Eccles. ibid. v10) à ne mettre en oubly les bien-faicts de ces hommes de misericorde, à la lignée desquels demeure un riche heritage; mais encore de surcroy les loix sacrées de religions nous demandent quelqu’une des appartenances
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de l’honneur, afin de faire vivre le nom (en marge: Arist. lib. I. rhet. c. 5) des justes apres leur sepulchre dans l’Eglise militante, sans que nostre religieuse pieté puisse estre soubçonnée de flaterie, ny blasmée de temerité, La Loüange, dict S. Augustin, est posée (en marge: August. in Psal. 150) en lieu d’asseurance lors qu’elle se fonde sur les grandeurs de Dieu, pour qui l’Encomiaste ne rougira jamais. Et lors que nous retirons de la ruine des siecles passez les faits memorables & signalez de nos premiers Prelats afin de les presenter pour prototype de vertu à nos siecles pervertis? n’est-ce pas estaller les merveilles de Dieu, qui a esté admirable en ses saincts (en marge: Psal. 67. v. 36), leur servant de base & de colomne sur laquelle il a efleué ces Dieux, par lesquels il a tiré plus veritablement que le veau d’or les vrais enfans (en marge: Exod. 32. v. 4) d’Israel de l’Ægypte infidele, estant glorifié en leurs victoires, & celebré par leurs triomphes. C’est donc à juste tiltre que les nations parleront de leur sagesse, l’Eglise racontera leurs loüange, & leur posterité qui demeurera à jamais ne permettra que leur gloire soit effacée (en marge: Eccles. ibid. v. 15 & 13.)
(en marge: Soing de l’Eglise pour honorer les fideles) De faict l’Eglise Catholique pour honnorer son espoux à toujours dès sa naissance soigné specialement que les actes heroïques de ses enfans fussent transmis à la posterité; ainsi le livre des Pontifes Romains, qui portent le nom de Damase, tesmoigne que S. Clement destina sept Notaires fideles à l’Eglise (en marge: Ex Damaso in Clement) pour recueillir curieusement les actes des Martyrs qui escherroient dans le département qu’il leur fit
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de la ville de Rome, reduisant les quatorze cantons de l’ancienne division à sept, (en marge: Idem in Fabi.) sur lesquels du depuis le Pape Fabian mit sept Diacres & autant de Soubs-diacres appellez Regionaires, pour surintendans; à ce que ces Officiers sacrez, comme tout autant d’yeux veillassent pour recueillir fidelement les memoires qui seroient transportez aux monumens de l’Eglise, comme partiqua le Pape Antherus (en marge: Idem in Anthero.), lors qu’il mit dans les archives de l’Eglise (en marge: Monumens de l’Eglise) ce que soigneusement il avoit recueilly des Notaires deputez, non seulement pour escrire les faits des Martyrs; mais encore tout ce qui concernoit l’estat Ecclesiastique. Ce sacré memorial estoit si fidelement gardé parmy les fideles, que dans l’effroyables orage de la persecution, qui porta la rage de Diocletian contre nos livres sacrez (en marge: Euseb. hist. lib. 8. C. 2. & 3.) lesquels par un edict infernal il condamna au feu; toutesfois parmy le petit nombre de quelques faux Freres effrayez par l’horreur des tourmants, qui traitreusement livrerent les cayers sacrez, dont il furent appellez, traditores, les milliers entiers des Chrestiens aymerent mieux abandonner eur corps & leur vie aux bourreaux, que livrer aux flammes les memoriaux (en marge: conservez) de leurs saincts predecesseurs & Peres du Christianisme. Livres saincts honorez si religieusement, que l’Eglise Orientale & Occidentale n’a manqué de faire lire au peuple au jour anniversaire du decez des Saincts les extraicts & abregez de leurs actes, comme nous
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le trouvons commandé dans le Canon troisiesme (en marge: Consil. Cartag. habentur Canones in Cons. Affricano. Cart. 3. c. 47) du Concile Provincial de Carthage, tenu l’an 401. Et derechef au Concile troisiesme tenu au mesme lieu, lors que les Peres deffendirent aux Lecteurs Ecclesiastiques de lire autre chose en l’Eglise que les escritures Canoniques, ils en excepterent les lectures anniversaires des Passions des Martyrs, & par consequent les anniversaires des saincts Prelats, à ce que le bon oeuvre qu’ils avoient faict, durant leur vivant envers Jesus-Christ (en marge: Mat. 26. v. 13), comme il l’avoit promis à la Magdelene, fut annoncé par tout où l’Evangile seroit presché.
(en marge: L’Eglise de France Joüée) Si jamais aucune nation de toute la Chrestienté a esté obligée à la recherche de leurs premiers Apostres, Evesques & Martyrs, c’est par special l’Eglise de France, laquelle par l’esclat de sa foy (en marge: Greg. lib. 5. epist. 6 ad Brunechil.), suivant le loüable tesmoignage de S. Gregoire le grand, a toujours brillé parmy la perfidie des autres nations, tout autant qu’un phare lumineux emmy les tenebres de la nuict, comme ayant des premieres du monde receu le flambeau de l’Evangile de la main de l’Eglise Romaine, maitresse & matrice de toutes les Eglises, comme n’ayant jamais dans les premiers siecles, conceu ny avorté les monstres des heresies (en marge: Hieron. adv. vigil.), comme parle S. Hierosme, toutes les autres Eglises ayant à leur notable dommage couvé dès le commencement, & esclos des formillieresde vipereaux, qui par leur naissance leur ont ravy la vie; comme n’ayant esté flestrie (en marge: Bernard. Bonau. in vit. S. Ber. C I, l. 2) de
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quelque ignominieuse faction, & n’ayant forgé d’idole dans l’Eglise, ou honoré quelque monstre dans le Siege de Sainct Pierre tandis que les autres nations leur flechissoient le genoüil; ains au contraire ses Pasteurs, comme porte l’eloge donné par S. Hylaire aux Evesques de la Guyenne, du Lyonnois, de Narbonne, de Tholoze & de Bretagne, (en marge: Hylar. de Synod. cont. Arr.) ont tousjours affermy la stabilité inesbranlable de leur saincte conscience, la maison bien fondée sur la fermeté de la pierre, la constance affermie & jamais faussée de leur volonté, leur Religion innocente & inviolable, la perseverance saincte & indomptable aux efforts de l’Enfer, & ce d’autant que, comme dict un autre de nos anciens Evesques, (en marge: Arn. Lexo. ad episc. Angl.) tousjours le grand Dieu nous a faict rayonner l’esclat & la cognoissance de la verité, ne permettant que nos pas gauchissent au sentier de Justice.
(en marge: Recherche des actes) Ces beaux tiltres d’honneur baillez en faveur de l’ancienne pieté de nos premiers Prelats, cueillent à chaque Province de la France un singulier appetit de foüiller dans l’antiquité, afin que (en marge: Isa. c. 51. v. I.) nous remarquions la pierre d’où nous avons esté coupez, & la caverne du lac d’où nous avons esté taillez, jettant les yeux sur Abraham nostre pere, & sur Sara qui nous a engendrez. Neanmoins il nous faut ingenuement advoüer, ou que nos predecesseurs ont eu trop peu de soing pour transmettre à la posterité les actes de nos Saincts, ou que la ravine des temps nous a ensevely presque tous ces nobles
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monuments; si que nous nous trouvons aujourd’hui subjects au synique reproche que Thucidide faisoit aux Grecs, disant que (en marge: Plutar. in Apopht.) c’estoit une grande honte au Grec d’estre estranger au milieu de la Grece; aussi puis-je dire, que c’est une honte, par exemple, à ceux du Perigord d’estre estrangers au milieu de leur Province, sans sçavoir qui ont esté les Peres qui leur ont donné la vie & la loy de Jesus-Christ, quand, comment & pourquoy ils commencerent la recevoir? par quelles mains Dieu la leur a conservée depuis seize cens ans?
(en marge: Dans l’Italie) Ce motif à d’autres fois contraint les François qui nous ont precedé de quelques siecles, de recourir à l’Italie pour rechercher les actes de nos Martyrs de France, lesquels furent trouvez & envoyez, comme le tesmoigne Gregoire de Tours au livre de la gloire des Martyrs (en marge: Greg. Turo. de glo. Mart. c. 52 & 64), & de nos jours plusieurs esprits doctes & curieux de l’honneur de leurs Provinces, se sont esvertuez pour escrire au vray les legendes des Saincts de leur pays; specialement je ne puis assez loüer le bon zele de ceux qui ont dressé de nouveau les tables des Prelats successifs aux chaires Episcopales; veu que je puis dire que cèt oeuvre est absoluement necessaire (en marge: Necessité de succession) en ce temps pour toutes les Provinces qui ont esté infectées de la peste du Calviniste; comme jadis (en marge: Euseb. Theodor., Socrat., Sozom., Evag., Niceph., Calixt. Paul, Diac.) Eusebe, Pamphile, Theodoret, Socrate, Sozomene, Evagrius, Nicephore, Calixte, Paul Diacre, & autres historiens Ecclesiastiques
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avoient diligemment noté dans leurs monuments la succession des Evesques aux chaires principales & Apostoliques, comme de l’Eglise de Rome, d’Alexandrie, d’Antihioche, de Hierusalem, de Constantinople, d’Ephese & autres. Voire mais nous remarquons que l’ancienne Eglise pour conserver avec plus d’asseurance l’estat & memorial de la succession des Evesques Orthodoxes, avoit authorité ceste saincte coustume, que parmy les solemnitez des Messes l’on nommoit tout haut (en marge: Diptyques) les Evesques vivans qui gouvernoient les Eglises principales, afin qu’on recogneust les Prelats legitimes; ce qui s’appelloit in Diptyco nomen habere, c’est à dire estre immatriculé & mis aux tables de l’Eglise, ce que les Evesques ne pouvoient obtenir jusques à ce que les autres Evesques eussent receu l’epistre Synodique de celuy qui desiroit estre recogneu Orthodoxe par les autres; comme observe S. Gregoire, disant (en marge: Greg. Mag. in pastorali) que c’estoit la coustume tant de l’Eglise Orientale qu’Occidentale, que le nom d’aucun Pontife ne fust enrollé dans les Diptyques, jusques à tant qu’on eust receu sa Synodique (en marge: Epistres Synodiques), c’est à dire la Consession de foy qu’il envoyeroit pour tesmoigner sa croyance; comme Sainct Cyprian (en marge: Cyprian ep. 2 & 8. lib. 4) dict avoir esté pratiqué par le Pape Cornelius, & par Sabinus Evesque Espagnol, & par soy-mesme, (en marge: Id. epist. 9. Ambr. espist. 82. Greg. Mag. in regist. lib. 4. ep. 2) Sainct Ambroise en dict tout autant parlant de son eslection, specialement Sainct Gregoire dict que la coustume portoit que lors que quelque
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Evesque estoit promeu aux quatre chaires principales, il asseuroit par son Epistre Synodique qu’il tenoit le Concile de Calcedoine, avec les autres generaux pour orthodoxes. (en marge: Soph. epist. Syno. ad Hon. Pap.) Coustume enfin que Sophronius Patriarche de Hierulasem, dict avoir prins son origine des Apostres, l’ancienne & Apostolique tradition a prevalu, que celuy qui seroit choisi pour la Hierarchie rapportast à ceux qui administroient de plus grandes Hierarchies, quelle estoit leur foy, & quelle leur croyance? Et lors que (en marge: Vid. epsti. Episcop. Ægyp. ad Anathol. T.2. Consil.) les Heretiques, tousjours Singes de l’Eglise, affecterent le semblable, le Pape Hormisde ordonna que les Evesques qui ne seroient point de synaxe & convenance avec le Siege Apostolique ne seroient point nommez aux mysteres; tant estoient sacrées dans l’antiquité ces listes des Evesques successifs; à ce que la posterité par la cognoissance de ceste personnelle succession de leurs Prelats, conservast en son entier la Foy & Religion qu’ils recevroient de ceux qui leur auroient succedé legitimement, & que par ceste marque l’Orthodoxe & Catholique fust discerné du Schismatique & l’Heretique, (en marge: Optat. Mil. lib. 7) en remarquent, comme dict Optat de Mileui, qui auroit demeuré avec tout le monde en mesme racine? qui seroit sorty dehors? qui auroit siegé une chaire qui ne fust auparavant erigée, & qui auroit dressé Autel contre Autel.
(en marge: Verité affaiblie) Bien est-il tres-asseuré que la verité & la renommée marchent d’un contraire port, & prennent des routes toutes dissemblables; la
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renommée par sa course s’enfle, comme les ruisseaux en courant grossissent en rivieres, & les rivieres en bras de mer, jusques à se rendre à l’Ocean, la verité de l’histoire au contraire, comme le vent par son souffle se ralentit, si que apres plusieurs suites des siecles ce n’est plus bonnement la mesme verité qui paroissoit en sa naissance; il faut attribuer le blasme de ce deschec & au laps du temps, qui efface tout, & à ce notable desdain de ce qui nous est le plus familier; comme qussi il faut accuser nostre mespris de la recherche & serieux pourchas de la verité; si que, comme dict Thicidide (en marge: Thucidides), les premiers narrez nous estant proposez, quelques fois par l’ignorance, ils font planch à la posterité qui passe à l’estourdie par ce temps frayé, sans autre raison que d’autres y ont passé; nous advoüons aussi (en marge: Mat. 13. v. 25) que l’homme ennemy a sursemé l’yuroye, se servant de la main des infideles, voire & tout des fideles & Catholiques, (en marge: Timoth. 6. v.3) qui ont creu, comme ceux dont parle l’Apostre, la pieté leur devoir servir de lucre; ou qui estans poussez d’un zele; mais faux, bastard, (en marge Rom. 10. v. 2) & qui n’estoit pas selon la science, ont peslemeslé les choses fausse aux veritables, les frivoles aux solides, les certaines aux incertaines; dequoy se plaint Arnobe (en marge: Arnob. contr. Gent. lib. I) disant, que c’estoit pour retarder la foy des croyans, & corrompre l’authorité de ce qui avoit esté faict; ainsi nous voyons à milliers des faux actes des Apostres forgez à plaisir par les Manicheens, Gnostiques & autres (en marge: Actes corrompus), qui sont rapportez par
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les Peres de la primitive Eglise, ce qui nous rend faciles à croire que les legendes & vies de Sainct Fronton premier Apostre & Evesque du Perigord n’ont eschapé les fantasies de quelques-uns qui ont fatrasseé & rapsodié ce qui se doit dire de plusieurs disciples & autres Saincts, pour le luy attribuer.
(en marge: Vie de S. Front corrompüe) De faicte j’ay observé presque dans toutes les anciennes vies de cèt Apostre, tant imprimées qu’un manuscrit, tous les simptomes qu’on peut desirer pour croire qu’elles n’estoient pas venües à nous avec fidelité; car premierement nous ne trouvons bonnement aucun des anciens & autentiques historiens qui parle amplement de ce Sainct, & neantmoins pour le jourdh’huy on trouve en plusieurs anciennes familles du Perigord tant de manuscripts, qui deduisent au long sa vie, quoy que oresque tous differens entr’eux, & suspects en cela specialement, qu’ils sont trop prolixes, & ne portent le nom de leur Autheur, ou si tant est qu’ils y mettent Anian & Chronope pour Collecteurs; neantmoins c’est avec beaucoup d’incertitude, puis qu’ils sont differens & au stile du latin, & en l’histoire. C’estoient les causes que rend le Pape Gelaze au Concile de Rome, censurant quelques Martyrologes & Actes des Apostres, dont nous avons parlé, (en marge: Consil. Rom. titul. de lib. Apocriph.) & l’Eglise Romaine, dict-il, n’avoit accoustumé par une singuliere precaution de les lire dans les assemblées, parce que l’on ignoroit le nom de ceux qui les
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ont escrits, ou l’on croit que les idiots ou infideles y ont rassemblé des choses superflües, & moins convenables que l’estat de la chose le requeroit. Secondement plusieurs se sont prins garde que les actes de l’Apostre du Perigord avoient esté corrompus, par ceux qui ont esté poussez de zele, mais non suivant la science.
(en marge: Reproche notable) De faict nous entendrons un grand reproche faict aux deputez de ceste province au Concile de Lymoges, tenu l’an 1034, pour decider la dispute de l’Apostolat de Sainct Martial; surquoy un du Clergé de Perigueux asseura que S. Front pouvoit aussi estre privilegie du tiltre d’Apostre; mais pour lors l’Abbé du Monastere de Soulonniac (en marge: Consilium Lemov. anno 1034) luy imposa silence, maintenant que les actes & les vies de Sainct Front avoient esté de nouveau composées à plaisir par un moyne Gausbert, soubs l’esperance sordide d’estre bien recompensé. Voila les mots prins du manuscrit du Cncile. Tace frater, melius est ut sileas, quia quando nos in scholis magistrorum mel est hac bibebamus, tu solam ruminabas fabam scripturam de S. Frontone novam, cujus tu authoritate niteris, Gausbertus noster edidit lucri causa, qui sub hujus Lemovicae sedis Episcopo Hildegario Coepiscopus nobis extitit. (en marge: Chen. in rab. ep. lemov.) Veritablement ce maistre Coadjuteur d’Hidegarius meritoit encore mieux d’estre deposé, que ce bon Prestre d’Asie, qui au rapport de Tertullian cité par S. Hierosme (en marge Hyeron. de script. Eccles. ex. Tertull.), fut convaincu d’avoir composé à plaisir les periodes & voyages de S. Paul; c’estoit un
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amour indiscret envers cét Apostre, & cestuy-cy porté d’un lucre mercenaire nous vendit un fatras de mensonges.
(en marge: Correction fautive) Mais ce qui rencherit sur ce mal qui s’estoit desja glissé, fut que cét abbé de Soulongnac donna le remede plus fascheux que la maladie, et pour corriger celuy qui avoit parlé cita (en marge: Acta Consil. Lem. ibid.) quelques vieux manuscrits sur S. Front par lesquels il le maintenoit natif du Perigord, où il auroit esté formé au Christianisme, & apprins le Psautier de son bas aage, receu au Clergé, & faict Prestre par ceux qui avoient desja estably le Christianisme, vivant plustost en Hermite qu’en Pasteur des ames, avec d’autres extravagances, que nous refuterons par visves raisons: remarquant de present combien le meslanges avoit esté grand és affaires Ecclesiastiques, à raison des persecutions contre le nom Chrestien; en suite dequoy je ne m’estonne de ce qu’escrit la chronique Espagnole de l’ordre des Carmes (en marge: Chronic. Carmel.), disant que Sainct Front fut un des soldats d’Herodes qui furent baptisez par S. Jean le Precurseur, & qu’il se retira dans le desert du mont Carmel, pour y vivre en Religieux, de là faict Chrestien & envoyé en Perigord d’où il estoit natif.
(en marge: L’omonimie cause confusion) De plus l’on a recogneu que quelques escrivains anciens & modernes à raison de l’omonimie & ressemblance de nom, qui par plusieurs fois, suivant la remarque de Pamelius (en marge: Pamel in vita Cypri.), a causé de grandes confusions à l’histoire Ecclesiastique,
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avoient conjoint (en marge: Baron. in Mart. d. 14 sept.) S. Fronto Evesque de Perigord avec S. Fronto Abbé de Nytrie en Alexandrie; ainsi disent plusieurs, que la merveille que Dieu fit par des chameaux conduits miraculeusement à Fronto en Alexandrie, lors qu’avec ses Moynes il estoit au desert pressé de faim; ne doit estre attribuée à nostre Evesque. C’est la remarque faicte sur S. Anthonin, & Petrus de natalibus, par le commentateur des vies des Peres nommé Heribertus Rosuveidus, disant sur le subject de ce miracle. (en marge Vitae patru. per herib. collectae P de nat. S. Anthonius) De hoc Petrus in Cathalogo Sanctorum libro II. cap. vlt. numero 120. Cavendus lapsus Petri libro 9. cap. 109. Et Anthonini in Chronica, parte prima, tit. 6. cap. 26. 5. I. qui confundit acta hujus Frontonis cum actis Frontonis discipuli Sancti Petri Episcopi Petrachoricensis, sunt enim distinguendi, & unius vita ab alterius separanda. Ce commentaire est cité comme bon par Surius (en marge: L. Surius. Tom. Ap. d. 14. P. Matur. comment. Anthon.), les commentaires de Petrus Maturus sur S. Anthonin sont aussi citez sur ceste remarque, qui pourroit estre renforcée par les raisons suivantes. (en marge: Raisons impugnãies) I. Il est difficile de croire que ce miracle soit de poinct en poinct tout semblablement arrivé à deux; car dans l’un & l’autre narré Squirius ou Quirinus est nommé, un Ange l’advertit, mesmes avec escorchées de secourir le Sainct affamé, les amis sont consultez; les chameaux sont chargez, sont envoyez, conduits & retournent sans guide, &c. 2. Il est dur à croire que le sainct Evesque se trouvast pressé & transy de la faim avec
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ses disciples és quartiers de Brive, (en marge: Vita Gallice script. num. 17) où il avoit faict une riche conqueste de Payens, delivré le territoire d’un enorme dragon glouton d’animaux & d’hommes, & d’une trouppe de serpenteaux qui envinimoient le pays; mesme y ayant basty une Eglise. Quelle apparence d’une si notable ingratitude à ces peuples convertis pour laisser transir de faim un si digne ouvrier? 3. Les autheurs citez trouvent estrange comme la provision fut portée à nostre Evesque par cinquante chameaux! (en marge: lb. num. 18.) quelques-uns pour dorer la pillule mettent mulos, au lieu de Camelos, pourquoy donc adjoutent-ils que ces animaux de voiture, avoient esté envoyez de pays esloignez? 4. ils baillent deux jours de voyage à ces dromadaires pour quinze lieuës, qu’ils peuvent faire dans moins d’un demy jour, & prennent leur nom de δρόμω idest curro, & pour quatre ou cinq hommes, comment retiennent-ils la charge de vingt & cinq chameux qui porteroient l’avitaillement d’un regiment? veu mesme que ces Saincts Apostoliques ne pouvoient faire long sejour en un mesme endroit suivant l’itineraire de leur voyage.
(en marge: Raisons pour conserver) Ce sont les principales raisons de ceux qui ont creu qu’il ne falloit honorer nostre Apostre (en marge: Contra.) de ceste plume empruntée du pays d’Alexandrie; mais d’autre part plusieurs se roidissent sur le possessoire de leur traditive, alleguans qu’il n’est point trop disproportionné que le President des Romains se soit servy de
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dromaderes; puis qu’ils estoient les maistres de l’univers; de plus esseurent qu’on monstre encore la roche & lieu du bannissement, & de la faim du sainct Apostre, en suitte se fondent sur les vieux Offices, Hymnes, & Profes des Eglises de Bourdeaux, Lymoges, le Puy en Vellay, de Tarrascon, de Tholoze, de Sainct Pons & autres lieux; produisent tous les historiens qui l’asseurent, exhibent les vieilles peintures, & autres raisons populaires qui m’obligent à laisser ceste question indecise, sans conclurre à l’affirmative ou negative. Asseurent neantmoins que quant au reste du tissu de plusieurs vieux manuscrits touchant le sainct Apostre, il y a beaucoup de manquement, lors qu’ils cottent le temps de l’employ des disciples, (en marge: ibidem. p. 74) de la mission des Apostres, de la mort de Sainct Pierre; comme aussi lors qu’ils font (en marge: Corlieu. Eves. d’Angol.) quelqu’un contemporain du S. comme Sainct Ausone Evesque d’Angoulesme, qui fut du temps des Vvandales l’an 270. Et ce qui est de plus fascheux, maintefois le vray semblable ne demeure en face de l’histoire, qui pour la plus-part semble partir de la veine de Gausbertus, & devons blasmer, ou plustost deplorer pour ce subject la calamité des siecles passez.
(en marge: Cause de la confusion d’histoire) Or puis que les flots de la rage de l’Enfer ont presque porté la memoire de l’ancienne Eglise de ceste province au general naufrage, causé tant par les romains durant les quatre cens ans premiers, que par la furie des Gots animez
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par special contre les Orthodoxes de ceste province, environ l’an 460 (en marge: Vide infra anno. 460), comme aussi l’innondation funeste des Sarrazins ayant desbordé sur nous l’an 725 (en marge: Et anno 725.). De plus la manie des Normans non encore civilisez par le Christianisme, ayant rage sur nos Eglises l’an 840 (en marge: Et anno 840), & plus de 100 ans en suite. La brutale faction des Petrobrusiens & Albigeois (en mrge: Et anno 1147) ayant en outre par tous efforts gasté en plusieurs quartiers de ceste province ce qui nous restoit de plus sacrosainct. Et de fresche datte l’heresie de nos Religionnaires ayant dans ceste province mis en jeu les plus effroyables inventions de l’Enfer contre les monuments du Christianisme, qui confondoit leur nouveauté, il me sera de present presque impossible de r’allier les esclats de tant de naufrages, & de recourir de ceste marine bouleversee quelques lambeaux du debris, par lesquels (en marge: Difficulté) nous puissions à plain estre instruits du passé, (en marge: Plinius praef. histor. natur.) c’est un point tres-ardeu, dict Pline, de donner nouveauté aux choses vieilles, authorité aux nouvelles, aux rouillées leur lustre, aux obscures leur lumiere, la bonne grace à ce qui ne nous duit, & la foy aux choses doubteuses. De plus le silence des siecles passez m’a souvent faict tomber la plume des mains, & comme estouffé mon dessein en sa naissance, mesmes ayant repris courage, & me trouvant au milieu du desert, je feray plustost contraint de congedier à jeun le lecteur, que luy servir tumultueusement tout ce qui se presenteroit pour grossir cet opuscule,
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qui sera composé, comme je crois, d’autant de pieces que les corps de la croyance de Democrite bastis d’atomes & points indivisibles. (en marge: Baro. annis 51. num. 54. & 69. num. 55. 75. num. 5.) Les Annales du Cardinal Baronius ne me soulageront de beaucoup pour le principal de mon dessein, puis qu’il ne parle des particulieres Eglises, horsmis des qutre Patriarches, comme il advertit en plusieurs endroits.
(en marge: Dessein de l’autheur) Nonobstant toutes ces difficultez l’imiteray ceux qui parmy des ruines font rencontre de quelque vieille medaille roüillee & à demy effacee, ils decouvrent peu à peu en frottant l’image de l’Empereur, puis apres lisent son inscription; aussi je commenceray l’histoire de l’Eglise de Perigord par la vie de S. Front, recueillie des anciennes inscriptions & monumens les plus asseurez, specialement d’un vieux Sanctoral manuscrit (en marge: Ma. Se. Sanctorale. P. Guid.), composé par P. Guido, gardé à Tholoze dans la Bibliotheque des Freres Prescheurs. Je diviseray ses actes par dix petits chapitres, qui seont illustrez de nots & commentaires doctrinaus; de là nous continuerons la suite des Evesques ses successeurs, observant ce qui sera arrivé dans la province pour le spirituel durant leur Pontificat; comme les persecutions, les Martyrs, les Confesseurs qui seront natifs, ou qui seront morts dans le Perigord. De plus je mettray la fondation des Abbayes, Chapitres, Convent, Hospitaux, Priorez du Dioceze,
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sans enjamber sur ce qui est du temporel, pour lequel je me contenteray de mettre tousjours celuy qui aura gouverné l’Aquitaine, ou comme Empereur, ou comme Roy, ou comme Duc. Je mettray aussi dans le temps les Comtes du Perigord que j’auray peu observer; & pour dresser ceste Chronologie je me suis servy des Historiens sacrez & profanes, anciens & modernes, generaux & particuliers, comme aussi des cartulaires, tiltres, regestres, documens, memoriaux, martyrologes, legendaires des Eglises, Abbayes, Priorez, Noblesses, & anciennes maisons qui ont peu eschapper les serres des harpies huguenotes; bien content pour le vray, d’avoir encor faict rencontre de ce peu, que je veux dresser comme pour epitaphe du mauzolee de nos anciens Prelats, escrit d’un stile commun, (en marge: Plut. in Moral.) de peur de couronner de roses ou de lys, les victorieux Athletes, au lieu de leur donner l’olive ou le laurier, comme disoit un ancien Philosophe en faveur de la vraye Philosophie.
(en marge: Honeste) Je n’entreprens rien au delà de ma profession, puis que ç’a esté tousjours un office Religieux d’honorer la memoire de nos saincts predecesseurs, mesmes nos anciens Samotees, Bardes & Druides, qui estoient les Religieux de nos Gaulois.
(en marge: Lucanus) Par leur vers proclamoient les eloges d’honneur de ceux qui combattans pour defendre leur vie
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estoient morts dans le choc, les loüans du bon heur de l’immortalité.
En cela nous les pouvons imiter, & ce sans crainte d’estre noircis de la tache dont Valere Maxime charbonnoit leur faconde Philosophie (en marge: Valer. Max. lib. 4) qu’il appelle avare & usuriere. (en marge: Consacré) Mais puis que ceux qui eslevent des pyramides colosses, & autres nobles monumens avec de trop foibles machines, les tombent esgriniez & morcellez sans honneur, c’est pourquoy je conjure nostre sainct Apostre, que comme une autre Elisee (en marge: 4. R. 13. v. 16.), il mette sa main sur ma fleche & mon arc; à ce que ma plume, renforcee par son attouchement interieur, soit une sagette de salut contre la Syrie, & tous les rebelles à la doctrine celeste, qu’il nous a premierement revelee.
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Premier Evesque
et Apostre du
Perigord.
L’an de Christ . 46. De Claude Emp. 4.
1. De sa naissance. 3. Esleu pour Disciple.
2. De sa vocation à la Foy. 4. Envoyé pour la predication.
(en marge: L’an Christ 46. de Claude Emp. 4) Sainct Front Estoit Noble de son extraction, originaire de la tribu de Juda, son pere fut Simeon, sa mere Frontonia, & son païs la Lycaonie; estant dés son enfance formé aux bonnes moeurs & à l’eloquence, il eut cognoissance de Jesus-Christ du temps qu’il preschoit en la Judée & Galilée, fut baptizé par sainct Pierre qui le retirnt au prés de soy. Dieu l’apela à son service estant encore en l’estat de Virginité, laquelle il conserva toute sa vie. Lors que nostre Seigneur apres avoir choisi les douze Apostres destina à la predication septente deux Disciples, les envoyant és
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lieux & villes ou il devoit arriver, sainct Front en fut du nombre, & apres avoir receu avec ses Condisciples le don & le pouvoir de redonner la santé aux malades, la vie aux mors, de chasser les esprits malins des corps, & faire semblables miracles en la vertu de Jesus-Christ, il fut employé à l’administration de la divine parolle. (a)
Sainct Front) Dés l’entrée il faut prendre garde que le martirologe Romain honnore (en marge: Disctinction des noms) trois sainct qui portent le nom de Fronto; (en marge: Mart. Ro. 14 April) car le 14. Apvril sainct Fronto est mis Abbé d’Alexandrie, Cujus vita sanctitate & miraculis clarvit, (en marge: 16 April.) le seiziesme du mesme mois, est empourpré du martyre de Fronto l’un des dix-huict soldats, qui soubs Diocletian signerent leur croyance de leur propre sang à Sarragosse, coronant leurs armes du laurier du martyre. Le 25. Octobre, nous trouvons la feste, (en marge: Octob. 25.) in Gallia S. Frontonis, qui à beato Petro Apostolo Petrachoriorum episcopus ordinatus, magnam illius gentis multitudinem ad Christum convertit, & clarus miraculis in pace quievit, & c’est de cestui-cy qu’il nous faut escrire sans le confondre avec les autres.
(en marge: Rupertus in cant.) Rupert sur les cantiques observe que les noms (en marge: Les noms marquent les merites) des saincts marquent pour l’ordinaire leurs merites, comme Abraham, Isaac, Jacob, Pierre, Estienne, Jean, &c. Ce qui me fait prendre garde qu’avec bon rencontre celuy-la feut appellé Front, qui comme un Ezechiel avoit reçeu (en marge Ezech. 3. v. 4.) la face forte contre les faces des infideles, & son front dur contre leurs fronts, son visage faict comme le Diamant qui est plus fort que la pierre. Dieu ayant cogneu, comme il dict à Isaie (Isai. 48. v. 4.) que ces coeurs estoient durs, & leur col instexible comme un nerf de fer, pour ne subir le joug de Jesus-Christ, & leur front dur comme l’airain. Ce nom a esté assés familier chés les latins & Grecs. (en marge: Fronto nom commun) sainct Ignace en l’espitre (en marge: Ignat. Epis. 14. ad Ephes.) qu’il escrit aux Ephesiens pour remerciement de ce qu’il luy avoit envoyé des Evesques deputés de l’Asie pour le consoler lors qu’on le conduisoit à Rome, nomme entre autres
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Frontonem, lequel pourtant ne peut estre le mesme que le nostre, encore qu’il fut de mesme pays, puisque ceci fut l’an 109. Les Romains appelloit Frontones, (en marge Sydon. Apol. lib. I. ep. 1. ep. 3 & 10) ceux qui avoit le front large, que les grecs appelloit μετωπίας, & les escoliers imitateurs de ce celebre orateur Fronto maistre de Marc Aurele Empereur, estoint appellés Frontotani, comme j’ay remarqué dans plusieurs lieus de Sydonius apollinaris, & en l’epistre troisiesme du quatriesme livre, il nomme le stille de cét Orateur, Frontonianae gravitatis fulmen. Sainct Hierosme avoit beaucoup apris de cét Orateur, ut post gravitatem Frontonis stridentia verba sibilarem. Ausone le Bordelois (en marge: Auson. grat. actio.) rend graces à l’Empereur de l’avoir mis en parangon par le salaire du Consulat, à Fronto faict jadis Consul par l’Empereur en recompense de sa pedagogie.
(en marge: Son Ethimologie.) Ce mot de Frons prend son origine latine à ferendo, comme si (en marge: Author. ling. lat.) sur le front l’on portoit à descouvert le tableau de nostre ame: ou bien de φρονπς cogitatio παρά τό φρονειν, cogitare, dautant que suyvant tous les Philosophes & Anatomistes, (en marge: Lexi. scap.) faculté & puissance estimative ou cogitative, à son Siege en la partie anterieure du cerveau qui touche le front.
(en marge: Pourquoy en Grec estant Juif) Icy ce presentent quelques dificultés, la première pourquoy sainct Front estant Hebrieu de nation, neantmoins il portoit un nom Grec. 2. Pourquoy il prent le nom de sa mere Frontonia, & quitte le nom de son Pere Symeon. Je respons à ces deux demandes disant, que ce n’est pas nouveau que nous trouvions chés les Hebrieus de noms empruntés des Grecs, des Syriens, Caldéens, & Babiloniens, specialement nous trouvons souvent des noms Grecs parmy les Hebrieus, comme André, Pierre, Philippe; aussi reciproquement parmy les Arabes nous trouvons des noms Grecs, (en marge: Act. Theodor. Mart.) Sainct Theodore martyr estoit Arabe du pays de Job. Aussi Nicolas Damascene estoit Arabe soubs son nom Grec. La cause de cecy pour les Hebrieus feut leur dispersion parmy les Gentils, qui duroit encor du temps de Jesus-Christ vers le pont Galacie, Capadoce, Asie, Bitynie, & autres Grecs ausquels sainct Pierre (en marge: Pet. ep. Can. C. I. Psal. 105. v. 35.) dresse sa premiere Canonique, & ainsin cés Hebrieus dispersés, commixti sunt inter gentes, estant indifferemment appellés par eux mesmes du nom du pays ou ils vivoient, Grec parmy les Grecs, Romains, parmy les latins; (en marge: Actu. 6. v. I.) aus actes 6. les Grecs qui soubsleverent la premiere discorde en l’Eglise, ne doivent estre entendus dés Gentils; car la predication ne leur avoit esté envore ouverte par sainct Pierre; mais bien des Juifs naturels, qui estoint nés dans la Grece, & selon le rapport de Josephe contre Appion, (en marge: Antiquit. Judaic. lib. 12. C. 5.) les Juifs qui demeuroint en Antioche sont appellés Antiochiens, Seleucus qui l’a bastie leur ayant donné droict de Bourgoisie; comme aussi ceux qui demeurent
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à Ephese & autres endroits d’Ionie, qui est le païs de sainct Front, portent mesme nom que les habitans &c.
(en marge: Hebrieus disperses) Mais le plus grand mal de tous fut le meslange avec les Gentils par le mariage, ce qui donna occasion avec le temps aux Lacedemoniens remarquables parmy les Grecs, de se glotifier d’estre descendeus d’Abraham, comme le tesmoignent les lettres escrites a Caius souverain sacrificateur, raportés par Josephe, (en marge: Exod. 34. v. 6) ainsi les Hebrieux ne feurent exactes à observer la loy de Dieu qui leur deffendoit le mariage avec les filles du peuple incirconcis. (en marge: Indic. 14. v. 4) Sanson par dispence speciale de Dieu avoit prins une Philistine. (en marge: Ruth. I. v. 4) Mahalon & Chelian Ephratéens natifs de Bethléem, (en marge: 3 Reg. II. I.) espouserent deux Moabites Orpha & Ruth Salamon parmy ses folles amours, avoit prins je ne sçay combien de femmes estrangeres, mal-heur qui passa si avant durant l’esclavage & transmigration vers le Persan, (en marge: I. Esdr. C. 10 v. 13) que Esdras Zelateur de la loy, apres le retour, pour apaiser la colere de Dieu fit faire divorse general avec toutes les femmes estrangeres & idolatres. Je respons donc que parmy ceste dispersion derniere des Hebrieus dans la Grece, ils prindrent des femmes de ceste nation, desquelles ils apprindrent le langage, & mesmes les noms propres; & lors qués mariages, la femme est heritiere de quelque notable maison audessus le mary; il est assés ordinaire que les enfans de ce mariage, voire toute la maison, s’appel du nom de la mere, quittant celuy du pere. (en marge: Mariage avec l’infidele) Ce que nous voyons estre advenu mesmes en France és deux illustres maisons de Bourbon, & de Valois; & sans parler davantage des vivans, dans l’Histoire Romaine (en marge: Dutillet, rec. des Roys de Fra. en Clermon.) nous voyons que l’empereur Vespasian print le nom de sa mere Vespasie Polle laquelle estoit d’honeste & ancienne maison, & son pere estoit banquier en Suisse. Ainsi l’Imperatrice Sabine Poppée femme de Neron, laissa le nom de son pere qui n’estoit de si haut estat que Poppée Sabin son Ayeul maternel, (en marge: Sueton. in Vespas.) lequel avoit eu la dignité Consulaire & Triomphale, vanite assés tollerable, si en emprunttant le nom elle l’eust imité en ses vertus. Il est probable que quelque occasion semblable causa que (en marge: Tacit. Ann.) S. Front estant en Grece porta un nom Grec, & du costé de sa mere.
Apostre) (en marge: Nom d’Apostre) Ce tiltre d’Apostre qui és offices Sacrés estoit donné au bien heureux sainct Martial, premier Evesqu des Lymosins (en marge: Gaufridus Mon. S. Martialis), & consequemment à sainct Front, à d’autres fois causé beaucoup de troubles dans toute la Guienne, plusieurs contredisans, à ce que disoient ils, le nombre sacré de douze ne feust augmnté, si
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que l’an 1034, il faleut convoquer à Limoges, un Concile Provincial, duquel nous parlerons en son lieu, afin de decider ceste difficulté; & certes il y avoit du mal attendu du costé de ceux qui se roidissoient à la negative; voire dis-je de l’ignorante malice, puis qu’ils ne cederent à la resolution de ce Concile (en marge: Consilium Lemov. vide infra anno 1034), faite apres les recherches & preuves empruntées, de Lorient, & de Loccident; ains l’on feust constrainct de convoquer d’autres conciles pour ce dessain, voire mesme par deputation consulterent le sainct siege tenu par Jean 20, qui escrivent à Jordain Evesque de Limoges, & à tous les Evesques de Frrance, (en marge: Bull. Joan 20) dict que le nom d’Apostre luy doit estre donné és divins offices.
(en marge: Donné aux disciples) De faict, le tiltre d’Apostre, comme dict le Pontife, (en marge: I. Petr. 2. v. 25) non numeris sed officis nomen est, qui par preciput est donné a Jesus-Christ appelé Souverain Apostre, ayant esté envoyé de son pere comme alieurs n’est appellé Ange, Evesque de nos ames, &c.
En apres il est attribué non seulement aux douze, mais aux septente & deux Disciple, specialement lors qu’ils ont eu charge des Eglises particulieres; (en marge: Tertul. lib. 4. contra Marc. c. 2.) car autrement Tertulian ne veut appeller sainct Luc Apostre; mais homme appliqué Lucas non Apostolus sed Adostolicus non magister sed discipulus, ubique magistro minor, quoy que (en marge: S. Max. in nat. Sancti Laurent.) S. Maxime die de S. Laurens Diacre, que par le triumphe de sa mort apostolico se confortio copulavit, nec immerito eum Apostolorum supparem predicamus. Bref tous ceux qui legitimement envoyés ont converty les peuples à la Foy de Jesus-Christ, sont nommés Apostres; ainsi sainct Paul appellé Apostre Epaphrodite Evesque de l’Eglise des Philippiens (en marge: Phil. 2. v. 25); le mesme aux Romains (en marge: Rom. 16. v. 7) appelle ses cousins Andronicus & Junius, nobiles in Apostolis, escrivent aux Corintiens (en marge: 2. Corint. 8 v. 7) de certains hommes celebrés en l’Eglise, il les appele Apostolos ecclesiarum; (en marge: Surius to 8. 20. Augusti. c. 9 & seq.) ainsin Barnabas par un commun suffrage de l’Eglise porte le nom d’Apostre; voire de plus, le roy d’Ongrie Estienne environ l’an 1002 laçoit qu’il ne print la charge & office de prescher l’Evangile, neantmoins se rendant comme guide & protecteur des Predicateurs qui travailloint à convertir son peuple, feust appellé l’Apostre de l’Ongrie. (en marge: Et Evesques) Suyvant ce stile il est assés ordinaire dans toute l’antiquité que les Evesques sont appellés Apostres, & les Apostres Evesques. En voicy quelques observations. (en marge: Epistola Mart. ad Burd.) Au tiltre de l’Epistre de S. Martial, aux Bourdelois, Martialis servus Dei & Apostolus Jesu-Christi; dans le breviaire d’Aux, (en marge Brev. Auxense)
Martiali Apostolo
Aquitanorum Domino,
Psalat mater Ecclesia.
Sydonius Apollinaris escrivent à Lupus Evesque en l’Epistre I, 4 & 7 (en marge Syd. II epist. I. 6) luy donne Apostolatui tuo, Apostolica sede tua, ego quoque ad Apostolatus tui notitiam &c. (en marge: Greg. Nyss. in funere melet.) S. Gregoire de Nice dit que Meletius
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nouveau Apostre à augmenté le nombre des Apostres, ayant esté associé a leur nombre. (en marge: Roric. ep. ad Marc.) Roricius environ l’an 500 escrivent à un Evesque son voisin luy dit, ego quoque ad Apostolatus tui notitiam, comme aussi en son epistre 48, 50 & 57. (en marge: Ennod. ep. ad Marc.) Ennodius à Marcellin Evesque, ego servitia Apostolatui vestro debita &c. (en marge: Bed. in martyr. Hist. S. Lupi.) Le venerable Bede apelle Gregoire le grand Apostre de l’Angleterre, & dans la vieille histoire de sainct Loup, Germanus & Lupus Apostolici Sacerdotes dans le troisiesme Concile de Carthage (en marge: 3. Consil. Carthag. c. 46.) les Evesques sont appellés Apostres, & en plusieurs autres endroits, comme aussi reciproquement les Apostres sont dicts Evesques, prodit pseudo Episcopus salvas orem dict sainct Ambroise (en marge: Amb. ser. depass. psal. 108. v. 8 Act. 10 v. 20) de celuy dont le pseaume 108. disoit, Episcopatum ejus accipiat alter, suyvant l’exposition de sainct Pierre aux actes premier, sainct Mathias ayant esté subrogé en son Episcopat; sainct Hyerosme (en marge: Hyeron. descript. Eccle.) appelle sainct Jaques Evesque de Hierusalem; & ainsi des autres. (en marge: Evesques succedent) La raison fondamentale de tout cecy est, que les Evesques sont successeurs, & ont le mesme office que les Apostres, ceste exposition est prise de toute l’antiquité, (en marge: Balza. in nom. tit. 18. l. I.) de Balzamo commontateur du Nomocanon, de Phocius, de sainct Leon, (en marge: Amb. epist. ad Ephes.) de sainct Ambroise sur l’epistre aux Ephesiens, de sainct Augustin (en marge: August. in ps. 44), sur les pseaumes de sainct Hyerosme (en marge: Hyeron. adver. Marc. ep. 54.), en l’epistre à Evagrius, & escrivant à Marcella, les Evesques dit il tiennent parmy nous le lieu des Apostres (en marge: Ad Helu. ep. I.) specialement escrivent à Heliodorus, il dit ces beaux mots, à Dieu ne plaise que je die rien de sinistre de ceux lesquelsayans succedé aus rangs des Apostres font & consacrent le Corps de Jesus-Christ par leur bouche sacrée.
Premier Evesque) Ce nom d’Evesque jadis commun (en marge: Nom d’Evesque) aux Grecs & latins, pour signifier les officiers qu’ils nommoint pour intendans sur l’Estat, a estre retenu par les Chrestiens pour re marquer la premiere dignité de la Ierachie (en marge: August. de civit. l. 9. c. 19.): nom qui suivent l’etymologie donnée par sainct Augustin, signifie sureminence soin & vigilence, plusieurs autres noms ont esté donnés à nos pasteurs, comme Pontifices, summi Sacerdotes, Papae, Patres Patrum, Primi presbiteri, le nom de Pontife est correlatif avec le sacrifice, & suppose qu’il y en un vray & réel en la loy Evangelique; Sainct Augustin (en marge: August. quaest. 10. ex veroque testamen.) desmit quid est episcopus? nisi primus presbiter, hoc est summum sacerdotium. Sainct Hyerome le nomme de mesme tiltre, Sidonius appelle Pegasius Evesque de Perigueux, summum sacerdotem. Pour le nom de Pape, il a esté remarqué par plusieurs qu’il estoit commun à tous les Evesques: mais le docte Savaron (en marge: Scol. Savar. in Syao) remarque de
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plus ce nom avoit esté commun à tous les Ecclesiastiques & Clers, d’où vienent les Protopapae. Πατερα που επιυκόπωυ, (en marge: Athana. de trinit. Syd. l. 4. ep. 17) Bref Sydonius nomme nos Evesques Inclitos Galliarum patres & prothomistas.
(En marge: Lycaonie) La Licaonie pove païs) Tout le narré de ce premier chapitre est le plus contrerolle par quelques enciens Autheurs & vieux Legendaires: neantmoins c’est ce que l’ay peu rencontrer de plus authantique & asseuré, veu que l’an 1161, Pierre pour lors Evesque de Perigueux, poussé du desir de sçavoir au vray le lieu de la sepulture du sainct, apres tant de bouleversemens & ruines causées par les Normens, rencontra enfin, comme nous dirons plus aplein, deus lames, l’une de cuivre portoint cest escrit; HIC JACET CORPUS BEATISSIMS FRONTONIS IESU-CHRISTI DISCIPULI ET B. PETRI APOSTOLI IN BAPTISMATE EILII, EX LYCAONIA REGIONE ORTI DE TRIEU IUDA EX SIMONE ET FRONTONIA. OBIIT 8 KALENDAS MENSIS NOVEMBRIS ANNO QUADRAGESIMO SECUNDO POST PASSIONEM DOMINI IESU (en marge: Vide infra rescript. Petri anno 1261. Brev. Petroch. 30 Apr.). Reglons nous par cest autantique tesmoignage sans nous amuser au lieu de Linocassus, ou linocassinus, mis dans le Perigord par quelques Autheurs (en marge: Pet. de natal. l. 9. c. 109., Brev. Burdigal.), pour estre le lieu natal du S. & disons que la Lycaonie est une partie du Royaume de la Cappadoce, qui est dans l’Asie mineur, ou Natolie maintenant appelée Amasie ou Genech selon Thevet (en marge: Chronol. inf. Leri. nes. Cosm. de Thevet Athlas minor. Meic. Ptholo. lib. 5. v6. Strabo lib. 12.), & selon Pinet Tocato Aleluien, bornée du costé de la Pamphilie par le mont Thaurus, de l’autre cousté du mont Moschie, & d’une partye du fleuve Euphrate. Ses villes les plus celebres estoint jadis Iconium, duquel il est souvent parlé dans les escritures, Adopissum, Cannam, Paralaida; ses rivieres sont Halia, Iris, Termodoon. Tout ce païs du temps de sainct Front estoint soubs l’Empire Romain, maintenant à nostre grand regret le Turc a enjembé sur toutes ces parties, il est vray que les Musulmans qui habitent ces quartiers, sont plus doux & civilisés que les autres, & permettent encore aujourd’huy que les Grecs naturels, les Arabes, les Juifs de la dispersion, les Armeniens habitent ce païs sans qu’il y aye aucune distinction de Noblesse: ains tous sont esgaux, & tenus en façon d’esclaves, par les Beglerbeyes & Sangiacs du grand Turc; si que de present il seroit impossible de monstrer la noble famille de nostre Apostre.
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De la tribu de Juda) (en marge: Loüanges de la Tribu de Juda) L’honneur recherché seulement par quelque longue tresnée des nobles encestres, n’est pas moins sans bonne grace, dit Plutarque (en marge: Plut. in apoph. 156), que les fleurs des courronnes sans odeur: mais la vertu que nostre sainct a conjoindre à son origine, me donne occasion de tracer en bref les advantages de la tribu de Juda, laquelle eust presque tousjours la preeminence sur les autres, marchant la premiere tenant la main dextre du cousté du levant, & quand toutes les tributs ensemble offrirent les presans à la dedicace de lautel aux nombres 7. (en marge: Num. 7. v. 17. Jud. I. V. 1.) Nahaïson Prince de la tribu de Juda offrit le premier, Josué estant mort l’oracle est consulté pour eslire un Capitaine, l’oracle respond Judas ascendat, le mesme est commandé lors qu’il faloit marcher contre les Benjamites aux Juges 20. les Rabins disent merveilles de ceste tribu de Juda, lors qu’il faut passer la Mer Rouge (en marge: Jud. 10. v. 18). Bref tousjours l’escriture dans ses denombrements, la fait plus nombreuse que les autres, elle feust encore la pepiniere des Roys, de stirpe ejus Principes generati sunt (en marge: Num. I. & 16). Ruben ayant esté desheredé du Septre pour estre trensporté à Juda, puis que Dieu l’avoit choisi pour la porte orientale promise par Ezechiel, par laquelle le Soleil du monde viendroit à nous, comme porte son nom Hebrieu, Jehudat dans lequel outre les quatre lettres desquelles l’on escrit le nom Ineffable (en marge: I. paral. 5. Ezech. 40. v. 11.), il y a un Dalet, qui signifie porte pour la sortie du Messie. Tout le lustre de ceste sacrée plante feust fletri fuyant les propheties apres qu’elle eust esclos le Nazaréen: car jusques à lors Dieu avoit conservé la souche parmy tant de colonies & nouvelles peuplades de Hebrieux, qui estoint espars par tout le monde; specialement par toute l’Asie, au rapport de Philon le Juif (en marge: Phil. de Legat. ad Cai. Imp.), remarquant tousjours les matricules & dependances des tributs, affin d’observer la naissance du Messie: ainsi, mesme parmy les Asiatiques, il feust aisé de marquer la tribu de la naissance de sainct Front, Sainct Hyerosme (en marge: Apostres de ceste Tribu) sur le chap. 9. de Esaye (en marge: Hyero. in Esa. 9) dit que quelques Apostres ont esté de ceste tribu, les autres de celle de Zabulon & de Nephtalin, suyvant la prediction du psalmiste Principes Juda duces eorumi Principes Zabulon Principes Nephtalin, (en marge: Ps. 67. v. 18.) & Theodoret (en marge: Theodoret in hunc Psal.) sur ce pseaume, croit que tous ceux qui sont appellés dans l’Evangile frere du Seigneur, estoint de la tribu de Juda, dont selon la chair Jesus-Christ estoit sorti.
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Baptisé par Sainct Pierre) (en marge: Privilege rare) Tous s'accordent à dire (en marge: Petrus de nat.) que nostre S. estoit fils spirituel (en marge: Infer. sepultur.) par le baptesme de l'Apostre S. Pierre, duquel sacrement il avoit esté le premier predicateur, aux actes 2. (en marge: Act. 2 Tertull de pudic. c. 21) ce feust luy dit Tertullian, qui au baptesme institué par Chrift ouvrit le premier la porte du Royaume celeste (en marge: Brev. Burd. & Petrach.) dans cest admirable sermon qui opera la conversion de trois mille Hebrieux, lesquels feurent baptizes par son commandement: non toutes fois par luy mesme: car fort peu de fidelles eu esgard au nombre feurent baptizes des mains des Apostres, lesquels par institut se mesloint de la seule predication laissant l'administration du baptesme aux Diacres & autres officiers (en marge: I. Corint. I. V. 15. 16. 17). Sainct Paul escrivent à l'Eglise de Corinthe rend graces à Dieu de ce qu'il n'a baptisé aucun deus tous, si ce n'eft, Crispe, & Caius, & la maison de Stephanas car dit il Chrift ne ma point envoyé pour baptizer rnais pour Evangelizer, quoy qu'il fut envoyé avec la plénitude de puissance donnée aus autres Apostres, comme il dit ailleurs; ainsin aujourd'huy les Evesques ont par charge speciale la predication de l'Evangile, qu’il doivent exercer par eux mesmes, dit le Concile de Trente (en marge: Cons. Trid. ses. 5. c. 2 & f. 24-C. 4), s'ils ne sont legitimement empechés, laissant l'administration du baptesme à leurs Curés & coadjuteurs. Ce feut donc une faveur speciale à nostre sainct, d'estre faict fils spirituel d'un tel pere, qui comme dict S. Chrisostome (en marge: Chrys. hon. 4. in act. Apost.), feust le principal Catechiste & le premier predicateur de la divine parolle, qui donna à tous des instructions par sa Doctrine, convoquant & assemblant les premiers de l'Eglise, composée non seulement de ceux qui habitoint en Hierusalem, ou es lieux cïrconvoisins: mais des Parthes, des Medes, des Phrigiens. Lybiens, AEgyptiens, Arabes estrangers, Romatns & autres: de sorte que celuy qui avoit esté faict par le Seigneur pasteur de tous, commença d'assembler les oualies de toutes nations, & ensemble d'establir les meurs Apostoliques. Nous verrons combien nostre sainct profitera soubs sa saincte Pedagogie.
Apellé en l'estat de Virginite) (en marge: Apostre vierges) Sainct Hierosme escrit (en marge: Ex Brev. Sarl. & M.S. Hyern ad Pamm. ep. 50) à Pammaque que les Apostres ont esté tous Vierges, ou ont vescu en continence apres le mariage, & qu'ainsi de son
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temps les Prestres, les Evesques, & Diacres estoint choisis, ou parce qu'ils estoint Vierges, ou vivoint en viduité, ou gardoint une pudicité perpétuelle; apres avoir esté faicts Prestres: & lors que Vigilantius vouleut arracher ce fleuron de la Couronne Episcopale, qu'est celuy dit il que feront les Eglises d'Orient & celles d'Egypte, & de Rome qui donnent l'ordre de Clericature à ceux qui sont Vierges, ou qui vivent en continence (en marge: Id. cont. vigil.). Estat sainct de la Virginité qui prepare dignement les Officiers de l'Agneau, ces Anges saincts qui vivent en corps sans incommodité du corps, desgages de la tribulation de la chair, & de la necessaire division & joug importun du monde, qui suivant l'Apostre est inevitable à celuy qui est joinct à nne femme (en marge: I. Corint. 7); tandis que les chastes soignent par special, les choses qui appartienent au Seigneur, & en quelle façon ils plairont à Dieu, desquels Justin martyr parlent à l'Empereur Anthoninus (en marge: Just. mart. ad Imp. Anthon.), fait parade pour authoriser la saincteté du Christianisme (en marge: Virginité l'honneur de l'Eglise), se glorifient de pouvoir monstrer de son temps de toute sorte & qualité de personnes lesquels ayant suyvi la discipline de Jesus-Chrift dès leur enfance, perseverent avec integrité au Celibat, qui est aussi appellé par sainft Ciprien (en marge: Cypr. de hab. virginum), la fleur du Germe de l'Eglise, la beauté & l'ornement de la grace spirituelle, l'Image de Dieu, fermé sur la saincteté du Seigneur, la part du troupeau de Jesus-Chrift la plus belle, la fécondité plus belle de l'Eglise &c. Ce qu'il asseure veritablement, puis que comme tesmoigne sainct Epiphane de l'Eglise Orientale (en marge: Epipha. in comp.), le Sacerdoce sainct est composè pour la plus part de personnes Vierges, au moins qui vivent en continence, &c.
Esleu Disciple) (en marge: 72. disciples figures) Outre les douze sources Apostoliques que Dieu a descouvert à son peuple (en marge: Exod. 15. v. 27), y a donné encore septente palmes plus aggraables que celles d'Elim, qui selon sainct Hierosme sont la figure des 70 (en marge: Hyero. epist. ad fab. mani. & Luc 20. v. 76). Disciples vrais Surgeons Evangeliques, le glaive du Roy Herodes avoit ravy le Precurseur de Jesus-Christ, qui par office devoit preceder devant la face du Seigneur, & par surcroy d'officiers septante & deux sont choisis, pour estre envoyez, devant sa face, par tout où il devoit arriver. Multiplication qui est le premier effect de l'Evangile, qui du depuis a esté ordinaire dans l'Eglise. Le sang des martyrs tombe en terre germant & multipliant comme par une féconde semence, au dire de Tertullien (en marge: Tert. in Apol.). (en marge: Nombre mysterieux) Le nombre prefix de septante & deux disciples est tout mysterieux, prenant son origine sur les anciens choisis par Moyse (en marge: Exod. 18. v. 21 & 14. v. 1) qui baillerent commencement aux Sanedrins des Hebrieux, qui
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depuis ont tousjours gouverné le peuple. Quelque temps auparavant quand Jacob descendit vers l'Egypte (en marge: Genes. 46. v. 17) l'on trouve en sa famille le nombre de septante & deux personnes: de plus l'autheur de Mirab lib. script. (en marge: De mirab. scrip. sacrae lib. I. c. 9) croit qu'après le déluge, septante & deux familles furent desparties par tout l'univers chacune avec leur langage tout different, & de là il infere la convenance du nombre de ceux qui devoient evangelizer à toutes langues & nations. Tres à propos, dict Bede (en marge: Bed. in Luc. 10), septante & deux sont envoyés; puis qu'il falloit prescher l'Evangile à tout autant de nations du monde, S. Augustin (en marge: August. l. 2. de consensu Evang. C. 14) allegorize encore plus subtilement sur ce nombre: tout de mesme, dict-il que pour les douze mois de l'an nous trouvons le nombre de douze Apostres, ainsi que pour les vingt & quatre heures du tour multipliées trois fois au nom de la Trinité, nous eussions septante & deux disciples. Adjoustons encore que chacune des douze Tributs devoit avoir six ouvriers Evangeliques soubs un Apostre, specialement intendant. (en marge: Hierarchie) Surquoy je remarque la saincte Hierarchie des Officiers de l'Eglise, qui sont eslevez non seulement par dessus les laiques: mais encore nous voyons entr'eux ce bel ordre, que les Apostres ont receu plus de preeminence en leur eslection que les disciples; & partant que les Evesques, qui comme nous avons dict, ont succedé au grade Apostolique, ont la preeminence & jurisdiction sur les simples Prestres & Diacres, successeurs des septante disciples, suivant le tesmoignage de Sainct Hyerosme (en marge: Hyeros. ad Marc.), de Beda (en marge: Bed. in Luc. 15), & d'autres.
(en marge: Les noms incertains) Plusieurs se font mis en devoir de nombrer tous les Disciples desquels l'Escriture met quelques noms, sainct Epiphane (en marge: Epiph. in pan. lib. I in fin.) en nomme quelques autres, Eusebe (en marge: Eusebe Hist. l. I. c. 12) dans son histoire semble s'estre beaucoup pené pour chercher leurs noms. Dans le septiesme tome de la Bibliothèque des Peres soubs le nom de S. Dorothée Evesque de Tyr, nous trouvons un opuscule contenant septante & deux noms (en marge: Tom. 7. Bib. pat.), sans mettre S. Front au rang des Disciples: ce qui me faict croire avec Eusebe, que leur vray cathalogue ne se trouve en aucun lieu, & que l'opuscule de Dorothée (en marge: Doroth. de 70. disc. Bellar. de scrip. Eccl.) est facilement attribué à l'ancien Martyr; ains appartient à un Abbé Romain, qui assez ignoremment, a ramassé les noms propres qu'il trouvoit dans les Actes des Apostres, & Epistres de Sainct Paul pour y trouver son compte, jusques à tomber à des lourdes fautes observées par Possevin (en marge: Possev. apparat. Tom. I), & par le Cardinal Baronius sur le Martyrologe, & dans ses Annales (en marge: ann. n. 40. & in mart. 5 Junii).
(en marge: Disciples) Notons cependant qu'au commencement de l'Eglise durant plus de douze ans le nom de Disciple a esté commun à tous les croyans & fideles, jusques à ce que à Anthioche, comme dict S. Luc aux Actes II., les Disciples furent premierement appellez Chrestiens; Sainct Athanase en rend la raison: parce que plusieurs
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autheurs de nouvelles doctrines s'estoient eslevez contraires à la doctrine des Apostres (en marge: Act. II. v. 26 Athanas. in disp. coarri.), qui appelloient Disciples tous ceux de leur secte, & n'y avoit point de difference entre le vray & le faux. Pour ceste occasion les Apostres s'assemblerent à Anthioche, & appellerent tous les Disciples d'un mesme nom, Chrestiens, les separans du nom trop commun de Disciple. Auparavant, les septante & deux choisis par Jesus-Christ estoient appellez anciens Disciples, pour distinction des nouveaux, comme Sainct Luc appelle Jason (en marge: Act. 21. v. 16), ancien Disciple, tiltre qui peut convenir à nostre Sainct, qui commença par l'office de Disciple pour venir au Magistere de l'Episcopat.
1 Sainct Front presche a Rome.
2 Guerit une demoniacle.
3 Faict plusieurs autres miracles.
Du temps que Sainct Front preschoit à Rome où il avoit esté emmené par Sainct Pierre, une fille d'un Senateur tourmentée par les demons qui la possedoient il y avoit tantost quatorze ans, fut delivré par ses prières, ces mauvais démons ne pouvant supporter sa presence: mais s'escrians par la bouche de la possedée, 0 Nonce du très-haut! pourquoy nous poursuis-tu icy? tu nous travailles la part où nous soyons? ô Jesus de Nazaret, pourquoy sommes nous accueillis de si griefs tourmens? La puissance de cet homme est si grande? nous ne luy pouvons resister. Cependant la patiente se jetta aux pieds
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de Sainct Front, qui demanda à Dieu sa guerison par ceste prière. Seigneur qui avez donné le pouvoir à vos serviteurs sur les puissances de l'Enfer, exaucez mes prieres afin qu'il vous plaise guerir ceste vostre servante, & la delivrer de la legion des demons qui la maistrisent; ceste demande du Sainct fut de telle efficace que tout aussi tost ceste fille fut miraculeusement delivrée, la lumiere celeste donnant l'effroy à ces esprits noirs: mais ce ne fut pas l'unique miracle qu'il fit en ce lieu: car il donna aussi la veuë à deux aveugles, guerit quatre hydropiques, nettoya un lépreux, & fit plusieurs autres guerisons assisté de la grace d'en-haut.
Sainct Front presche a Rome.) Presque tous les autheurs & brevieres qui parlent de nostre Sainct, simbolisent en ce narré: pour l'intelligence duquel faut sçavoir que Sainct Pierre Prince des Apostres & Precepteur de ce Disciple (en marge: Sainct Pierre à Rome), ayant eu en extase la vision du linceul plein de bestes immondes, avec commandement de tuer & manger, se mit en devoir d'exécuter ce commandement (en marge: Act. 10. v. 10. Chrysost. Ho. 70. in Math. Hyeron. de script. Eccl.): il quitta Hierusalem, contraint par la violence de la persecution d'Agrippa, & après avoir dressé, dict S. Hierosme, en suite d'Eusebe, l'Eglise d'Anthioche, s'en alla à Rome ville capitale du monde l'an 2. de Claudius pour y combattre & vaincre Simon le magicien, y conduisant beaucoup de ses Disciples, qui comme Abraham estans sortis de leur maison, avoient quitté leur parentele, & delaissé leurs richesses, plus veritablement que ne fit Socrate, pour aller à Athenes philosopher avec plus de liberté.
Sainct Pierre commença de planter en ce lieu, & cultiver par les Officiers de 1'Evangile l'Eglise de Rome qu'il devoit à la fin
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arrouser & empourprer de son sang. Durant leur sejour les fruicts de leur moisson ne furent pas seulement recueillis dans le quartier de Rome, qui estoit au delà du Tybre, où demeuroient Les Juifs ses compatriotes, avec lesquels ces Saincts de Dieu logerent premièrement: mais encore ils s'espandirent par les autres quartiers; Et lors que Prudent Senateur eut receu la foy, il mena S. Pierre en sa maison qui estoit au mont Viminal, & par ceste ouverture ils firent cognoistre la grace de l'Evangile presque à toute la ville.
(en marge: Hardie entrepise) Surquoy les merites de nostre Sainct se rendent recommandables, qui fut employé pour venir dans la capitale du monde, dans laquelle, comme dict Sainct Léon (en marge: Leo serm. I. in act. Apost.) il falloit fouler aux pieds les doctrines des Philosophes, dissoudre les vanitez de la sagesse de la terre, y convaincre le culte & l'adoration des demons, destruire & renverser l'impiété de toute sorte de sacrileges, bref tous les eloges, & tiltres d'honneur qui sont donnez à Sainct Pierre, comme conducteur d'une si haute & si sublime entreprise, & l'heureux succez de ces travaux tant chantez par Sainct Hierosme (en marge: Hyer. ad Jovin. li. I. Rom. I) conformement à l'Apostre qui haut loüe la foy des Romains, racine de toute bonne oeuvre, sont tout autant d'advantages qui recommandent nostre Sainct Predicateur (en marge: Advantages), qui soubs le drapeau Apostolique portoit les armes de lumiere contre les tenebres de la mort; & ainfi si Rome a effacé, comme dict S. Hyerosme (en marge: Hyer. ad Jovin. in praef. lib. 2. in ep. ad Gal.), par la confession de Jesus-Christ le blaspheme qu'elle avoit escript sur le front, s'il n'y a lieu semblable pour le concours aux Eglises & sepulchres des Martyrs, si Amen retentit là en façon d'un tonnerre, si là mieux qu'en lieu du monde a paru le debris des idoles des Temples, & si parmy eux la devotion y est plus grande, la simplicité de la foy plus sincere; Remercions les ouvriers qui secondez des graces d'en-haut, ont donné commencement à ce miraculeux ouvrage.
Il se presente un petit doubte à vuider, en quelle langue nostre Sainct preschoit aux Romains? il estoit Hebrieu de son extraction, & Grec Asiatique pour son pays: or de son temps les deux langues Grecque & Hébraïque estoient barbares, mesprisées & presque incogneuës dans Rome. D'autre part il est vray semblable qu'il n'avoit point apprins la langue Latine.
(en marge: Presche à Rome non en Hebrieu) Deduisons cecy plus au long, Josephe dict (en marge: Jos. Antiquit. lib. 20. c. vit), que ceux de leur nation n'approuvent point ceux qui ont apprins beaucoup de langues, pource que cet estude est reputé par eux prophane, & est commun à ceux qui sont esclaves & de libre condition. De plus quel moyen de pouvoir par artifice acquerir le dialecte, l'idiome, & la prononciation Latine pour aranguer aux Romains naturels? Josephe confesse au mesme lieu qu'il ne peut jamais former sa langue à la prolation du Grec, auquel il estoit très-entendu, puis qu'il a
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escrit en Grec tous ses livres. Pour l'Hebraique, il est tres-clair que les Romains n'entendoient ny ne se soucioient d'entendre ceste langue qui estoit particulière à ceste petite province de la Palestine. Le vainqueur ne doit se soubsmettre à la langue da vaincu. (en marge: Non en Grec) Pour le Grec, Valere Maxime (en marge: Valer. Max. lib. 2. c. 2) loüe les Magistrats de ce que pour conserver la majesté de la langue Romaine, ils contraignoient les Grecs mesme dans la Grèce, de parler devant eux en jugement par un truchement Latin. Dion (en marge: Dio. lib. 17) remarque de Tybere successeur d'Auguste, qu'au Sénat il s'abstenoit soigneusement de parler, voire un seul mot Grec, & Suetone (en marge: Suet. in Claud. cap. 16) dict de Claudius Empereur, que non seulement il effaça de la liste des Juges un homne celebre & le premier de la Grece, parce qu'il ignoroit la langue Romaine: mais encore il le reduit au rang des estrangers: les Romains ne voulans pas que le pallium fut au dessus de la toge, & que la gravité de l'Empire se soubsmit aux douceurs & attraicts des langues estrangeres: ainsi il est vray semblable que S. Front en sa predication à Rome ne preschoit en langue Grecque, d'où nous concluons assez probablement que ce sainct Disciple a esté l'un des six vingts, qui au jour de la Pentecoste receurent le don de parler toutes sortes de langues en perfection. (en marge: Don de langues) Don de Dieu, qui non seulement, suivant l'Apostre (en marge: Act. 2 v. 4. I Corint. 14. v. 22), leur fut donné pour l'utilité de leurs auditeurs: mais aussi pour marque de la verité de ce qu'ils evangelizoient, comme il estoit promis dans Esaye.
Sainct Chrysosthome (en marge: Chrysost. ex Glic. in ann. Pac. ad Symp. ep. 2) restraint le nombre des languages qui leur furent donnez, au nombre des quinze nations qui à la Feste de la Pentecoste se trouverent en Hierusalem. Pacianus escrivant le nombre des six vingts congregez, semble donner à chacun d'eux une langue particulière: neantmoins, plus conformement à l'Escriture, nous dirons que tout ainsi que par les septante & deux familles l'unité des langages fut divisée en septante & deux sortes de langues (August. de Civit. lib. 16. c. 6. & 12), pour punir l'attentat de ces confusibles; ainsi Dieu pour relever la tour Evangelique a reuny par don special, dans septante & deux ouvriers tous les languages esparts partout le monde: si que chacun d'eux pouvoit parler à la façon de toute sorte de nations, & non comme quelques-uns ont creu, qu'à la voix d'un Predicateur, tous entendissent ce qu'il disoit; quoy que différents de nations, comme s'il eut parlé leur langage: car comme remarque Sainct Grégoire de Nazianse (Greg. Naz. orat. in die Pent.), et ce miracle seroit esté plustost dans l'aureille de l'escoutant, que dans la bouche du predicant.
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Demoniaque guerie) (en marge: Miracles en augmentant) Sainct Ambroise remarque (Ambros. l. 4. in cap. 4 Luc) sur sainct Luc que le fils de Dieu commença de manifester sa puissance par les miracles les plus facilles, chassant les demons, pour par apres en augmentant refussiter le Lazare: car dit il, les hommes peuvent delivrer du Demon, en vertu de la parolle de Dieu: mais de commander la resurrection aux morts, cela appartient seulement à la seule toute puissance; Ainsin nostre sainct auparavant de forcer, lier, & garrotter le Démon, ce prince tyran qu'occupoit par l'idolatrie ceste Province, faict premierement son apprentissage, faisant voir comme un Prelade de son pouvoir sur le Demon (en marge: Puissance sur les demons), qui possedoit la fille d'un Senateur Romain: puissance qui a esté donnée par Jesus-Christ, à tous les fidelles en sainct Marc. 6. (en marge: Marc. 16. v. 17) exercée mesmes par les personne laiques comme se voit en Tertullian (en marge: Tertull. de coron. mil. c. II & le idol. c. II), si que l'envieuse gentilité, dont se plaint sainct Cyprian, ne pouvant supporter l'esclat de ce miracle ordinaire, appelloit les Chrestiens, sorciers & imposteurs: comme Ulpian (en marge: Ulp. ss. de var; & ext. cog. §. medicus), si exorcisant, vt verb impostorum utar cest a dire, fuyuant le langage des Chrestiens: car il faut lire impostorum, & non pas imposterum; comme remarque Ruffus, & les autres legistres. Suetone (en marge: Suet. in Nero) les nomme personnes superstitionis novae & maleficae. Specialement ce pouvoir à esté conservé à ceux qui sont ordonnés par l'Eglise, à cest office. (en marge: Des Juifs) Parmi les Juifs dans l'entienne Loy, les exorcistes estoint recommandables, puis que nous remarquons (en marge: Act. 19. v. 14) aux actes dix-neuf les sept enfans de Sceva Prince des Apostres, & partant personnes Nobles, occupés à cest office, & me semble assés vray samblable que parmy les sacrificateurs, c'estoit une secrete cabale, donnée par Salomon, qui leur apprit un art contre les Demons, duquel parle Josephe (en marge: Joseph. ant. l. 8. c. 2), comme ayant veu qu'ils appliquoit quelque racine aux narines des energumenes avec certaines prières, & qu'ainsi ils mettoint hors cest hoste malin.
(en marge: Des Chrestiens) La puissance des Chrestiens est de beaucoup plus relevée, comme monstre Justin martyr contre Triphon Juif (en marge: Just. Mart. dial. cont. Triph.): car dit il, tout demon est surmonté estant abjuré par le nom du mesme fils de Dieu, ce que les Juifs ne pouvoint faire l'adjurent au nom d'aucun de leurs Roys, justes, Prophetes & Patriarches, leur reprochent au surplus qu'en leurs abjurations à la façon des Gentils Tymiamata & vincula adhiberent, (en marge: Arnob. co. Gent. l. 8.) tous les Docteurs se sont servis puissamment de ce pouvoir pour demonstrer la verité du Christianisme (en marge: Preuve du christianisme): comme contre les Gentils, Lactance (en marge: Lact. divi. insti. l. 2) en ces divines institutions, Tertullian, en son
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apologetique leur insulte, sasseurant que par la bouche du possedé en plain tribunal devant eux, les Chrestiens extoqueront un adveu qu'il est aussi veritablement un Diable, comme faussement ailleurs il avoit dit qu'il estoit Dieu. Tout autant en dit sainct Cyprien, emprontent son argument & presque les mesmes mots de Tertullien (en marge: Tertull. in Apolog. c. 23), contre le tyran Demetrianus, ô si tu voulois entendre, dit il, quand ces demons sont conjurés par nous, & torquentur spiritualibus flagris: ce qu'il repete au livre de Idolorum vanitate (en marge: Cyp. cont. Demet. l. de idol. vanit.). Nous le citerons asteure mesme.
Sa présence insupportable) (en marge: Demons humiliez) Notable puissance que Dieu à donné aux enfans de l'Eglise? de fouler tellement l'ancien serpent soubs les pieds, que non seulement il soit bruslé & foüeté par la voix humaine, & la puissance divine; mais encore ces esprits immundes ne peuvent supporter leur ombre, leur nom, leur atouchement, ou de leurs habits, aux actes 19. (en marge: Act. 19. v. 12.) les mouchoirs & demysains de l'Apostre sainct Paul appliqués sur les possedes bailloint la fuitte aux demons. S. Chrisostome tesmoigne ces advantages (en marge: Chrysost. som. 6. ad pop. Anthio.), les ossememens des saincts dit il arrestent les demons & les tourmentent, deslient ceux qu'ils avoint attachés par des liens tres cruels. Sainct Athanase (en marge: Athan. in vit. Antho.) remarque que le seul nom de sainct Anthoine absent leur donnoit l'espouvente, voulés vous voir les demons dit sainct Cyprien (en marge: Cyp. de idolorum), estre fouetés & par nostre voix, & par l'operation de la Majesté cachée, estre grillés par le feu, estre demembrés par l'augmentation de la peine, gemir, nous prier, &c. nous le voyons dans le narré de ce Chapitre.
Dressa ceste priere) La vertu des exorcistes n'est pas attachée à certaines parolles, moins encore aux ceremonies (en marge: Marc. 7. v. 32): si est ce pourtant que le fils de Dieu s'en est servi en la guerison du muet possedé, les Apostres creignant que parmi cet exercice l'on mestat les superstitions & charmes de ces imposteurs & mercenaires necromentiens, desquels peut estre parle Ulpian (en marge: Ulpi. loco citato) au lieu fus allégué, (en marge: Livre des exorcismes) dresserent un formulaire pour les exorcismes, & l'on croit qu'il à esté conservé jusques aujourd'huy soubs le nom de Flagellum Demonum, quoy que grossi du depuis & augmenté
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par divers rencontres. Sainct Cyprian selon plusieurs (en marge: Cyp. ad Demet. de idolo. vanit. epist. 76), fait allusion à ce livre, disant en tous les lieux cités, que les demons flegellantur. Au 4. Concile de Carthage (en marge: Cons. 4. Carthag. can. 7.) tenu par deux cens quatorze Evesques, fut ordonné au Canon 7. que l'exorciste en son ordination prendroit le livre des exorcismes de la main de l'Evesque qui luy diroit les mesmes paroles dont se sert encore aujourd'huy l'Eglise Catholique, comme remarque Rabbanus (en marge: Rabb. de Inst. Cler. lib. I. c. 10.), nous pouvons icy faire prendre garde combien la foy de nostre Sainct, & de la patiente a esté grande. Car sainct Cyprian (en marge: Cyp. de Idolor. vanit.) attribuë à ces deux principes la promptitude ou le retardement de la guerison de ces maux divins, ou bien, dict-il, les demons se retirent tout d'un coup, ou bien peu à peu s'esvanouïssent, suivant que la foy du patient ayde, ou la grace de celuy qui guerit favorise.
Legion de demons.) (en marge: Qu'est-ce que legion) Parmy les seuls Romains on pourroit sçavoir qu'est-ce que legion, & s'ils fussent esté constans à tenir tousjours esgal le nombre des soldats legionaires (en marge: Alexand. ab Alex. lib. I. C. 5. Plut. in vit. Romul.), nous sçaurions combien de demons possedoient le corps de ceste fille. Dés le commencement les Romains faisoient leurs bataillons de trois mille piétons, & trois cens chevaux, les appellans legions à legendo, comme soldats choisis. Cela grossit dans peu par les Sabins au double des soldats & gens d'armes. Dans Titelive (en marge: Ex Vegetio. de mil. Rom. c. 2) le nombre des legionaires est tantost plus grand, & tantost moindre; és derniers temps les Grecs escriuent que pour l'ordinaire les legions Romaines estoient composées de 4200. pietons, & 300. chevaux; és guerres extraordinaires on grossissoit à 5000. pietons. En l'Escriture ce mot se prend pour un grand nombre, en sainct Marc 5. (en marge: Marc. 5. v. 9) le demon respond, je m'appelle legion, parce que nous sommes beaucoup: & sainct Luc (en marge: Luc. 8. v. 32) dict que plusieurs demons estoient entrez en ce corps, il est vray semblable qu'ils estoient au moins 2000., puis qu'ils possederent tout autant de pourceaux.
Plusieurs autres miracles.) L'employ de ce divin Heraut, pour annoncer la parole de Dieu, porte quant & soy deux dons, que les Docteurs appellent les doüaires de l'Eglise, à sçavoir le sceau des miracles, & le don de l'intelligence de l'es
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criture, le premier estoit necessaire pour convertir les infideles, le second pour convaincre l'opiniastreté des Juifs par les escritures qu'ils recognoissoient inspirées & revelées de Dieu. Le don des langues, dict l'Apostre, sont pour signe non pour les fideles, mais aux infideles, & les propheties sont non pour les infideles, mais pour les fidèles (l. Corinth. 14. v. 12). Et tous les deux sont signes inseparables de la vraye Eglise (en marge: Signes de l'Eglise), donnez pourtant en telle façon, que a l'un est donné par l'esprit (en marge: Ibid. 12. v. 30): à parole de sapience: à l'autre les dons de guerison en ce mesme esprit: à l'autre l'operation des vertus; parce que ny tous les Chrestiens ne possedent le don des miracles, ny tousjours les Docteurs en particulier n'exposent infailliblement la divine parole: mais bien tousjours ces œuvres du S. Esprit esclattent en plusieurs signalez personnages de l'Eglise, Dieu ne défaillant jamais à ses promesses: si que nulle Eglise bastarde ne peut s'attribuer ces advantages. S. Front dés son enfance avoit esté de vray eslevé à l'esloquence & à l'estude des sainctes lettres (en marge: Eloquence divine), aussi bien que Tymothêe (en marge: Timoth. 3. v. 15), suivant la coustume des Hebrieux, qui selon leur advis, comme parle Josephe (en marge: Joseph. Ant. lib. 10. cap. ult.), tenoient ceux-là seuls sages qui avoient apprins une telle cognoissance de la loy qu'ils la puissent interpreter: mais quoy? ce n'est pas en la sagesse de la parole que Dieu a envoyé evangeliser, ny S. Paul, ny tous les hommes Apostoliques, afin que la Croix de Christ ne fut point aneantie: ains il faut le don d'en-haut du Pere des lumieres, & le mesme esprit qui les a dictées, le mesme les explique. L'escriture saincte, dict Sainct Chrysostome (Chrysost. ho. 21. in Genes.), n'a point besoing de la sapience des hommes pour estre entenduë, mais de la revelation du S. Esprit, afin que nous puisions de luy le vray sens & prositions par icelle. Pour le don des miracles, la divine puissance n'a esté chiche à le communiquer à cet homme divin, pour dire comme l'Apostre, nous pouvons tout en celuy qui nous conforte, afin d'arrouser, selon le langage de Sainct Grégoire (en marge: Gregor. hom. 19. in Evang.), les herbes fraichement plantées, nous en verrons des plus grands fruicts aux Chapitres suivans. (b)
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1. Sainct Front vient en France.
2. Sainct George meurt.
3. Estre resuscité miraculeusement.
4. Les infidèles sont convertis.
(en marge: 1.) Sainct Front fortifié par l'authorité & benediction Apostolique de S. Pierre passa vers les Gaules avec S. George son collègue, ils s'arresterent apres trois jours de chemin au lac de Volpesme pour prescher l'Evangile aux Gentils, qui accouroient à eux de toutes parts. Au plus fort de ses sainctes occupations Sainct George mourut soudainement. (en marge: 2.) Decez qui donna à S. Front une extrême douleur, se voyant tout d'un coup privé de son compagnon de chemin & d'office. Surquoy il print resolution de retourner à Rome pour déclarer à S. Pierre ce decez (en marge: 3.), & le supplier de rappeller par ses prières l'ame de son compagnon trepassé. S. Pierre donna son baston à S. Front commandant de le poser sur le corps du defunct, l'asseurant qu'à l'invocation du nom de Jesus-Christ, & à l'attouchement du baston, George reviendroit de mort à vie, ce qui fut faict au grand estonnement de plusieurs Gentils (en marge: 4.), qui loüerent un Dieu si puissant, l'idolatrie passant à une saincte foy par le
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Baptesme qu'ils receurent de leurs mains; voire quelques-uns furent trouvez dignes du charactere clerical, desquels il en choisit pour ses compagnons, & poursuivant son chemin en France il laissa S. George Evesque du Puy en Vellay où il gaigna beaucoup d'ames à Dieu.
Authorite et benediction Apostolique.) (en marge: Asseurance du miracle) Tout ce Chapitre doit estre receu avec beaucoup d'asseurance: puis qu'il est prins de plusieurs Martyrologes & anciens Autheurs, specialement du Martyrologe du Puy en Vellay (en marge: Martyrol. Anysis. 25 Octob.), & du venerable Bede parlant de sainct Front (en marge: Bed. mart. 10. 3. vide), qui Romae à Beato Petro Episcopus ordinatus cum Georgio Presbytero ad praedicandum Evangelium Petrachoricas missus est, avec un long narré de ce miracle. Petrus de Natalibus (en marge: Pet. de nat. in vit. S. Petri Ap.) en la vie de S. Pierre met ce miracle commun à S. Front & à S. Martial. Pierre le venerable (en marge: Pet. vener. lib. I. ep. 2) contemporain de S. Bernard, escrivant contre les Petrobrusiens heretiques, parmy plusieurs miracles faicts par les Saincts, rapporte cestuy-cy, disant que S. George avoit demeuré mort dans le sepulchre douze jours.
(en marge: Ordination de Sainct Front) L'authorité & benediction Apostolique, s'entend de l'eslection & ordination des Saincts, sans lequel employ on ne doit s'ingerer aux fonctions, car nul s'approprie l'honneur, dict l'Apostre (en marge: Heb. 5. v. 4); mais celuy qui est appellé de Dieu comme Aaron. L'eslection à l'Episcopat en la primitive Eglise estoit toute merveilleuse (en marge: Miraculeusement choisis), Dieu revelant & manifestant ceux qu'il vouloit estre triez pour ses Officiers. Aux actes 13. (en marge: Act. 13. v. 2) Dieu commandé de separer Saul & Barnabae pour l'ouvrage du Ministere, & Timothée avoit receu la grace par prophétie (en marge: Timot. 4. v. 14), avec l'imposition des mains. Dans le narré de l'histoire Ecclesiastique nous voyons souvent de tels miracles en l'eslection & creation des Pasteurs, comme de S. Ambroise, S. Jean Chrysostome, S. Nicolas & autres, & le verrions encore aujourd'huy si l'affection humaine n'estouffoit l'operation du S. Esprit. Ceste benediction & ordination (en marge: Imposition des mains) estoit faicte par l'imposition des mains, appellée par les Peres suivant le stile de l'escriteure Chyrothonie
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ou Chyrotesie, qui chez les autheurs prophanes signifie l'approbation faicte par voix de suffrage, lequel on donnoit ordinairement és Démocraties par l'eslevation des mains: & puis que l'Eglise s'est servie de l'imposition & extention de mains pour faire ses Officiers, elle a retenu le nom, suivant la remarque de S. Hierosme (en marge: Hyeron. in Is. c. 58.), & ainsi en l'ordination des sept Diacres (en marge: Act. 6. v. 5), de S. Paul & Barnabas, des Prestres de Lystre (en marge: Ibid. 13. v. 2), Iconie & Antioche, l'on pratiqua l'extention ou imposition des mains (en marge: Ibid. 14. v. 22).
De Sainct Pierre) (en marge: Envoyé par S. Pierre) Ce point nous est contrerollé tant par ceux qui ignoramment renvoyent nostre sainct au temps de Decius l'Empereur, comme aussi par plusieurs Historiens & vieles legendes qui sont nostre Apostre commis par quelque disciple de sainct Pierre, Genebrard l'an 66 (en marge: Geneb. Chro. anno 66.), met sainct Front envoyé aux Perigordins par sainct Trophime disciple de sainct Paul, duquel il est parlé aux actes 20. (en marge: Act. 20. v. 29) & à la 2. à Thimotée 4 (en marge: 2. Timot. 4. v. 20). qui fut l'Apostre de la Provance (en marge: Non par S. Trophime), & estala le premier Siege Episcopal à Arles Trophimus dit il, Pauli Discipulus apud Arelatenses praedicat de cujus fonte omnes Galliae rivuli acceperunt, & faisant le denombrement il met ensemble des personnes bien differentes d'âge, S. Irenèe envoyé à Lyon, Crescent à Vienne, Saturnin à Tolose, Martial, aux Limosins, Bordelois, Poitevins, sainct Front aux Perigordins &c. Le fondement de ceste deduction est appuyée sur le tiltre que le Martyrologe Romain (en marge: Martyr. Rom. 29) baille à sainct Trophimus, d'avoir esté la source des eaux Evangeliques qui ont arrousé la France. Zozimus autheur Grec (en marge: de Zozim. hist. Eccl.) en dit tout autant, & dans les Archives de l'Archevesque d'Arles il se trouve une missive au nom de tous les Evesques de la Metropolle au Pape Leon premier, raportée par Azor (en marge: Azor inst. moral. p. 2 lib. 3 c. 16), omnibus Regionibus Gallicis, notum est, sed nec sacrosancta Romanae Ecclesiae habetur incognitum, quod prima intra Gallias Arelatensis civitas missum à beato Paulo Apostolo sanctum Trophimum, habere meruit sacerdotem, exinde alys Paulatim Regionibus Galliarum donum fidei & Religionis infusum. Si est-ce pourtant qu'il ne faut inferer de là comme fait Genebrard (en marge: Geneb. lib. 2) qu'il eut envoyé tous ceux qui ont arrousé le Champ de la France, puis que le mesme Autheur apres sainct Isidore cité par Gautier dans sa Chronologie (en marge: Isid. lib. de vit. sanct. c. 75), escrit que sainct Philippe l'Apostre à preché en France qui luy estoit escheuë en partage, sainct Epiphane dit aussi (en marge: Epipha. in Panar. heres. 51. de Alogis vide), que Crescent, & sainct Luc specialement à presché dans ce Royaume, αρχή δξ έν τΰ Γαλλία sed in Gallia prae coeteris ut de nonnullis comitibus suis
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Paulus in Epistolis testatur Crescens inquit in Gallias non enim in Galatia legendum est, ut quibusdam immerito placuit, sed in Gallia. Pour nostre Apostre nous avons des autantiques tesmoignages, qu'ìl vint à nous inmediatement envoyé par sainct Pierre, citans tous les martirologes, l'antienne inscription trouvée en son sepulchre, tous les anciens Breviaires, & Legendaires.
Et certainement ça esté un effait de la divine providence (en marge: Providende divine), remarqué par sainct Ambroise & par sainct Leon, que toutes les Monarchies ayent cedé consecutivement l'une à l'autre, jusques à la Romaine plus puissante que les autres trois, à ce que le chef visible de la Monarchie de Jesus-Christ promis par Daniel, estant establi en ceste ville capitalle de Rome par sainct Pierre, toutes les autres nations flechissent le col soubs l'Empire de Jesus-Christ, tous les hommes dit sainct Ambroise (en marge: Amb. in ps. 45), venant soubs un Empire, ont aprins de confesser par un fidel langage, l'Empire d'un seul Dieu tout puissant. Sainct Leon (en marge: Leo. S. I. de S. Pet. & Paul) osa bien asseurer, que jamais aucun n'a dressé d'Eglises, ny en toute l'Italie, ny aux Gaules, ny en l'Espagne, ny en Laffrique & Sicile, ny aux Isles circonvoisines, sinon ceux que le venerable Apostre sainct Pierre & ses successeurs ont fait prestres.
Tira vers les Gaules) Je laisse à part les anciennes divisions des Gaules, & me contente de dire qu'il ny a quartier dans leurs estenduës qui dans vingt où trente ans après la mort de Jesus-Christ, n'aye receu des Ambassadeurs de la part des Apostres, lesquels dit sainct Leon (en marge: S. Leo. ibid.), se servans du remede tres opportun de la paix venans és Gaules donnerent à plusieurs Gaulois la saincteté des ceremonies du Christianisme (en marge: Disiples choisis pour la France): si que tout de mesme que les Romains maistres du monde croyoint que la grandeur & conservation de l'Empire dependoit de la subjugation & totale destruction des Gaulois employant à cet effait les plus signalés Capitaines & Gouverneurs, aussi de mesme pied les Apostres faisoint triage des plus saincts Disciples, desquels on peut voir le nom dans le premier centainere d'Isengrenius (en marge: Isengren. Cent. I & 6), Pierre de Clugny (en marge: Pet. Clun. ad haeres) & plusieurs autres, lequel debord & envoy fut causé en partie par un severe Edit que fit l'Empereur Claudius (en marge: Cause de la sortie de Rome), environ l'an 9. de son Empire, qui les banissoit & chassoit de la ville de Rome. Aux actes des Apostres (en marge: Act. 18. v. 18) nous voyons Aquila Pontique avec sa femme estre venu de fraische datte d'Italie, parce que Claudius avoit commandé que tous les Juifs sortiroint de Rome, & Suetone (en marge: Suet. in Claud. cap. 25) quoy que ignoramment, Judaeos Impulsore Christo, assidue tumultuates Roma expulit attribuant à tumul-
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te, la persecution des Juifs contre sainct Pierre & ses Disciples mais après tout, ce fut un effait de la divine providence (en marge: Propagation de l'Evangile), ainsi que 1a persecution faite en Hierusalem au jour du Massacre de sainct Estienne (en marge: Act. 3. v. 1) donna la chasse à tous les disciples qui porterent la Foy la part où ils se refugierent: si que dans trent'ans apres la mort du fils de Dieu, suivant la remarque de sainct Chrisostome (en marge: Chrysost. hom. 76. in Mat. Rom. I), l'Evangile s'estendit par tout l'univers, & sainct Paul rend graces à Dieu de ce que la Foy des Romains estoit desja annoncée par tout le monde, ce qui impose silence à ceux qui retardent la venuë de nostre Apostre, jusques au troisiesme siecle.
Sainct George) (en marge: Distinction necessaire) Mettons une notable difference entre sainct George premier compagnon de sainct Front, & S. George son second compagnon, qui n'est autre que le Gouverneur Squirius qu'il appella George, en memoire du premier (en marge: P. Odo hist. n. d. du Puy). Et sainct George le Martyr, duquel parlent les Martyrologes Latins & Meneloges des Grecs (en marge: Mart. Rom. 23. ap. menol. graecorum) qui l'appellent μεγαλομάρτυρα, πίτροπαιφόρον, grand Martyr & Portenseigne, & dans la Messe des AEthiopiens (en marge: Missa Ethiopum) est nommé Sydus honoris, ou Stella splendida. Le premier donna commencement à la Religion Chrestienne au Puy en Vellay appellé Anisium. L'autre apres sa conversion travailla pour la reduction des infideles dans le Perigord, & je conjecture qu'il a donné le tiltre à l'Eglise qui est lez Perigueux, le sainct Gendarme fut couronné du Martyre soubs Diocletian. (en marge: Qu'est ce que Prestre) Je remarque aussi dans les Martyrologes que le nom de Presbyter, est donné au premier compagnon (en marge: Idem. cap. 5), ce qui a occasionné plusieurs de croire qu'il n'estoit pour lors Evesque, suivant l'observation du Pere Odo, citant l'erreur de Belleforest en sa cosmographie, & de Baronius sur le Martyrologe touchant S. Martial. La solution de nostre difficulté depend de la remarque de Bellarmin libro de Clericis (en marge: Bellar. lib. I. de cleric. cap. 15), à sçavoir que le nom de Presbiter, estoit donné en la primitive Eglise indifferemment aux Evesques & Pasteurs de l'Eglise. Ainsi S. Pierre & S. Jean (en marge: 1. Pet. 2 & 3 Joan.), quoy qu'Apostres, s'appellent neantmoins Prestres, dans leurs Epistres. S. Paul apres avoir appellé Prestres ceux que Tite (en marge: Tit. I. v. 3) devoit reformer & corriger en Candie, les appelle peu apres, Evesques: & en l'epistre à Timothée parlant des Evesques (en marge: l. Timot. 3), il passe aux Diacres sans dire mot des conditions des Prestres, comme ayans esté comprins soubs le nom d'Evesques. Il en est ainsi en la suscription de son epistre aux Philippiens (en marge: Philipp. I), avec les Evesques & Diacres, & au contraire il ap-
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pelle Prestres les Evesques ordonnez par Tite (en marge: Tit. I. v. 3): non pas qu'il faille confondre les Evesques & Prestres en un mesme office, comme fait la Babilone Religionaire (en marge: Act. 15. & 16), soubs les noms d'Anciens & Surveillans: car nous trouvons dans l'escriture notable difference avec superiorité de l'Evesque sur les Prestres (en marge: I. Timot. 5).
Sainct George donc, est donné pour compagnon à nostre Apostre par Sainct Pierre (en marge: Marc. 6. v. 7), suivant le stile de Jesus-Christ qui envoyoit les siens deux à deux (en marge: Pourquoy deux à deux). Les causes de ces sacrez couples sont (en marge: Luc. 10. v. 1), tant pour la decence de ces nouveaux herauts, qu'aussi afin qu'ils s'entr'aydassent & consolassent dans les travaux de leurs pelerinages, il vaut mieux, dict l'Ecclesiaste (en marge: Eccles. 4. v. 9), que deux soient ensemble qu'un seul: car ils ont le fruict de leur compagnie, si l'un vient à tomber il sera soustenu par l'autre. Sainct Augustin (en marge: August. lib. 2 in Evang.), Sainct Grégoire (en marge: Greg. hom. 17. in evan.), le V. Bede (en marge: Bed. in hunc loc.) allegorisent là dessus, disent que la part où Dieu doit arriver, il faut qu'au préalable les deux commandemens d'amour, l'un envers Dieu, & l'autre envers le prochain, ayent preparé le lieu de son divin sejour. Adjoustons aussi que l'obligation de la naturelle concorde paroist en ce lieu, & que la paix doit unir ceux qui la doivent annoncer au monde (en marge: Marc. 9. v. 50).
Lac de Volpeme.) (en marge: Qu'est-ce le Lac de Volpeme) Locus Volcini (en marge: Ptolo. lib. 3. c. 20), ne doit estre entendu des Volces, qui sont la partie de la Gaule Narbonoise au delà du Rosne, vers le couchant, desquels ceux qui sont proches du fleuve sont nommez Araconis & ceux qui sont un peu plus loing vers les Pirenées sont nommez Tectosages, l'on appelle aujour d'huy leur pays Linguam Occitanam, Languedoc: or tout ce qui est en France, est distant de Rome plus de trois journées qui sont assignées par tous, tertio itineris die, dict Bede (en marge: Bed. in Marty. 8. cal. Nou.); & partant il faut chercher le lac de Volpeme dans la Toscane & Bolseme, qui jadis s'appelloit Volsenus Locus, selon Abraham Ortelius dans ses synonimes geographiques (en marge: Ortel. In Syn. geogr.). Les actes de Saincte Chrystine font mention bien au long du lac de Volpeme ou Volsene. Voyez Ribadeneira au 24. Julliet (en marge: Ribad. fleurs de Ss. 24 Jul.).
Baston de S. Pierre.) (en marge: Miracles semblables) Ce narré est tellement semblable à l'histoire de S. Martial, authorisée par Sainct Anthonin (en marge: Anthonin 10. 2. tit. 6. c. 26)
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& plusieurs autres, qu'il semble demeurer infirmé pour S. Front. Petrus de Natalibus (en marge: Pet. in nat.) racontant ceste histoire en la vie de Sainct Pierre, l'attribuë à tous deux. Hic dicitur fuisse beatus Martialis, vel ut alibi legitur, sanctus Fronto, La glose sur le Canon d'Innocent 3. (en marge: Gloss. in can. Inno. 3. de ext. unct.) De extrema unctione, attribuë ce miracle à un Sainct Martial envoyé par S. Pierre aux Allemagnes avec un Matthieu. Le mesme Pape Innocent, lib. I. des mysteres de la Messe (en marge: Innoc. 3. lib. I. de Myst. miss. can. 62), dict que S. Pierre envoya sa verge à Eucarius premier Evesque des Allemagnes. Disons donc que ce miracle est arrivé à plusieurs Saincts: car nous ne voulons oster cet honneur à Sainct Martial, puisque ceste verge miraculeuse est gardée à Bourdeaux religieusement dans l'ancienne Eglise de sainct Surin. (en marge: Est arrivé à Sainct Front) Nous ne voulons aussi ceder au droict que toute l'antiquité donne à nostre Sainct, dans plusieurs Breviaires de diverses provinces, par plusieurs Martyrologes ja citez, voyez ce qu'en dict Bede tout au long (en marge: Bed. in Mart. 8. cal. No.). La legende de sainct George premier Evesque du Vellay (en marge: P. Odo in hist. Anis. lib. I. c. 5) dict, qu'à cause de ce miracle de Sainct Pere successeur de Sainct Pierre (en marge: Le Pape sans baston Pastoral) ne se sert point de baston Pastoral ainsi que les autres Evesques, comme l'ayant desja donné à S. Fronton. Dans le Canon du Pape Innocent (en marge: Inno. ext. de sac. unct.) nous trouvons ces mots dignes de remarque, licet Romanus Pontifex non utatur baculo pastorali, tum propter historiam, tum propter mysticam rationem. Or quelle est ceste histoire, il est declaré au long dans ce lieu que j'ay desja cité, que Materne fut resuscité par le baston de Sainct Pierre donné à Sainct Eucharius ce qui pourtant n'empesche pas que le mesme miracle soit arrivé à d'autres Saincts. La mystique signification est donnée par Augustinus de Ancona (en marge: August. de Anc. q. 3. att. 3), certo loco determinatam jurisdictionem ostendit baculus: at vero Papa est universalis per totum orbem. La moitié de ce baston miraculeusement donné à Sainct Front est religieusement gardé au Puy en Vellay, dans l'Eglise collégiale de Sainct Paulian; l'autre moitié, à ce qu'ils asseurent, fut portée dans le Perigord par Sainct Front (en marge: P. Odo. ibid.).
Surquoy se presente ce petit doubte, pourquoy Sainct Pierre se trouve en plusieurs endroits avec son baston? (en marge: Les Apostres prennent des bastons) puis qu'il estoit deffendu aux Apostres, nil tuleritis, neque virgam (en marge: Luc. 9. v. 3; Mat. 10. v. 10). On respond que ce fut un congé & comme une indulgence que le Fils de Dieu donna à ses Apostres en S. Marc 6. (en marge: Mar. 6. v. 8) nisi virgam tantum, comme il leur avoit deffendu l'usage des chausseures, neque calceamenta: & il leur permit apres de se servir de sandales. Dans le mesme S. Marc, calceatos sandaliis: il eut aussi esgard aux incommodités du voyage, & à le'age cassé de plusieurs des siens. C'est la solution d'Eutimius (en marge: Euthy. in hunc loc. Mald. in Mat. 10), sans laquelle plusieurs sont contraints de se jetter sur des verges allegoriques, qui neantmoins conviennent fort mal avec la vraye monnoye, bource, malette, & chausseure deffen-
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duës aux mesmes lieux sans aucune allegorie: & certes il estoit tres à propos que celuy qui avoit en garde tout le bercail du seigneur, eut pour marque exterieure la holette ou verge de jurisdiction (en marge: Explication mystique): Voulez-vous, disoit Sainct Paul aux Corinthiens (en marge: I. Cor. 4. v. 21), que je vienne à vous avec la verge, ce qui a donné commencement au baston misterieux duquel se servent aujourd'huy les Evesques appellé Samburra, ou pedum Pastorale; parce que du costé qu'il est recourbé on arreste les brebis par les pieds, comme explique Duranti (Dura. de Ritibus Eccles.), apres plusieurs autres, adjoustant ce vers duquel on faict grand cas.
Curva trahit, quos recta a regit pars ultima pungit
Il est recourbé d'un bout pour rappeller les errans, & retenir les fugitifs de leur Esglise, droit au mittan pour le foulas des bons: mais la pointe est aiguë pour repousser les Loups carnassiers & convaincre ceux qui contredisent, dit sainct Paul (en marge: Tit. I. v. 9). (en marge: Hermites sans baston) Plusieurs anciens Hermites au rapport de Cassian (en marge: Cassi. l. 3. c. 9), portoint tousjours un baston en la main, tant pour memoire du baston de la Croix, que pour marquer dit il, que tout le monde est rempli de bestes fauves, & que tousjours nous sommes assubjetis aux abboys de la chair, en danger d'estre mordus des tentations du serpent infernal. Vincent de Beauvais (en marge: Vinc. Bellevac. lib. 29. c. 11) parlant de sainct Chrestien Hermite, dit que ça esté leur marque à l'imitation du Prophete Elisée, qui s'en servoit au 4. des Roys, chap. 4 (en marge: 4. Reg. 4.) & dans la bulle de Gregoire 9. (en marge: Bull. greg. 9) il est commandé aux Hermites de sainct Augustin de porter tousjours en main un baston long de cinq pams, conformement à ce que Jordanus Saxonis dit (en marge: Jord. de Saxo. lib. I. c. 15), que sainct Augustin avoit donné ceste marque de son Ordre à ses Religieux (en marge: August. ad frat. de her. S. 27), l'inferant du Sermon 27. ad fratres de her portamus etiam baculos per quos intelligitur disciplina sub qua semper parati esse debemus. En quoy cependant il se trompe voulant que ce fut une marque propre à son Ordre, suyvant la remarque de Vandingus en son apologetique (en marge: Wandingus in apol. § 4. num. 29): car outre ce que nous avons dit, Flaminius (en marge: Flamm. in vit. S. Domin.) dans la vie de sainct Dominique tesmoigne que presque tousjours ce grand sainct tant dans le Monastere que hors d'iceluy, portoit un baston en main (en marge: In vit. S. Bonif.). (en marge: Crosse d'or, Evesque de bois) Aujourd'huy dans l'Ordre de sainct Benoit le baston est reservé pour leurs Abbés, & Dieu vueille que la plainte de sainct Boniface Apostre des Allemagnes & martyr ne soit point aujourd'huy veritable, que les Evesques & Prelats de la primitive Eglise ayans esté tous d'Or, & leurs Croces de bois, maintenant s'estoint changées les loys Croces d'Or, & Evesque de bois: mot qui fut mis dans le decret, & mesme dans le Concile de Tybur (en marge: Cons. Tyburi). Le Cardinal P. Damian escrivant aux Cardinaux, dit entre autres bons rencontres, qu'il n'avoit jamais veu de bastons Pastoraux d'un metail si reluisant & si beaux comme ceux de l'Evesque de Tranes, qui avoit connivé à l'esmeute, & soulevement de l'Eglise,
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Grecque contre la latine, & de l'Evesque d'Ascoly: que neantmoins l'un avoit efté deposé en la Pouïlle soubs le Pape Nicolas (en marge: P. Dam. ep. ad. Card. Eccl. Rom.), l'autre en l'Eglise de Larran soubs le Pape Alexandre; & qu'il n'avoit rien servy à ces Evesques de Bois de porter des Croces d'Or, attendu que le merite du sacerdoce ne depend de la splendenr des ornemens: ains de la regle des vertus spirituelles.
Receurent le caractère clerical) Voila un effaict de la foy du bien-heureux sainct Front, plus noble que celle du serviteur d'Elisée, qui n'avoit peu par le baston de son maistre resusciter l'enfant mort de la Sunamite. Le nom de ces Diacres sont, Frontese, Severin, & Severian, pour le quatriesme Syllanus ou Sylvanus fut converti dans la ville de Perigueux. (en marge: Les Gentils officiers de l'Evangile) Cependant j'observe icy 1. la pratique qui monstre que le ministere de l'Autel Evangelique, n'estoit attaché aux Hebrieux, puis que les Gentils y sont appellés. 2. que nul s'ingere au Clericat, s'il n'est ordonné. 3. Je juge que tous les premiers Evesques estoint regionaires pour leurs missions, sans estre particulierement attachés en un lieu: puis que hors les estenduës des Provinces qui leurs feurent affectées, ils ordonnent des clers, ce qui est acte de jurisdiction, bien que longtemps aprés quelques pasteurs jouïssent du privilege, d'ordonner mesmes dans la jurisdiction des autres Evesques, comme respond S. Epiphane, escrivant à Jean de Jerusalem, qui l'acusoit d'avoir ordonné pour Diacre & Prestre, Paulinian frere de sainct Hierosme (en marge: Extat. apud Hyero ep. 60), dans la Palestine au Monastere d'Eleuteropolis, il respond que c'estoit le droit & coustume de Cypre. 4. pourroit estre que ces Diacres furent choisis pour interpretes du sainct, non pour la langue: car il avoit ce don de Dieu; mais pour expliquer au peuple familierement les grands secrets cachés dans les sublimes discours que cest homme apostolique faisoit sur les mysteres du Christianisme (en marge: l. Cor. 12. v. 10).
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1. Sainct Front vient en Perigord.
2. Sa predication & miracles.
3. La conversion des Perigordins.
Apres la separation de ces deux Disciples, nostre glorieux Apostre passe en Aquitaine; estant à Tolose il resussita miraculeusement un enfant noyé dans la Garonne, ce qui renforça la foy des Neophites de ceste ville. De la il vient en Perigord, Province qui luy estoit specialement donnée en charge, il trouve ce peuple sans la cognoissance du vray Dieu: ains fort adonné à l'idolatrie, asservy soubs la puissance des Romains, qui de surcroy avoint adjousté à leurs anciennes superstitions Gauloises le culte de leurs dieux. La celeste Doctrine de cet homme Apostolique secretement annoncée au commencement, puis en public, opera tellement, que plusieurs de ces esprits sauvages & pierreus samolirent pour graver dans leurs cœurs de chair la loy de Dieu. Ses œuvres miraculeuses monstroient assés que la doctrine qu'il preschoit, venoit du Ciel pour confondre l'idolatrie. La plus remarquable fut lors que en presence de plusieurs fidelles & infidelles il demolit par la seule vertu du signe de la Croix, un temple po-
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sé hors l'antienne Vesuna, ville capitale du Perigord, à la honte & notable confusion de la superstition, si opiniastrement deffandüe par les sacrificateurs des faux dieux, & triomphe du Christianisme. Un autre miracle fait dans la mesme Province fut cause de la conversion de beaucoup de peuple de ce païs, lors que par la vertu de la mesme croix il fit crever un Dragon qui faisoit son repaire dans une roche sur la riviere de Dordogne, dans laquelle il fut précipité par la force de la prière du sainct. Bref l'efficace de sa Doctrine & actions miraculeuses operant de plus en plus, la superstition idolatre durant son pontificat receut une grande secousse, les temples de Jupiter, Venus, Mercure & autres furent demolis, & en la ville Capitalle celuy de Mars estant destruit il consacra en sa place un Autel au vray Dieu & à l'honneur de sainct Estienne, il fit aussi bastir deux Oratoires, l'un à l'honneur de la Vierge au Puy Sainct Front, l'autre à l'honneur de sainct Pierre Apostre. (c)
Passe en Aquitaine) Plusieurs ont dressé litinerere & voyage de ce sainct, mais je n'y trouve pas beaucoup d'asseurance dans tous ces manuscrits, pour les causes alléguées en mes Prologomenes. Le miracle de l'Enfant resuscité à Tolose est autantiquement rapporté dans la chronique de Bertrandi (en marge: Chronic. Tholoz. Bert. lib. I). Pour la venuë en Perigord, nous dirons que quoy que la
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nature acceuille les plantes (en marge: Bucol. virg.) plus benignement en un terroir qu'en l'autre (en marge: Vertu croist par tout).
Hic segetes illic veniunt foelicius vuae.
Mais pour la sacrée semence de la grace, elle peut germer & croistre tres heureusement, peut esclorre ses fleurs & rapporter ses fruits, mesmes parmi les païs pierreus & sterilles: la cause ne vient pas tant de Paul qui plante, ni d'Apollo qui arrouse, (en marge: Dieu envoye les ouvriers Evangeliques) mais de Dieu mesme qui en donne la croissance: car c'est le mesme esprit sainct qui choisit, qui envoye, & qui guide les ouvriers Evangeliques vers les contrées qui leur sont indiquées par son eternelle predestination, (en marge: Act. 16. v. 7) comme ce fut le mesme esprit de Jesus qui empescha S. Paul de prescher en Asie, le recula de Bythinie pour l'envoyer en Macedoine, par la vision d'un Macedonien qui luy demandoit secours. C'estoit aussi par sa divine revelation qu'il avoit esté choisi avec Barnabé pour prescher aux Gentils (en marge: Ibid. 13. v. 2). Bref rien n'estoit entrepris dans l'Eglise sans le conseil & manifestation du divin vouloir; si que je ne puis croire que le departement des provinces aux Apostres & Disciples fut (en marge: Proclus t. 2. libs. sanct. P. Socr. lib. 11. c. 25), ou par sort, ou suivant le don des langues qu'ils eussent par eminence sur les autres, comme plusieurs asseurent; cela repugne à ce que nous avons dict cy-dessus, & de plus le dessein estoit trop important pour mettre à l'hazart ce qui doit tout appartenir à Dieu (en marge: Promesse divine), qui nous avoit promis par Hieremie (en marge: Ier. 16. v. 16), de nous envoyer des pescheurs qui nous pescheroient, & des chasseurs qui nous prendroient par montagnes & valées; & specialement, venabuntur eos de cavernis petrarum: voicy l'execution de la promesse. Observons encore que s'il nous faut recognoistre le temps de l'envoy des Disciples en nostre France par la commune traditive (en marge: Le Perigord instruit dés le commencement), observée par les Martyrologes, nous prouverons que ceux de Perigord 40. ans plustost ont receu la foy que les Parisiens, Xaintongeois, que ceux de Beauvais, d'Evreux, de Melun, Chartres, Verdun, & plusieurs autres quartiers: puis que Sainct Denis est le premier Apostre envoyé aux Parisiens par Sainct Clement (en marge: Martyr. Rom. II. Aug. & 9 Octob. Bar. anno 44 & 95 num. 7), Sainct Lucian, Taurinus, Eutrope par le mesme quelques 50. ans apres la mort du Fils de Dieu soubs l'Empereur Domitian, & les Disciples de S. Pierre avoient esté envoyez l'an second de Claudius dix ans ou environ apres l'Ascension de Jesus-Christ.
Vient en Perigord) Ceste province estant le subject de cet opuscule (en marge: Corographie du Perigord), je veux escrire quelque mot de sa corographie & antiquité. Son elevation du pole est à quarante & cinq
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degrez, son estendüe est bornée par le Bourdelois, Angoulmois, Quercy, Agennois, & Lymosin; Son estendüe estoit jadis plus grandesi Pline (en marge: Plin. lib. 4, c. 19) ne se trompe, mettant ceux du Perigord voisins des Tholosains divisez par le fleuve Tarn, qui aujourd’huy borne les Quercinois Tarneque amne discretis à Tholosanis Petrachoris. Ses fleuves sont la Dordogne, l’Isle, la Vezere, la Drone, le Bandiac, d’où quelques-uns ont creu que le Touvre près d’Angoulesme sortoit: il y a aussi plusieurs autres ruisseaux & fontaines sans nombre, desquelles quelques-unes font autant de miracles de nature. La ville capitale de la province mesmes avant qu’elle tombast sous la puissance des Romains estoit Vesuna, ainsi nommée dans l’itinéraire d’Anthonin (en marge: Itin. Antho.), & dans l’ancienne table itineraire. Ptolémée (en marge: Ptol. lib. 2, c. 7) dans sa cosmographie Τ’φαχ πετροχόροι ε πόλις υεσόννα. (en marge: Aethimologie de Vesuna) Tirant son étymologie de son solage & position, Visonna, βήσος όνιον, c’est à dire vallis utilis, parce qu’elle estoit posée dans une fertile valée entre les montagnes qui l’environnoient. Les habitants du temps de Sydonius (en marge: Sydo. Apoll. espist. II, epist. 8) il y a plus de mille ans estoient appellez encore Vesunnici. Aujourd’huy ceste ville ancienne ayant esté destruite par les Normans, le seul Temple dont nous parlerons a retenu ce nom, & le Puy S. Front estant basty, la ville capitale du Perigord fut appellée du nom de la province Petrachora, son ethimologie venant du Grec πέτρος & χώρα, c’est à dire region des pierre, ayant soubs soy plusieurs villes assez recommandables, entre lesquelles sont Sarlat & Bragerac; & pour le general de la province, tous advoüent qu’elle est une des plus anciennes & renommées de la Guyenne. (en marge: Antiquité) André Chesne (Andr. le Chesn. ant. lib. 3, c. 12) dans ses antiquitez des villesde France, dict qu’elle a esté premierement habitée & cultivée par Japhet fils de Noé, qui jette les premiers fondements de l’ancienne ville, ce qu’il dict tenir par le rapport de ceux qui l’ont trouvé dans des vieux tiltres. Autant & encor plus en dict François Desmes (en marge: Franc. Desm. descrip. de Vill. de Fra.). Charles Estienne (en marge: Carol. Steph. dict geograph.) dans son Dictionnaire geographique, Vesula vulgo Perigeux, civitas insignis in Gallia Aquitanica, quondam urbs Japheti, Noe Patriarcha filis vocitata. (en marge: Jactance ridicule) Ceste ambitons est assez familiere à tous les peuples, de se laisser tromper volontairement par le tissu, qu’on leur forge pour les flatter, de je ne sçay combien de genealogies recherchées quelques fois trois lieuës au delà le Soleil levant, comme on dict. Les Terreneufviers & Brasiliens (en marge: Dujarr. hist. des Ind.) ridiculement font parade de leur extraction chimerique, tirée depuis 10000 ou 20000 ans, & nomment les Roys qui les ont gouvernez durant tout ce temps; Les Europeans, comme plus sages, se vantent seulement d’avoir eu le troisieme fils de Noé pour repeupler tous les quartiers de deçà (en marge: Bert. de Gest. Thol. praelud.), & que de luy sortirent sept enfant, la souche de quinze ge-
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nerations, ausquelles ils donnent le nom conforme à la ville qu’ils veulent rendre recommandable. Voicy un eschantillon de ceste estoffe. (en marge: Noger. l. I. hist. Thol.) Lygerius Roy d’Egypte fut pere de Loseus Roy de Bretagne, de Surgerius Roy d’Angleterre, de Nitobrigus Duc d’Aquitaine, & de Petragorius fondateur de Perigueux & de Tholoze au temps de la ruine des Troyens. Ceste folle jactance part, à ce je crois, de la vanité des historiens Espagnols (en marge: Rodericus Tolet. de Gest. Hysp.), qui pour ne degenerer en ce poinct de leur fiere & hautaine humeur, nos ont donné ces baveries pour argent content; contentons nous d’indiquer l’antiquité du Perigord par tant d’inscriptions Latines & Grecques, tant de vieux monuments, palais, fragmens de statuës, estuves, grottes souterraines, amphiteatres & autres raretez, qui parlent assez en sa faveur. (en marge: Nom d’Auguste) Le seul tiltre d’Auguste baillé par Soter en son inscription à la ville capitale comprend tout ce qu’on peut dire en sa loüange, suivant la remarque de Papirius Masso (en marge: Pap. Mass. de Not. epis. Gall.), Petrachorici Vesunna urbe clari, ut adhuc Romana inscriptio ostendit. Augusta Vesunna Petrachoricorum vestissimum splendorem testantur adhuc eximia priscorum monimentorum reliquia, inscriptiones, amphiteatrum, turris admirandi operis qua sola retinet nomen Vesunna, &c. Nous ne pouvons nier que S. Martial a tres-juste tiltre porté le nom d’Apostre de l’Aquitaine, mesme qu’il n’aye presché particulièrement dans ceste province du Perigord, specialement l’ancienne & illustre maison de Salagnac, jusques à nostre siecle, nous faict voir dans le chasteau le plan de la tour encore appellée de S. Martial (en marge: Sainct Martial en Perigord); parce que cet homme Apostolique venant prescher en ce bourg estoit logé fort volontiers par le Seigneur du lieu, comme il est tesmoigné par une ancienne legende, citée dans preuve de la Noblesse du sieur Bertrand de Salagnac, auparavant qu’il fust promeu à l’ordre de Chevalier du S. Esprit: surquoy je ne puis taire qu’il y a tantost cinquante ans que l’heresie Calvinienne estant introduite dans ceste maison, & receuë par les Seigneurs du lieu, la tour qui estoit sanctifiée par l’habitation du sainct Apostre, tomba par terre, la mesme année de leur apostasie, ensevelissant dans ses ruines les plus anciens tiltres & monumens de la maison, & tesmoignant par sa ruine le renversement de la Religion Apostolique. Quoy que donc plusieurs ayent travaillé à cultiver ceste province, aussi reciproquement nostre Apostre (en marge: Ma. sc. Ber. Guid. in S. Front.) ayant plusieurs fois evengelisé dans le voisinage, comme à Bourdeaux, Tholoze, Angoulesme, Poictiers, & à Soissons, où il receut miraculeusement du ciel la fiole pleine de vin, pour celebrer le divin mystere, où elle est encore aujourd’huy gardée religieusement (en marge: Breviar. Petroch. & prosa ma. sc. Guid.); c’estoit seulement par accessoire, S. Front ayant esté le principal ouvrier Evangelique dans le Perigord, suivant la recommendation de son maistre.
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Anciennes superstitions.) (en marge: Superstitions des Gaulois) Deux maux concouroient dans ceste province contre l’establissement de l’Evangile: car l’ancienne superstition Gauloise estoit fomentée par les Druides, Bardes, Eubages, Sennaroldes, Saronides, & autres Ministres de l’Idolatrie; d’autre part, la nouvelle Religion des Romains commençoit d’establir par authorité le culte de leurs Dieux dans ceste province, comme il appert par l’ancien nom de quelques lieux du Perigord, qui s’appellent de Jove fracto (en marge: De Fra. jo.), sans pourtant que ces nouvelles institutions Payennes eussent encore destruit la premiere Idolatrie des Gaulois. Sainct Leon remarque des Romains (en marge: Leo. ser. I. in nat. Apost.), qu’il leur sembloit avoir choisi une tres-grande Religion, en ce qu’ils ne rebutoient aucune fausseté de culte: & Justin Martyr en l’apologie à l’Empereur Anthonin luy faict le mesme reproche (en marge: Just. in Apolog. Caes. de bello Gall. lib. 6); si est-ce pourtant que toutes deux se liguoient à l’encontre de la verité Chrestienne, ennemie de la Politeie, à raison de laquelle, aut idola subvertuntur, aut martyres enecantur. Nous sçavons par Caesar combien nos anciens Gaulois estoient attachez au culte de leurs Dieux, sans le sçavoir au vray en particulier, au defaut d’escrivains. Plusieurs ont creu qu’il y avoit quelque ressemblance de leurs Dieux avec les Romains, que chés nous Zarane estoit Jupiter, que Mars s’appelloit Hesé, Mercure Thentaté (en marge: Mercure adoré), c’estoit la divinité qui plus estoit honorée durant la paix, comme surintendante à la faconde qu’ils professoient; dans Lyon il y avoit un autel qui luy estoit consacré pour les harangues des Rhetoriciens,
Aus Lugdunensem Rhetor dicturus ad Aram.
Dans l’Auvergne il y avoit ceste insigne statuë dressée par Xenodore, dont parle Pline (en marge: Juvenal. sat. Plinius c. 34.), & les vieux manuscrits (en marge: Theu. Cosm. ma. sc.) disent que nostre Apostre trouva son Idole dans quelque vieux Temple, taillé dans les rochers de Brantholme, duquel il abolit le culte & la memoire.
Tour de Vesune) L’un des plus nobles monumens que le Christianisme aye dresse dans le Perigord pour triompher de l’idolatrie, sont les ruines de ceste tour, qui encore aujour-
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d’huy apres tant de siecles demeurant sur pied, (en marge: Structure de Vesune) nous fair admirer sa structure, estant bastie en rond, portant en oeuvre 48 pieds de diametre, & de hauteur plus de 80, l’epaisseur de sa muraille n’estant plus de deux pieds & demy (en marge: Delestang. lib. 5.; F. Desmez, recher.; André le Chesne.; Thevet. cosmo.; Pap. Masso. not. episc. Gall.), dans tout cet edifice il n’y a aucune fenestre qui puisse donner jour au dedans, seulement on voit dans son parvis à deux brasses de hauteur sortir de la muraille plusieurs soubassemens ou courbeaux pour supporter des statuës, & si tant est qu’il y eust de porte, elle estoit posée du cousté de la ruine, qui tient presque un quart de haut en bas. Par le dehors cest edifice estoit herissé de grands clous ou crochets de fer. Bref tout l’edifice a donné occasion à plusieurs bons esprits pour deduire leurs pensées bien differente sur un si beau subject, apres lesquels je prie d’agréer que je raporte mon petit symbole. (en marge: Remarques) Remarquant premierement, qu’il est hors de doubte que ceste tour fut un Temple destiné pour le culte de quelques divinités; puis qu’il fut destruit par la benediction de l’ennemy de l’idolatrie, 2. pour le nom de Visunna faut supposer que ce n’estoit le Temple qui donnoit son nom à l’antienne ville Vesuna: ains la ville donne le nom au Temple, comme estant plus ancienne, suyvant ce que nous avons dit, & selon les vestiges qui se voyent à l’oeil, 3. je juge que ce Temple ne fut basti par les Romains: la raison est, que depuis qu’ils furent paisibles possesseurs de ce païs jusques à sainct Front, par qui elle fut destruite, il y a trop peu de temps pour la bastir, & insinuer à tous ceux du païs le nouveau culte des Dieux des Romains. De la j’insere; premierement qu’il ne faut point tirer son étymologie de Venus, qui appartenoit à la Religion Romaine, & donnoit le nom de Venusia au bourg duquel Horace estoit natif, dont il estoit appellé Venusius, il faut selon mon advis que ce Temple ait retenu le nom de l’antienne ville, qui prent son étymologie Greque du solage. 4. Je ne puis croire que ce fut un mausolée eslevé pour la sepulture des Preteurs Romains, puis que Soter l’Affranchi de Neron consacra les deux Palais à ce Temple moins encore puis-je approuver l’opinion du President de l’Estang, que quelque Gouverneur Romain, President à Perigueux l’aye fait bastir, pour y placer & eslever les statuës des Empereurs Romains, suyvant la coustume des Gouverneurs pour se rendre agreables à eux (en marge: Delest. lib. 5 histo. des Gaules, Hist. Roman.), veu qu’il y a plus de soubassemens au triple qu’il n’y a d’Empereurs, depuis Jules Caesar, jusques à Vespasian soubs lequel sainct Front mourut.
(en marge: Temple tutelaire) Je diray donc que ceste Tour a esté le Temple des Dieux Tutelaires de nos Vesuniens desquels on n’a sceu le nom, qu’ils tenoint secret & caché de peur qu’estans cogneus par leurs ennemis, ils ne fussent evoqués & tirés en desertion par le party contraire, ceste opinio est confirmée par l’inscription antienne que nous voyons apres les ruines des Palais Romains.
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(en marge: Inscript. lapid.)
TUTELAE AUG.
VESUNNAE
SECUNDUS
SOTER. D.S.D.
Savaron en ses commentaires sur Sydonius (en marge: Scol. Sav. in Sydo. epist. II. lib. 8), estant adverty par Elie de Jean, qui tunc in Petrochoriorum senatu primiserius consiliarius, corrigé en sa seconde impression le mot de secundus, & met libertus Soter, qui avoit esté l’esclave de Neron, lequel descouvrit la conjuration de Pison, & pour reccompense fut affranchi par l’Empereur & eslevé à plusieurs dignités, mesmes d’estre Proconsul dans ceste Province. Iceluy ayant basti dans la ville Capitale les deux basiliques desquelles parle l’autre antiene inscription (en marge: Inscript. lapid.).
SOT. LIB. NER. BASILICAS DUAS EDIFICAVIT CUM ORNAMENTIS.
Il consacre ses deux Palais aux Dieux tutelaires de l’auguste Vesonne (en marge: Dieu de la nuict), s’accomodant à la religion du païs.
Pour la fabrique de ce temple, elle est conforme au culte de nos Druides (en marge: Delest. ibid. p. 48.), qui asseuroient nos Gaulois de tirer leur extraction du Dieu de la terre, sur-intendant aux richesses qu’il appelloit Samotée, lequel Berose au livre 5 (en marge: Berosius lib. 5) dit avoit esté fils de Japhet, duquel les enfans sont reputés pour les premiers fondateurs de la ville de Vesuna (en marge: Caesar de Bell. Gall. lib. 6), ils le croyoit Dieu des tenebres & de la nuict, ce pourquoy comme tesmoigne Caesar, il contoient les natalices, les commencemens dannées, & autres actions publiques (en marge: Comptés par les nuicts), par les nuicts & non par les jours, en suitte de ce ils ne faisoint de fenestres dans les temples de leurs Dieux, ains les honnoroient dans les lieux souterrains & grottes tres obscures. Et je crois qu’on alloit à ce temple des Vesuniens par une cave souterrene qui commençoit selon ma conjecture, dès le Chasteau de Caignac. Ainsi voyons nous dans ceste Province pres le ville de Miramond, le Cluseau duquel parlent les Cosmographes (en marge: Le Chesne recher. lib. 3 c. 12): ceste ouverture de grotesque qui mene, à ce qu’ils disent, cinq ou six lieuës soubs terre, rencontrant des salles voutées & pavées de petites pierres de marbre à la Musaique, avec des Autels & autres marques que jadis on rendoit quelque culte en ce lieu à ces divinitez inferieures (en marge: Tenebres devant le jour); ainsi j’ay remarqué au bourg de Fragio & en Latin, de Jove fracto, qu’il y a des conduits sousterrains qui partent d’un vieux chasteau pour aller au milieu de l’Eglise, qui d’autres fois a servy au culte de telles abominations. La raison pour laquelle nos Gaulois adoroient plustost le Dieu des tenebres que de la lumiere, est d’autant qu’ils croyoient que les tenebres sont plustost que le jour, ainsi Orphée en l’Hymne de la nuict (en marge: Orph. in Hymno de noct.) l’appelle toute puissante Deesse, principe des hommes & des Dieux.
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Te te diva voco omnipotens, divumque hominumque Principium Nox!
Les Aegyptiens vivoient en la mesme croyance, suivant Plutarque (en marge: Plut. in quast. 5, lib. I. conviv.), conformement à ce qui est dict au l. de la Genese (en marge: Gen. I. v. 5), qu’au premier jour les tenebres estoient sur la face de l’abisme, devant que Dieu commandast que le jour fut fait, & Moyse met tousjours le vespre & la nuict devant le jour, & factum est vespere, & mane dies unus. (en marge: Anathemes) Pour les crochets de ce Temple, ils estoient destinez pour suspendre les anathemes & despoüilles prinses sur leurs ennemis: car selon la remarque de Caesar (en marge: Caes. lib. 6), les Gaulois consacroient au Dieu de la guerre tous les prisonniers capturez dans le combat; voire selon Strabon (en marge: Strab. lib. 4), ils attachoient les testes de leurs ennemis en façon de symbales au col de leurs chevaux, & les affichoient aux portes de leur ville. Le bestail prins estoit immolé aux Dieux, (en marge: Pillage sacré) les armes & despouïlles estoient suspenduës ou entacées en un lieu public, sans qu’ils s’en prevaleussent jamais; & suivant la remarque de Caesar, il ne s’est trouvé aucun qui par mespris de la Religion aye retiré quelque piece du pillage; les loix politiques estoient tres-severes contre tels attentats; (en marge: L’or de Tholoze) mesme les Tholozains apres le pillage de la Grece (en marge: Trogo Pompon. Inst. lib. 32; Bert. de Gest. Thol.; Delest. lib. I, num. 25), furent contraints de jetter par le conseil des Druides tout l’or & l’argent dans le lac consacré à Apollon qui estoit aux faux-bourgs de leur ville, où est aujourd’huy l’Eglise celebre de Sainct Sernin; l’or valloit quatre millions, cent vingt & cinq mille six cens escus de nostre monnoye; & l’argent quatre million, cent vingt & cinq mille escus d’or, selon la supputation faicte par l’Evesque d’Aurange (en marge: Aurang. de vera mens. ratione); & tous sçavent la punition de l’armée du Consul Romain Scipion, qui deux cens ans apres l’ayant faicte soldoyer par cet or qu’il fit retirer & monnoyer, tous ceux qui en receurent furent divinement punis & accablez de malheurs (en marge: Strabo de sit. orb. lib. 4), d’où vient le proverbe, Aurum Tholozanum.
Grotte du Dragon) (en marge: Le demon en dragon) Depuis qu’es premiers jours du monde (en marge: Gen. 3, v. 14) le serpent fut puny & condamné à ramper sur terre, le Dragon qui s’en estoit servy contre nous, a tousjours affecté par revanche, de le faire honnorer & s’approprier les honneurs divines, soubs le semblance des serpents & dragons: ainsi nous voyons le dragon des Babiloniens adoré, le serpent d’Esculape, le caducée de Mercure entortillé de serpens; l’Empereur Adrian (en marge: Dio. in Adria.; Lucianus in Pseudomante) dans le Temple qu’il avoit basty à Athenes à Jupiter Olimpien, y mit pour divinité un dragon, qu’il avoit apporté des Indes. Ale-
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xandre l’imposteur disciple d’un plus grand charlatan Appolonius Tianeus, faisoit adorer au public un serpent, qu’il disoit rendre les oracles, auquels les Siciliens, Ioniens, Galates, voire les Romains accouroient. Lempride escrit de Heliogabale (en marge: Lamp. in Heliog.), quod Aegyptios dragunculos Roma habuit, quos illi agatho-damones apellant. (en marge: Dargons adorez) De plus il croyoit que les dragons & serpens soignoient l’enfance des Heros, comme d’un Hercule, d’un Neron; qu’ils avoient la garde des thresors, comme du Colchique, & Hesperide; qu’ils donnoient bon-heur à la maison en mettant leurs testes soubs le seuil de la porte. Caput ejus limini Januarum subditum propitiatis dius fortunatam domum facere promittebant, dict Pline (en marge: Plin. lib. 19. c. 4). Bref leur culte s’augmenta si avant, que les Temples de la Gentilité (en marge: Draconia), au rapport de Strabon (en marge: Strab. lib. 14), estoient appellez Draconia. Mesmes les heretiques desquels parle Sainct Epiphane soubs le nom Chrestien adoroient un serpent, qu’ils disoient estre Jesus-Christ, & luy presentoient à lecher & consacrer le pain de l’Eucharistie, dont ils furent appellez Ophites (en marge: Epiph. her. 37). Ainsi voyons-nous à l’arrivée du Christianisme tant de Saincts travailler, comme tout autant de Daniels à chasser ces dragons, ou plustost demons qui se faisoient honorer soubs ceste effroyable figure (en marge: Les Saincts contre les dragons). Sainct Hylarion au rapport de S. Hierosme (en marge; Hyero. in vit. Hilar.), fit allumer un buscher, & commanda à un enorme dragon qui devoroit les troupeaux & pasteurs de se jetter dedans, & il obeyt; les actes de Sainct Silvestre disent merveille de l’exorbitant dragon qu’il attacha dans Rome (en marge: Baro. anno 324); specialement dans nostre France nous voyons à Rouan ceste honorable memoire de sainct Romain, auquel par plusieurs ans passez, on a donné le privilege de delivrer un criminel meurtrier, en recognoissance d’avoir esté delivrez par luy d’un homicide dragon. L’hommage du criminel s’appelle lever la Fierte de S. Romain. Le pourtrait de Saincte Marte marque le mesme pour Tarrascon; à Poictiers l’on monstre encore les despouïlles d’un vieux dragon; comme aussi a Mets dans l’Eglise de Sainct Estienne. A Bourdeaux la Tour du dragon est encore sur pié; & dans le Perigord nul ne doubte du miracle, pour lequel je fais ces remarques.
(en marge: Supersitions) Je pourrois rendre raison pourquoy specialement dans les Gaules les serpens & dragons (en marge: Plinius lib. 3. c. 29) estoient si nuisibles aux hommes? asseurant que c’estoit une juste punition de la folle religion & croyance que les Druides leur avoient rendu recommandable, touchant l’oeuf appellé, Anguinum, formé de la sueur & escume des serpens entrelassez (en marge: Strabo lib. 4.; Coelius Rodig. c. 22 lib. 18; Duplex mem. des Gaules lib. I c. 12), asseurans que s’il estoit acceilly dans une coste d’armes, il donneroit grand pouvoir à celuy qui le porte pour gagner la bien-vueillance des Princes. Pline rapportant cecy, asseure comme tesmoing oculaire que l’Empereur Claudius tua de sa propre main un Chevalier Romain, qui portoit cet oeuf pen-
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du à son col, tandis qu’il plaidoit sa cause devant luy, comme s’il eut voulu faire violence à la Justice par ce charme.
(en marge: Dragons emblematiques) Maintesfois l’Eglise a mis par des Images des Saincts, pour monstrer qu’ils avoient foulé Satan, comme nous apprenons d’Eusebe (en marge: Euseb. in vit. Const. lib. 3. c. 3) dans la vie de Constantin l’Empereur, soubs lequel on effigioit un dragon transpercé. Ainsi voyons-nous au frontispice de l’Eglise de S. Sernin à Tholoze, le pourtrait de sainct Martial relevé en taille basse sur un marbre, tenant soubs ses pieds un dragon. Ainsi le docte Baronius (en marge: Baro. in Mart. 23. April.) dict qu’il faut entendre la representation de S. George le Martyr surnommé le Tropelophore.
Nous ne mettons en ce rang le dragon de nostre S. Fronto: car nous prenons la verité de ceste histoire rapportée par S. Anthonin (en marge: Anth. tom. I. tit. 6. c. 16), premierement du lieu de la Lynde, où le miracle s’est passé; (en marge: Repaire du dragon) estant là j’ay veu ceste petite ville posée sur la riviere de Dordogne, au delà de laquelle se leue une montagne qui blanchit de rochers, parmy lesquels on voit une ouverture entaillée par la nature haute de trois ou quatre pieds & deux de large; c’estoit le repaire ou nid de cet enorme dragon, qui de là en avant s’eslançoit indifferemment sur les hommes & bestes pour en faire curée; sur le haut de la roche la croupe de la montagne donne le plain, (en marge: S. Front Colori) où il y a une petite Eglise parrochielle fort ancienne, appellée S. Front de Colubro, & en vulgaire Colori, pour dire Colubri; du costé de la ville, & non guieres loing, l’on voit aussi une grande esplanade appellée le Champ S. Front, lequel on n’a voulu travailler, & suivant la traditive c’est pour honorer le lieu où l’Apostre prescha, & fit plusieurs miracles. De plus trois lieuës plus bas, & au bord de la mesme riviere, & dans la mesme province, la ville de Bragerac (en marge: Bragerac) est située prenant son etimologie de gens Braccara, ou Braccas gerens; ses armoiries sont un dragon volant dans le quartier gauche, en cham de gule, & au droict fleurs de lys sans nombre, & ce suivant la transaction faicte entre le Seigneur de Pons & de Bragerac, & les habitans de ceste ville, l’an 1322. (en marge: Trans. d. de Pons cum civibus Brag. anno 1322. Trellier traducteur) en laquelle le quatriesme article porte, quod in Sygillo consulatum arma seu signum dicti Domini ex una parte, & arma dicta villa ex altera, videlicet draco, insculpentur. Trellier jadis Advocat en ceste ville, traduisant les privileges, quoy qu’il fut religionnaire, se persuade, dict-il, que les habitans ayant veu ce miracle de Sainct Front, pour conserver la memoire d’iceluy, voulurent qu’un dragon fut pourtrait en leurs armoiries, & que ce fut un moyen particulier pour ranger ceste ville au Christianisme. Helas! quelle ingratitude verrons-nous dans nostre histoire, en ce peuple rebelle de present contre un si signalé bien-facteur?
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Temple de Mars) De tout temps (en marge: Gaulois guerriers) nos Gaulois ont esté guerriers (en marge: Salustius), les histoires en font foy, specialement les Romaines; si que l’un de leurs historiens dit que de son temps ils donnoient tellement l’effroy à toute l’Italie que s’ils combatoient contre les autres nations pour acquerir de l’honneur, il falloit prendre les armes contre ceux-cy pour conserver leur vie (en marge: Caes. de Bello Gall. lib. 6; Sol cap. 34); & comme tels ils estoient fort adonnés au culte de la divinité qui praesidoit aux batailles (en marge: Pomp. Mela lib. 3 c. 1): c’estoit leur Heze qu’ils honnoroient par l’effusion du sang des prisonniers de guerre, & auparavant les immoler (en marge: Niccis adoré par sang humain), suyvant Strabon (en marge: Strabo l. 4; Diodor. sic. cap. 9 l. 6), & plusieurs autres, ils frappoient sur leurs espaules du plat de l’Espée, Augurans la bonne ou mauvaise issuë de leurs entreprises par l’effroy & tremble de la victime; à raison dequoy Claudius Caesar destruisit l’ordre des druides, suivant la remarque de Suetone (en marge: Suet. in Claud.), quoy que Pline attribuë cela à Tybere, allegant un Arrest du Senat qui portoit deffence à toutes nations d’immoler les hommes. Ulpian le jurisconsulte (en marge: Ulpia, tit. qui hered. instit. possint § 6)observe que nos Gaulois estoient encores tant zeles à l’honneur de Mars, que par Arrest du Senat Romain il leur feut permis de l’instituer seul heritier universel entre tous leurs Dieux, comme celuy qui leur estoit le plus venerable.
Nostre Apostre rencontra dans la ville capitale de sa Province un temple consacré à ceste fauce divinité. Il descouvre aux Citadins par sa doctrine celeste la nullité de ce faux Dieu, le fait mespriser; voire les porta à demolir ceste maison d’impieté pour redifier une maison pour le culte du vray Dieu, & à l’honneur de son premier martyr; coustume qui fut presque generalement pratiquée en l’establissement du Christianisme. (en marge: Theodor. Evangel. verit. l. 8) La matiere des temples, dit Theodoret, qui sont estés abatus a esté expiée & purgée par les Eglises & Autels qui sont estés bastis; car nostre Seigneur a introduit dans les temples ceux qui sont morts pour luy en la place des Dieux, lesquels il a despouillés de gloire & d’honneur, & a donné cest honneur à ses martyrs (en marge: Act. 17 v. 23). (en marge: Temple de Mars sacré à sainct Estienne) Ainsi l’Apostre aux actes 7 semble avoir converti a dedié dans Athenes l’Autel du Dieu incogneu au culte de Jesus-Christ. Ainsi l’une des deux epistres qu’on croit estre de Sainct Martial tesmoigne que faisant renverser les autels du Dieu desdiez aux demons dans la ville de Bourdeaux (en marge: Martialis epist. ad Burd.), il reserva l’autel du Dieu incogneu pour le consacrer au Dieu d’Israel & à S. Estienne Martyr.
Sur ce faict remarquons avec Theodoret (en marge: Theodor. de Cura Graecarum affect. l. 9) le plus notable miracle du monde, que toutes les nations furent subjuguées à Jesus-Christ par la predication des Apostres, & changeant de moeurs
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& coustumes subirent volontairement le joug de l’Evangile, & neanmoins jamais aucun vainqueur n’a peu obtenir des peuples subjuguez qu’ils vequssent selon ses loix & son culte. Les Messagetes, dict-il, les Sybariens, Hyrcaniens, Caspiens, les Scytes, & toutes les autres nations sanguinaires, quoy que subjuguées par les Romains, neantmoins estimoient encore ceux-là miserables qui ne mouroient par la violence du fer, les autres precipitoient, mangeoient les vieillards, d’autres bailloient les corps morts aux chiens pour les devorer, enterroient les vivans entre les morts, &c. Tous ceux-là, conclut-il, apres qu’ils eurent receu les loix des pescheurs, & de couturiers, quitterent & eurent à desdain ces abominables victimes. Il y a quelque petite difficulté, sur autres deux oratoires bastis par nostre Sainct: l’un à l’honneur de S. Pierre appellé par le vulgaire, S. Peylaney, c’est à dire l’ancien, que la traditive dict estre la plus ancienne Eglise du Perigord, les fondemens ayans esté jettez par la revelation faite au Sainct le mesme jour du Martyre de son maistre. Je croy pourtant qu’il faut donner la preseance à l’Oratoire qu’il avoit dressé pour son usage au puy ou montagne hors la ville à l’honneur de la Vierge, qui du depuis porte le nom de Puy S. Front.
1. La premiere persecution de l’Eglise du Perigord.
2. Le martyre des quatre Disciples de S. Front.
3. Leur sepulture.
4. Bannissement & rappel du Sainct Apostre.
Parmy des succez si advantageux pour le Christianisme, le demon chasse de son ancien domaine se jette à la traverse, suscitant le President de la province, à ce qu’il arrestast le cours de la doctrine du Sainct, qui exauthorisoit le culte de ses Dieux. Il attaque premierement les Disciples, n’osant se saisir du Chef, pour crain-
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te de seddition du peuple qui dedia avoit gousté sa doctrine & veu ses miracles. Sainct Sillain, ou Silvain, natif du Perigord, fut arresté des premiers, duquel la vocation à la foy & conversion fut toute miraculeuse, puis qu’auparavant il faisoit l’office de bateleur ou jongleur, Dieu toucha si avant le coeur de cet homme, qu’apres le baptesme son zele le fit trouver digne de l’ordre Clerical, quelques jours apres sa capture les saincts Frontez, Severin & Severian ses condisciples, qui estoient cachez dans la montagne avec leur maistre vindrent à la ville pour operer de plus en plus l’oeuvre de l’Evangile, il sont descouverts, prins & menez prisonniers au President, accusez comme ennemis des Dieux & de l’Empire. S. Frontaise se monstra parmy plusieurs interrogations plus hardy à la response. S. Sillain reçoit de grands reproches sur ce qu’il abandonnoit son aage fleurissant aux tourmens qui se preparoient contre les destructeurs des Temples. Pourtant tous perseverent à vouloir mourir pour la religion de Jesus-Christ, sans estre esbranslez par ces grosses menasses. Le President pour faire justice exemplaire les fit conduire hors la ville dans un pré à la veuë du peuple: il commanda qu’ils fussent bourrelez de tourmens inouïs; car les voyant professer si librement la mort de leur Dieu, il commanda que du plus proche buisson on fit quatre couronnes, lesquelles ignominieusement l’on mit sur le chef
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de ces quatre victimes. En suitte faict attacher leurs testes contre le pal auquel ils estoient liez, avec des cloux, leur faict aussi transpercer les espaules avec des longues pointes d’acier, qui donnerent aux martyrs une douleur incroyable; neantmoins ils perseverent courageusement en leur confession jusques au dernier souspir de leur vie, qu’ils finirent la teste leur estant trenchée. De plus la sentence portoit bannissement contre leur maistre S. Front, lequel ayant recueilly les corps des saincts martyrs les fit ensevelir dans une crypte soubsterrene prés son oratoire, & fleschy par les prieres d’une Dame Chrestiene, qui habitoit non guiere loing de sa cellule, il permit qu’elle enterrast dans un lieu le plus caché de sa maison le corps du bien-heureux Syllain, où du depuis une Eglise a esté bastie soubs son nom; ainsi ce Pasteur durant la persecution se resolut à la retraitte vers les quartiers de Brive, jusques à ce que l’orage cessant par tout l’Empire Romain, il revint à son troupeau, augmentant de jour en jour le culte de Dieu par la ruine de la superstition. Mesmes, ô merveille! le President se convertit, lequel dans le sainct Baptesme il appella George, en souvenance de son bon amy l’Evesque qu’il avoit laissé au Puy en Vellay. (d)
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Le Demon veut empescher) A peine l’Eglise avoit esté arborée dans ceste province (en marge: Chrysost. adv. Gentes), que Dieu la voulust arrouser du sang de ses martyrs (en marge: Persecution dès le commencement), de peur que la rage des puissances du monde n’arraschat ce germe sacré; C’est la remarque de sainct Chrysostome contre les Gentils (en marge: Id. orat. 1 contra Jud.), la predication de l’Evangile, dit-il, ne resista pas seulement contre les efforts de ceux qui l’attaquoient lors qu’elle estoit enseignée & affermie par tout; mais à peine estoit elle plantée & semée dans les coeurs de auditeurs, que des lors elle fut contrainte de combattre contre tous le rond de la terre, contre les principautez & puissances, contre les gouverneurs du monde. Plus grand miracle, dit-il ailleurs, d’avoir perseveré estant attaquée dés le commencement, que si long temps apres qu’elle eut jetté ses racines par toutes les parties du monde (en marge: Bell. lib. de script. Ecclest.). L’authorité de l’histoire de ces martyrs est impugnée (en marge: Histoire des Martyrs impugnées) par plusieurs qui donnent pour conclusion generale que dans toute nostre France nous n’avons veu des martyrs jusques à la persecution de l’Empereur Anthonin l’an 160 de J.C. Bellarmin examinant & rejettant les deux epistres qui sont soubz le nom de S. Martial, au 2. tome de la Biblioteque des peres (en marge: August. 18 de Civit. Dei c. 52), fonde son sixiesme argument sur ce qu’il est là parlé du martyre de S. Valerie. Quod repugnat Severo Sulpitio, & Gregorio Turonensi, qui scribum temporibus M. Anthonini visa primum intra Gallias martyria. Puisque ceste proposition chocque la traditive de plusieurs provinces (en marge: Vid. Comm. Coquei) je mettré avec humilité quelques observations à l’encontre (en marge: Suppositions), & pour cest effait faut notter que depuis la promulgation de l’Evangile jusques à Anthonin il y a eu quatre signalées persecutions denombrées par S. Augustin, celle de Neron, de Domitiam, de Trayan, il met la quatriesme d’Anthonin; mais nous pouvons à bon droit adjouter avec Severe Sulpice (en marge: Sever. Sulp. l. 2 his. I) la persecution d’Adrian, la mettant la quatriesme; puis qu’il s’eschaufa en cruauté contre les Chrestiens qui furent contraincts d’escrire un apologetique, pour divertir son glaive qui pendoit sur leurs testes; car à la seule clameur du peuple ils estoient cruellement massacrés, sans forme du justice (en marge: Hyeron. de scrip. Eccl.). Faut aussi noter que la persecution d’Anthonin feut environ l’an 164 auquel temps le Christianisme estoit espandu par tout le monde, voire jusques aus dernieres contrées de la Barbarie, suivant le tesmognage de sainct Chrysostome ja cité (en marge: Chrysost. hom. 79 In Mat.); mesme desja nostre Royaume avoit entandu
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prescher sainct Mathieu, sainct Luc, sainct Crescent, sainct Trophime & autres, dont nous avons parlé citans les tesmoignages de sainct Epiphane (en marge: Epipha. in pan. de alogis).
Disons maintenant qu’elle apparence y a il que durant six vingts ans la France aye receu la foy parmi trois ou quatre persecutions (en marge: Raisons contraires), sans effusion du sang de ces martyrs, que Tertullian (en marge: Tert. in Apolog.) appelle la semence du Christianisme, 2. presque toutes ces persecutions furent generales, S. Chrysostome (en marge: Chrysost. orat. cont. Gent.) disant que la predication de l’Evangile des le commencement fut contrainte de combatre contre tout le rond de la terre, autant en dit Prosper d’Aquitaine nostre voisin (en marge: Prosp. Aquit. l. 2 de vangent. c. 5), specialement soubs Neron, pour lequel on a trouvé ce monument gravé dans les Espaignes, ob provinciam his qui novam generi humano superstitionem inculcare, purgatam (en marge: Oros. lib. 7 c. 7). Domitiam comme dit Eusebe (en marge: Euseb. lib. 3 c. 23), succeda inscelaratam Neroniani in Deum ediis & impietatis hereditatem (en marge: Met. in vit. S. Ignat.). Trajan fit un Edit à ce que les Chrestiens ubique perquirerentur, pour estre constrains par tourmens de sacrifier à la façon des anciens. Pourquoy maintenant veut on soubstraire de ces generales propositions les provinces de la France? (en marge: Premiers Martyrs de France) troisiesmement il nous conste du contraire par le martyre du grand sainct Denys, martyrisé à Paris, selon la plus juste supputation au temps de l’Empereur Trajan plus de 45 ans avant l’Empereur Anthonin, les tesmoignages de Sincellus (en marge: Sincel. in encom. d. dyonis.) sont autantiques en ce subject, de Suidas (en marge: Suid. verb. Dyoni.), de Beda (en marge: Bed. mart. Ibid. vide infra anno 163), & autres qu’on ne peut contrarier sans temerité (en marge: vide supra); non plus que ceux qui disent sainct Zacharie avoit esté martyrisé à Vienne l’an 101 soubs Trajan, les lettres des Eglises de Vienne & de Lyon (en marge: Vid. epit. Bar. per. spond. an. 109. nu. II), racontant leurs persecutions ne sont elles pas tres autantiques s’il en faut dire autant de sainct Eutrope à Xaintes, S. Crapaise & Fides à Agen, & de plusieurs autres. 4. cela dificilement seroit soustenu par ceux qui apreuvent la traditive des Apostres, & Confesseurs de la France, dans les premiers six à sept vingt ans, puis qu’il n’y a pas plus de fondement en l’un qu’en l’autre. 5. (en marge: Gregoire de Tours manque) il ne faut apres tant de preuves que le dire de sainct Gregoire nous serve de retenuës: car sans scrupule nous pourrions advouër son deffaut en ce point, comme aussi lors qu’il dit sainct Denys avoir esté envoyé à Paris soubs l’Empereur Decius, sainct Trophime à Arles, sainct Paul à Narbonne, lesquels neantmoins sont nommés dans les actes des Apostres. Je ne suis pas le premier qui attribuë ceste faute à sa simplicité remarquée il y a plus de 800 ans, par Hilduin Abbé de sainct Denys (en marge: Hildu. in Areop.); mais j’advouë avec le Cardinal Annaliste, que sainct Gregoire de Tours maintefois, non tam in remotis, sed in his etiam quae sunt suorum allucinatum. Pour Severe Sulpice, Pytou (en marge: Pithou in salv.) escrivant sur Salvian monstre combien il s’est trompé en ce point, la Saulsaye en ses Annales d’Orleans (en marge: La Saulsaye annal. dorl. lib. I) le refute encore plus au long. 6. (en marge: Signigication de martyria) l’equivoque du mot martyria, a facilité plusieurs à se tromper qui
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ne l’ont entendu suyvant le stile des anciens Docteurs Grecs, pour les Eglises qui sont basties au lieu des martyres des saincts, comme dans les Actes du Concile de Gangre & de Calcedoyne (en marge: Conc. Gangrens. c. 10), il est fait mention du martyre de saincte Euphemie, d’autant qu’il fut tenu dans ce Temple si celebre, & en ce sens nul ne doubte que les Esglises ne feurent publiquement basties en France, que soubs la fin de la persecution d’Anthonin, lors qu’il relascha de sa furie contre les Chrestiens.
Resteroit un petit doubte (en marge: Doubte resolu), comment ceste exposition ne destruit ce que nous avons dit touchant les Oratoires bastis à l’honneur de sainct Pierre, sainct Estienne, auparavant le temps de cet Empereur? Je respons qu’il y a difference de bastir des Eglises au lieu de la souffrance des martyrs appellé! Confessio, martyrium, ou des Eglises à l’honneur des saincts martyrs appellés Memoriae. Estant basties & dediées à Dieu en memoire des saincts du Paradis, & c’est le nom le plus ordinaire à sainct Augustin (en marge: August. de Civit. l. 22 c. 2) pour nommer les Eglises disant à ce subject, nous faisons & batissons à nos martyrs, non pas des Temples, comme à des Dieux; mais des memoires comme à des hommes morts, desquels les Esprits vivent avec Dieu.
Le President) Auparavant que Jule Caesar conquit les Gaules (en marge: Caes. de Bell. Gall. lib. 6) toutes ces contrées, à ce qu’il dit, estoient gouvernées par un estat democratique (en marge: Gouverneurs des Gaules), composé des Druides, des Chevaliers, & du menu peuple; mais apres la subjection aux Romains, elles feurent divisées par provinces tributaires à l’Empire Romain, pour l’administration desquelles on envoyoit de Rome le Proconsul qui avoit puissance d’ordonner par chaque ville les Lieutenans qui commandoient & recueilloient les deniers fiscaux, dont ils estoient appellés Roys, Comtes, Prevots, Presidens (en marge: Antho. part. Brevi. ani. P. Odo lhist. de n. dame du Puy); tel fut le Tyran qui fit mourir nos martyrs lequel plus volontiers j’appelleray, Quirinus, que Squirius, lequel apres sa conversion, comme un autre sainct Paul, de loup devint Berger, & fut appellé George par l’Apostre qui le baptisa, comme desja nous avons dit.
Commanda d’attacher leurs testes a un pau) Ce martyre (en marge: Samblable) est presque tout semblable à celui que les SS.
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Victorin & Fussian souffrirent à Anvers (en marge: Martyre), descrit par Pierre de Natalibus (en marge: Pet. in cat. lib. I c. 57), & Monbricius, in quorum naribus dit le Martyrologe Romain, Rectiovatus praeses jussit immitti tarinchas, & clavis ardentibus tempora transfigi, deinde oculos evelli, ac postmodum corpora jaculari, sicque una cum sancto Gensiano eorum hospite capitibus amputatis migraverunt ad dominum (Momb. t. I vit. sanct. martyr Rom. 11 Decemb.), & le vieux Brevaire du Perigord disoit fereis tarinchis caput illorum vallo confixit, & in qualibet temporum parte novenos clavos exibuit (en marge: Brevi. Petroch. in Syll.), ce qui est assés difficille a traduire? (en marge: Tarincha) bien est vray que Tarincha ferrea, ne signifia jamais un taraire de fer. Baronius commentant le Martyrologe dit que c’est un nom tout a fait incogneu, & que certains manuscrits au lieu de Tarinchas mettoient sudes ferreas (en marge: In mart. 11 Decemb.), concluant puto tarinchas illas esse quas Josephus lib. de Machabeis ex versione Erasmiana appellat succensorias, qua inquit erant tenuia ferra tela ad incendendum martyrem comparata (en marge: Joseph de Macab. ex erasm. traduct.). Cela est encore assés difficille à concevoir; pour moy je juge que Tarincha, est un mot de vulgaire, signifiant ce que les Xaintongeois & Poitevins appellent taincle, & partant Tarincha ferrea seroient des longues alaines ou pointes de fer qu’il ambroisoient & plantoient entre la chair & cuir des Criminels.
La persecution cessant) Il est fort vray semblable que nos saincts martyrs rendirent le dernier tesmoignage de leur foy soubs la persecution de Neron (en marge: Sueto in Nero c. 40), lequel apres tant de cruautés fut contrainct de s’arrester, tant parce que Julius Vindex propreteur des Gaules dont il estoit originaire; indigné des insolences & cruautés de l’Empereur (en marge: Ibid. c. 42), s’estoit resolu de bouleverser sa tyrannie par la rebellion de tout ce païs, qui gemissoit soubs le fais des tributs, & s’estoit ligué avec Gualba qui commandoit aux Espaignes (en marge: Orosius l. 7), l’Empereur craignant ces deux ennemis qui de fait causerent sa ruyne, fut contraint pour affermir son Diademe de quitter toutes ces Barbaries; son authorité, ses officiers, ses edits demeurant sans effait dans les Gaules, les actes de saincte Lucine (en marge: Act. S. Lucinae ex Baro. anno 69 n. 47) causent la fin de sa rage (en marge: Neron plus doux envers les Chrestiens), parce qu’il estoit inquieté & effarouché par l’aparition des Apostres Pierre & Paul, qu’il avoit fait mourir, au moins dans ce calme nous eusmes le rappel de nostre Apostre.
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1. Vision consolatoire pour S. Front.
2. Le jour de sa mort luy est revelé.
3. Nomme son successeur.
4. Choisit le lieu de sa sepulture.
5. Decés suyvi de Miracles.
Apres plusieurs travaux & fatigues que l’Apostre avoit receu Evangelisant par le Perigord, desja la Religion Catholique y ayant jetté bien avant ses racines, il estoit temps de salarier ce bon ouvrier, & par avant goust un dimanche qu’il celebroit les divins mysteres, Dieu luy apparut au milieu d’une lumiere en compagnie de la milice celeste, l’appellant à la recompence perpetuelle de ses travaux, le S. levant les mains & les yeux, fit offre de foy mesme à celuy qui dés si long temps il desiroit voir en sa gloire, le remerciant de ce qu’il ne l’avoit abandonné durant les travaux de son exil, ains caressé tandrement de ses divines consolations, luy recommandant au surplus le troupeau qui luy avoit esté mis en charge par son Lieutenant en terre, & voyant que sa requeste luy estoit accordée il luy fut dit que dimanche prochain seroit le jour de son trespas pour le passage à l’immortalité. Les misteres divins estant parachevès, il convoqua son Clergé, leur declara le jour de son decés, exorta tous à s’entray-
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mer fraternellement, destina Anian qui estoit son coadjuteur durant son vivant, pour estre pasteur de ce troupeau qu’il quittoit par son despart hors de ce monde, commanda que son sepulchre fut dressé au Puy S. Front tout contre les saincts martyrs ses disciples, Frontaise, Severin, & Severian, tout le peuple fondoit en l’armes voyant que dans peu ils devoient perdre un si grand sainct, lequel au contraire se resjoüissoit de voir que son ame jouyroit bien tost de la liberté pour aller à son Dieu, comme tousjours il avoit esperé. Huict jours apres la face du sainct parut toute lumineuse au public qui avoit acouru de toutes pars sur l’advis du proche decés de leur pere & pasteur. Il celebra le sainct sacrifice, apres lequel il benit son peuple & s’estant prosterné devant l’Autel, une lumiere esclatante l’envelopa, dans laquelle il rendit son ame à son Dieu, les assistans regrettans une telle perte luy dressent ses obseques selon la religion qu’il leur avoit apris, le portent dans l’oratoire de la Vierge, ou son corps evapora une odeur de Paradis, pour manifester la gloire dont ceste ame bien heureuse joüissoit dans le Ciel, comme elle fut manifestée à sainct George, estant au Vellay plusieurs malades acoururent à ce sacré corps, entre lesquels quelques aveugles, muets, boiteus & demoniacles furent gueris; son trespas fut le vingt-cinquiesme Octobre, l’an quarante & deux apres la passion du Seigneur.
F.B. Erreur dans la pagination du livre original: on passe de la page 69 à 80.
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Luy declara le jour de son decez) Tres sagement la divine providence à ordonné que l’heure de nostre trespas nous fut incognuë (en marge: Jour de mort incogneu), si est-ce pourtant que par faveur speciale, maintes fois elle est manifestée à plusieurs Saincts. Nostre sainct ayant travaillé pour loeuvre de Dieu, est adverty 8 jours avant son trespas de la recompence pour les travaux qu’il avoit pris mesmes en ses vieux ans: car l’abeille ne devient jamais frelon, & ne demeure jamais oiseuse, voire en se vieillesse (en marge: Ex Guidonis manusc. & Brev. Petroch.). Le fils de Dieu mesme le veut acertainer de ce point (en marge: Revelé); se presentant à luy devant l’Autel avec ses Anges; car c’est le lieu ordinaire ou ces esprits saincts se manifestent aux officiers liturgistes, suyvant la remarque de sainct Chrysostome (en marge: Chrysost. to. 5 l. 6 de sacerdotio), durant ce temps les Anges assistent au Prestre, & tout l’ordre des puissances celestes jette des cris, & le lieu proche de l’Autel est tout plein des coeurs Angeliques en l’honneur de l’oblation. (en marge: Pres de l’Autel) Mesmes il asseure d’avoir appris & le croit veritable, qu’un venerable vieillard en celebrant estoit honnoré de Dieu par plusieurs revelations, specialement au temps de la consecration il estoit spectateur d’une multitude d’Anges qui se tenoient debout au tour de l’Autel. Ou il remarque que presque les plus grandes revelations du sainct sacrifice de la Messe. Dans les Actes les Apostres faisant le sacrifice, ou plustot selon le Grec, celebrant la liturgie au Seigneur, λειτουργαντων δε ευτων τω ηυριω, le sainct Esprit leur revela l’employ qu’il vouloit faire de Saul & de Barnabas (en marge: Act. 13 v. 2), au temps de l’institution de la Messe, (en marge: Joannis 13 v. 25) sainct Jean tombant dans l’extaze aprint dans le vray escrain des tresors de la science & sagesse de Dieu, ce que depuis il nous a escrit de la generation du verbe, mesmes durant le souper au devis familier qu’il eut avec Jesus-Christ, il eut cognoissance de celuy qui le trahiroit. Les deux Disciples en Emaüs cogneurent le Seigneur en la fraction du pain (en marge: Sacrifice Eucharistique). Dans le cours de l’histoire ecclesiastique? l’on raconte plusieurs visions & revelations arrivées durant ce temps (en marge: Luc 24 v. 35), parmi lesquelles je trouve fort celebre celle que raconte Sigisbert, faicte dans la Guienne à l’Evesque de Bazas (en marge: Sygisb. in chron. ann. 453), l’an 453 pour confirmer le mystere incomprehensible de la Trinité.
Remarquons encore dans ces commancemens de l’Eglise lu-
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sage de sacrifice qui est annexé aux sacrificateurs Evangeliques, comme dict sainct Clement en apostrophant les Evesques (en marge: Clem. lib. 12 const. Apl. c. 29) qui ont succedé aux Levites de l’ancien tabernacle, le Sacerdoce n’ayant esté cassé: mais transporté des Hebrieux aux Chrestiens (en marge: Heb. 7 v. 12).
Destina son successeur) (en marge: Ordination publique) De peur que le Loup fut subrogé pour la conduite du troupeau au lieu du vray Pasteur, & a ce que la legitime succession des Evesques en la foy & Doctrine de leurs majeurs demeurat inesbranlable, les successeurs aux Chaires Episcopales ont esté declarés & ordonnés publiquement par l’imposition des mains; comme nous colligeons de l’Apostre à Timothée (en marge: Tim. 4 v. 5 & v. 1), ainsi fut il commandé dans les canons apostoliques (en marge: Cano. aplic. c. 4), & sainct Cyprian (en marge: Cypri. lib. I, ep. 5), asseure que cest solamnelle ordination faicte le peuple presant, avoit esté instituée par la divine providence, ne indignus aliquis aut ignorae & fidei sedem occuparet.
(en marge: Par qui eslus) Ceste eslection ou nominationde plusieurs à esté faite, quelquefois immediatement de Dieu mesme, comme Aaron en l’ancienne loy, sainct Pierre & les Apostres en la nouvelle, quelque fois Dieu s’est servy des hommes pour eslire, ores employant un seul electeur, comme ce qu’on dit que S. Pierre choisit sainct Clement pour son successeur, quelques fois plusieurs y ont eu voix, comme lors que le Prelat presentoit avant mourir à son Clergé un successeur, dont nous voyons l’exemple dans le Concile Romain tenu la 499 (en marge: Conc. Roma. tom. 1) declarant anatheme à ceux qui durant le vivant du Pontife traiteroient eo inconsulto de l’eslection d’un successeur; comme aussi le decés du Pontife survenant inopinéement sans nomination de son successeur, que celuy qui seroit esleu par la plus grande part du Clergé, fut ordonné; quelquefois les Evesques comprovinciaux, avoient voix avec le Clergé du lieu. Le droit du peuple estoit incogneu pour telles nominations au temps des Apostres; mais dans peu il se glissa bien avant, le peuple donnant seulement son tesmoignage de la vie & meurs de celuy qui estoit choisi, comme dit Tertullian (en marge: Tertull. apolog. c. 39), praesint probati quique seniores, honorem illum non praetio sed testimonio adepti. Du depuis à ce que le peuple affectionat plus son Pasteur; ceux-la seulement furent ordonnés qui estoient demandés par les voeux des Citoyens, par le tesmoignage des peuples, par le vouloir des plus honnorables, par l’eslection des Clercs, ce qui est ordinaire d’estre observé dit sainct Leon, és ordinations par ceux qui gardent les regles des Peres (en marge: S. Leo ep. 81 & 89).
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Son sepulchre pres des martyrs) Nostre Apostre choisissant pour sa sepulture la terre qui avoit esté sanctifiée par les ossemens de ces martyrs, ne voulut imiter le vain faste des plus grands de ceste Province, qui pour mausolée faisoit relever sur leur sepulchre choisi au milieu de leurs champs, une grande piece de Rocher impoli soustenu seulement de trois ou quatre pierres, & ce pour monstrer leur puissance & le nombre d’officiers, qui avoient peu suspandre en l’air ces lourdes masses (en marge: Petra elata), appellées peyrelade comme Petra elata, que quelques uns ont creu avoir servi de bornes pour les jurisdictions & seigneuries; ou bien que c’estoit des autels eriges vers l’orient suyvant la religion de nos Druides; mais apres tout, les ossemens trouvés au dessoubs ont declaré que c’estoit des sepulchres. Nostre sainct ne voulut aussi loger ses ossemens pres la riviere, quoy que ce fut pour lors une coustume fort pratiquee suyvant l’observation de Passerat (en marge: Passerat in Propers. lib. 4 eleg. 7) sur les vers de Properse (en marge: Sepulchre pres des Rivieres).
Accessit rippae laus Aniene tuae.
Les Chrestiens aussi prenoient ordinairement leurs Cemitieres, pres du courant des eaux pour advertissement aux vivans (en marge: Ovid. de trist.).
Quod properant anni more labentis aquae.
La terre qui estoit sanctifiée par les ossemens des martyrs luy estoit plus agreable; & ç’a esté bien souvent le desir des Chrestiens (en marge: Pres des martyrs) d’estre colloqués apres leur mort pres des saincts martyrs. Sainct Maxime aporte la raison, pour ceste cause dit il, nos encestres ont ordonné que nous mettions nos corps avec les ossemens des saincts, à ce que l’Enfer les redoubte & nous ne soyons atteins de la peine, & tandis que Christ leur illumine la noirceur des tenebres se retire de nous, en ceste maniere reposans avec les saincts martyrs, nous evadons les tenebres de l’Enfer par leurs propres merites; specialement par la communion de leur sainteté (en marge: Maximus S. 77 de S. mart.). Ainsi sainct Ambroise escrivant à sa soeur Marcelline la descouverte des reliques des saincts martyrs, Gervais & Protais, dit qu’il avoit destiné l’Autel sainct sur lequel il sacrifioit pour le lieu de sa sepulture; car il est bien seant dit il, que le Prestre repose là où il à acoustumé d’offrir (en marge: Ambros. ad Marc. l. 7 ep. 54); Neantmoins qu’il cedoit aux sacrées Reliques le costé droit, sed cedo sacris victimis dexteram portionem, locus ille martyribus debebatur. Il avoit desja colloqué le corps de son intime frere Satyrus du costé gauche du sepulchre du martyr Victor, suivant l’epitaphe qu’il en composa.
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(en marge: Epitaphe de S. Satyrus)
Uranio Satyro supremum fratris honorem
Martyris ad laevam detulis Ambrosius,
Haec meritis merces, ut sacri sanguinis humor,
Finitimas penetrans abbluar exequias.
(en marge: Ex dungalo. cont. Claud. Tauri.)
Grand merveille des Saincts de la loy de grace observée par sainct Basile (en marge: Basil. in psal. 115): car dit il, celuy qui touchoit un corps mort dans l’ancienne loy estoit immunde & avoit besoin de purification, maintenant si quelqu’un touche les corps des saincts martyrs il est santifié; voire dit S. Chrysostome, il acquiert la benediction (en marge: Chrys. serm. d. S. Juvent. & Max.)
Son visage rayonnoit) Apres que c’est Apostre eut paru suyvant la vision d’Ezechiel (en marge: Face angelique), a face de beuf cultivant par ses peines & travaux les ames de ceste Province (en marge: Ex es. I. S. 10), à face de Lyon courageus contre la persecution, qu’en façon d’aigle il eut pris l’essor par la contemplation vers le Ciel; suivoit qu’il pareut à face d’un Ange, tout destiné pour le Paradis. Ou je remarque que Dieu se communique plus particulierement aux saincts au dernier jour de leur vie qu’en autre temps; mesmes nous voyons souvant que les agonisans tirant aux abois declarent plusieurs choses qui leur estoient incogneuës jusques à lors, dequoy Cyceron (en marge: Cic. lib. I de divi.) veut rendre quelques raisons en son livre de divinations. Sainct Gregoire (en marge: Gregor. in Moral.) dit que desja l’esprit commençent d’estre détaché de ce corps qui l’accable (en marge: Revelations à la mort), opere plus en liberté qu’auparavant. Paulin scribe de S. Ambroise (en marge: S. Ambros. vit. Pet. Paulium), dans la vie qu’il en escrivit à la priere de sainct Augustin, asseure comme tesmoin oculaire, que quelques jours avant son deces, lors qu’il luy dictoit le commentaire sur le pseaume 43 tout d’un coup, du feu couvrit son chef, en façon d’un petit bouclier, & peu a peu s’insinua dans sa bouche, comme dans sa maison, & facta est facies ejus velus nix, sa face demeurant blanche comme neige, ce qui fut expliqué par Castus Diacre estre l’advenement du sainct Esprit, tel qu’il est d’escrit dans les actes des Apostres.
Il celebra le sainct sacrifice) Nostre Elie pour son voyage à l’immortalité prent le pain celeste (en marge: Hyeron. in max. c. 15), sans lequel celuy qui se haste d’arriver en sa demeure, seroit en grand danger, dit S.
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Hierosme; à cet effait nous voyons dés la primitive Eglise, que Lagneau offert Eucharistiquement à servi de phasé aux saincts pour leur passage vers le Ciel, suivant l’institution Apostolique rapportée par sainct Clement (en marge: Const. Aplica. l. 8 c. 23), par laquelle les Diacres avoient commandement de garder le residu de l’Eucharistie dans les Pastophores, c’est à dire la maison du Pasteur, & ce pour la donner aux fidelles infirmes & absans de la synaxe. Justin martyr en dit tout autant: Eusebe en l’histoire de sainct Denys d’Alexandrie qui envoyoit à Serapion l’aliment de l’immortalité en monstre la pratique (en marge: Inst. Apol. Euseb. hist. eccles.). Sur l’heure du trespas de sainct Ambroise au raport de Paulin son scribe (en marge: Viatique), une voix commanda par trois fois à Honoratus Prestre de Verselles de se lever, (en marge: Paulinus in vita Ambros.) & descendant sur le champ il presanta au sainct le corps du Seigneur, lequel ayant receu il rendit son esprit portant avec soy un bon viatique, à ce que son ame repue par la vertu de ceste viande, il participat à la compagnie d’Elie & societé des Anges ayant çabas vescu en terre tout angeliquement. S. Chrysostome au livre de Sacerdotio (en marge: Chrys. lib. 6 de sac.) asseure avoir appris de celuy qui avoit ces sainctes visions, que le corps de ceux qui partent de ceste vie apres avoir receu cet arre de l’immortalité sont gardés, & leurs ames conduites au Ciel par les coeurs angeliques, qui comme satellites entourent leurs corps. Nous en voyons l’effait en nostre sainct.
Il desceda le 23 octobre) Nous sommes certains de l’an, mois, & jour du trespas de nostre Apostre (en marge: Jour du decés), par l’inscription trouvée l’an 1261 (en marge: vi. infra ann. 1261) obit octavo Kalendas Novembris quadragesimo secundo post passionem Domini, qui fut suivant le Cardinal Annaliste l’an 7 du Pontificat de Linus, le 5 de l’Empire de Vespasian: il avoit gouverné l’Eglise du Perigord durant trente quatr’ans, surquoy je remarque que par singuliere providence Dieu voulut donner une assez longue vieillesse à ce sainct, ne permettant que l’effort de la persecution le nous ravit dés le commencement de sa venuë; à ce qu’il peut travailler assez long temps, pour nostre conversion & plus à plain nous rapporter ce qu’il avoit ouy, nous ascertainer des miracles & mysteres desquels il avoit esté spectateur, comme aussi pour affermir nostre croyance qui dés le commencement seroit choquée par les heresies. Ainsi les Disciples qui receurent les premices de l’esprit, feurent tous Macrobies & de longue vie. Sainct Denys Evesque de Paris à survescu sainct Ignace (en marge: Dyonis. citat. epis. Ignatii), d’où l’on conclud qu’il receut le martyre, ayant
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plus de cent ans. Sainct Simeon Evesque de Hierusalem (en marge: Macrobies), fut martyrisé à l’age de 120 ans, sainct Ignace qui escrit avoit veu Jesus-Christ en sa chair mortelle vescut jusques au temps de Trajan (en marge: Ex martyrol. 8 Octobr.). Quadratus second successeur de sainct Denys en la chaire d’Athenes, au temps de l’Empereur Adrian disoit, au rapport de sainct Hierosme (en marge: Hyeroni. de scrip. eccles.), qu’il avoit veu plusieurs qui avoient esté gueris & resuscitez par Jesus-Christ. Hermas disciple de S. Paul vescût jusques au dernier temps de l’Empereur Anthonin le pieux, & plusieurs autres. Remarquons aussi comme parmy plusieurs saincts qui furent massacrés (en marge: Mart. Ro. 9 Maii) en la naissance de l’eglise tant en Hierusalem qu’a Rome & par toute l’estandue de son Empire (en marge: Martyre non sanglant), Dieu ne permist pas que ceux qui avoient eu le coeur transpercé du glaive de douleur à la mort de Jesus-Christ leur Dieu & leur maistre, subissent derechef le glaive doulereux & sanglant du martyre, comme la Vierge, sainct Jean, la Magdalaine, Marthe sa soeur, son frere Lazare & Maxime, ausquels nous pouvons adjouter quelques autres disciples. Je ne fais point de doubte d’y colloquer nostre Apostre comme asseure le vieux Breviaire du Sarladois (en marge: Brev. Sarlat. in fest. S. Front), jadis composé soubz l’Evesque Pontius de Saliniaco.
Luy dresserent les obseques) Desja les Chrestiens avoient esté instruits (en marge: Act. 7) à rendre les honneurs funeraus au corps des fidelles par les Apostres (en marge: Sepulture chrestienne), lesquels en Hierusalem firent le grand deuil sur le corps de sainct Etienne Levite, c’est a dire les solemnelles funerailles, suivant l’exposition de Sainct Hierosme (en marge: Hyeron. ad Paul ep. 25); & ce, dit sainct Denys, affin que les reliques de ceux qui vivent en Dieu ne soient privées de l’honneur qui leur est deu (en marge: Et ep. 53 ad Ripar.); où bien encores comme dict sainct Chrysostome (en marge: Chrysost. hom. 4 in ep. ab heb.), affin que Dieu soit glorifié, le defunct honoré, & les vivans recoivent consolation. Si que dudepuis l’Eglise à tousjours pratiqué ce culte religieux pour vray tesmoignaige de la foy qu’elle à de l’immortalité de l’ame, & resurrection du corps trespassé.
Le corps de nostre sainct fut mis avec Hymnes & Cantiques dans le sepulchre choisi dans l’Oratoire de la Vierge, duquel il n’y a pas 50 ans que les fondemens furent descouvers prés la Nef de l’Eglise qui fut bastie à son honneur par Chronope (en marge: Ex M. S° Guidonis), quelques quatre cens ans apres, comme nous dirons en son lieu, (en marge: Pretantion fausse) & remarquerons de plus que c’est tres-injustement que le monastere de sainct Pons de l’ordre sainct Benoist pres de Nice en Provence, veut s’attribuer & maintenir qu’il possede le corps de ce glorieux
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sainct. Dieu voulut plus a plein apres son decés, la cruche de terre estant froissée par la mort, manifester la lumiere de ses merites par les miracles que nous avons racontés (en marge: Chronol. insul. lerinensis).
Revelation de sa mort) En suitte de ceste apparition (en marge: P. odo. lib. I c. 9), rapportée dans l’histoire de nostre Dame du Puy en Vellay, j’en rapporteray quelques autres; la premiere sera fondée sur la recompanse de l’hospitalité (en marge: L’hospitalité recompensée): car dit-on lors, que S. Front celebroit les divins mysteres dans la ville capitalle du Perigord, tombant en extase, il fut en mesme temps à Tarascon en Provence, assistant visiblement avec Jesus-Christ à la sepulture de saincte Marthe (en marge: Ribad. in act. sanctae Marthae), si que au rappel de son ravissement il se vit sans ses gans & son anneau qu’il avoit laissé par oubly; ce qui se trouva vray par les deputés qui y furent envoyés, n’ayant peu obtenir qu’un seul gan, retenans l’autre, qu’ils ont du depuis fait enchasser dans un Christal, pour memoire d’un tel miracle, qui est aussi rapporté dans la Bulle du Pape Sixte 4 donnée l’an 1476 en faveur de l’Eglise Collegiale de sainct Front (en marge: Bull. Sixti 4 anno 1476) duquel il dit, quod ab eodem Domino nostro ad sepeliendam sanctam Martham hospitam suam electus fuisse praedicatur. La prose qu’on disoit en la Messe du S. en parle en ces termes.
Mirares! dum celebratur,
Missa, Praesul soporatur,
Hora lucis tertia.
Tharasconum properatur
Christus illum comitatur,
Celebrant funebria,
Apud istos absens mansit,
Apud illos manens transit,
Manet in absentia,
Extra corpus praesul ansit?
Chyroteca cum remansit,
Dei sit scientia.
Dans tout ce narré il n’y a point de contradiction bien est vray que plusieurs tant Grecs que Latins ont fatrassé tant de choses apochriphes (en marge: Actes depravés) escrivant de saincte Marthe & S. Magdelaine (en marge: Vid. annot. Baron. in Mart Rom. 22 Jul.), que si la tradition de Tarascon n’estoit fort autantique nous aurions occasion de hesiter en ce point, auquel je trouve bon de suivre ce que dit le Cardinal Baronius en ce subject, in omnibus servando Apostoli regulam ut cuncta probans quod bonum est teneas. L’autre
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apparition de sainct Front (en marge: Apparition) est escrite dans l’Eglise de sainct Surin lez Bourdeaux, dans une table agraphée à la muraille, dans laquelle sainct Fronton Evesque de Perigueux, est mis avec six autres Evesques pour avoir assisté visiblement avec Jesus-Christ à la consecration du Cemitiere dans lequel furent ensevelis ceux qui estoient morts pour le nom de Jesus-Christ, dans la bataille qui fut livrée au mont sainct Gratian; (en marge: Supposée) mais certainement ceste inscription est jugée defaillante par plusieurs chefs, specialement en ce qui touche la sepulture des soldats de Charlemagne, morts à la bataille du mont sainct Gratian, de Lurbe en la chronique Bourdeloise (en marge: Chron. Burdigal. delurbe anno 778) avoit indiqué ceste histoire l’an 778. Charolus proceres Francos qui in angustiis montium Pyreneorum, insidiis ut fertur vasconum occubuerant, justis peractis Burdegalae sepelirit. Le pere Fronton Duduc, observe qu’il ne sçait pas sur quels historiens asseurés se doit appuyer cet, ut fertur: car dit il? s’il n’a d’autre garant que l’histoire de Turpin imprimée (en marge: Annotata Front. Ducei in chron. Burd.) avec l’Auteur Rerum Germanicarum, il n’est guieres bien fondé, veu qu’il y a plusieurs fables & contes de vieilles, prins de Romans, d’ou est parti ce qui est dit de Cemetieres de Bourdeaux & de Blaye. Un autre Bourdelois bien instruit des raretés de son païs (en marge: Etre jetée), met en mesme rang l’erreur de la Papesse Janne, & l’histoire des Preux qui accompagnoient Charlemagne; ainsi ceste derniere apparition demeurera assez affoiblie & sans preuve (en marge: De Reymond Ja. Pap. Jan.). Comme au contraire tout ce que nous avons rapporté de ce S. Apostre du Perigord paroit dautant plus fortement appuyé par ces scholiés & commantaires, que nous arresterons pour continuer nostre Chronique. (e)
Diis penatibus
nusquam satis.
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De Vespasian
Empereur l’an 5.
Desja durant le vivant du premier & tres-digne Apostre du Perigord (en marge: L’an de Jesus-Christ 76), Sainct Anian avoit esté choisi par son sainct precepteur & pere (en marge: Democ. in tab epist. pet.), pour conducteur & compagnon de son zele (en marge: Chenut. ib.), à ce que l’Eglise de ceste Province ne demeurat apres son decés sans chef pour succeder (en marge: Brev. Petroch.), comme un autre Josué, à l’esprit sainct du vray Moyse conducteur du peuple eslu. Il est vray semblable que auparavant ceste recommandation & ordination (en marge: Successeur), Calepodius estoit desja mort, lequel durant la fuite & retraite de sainct Front avoit eu en charge ceste Eglise persecutée & presque desolée en son absence (en marge: I. Pet. c. 5 v. 3). Sainct Anian donc ayant esté ordonné par l’imposition des mains pour successeur, vit tout le fardeau de l’Episcopat devolu sur ses espaules, son maistre estant decedé (en marge: Et imitateur de S. Front); sur les moeurs duquel il tâcha de se mouler pour se rendre, comme disoit sainct Pierre, la forme de son troupeau, lequel il exhortoit, affin que leur foy n’a guieres plantée, jettat bien
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avant ses racines, de peur d’estre arrachée par les orages, qui desja grossissoient contre le nom Chrestien, ce qu’il faisoit en vertu de l’abondance des premices de l’esprit receu d’enhaut, qui le firent tousjours recognoistre pour sainct, comme nous trouvons dans tous les Breviaires & martyrologes du Perigord. (en marge: Le faut distinguer) Il faut pourtant prendre garde qu’il y a plusieurs saincts dans le primitive Eglise soubs ce nom (en marge: Mart. Rom.); sainct Anian Evesque d’Orleans du temps d’Attila Roy des Huns; sainct Anian Evesque de Meaux duquel il est parlé dans les actes de saincte Geneviesve (en marge: Act. S. Genev.); voire sainct Anian Evesque d’Alexandrie successeur de S. Marc (en marge: Euseb. in Chronic.) estoit contemporain de nostre sainct, nous ne sçavons combien de temps il gouverna ceste Eglise; moins encore sçavons nous le temps de l’entrée de Chronope son successeur. (f)
De l’Empire
Romain ....
Anianus estant mort Chronopius restoit en vie l’un des Disciples de S. Front (en marge: Democares ibid.; Gall. Christ.), qui estoit natif du Perigord (en marge: Origine), fils de nobles Seigneurs, Elpidius estoit son pere, & Benedicta sa mere; mais à vray
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palrer il estoit avec meilleur tiltre vray fils de l’Apostre du Perigord puis qu’il luy avoit donné la nouvelle vie du corps & de son ame, du corps? par le signalé miracle qu’il fit en celuy qui desja avoit perdu la vie, son pere ayant obtenu par ses prieres & l’armes la resurrection de son fils, au grand estonnement de toute la Province (en marge: Resuscité), il donna aussi la vie à son ame & à toute sa famille qu’il baptisa jusques au nombre de trois cens, comme il est tesmoigné dans l’ancien Breviaire de la Province (en marge: Brevi. Petrochor. in off. S. Front l. 5 d. 3). Chronopius etiam Elpidis & Benedictae filius à morte suscitatus, beati Frontonis discipulus, ac demum in episcopatu successor, cum numerosa familia ab eo baptizatus, multorum conversionis ad fidem causa extitit (en marge: Ex guid. manusc). Nous trouverons en l’an 500 (en marge: Vid. inf. ann. 500) un autre Evesque Chronopius qui sortira de la famille de cestuicy, comme Venance Fortunat, nous semble le donner à cognoistre dans l’Epitaphe qu’il luy dresse au verset quatriesme (en marge: Venant. fortu. cann. lib. 4).
Ordo Sacerdotum cui fluxit utroque parente,
Venit ad haeredem pontificalis apex,
Nobilis antiquo veniens de germine patrum;
L’on ne s’estoit encore pris garde qu’il falut distinguer ces deux Chronopes (en marge: Le faut distinguer), d’où s’en suivoient plusieurs confusions en l’histoire, cestuicy n’ayant fait bastir la premiere Eglise, ny transporter les Reliques de sainct Front; ains faut le remettre au temps auquel nos Chrestiens seront en plus grand nombre, & auront plus de liberté pour leurs bastimens Ecclesiastiques;
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contentons nous de dire qu’on trouve plusieurs manuscrits (en marge: Ses escrits) soubs le nom d’Anianus & Chronopius successeurs immediatsde sainct Front (en marge: Ma. se. Aniani & Chron.), qui pourtant ont esté adulterez par le laps du temps, comme nous avons dit. L’année de sa mort nous est incogneuë, ny quels furent ses successeurs, si tant est qu’il en aye eu jusques à l’an 350. (g)
a cause des
persecutions.
Tous ceux qui ont escrit la suite des Evesques de nostre France, tant anciens que modernes sont contrains de brizer en ce temps icy. Sainct Gregoire Archevesque de Tours (en marge: Grego Tur. de gest. Franc.) à la fin de son histoire des François, dressant le denombrement de ses predecesseurs s’arreste & interromp icy notablement (en marge: Cause de vacance). Adon (en marge: Ado. in chro. ep. Vienn.) en sa chronique des Evesques de Vienne s’arreste aussi, Flodoüart (en marge: Flodo. l. 2 c. 5) mettant à la teste de son oeuvre les Evesques de Reims, laisse beaucoup d’entr’ouverture; les modernes sont contrains de faire le mesme, dont voicy les causes asses cogneuës à tous, asçavoir la rage de nos souverains contre le nom Chre-
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stiens, les Empereurs Romains ayant gouverné l’Aquitaine jusques à ce que les Gots l’eurent en partage l’an 409 & sans passer plus avant me semble bon de mettre icy les divisions anciennes & modernes de l’Aquitaine, qui nous serviront de guide pour le restant de cest ouvrage.
(en marge: Division de la Guienne) Lors que le gouvernement des Gaules fut donné à Jule Caesar 56 ans devant Jesus Christ (en marge: Notit. Imper.), l’Aquitaine estoit renfermée par les Pirenées par la Garonne & par l’occean, Auguste son successeur l’estendit jusques au Loyre. Soubs Antonin (en marge: Itinerar. Antho.) elle fut divisée à trois villes capitalles, Bourges, Bourdeaux, & Euse (en marge: Ammian. cap. 15); mais l’an 632 (en marge: Vid. inf. anno 632) Dagobert adjousta le Languedoc aux precedantes bornes de l’Aquitaine, pour en faire un plus ample Royaume en faveur d’Aribert son frere. Soubs la seconde race de nos Roys, ce Royaume s’estendoit jusques dans les Espagnes, au dela des pyrenées & jusques au Loyre de deça; mais lors que les Estats furent tenus à Limoges l’an 850 (en marge: Et anno 850) le nom de Roy fut supprimé, & les Ducs d’Aquitaine furent ériges, non avec telle estenduë ny puissance qu’auparavant. Aujourd’huy si nous divisons l’Aquitaine par le gouvernement & generalité elle comprant les païs de Bourdeaux, des Lanes, de Condomois, d’Armagnac, de Quercy, de Perigord, & de Roüergue.
Pour lors donc nous estions soubs la souveraineté de l’Empire Romain (en marge: Empereurs Romains), & partant voyons dans un sommaire denombrement des Empe-
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reurs, combien ils s’acharnerent contre le sang de nos fideles par dix ou douze persecution presque generales. Domitian (en marge: 84) succede à Tite Vespasian l’an 84; (en marge: 2. pers.) il fut autheur de la seconde persecution qui fut si atroce qu’il ne pardonna pas mesmes aus siens, faisant mourir son cousin germain & exilant sa femme avec sa niece. (en marge: 98) L’an 98 Nerva succede & baille un peu de respir (en marge: Vid. chronolog. Eusebii; Genebrardi; Gordonis; Turcell.); Trajan fait empereur (en marge: 100) dresse à la priere du Senat la 3. persecution generale. Adrian (en marge: 119) luy succede l’an 119 qui à la seule demande du peuple, sans autre forme de procés meurtrissoit les Chrestiens (en marge: 3. pers.). L’an 140 vient Anthonin (en marge: 140), auquel sainct Augustin attribue la 4. persecution (en marge: 4. pers.). L’an 163, Marc Aurelle (en marge: 163) tourmente extremement les Chrestiens de la France, tesmoin les lettres des Eglises de Vienne & de Lyon, aux Chrestiens d’Asie & d’Affrique. L’an 182, soubs Commodus (en marge: 182) l’on eut du calme; comme (en marge: 195) soubs Helius Pertinax, l’an 195. Soubs l’Empereur Severe l’idolatrie devray fut abolie en plusieurs lieus de la France, mais ce ne fut sans un cruel carnage qui fut le 5. persecution l’an 204 (en marge: 5. pers.). Les quatre suivans Empereurs (en marge: 213) donnent un peu de relache, Anthonin Caracalla l’an 213, Macrinus, Eliogabalus (en marge: 220) l’an 220, (en marge: 226) Alexandre l’an 226, mais aussi l’an 237 la sixiesme persecution de Maximin (en marge: 6. pers.)fut par special contre les Prelats de l’Eglise, & (en marge: 237) si Gordian & Philippe donnerent quelque paix; (en marge 253) aussi l’an 253 nous aporta la 7 persecution de Decius, briefve mais tres cruelle (en marge: 7. pers.). Gallus &
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Volusianus (en marge: 255) la renouvellent l’an 255. (en marge: 8. pers.) Nous marquons la huictiesme persecution (en marge: 259) l’an 259 soubs Valerian & Gallien, de plus les Allemens ennemis de l’Empire inondent la France & la pillent. (en marge: 269) Claude l’an 269 succede & à l’Empire, & à la cruauté. (en marge: 9. pers.) La 9 persecution (en marge: 273) fut allumée l’an 273 par Aurelian, Tacitus commande qu’on face un peu de trefve pour les Chrestiens, & si elle continue (en marge: 280) soubs Probus l’an 280, c’est neantmoins avec beaucoup de mal’heur de la Guyenne, l’Empereur estant venu és Gaules avec puissante armée contre les Allemans desquels il defit pour le moins 40000. L’Empire de Carus & ses enfans, Carinus & Numerianus ne furent qu’un relasche (en marge: 10. pers.), (en marge: 302) pour la 10 persecution de Diocletian & Maximian l’an 302 & plus cruelle que les precedantes, les Eglises abbatuës, les escritures bruslées, une infinité de Chrestiens murtris par tout le monde, & omnis fere orbis sacro martyrum cruore infectus est, & nullis unquam bellis mundus magis exhaustus est, dit Severe Sulpice (en marge: Sever. sulpic. hist.) soubs (en marge: 304) Constantinus Clorus l’an 304 la persecution ne cessa soudain apres qu’il obtint l’Empire à raison des troubles de l’occidant (en marge: Nazar. in pan. Cons.). Tout nostre Royaume fut notablement troublé soubs le siecle de Constantin qui pourtant fut favorable à toute l’Eglise chrestienne; (en marge: 307) car les Allemens estant deffaits par luy l’an 307 (en marge: Euseb. Caes. in vit. Const.) leurs Roys Ascaric & Rhagaise prins & exposés en theatre aux bestes fauves, neantmoins tousjours ils continuent leurs incursions contre
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son fils Constant Empereur (en marge: 342), qui dressa toutes ses forces contr’eux l’an 342 tantost vainqueur tantost vaincu. Julian son successeur (en marge: 358) se trouve en la mesme agonie l’an 358.
Or quel moyen d’avoir conservé les memoires des Eglises particulieres (en marge: Memoires perduës), & d’avoir tousjours eu des pasteurs parmi ces grands bouleversemens d’Estat & de religion; cependant il nous faut recourir au sainct Siege Romain, lequel nous recognoissons pour matrice de nostre Eglise, auquel persevere durant ce temps le flus non interrompu de 35 Pontifes presque tous martyrs de Jesus-Christ.
Il est pourtant croyable que nous avions des Evesques au temps doré de Constantin (en marge: Paix soubs Constantin), auquel nous trouvons les Evesques de France ligués avec sainct Hilaire Evesque de Poitiers, voisin de nostre Province, qui par un mutuel consantement decreterent separation de communion d’avec quelques Evesques de ces quartiers desja infectés de l’heresie d’Arrius; Saturnin Evesque d’Arles se sentant plus offencé obtint commandement de l’Empereur Constance pour constraindre les Evesques de s’assembler à Beziers, auquel conciliabule sainct Hilaire (en marge: Hylar. l. de Synod) faisant deffaut il fut par eux condamné au bannissement avec Rodanius Evesque de Tolose, manente tamen integra fide, au dire du mesme sainct Hilaire au liu de Synodis, (en marge: 358) qu’il escrivit en son bannissement l’an 358. Or il est vray samblable que parmi ces affaires si importans & si univer-
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sels nos Evesques de la basse Guyenne y estoient meslés, quoy qu’il ne leur adresse ce livre de Synodis, comme aux autres Evesques voisins (en marge: S. Hilaire escrit aux Evesques), Dominis & beatissimis fratribus & coepiscopis provinciae Germaniae primae & Germaniae secundae, primae belgiae & secundae, Lugdunensis primae & Lugdunensis secundae, & primae Aquitaniae, & novem populaniae &c. Sans dire mot de la seconde Aquitaine: car tous sçavent l’ordinaire division de l’Aquitaine desja mise suivant Isidore en ses annotations sur les provinces de France? (en marge: Division d’Aquitaine) La premiere à pour chef Bourges, Avaricum Byturicum, qui Cubi; la seconde apellée communement Guyenne, à Bourdeaux Bythuricum viviscorum, soubs lequel cette province de Perigord est comprise (en marge: Isid. in ann. ad prov. Gall.), & la Novem populanie recognoit aujourd’huy Aux pour Metropolitaine. La cause de ceste obmission ne seroit pas qu’il ny eut encores d’Evesques, les Evechés prochains estans tous fournis; pourroit estre que les nostres estoient tous partisans de ces Provençaus Arriens, qui comme tels ne meritoient le tiltre de confraternité, & autres eloges d’honneur que sainct Hilaire donne aux Ortodoxes.
L’an 363 Jovian fut Empereur (en marge: 363) durant huict mois, la mesme année, Valentinian (en marge: 367) luy fut substitué, qui l’an 367, crea Caesar son fils Gratian, (en marge: 381) soubs lequel Priscillianus l’an 381 par ses faux dogmes qui venoient des Gnostiques troubla notablement l’Eglise d’Espagne, & pour arre-
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ster le cours de ceste infame heresie (en marge: Gnostiques Heretiques) l’on assembla un concile provincial à Sarragosse, auquel les Evesques Aquitaniens feurent appellés, comme Delphinus Archevesque de Bourdeaux (en marge: Tom. I Concil. vet. edit.), & quoy que dans les signatures des actes de ce Concile il n’y ait que 12 Evesques, neantmoins il y en avoit davantage, selon la remarque du commantateur des Conciles (en marge: Binius in Concil.), leurs noms estans perdus à nostre grand dommage; cependant ni les ordonnances de tous ces bons Prelats, ni la condamnation de Priscillianus & des Evesques ses adherans, n’eurent assés de force pour arrester le cours de sa fausse doctrine; car se voyant vivement poursuivi, voire banni de l’Espaigne (en marge: Poursuivis), il s’en alla vers le Siege Romain au Pape Damase pour le tromper s’il luy feut esté possible, & revenant avec commandement de l’Empereur Gratian d’estre restably, par toutes ses courses il laissa en allant & venant comme l’escargot la piste de ses faux dogmes; Or le mal tout chacreus s’espandant de plus en plus, tant à Bourdeaux que és villes & provinces voisines, comme aussi pour obeyr au commandement du Tyran Maxime (en marge: Sever. Sulp. Hist. lib. 2) obtenu par Ithacius qui avoit esté contraint de se retirer vers les Evesques de ces quartiers estant chassé d’Espagne par l’Empereur; Delphinus Archevesque de Bourdeaux (en marge: 385) homme fort loüé par Severe Sulpice (en marge: Concil. Burdigal. ann. 385) assembla dans cette ville un Synode provincial de ses Evesques suffragans l’an 385 ce fut la que Instantius Priscillianiste estant interrogé le
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premier, & condamné comme indigne de son Evesché; son maistre Priscillianus estonné par la condamnation de son Symmiste, forma son appel au Tyran Maxime (en marge: Et condamnés), à laquelle evocation de cause les Evesques acquiescerent contre tout droit & constitution de l’Eglise; mais ce fut au despans de l’heresiarque; car estant convaincu devant le Tyran, il eut la teste tranchée avec quelques siens adherans, & les autres bannis; (en marge: Massacre) sur ces nouvelles les Bourdelois dans une sedition assomerent à coups de pierres la dame Urbica son escoliere, qui avoit sucçé le venin de la fausse doctrine, comme est rapporté tant par Severe Sulpice que par Prosper d’Aquitaine (en marge: Prosper Aquit. in Chroni.); mais les actes du Concile de Bourdeaux sont perdus (Chron. Burd. de Lurb.) & n’avons peu trouver le nom de nostre Evesque qui y assistoit comme suffragant. (h)
de l’Empire
d’Honorius....
Honorius successeur (en marge: L’an de Jesus Christ 395) en l’occidant à l’Empire de son pere Theodose l’an 395 herita sa pieté & zele pour la vraye religion, rehaussant grandement l’esclat du Christianisme; mais l’Eglise de
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France abusant de ce calme tomba en plusieurs vices & corruptions (en marge: Indevotion des François)
qui appellerent contre soy l’ire de Dieu, par l’inondation (en marge: 407) de toute sorte de nations barbares, qui l’an 407 se deborderent sur toutes ses provinces pour courir au desbris de l’Empire Romain. Sainct Hyerosme (en marge: Hyeron. epist. II ad Agueruciam) en l’epistre ad Agueruciam, nomme quelques unes (en marge: Punis), innumerabiles & ferocissima nationes universas Gallias occuparunt, quidquid inter Alpes & Pyreneum est, quod Occeano & Rheno includitur: Guadus, Vvandali, Sarmata, Alani, Guipedes, Heruli, Saxones, Burgundiones, Alemanni, & o lugenda respublica! hostes Pannoniis vastarunt (en marge: Par les barbares).
Ainsi durant ce temps malheureux toutes ces provinces des Gaules furent saccagées, & ce d’autant que comme lamante Salvian Evesque de Marseille en son livre (en marge: Salv. lib. 5 de vero jud.) qu’il à fait sur ce subject, in omnibus Galliis sicut diustiis primi, ita & vitiis, pour les bien-faits receus de Dieu ils luy avoient rendu une mauvaise revenche par leurs vices. (en marge: 412) Nos mal heurs grossirent fort l’an 412 auquel les Gots Arriens de religion descendans des hautes Allemagnes pour chercher nouvelles demeures, apres avoir brigandé long temps toute l’Italie, l’Empereur Honorius pour se descharger & avoir paix avec ces brigans, les envoya habiter en l’Aquitaine (en marge: Gots possedent l’Aquitaine); ainsin l’estat & la religion estant fort renversés, nous tombasmes soubs la puissance de ces enrages Heretiques, (en marge: Hyeron. ibid.) Aquitanie dit S. Hierome Novemque populorum Lugdunensis & Narbo-
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nensis provinciae praeter paucas urbes populata sunt cuncta, quas & ipsas foris gladius & intus vastat fames. Parmi ces siecles pervertis Dieu avoit donné à l’Eglise du Perigord un tres digne & tres fidelle pasteur, comme un juste Loth parmi les Sodomites, lequel sainct Paulin met au rang des Evesques de son temps dignes du Seigneur, conservateurs de toute la foy & religion. (en marge: Gregor. Turon. l. 2 de gest. Franc. c. 13 ex Paulini fragm.) Sainct Gregoire dr Tours au livre 2 de gestis Francorum raporte ce fragmant d’un oeuvre de sainct Paulin (en marge: SS Evesques) qui ne se trouve aujourd’huy en son entier, si hos videas dignos domino sacerdotes, vel Exuperium Tholosae, vel Simplicium Viennae, vel Dynamium Engolismae, vel Venerandum Alveris, vel Alithium Cadurci, vel nunc Pegasium Petrochoriis, vicumque se habent seculi mala, videbis prefecto dignissimos totius fidei religionisque custodes (en marge: Pegasius Evesque). C’est le tesmoignage qu’il rend de ces Evesques avec lesquels, à ce que je crois, il avoit fait cognoissance familiere durant son grand & long pelerinage en ces quartiers. Nous trouvons aussi par ce denombrement le temps auquel Pegasius fut Evesque, puisque nous sommes asseurés que sainct Exupere mis son contemporain fut à Tolose l’an 406. Democares (en marge: Democar. in tab. ep. Petroch.) à la table des Evesques du Perigord met Pegasius soubs Childeric qui fut au 5 siecle.
Incontinent arriva la ruine de la ville de Tolose qui long temps avoit esté espaulée par les merites de son sainct Prelat Exupere. Sainct Hyerosme (en marge: Hyeron. ibid.) ne peut s’en souvenir sans larmes & ce
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d’autant qu’il avoit de l’inclination pour ce lieu, ou il avoit fait partie de ses estudes; mais ce siege de la pieté & doctrine fut erigé par les Gots pour le siege capital de leur Empire ou tyrannie (en marge: Chron. Geneb. Galterii Burdigal.). Ataulphus fut le premier Tyran Got (en marge: Athaulphus) qui nous commanda; à son arrivée il fit massacrer presque tous nos Evesques de Guyenne, specialement sainct Savin Evesque de Bourdeaux, successeur de sainct Anian; nous examinerons plus bas si Pegasius mourut dans ceste persecution. Salvian spectateur de tous ces mal-heurs (en marge: Salv. loc. cit.) ne peut croire que dans toutes les Aquitaines qui regorgoient de crimes & abominations, il se trouvat un Prelat vrayement sainct personnage, pui que Dieu avoit si severement puni ceux mesmes qui estoient en opinion de sainctete; il les appelles à demi saincts, exceptis tamen per paucis ferme sanctis & insignibus viris, qui ut quidam ipsorum ait, sparsis redemerunt crimina nummis, y comprenant Euchaire de Lyon, Solonius de Veronne, Hilaire d’Arles, Prosper de Guyenne; & derechef au livre 7 (en marge: Salv. lib. 7 de ver. judicio) il les deschiffre estrangement, utique etiam in illa tunc generali vitiorum colluvie, recte minorum criminum reos fuisse credimus qui corrigi a divinitate meruerunt.
Nous sçavons tres bien que toute la discipline ecclesiastique estoit desbandée dans nos provinces (en marge: Indevotion). Salvian n’a point de honte d’appeller toutes les villes de la Guyenne un vray Bourdeau, que tous les grands ont rescu dans la
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bourbe de la lubricité, de l’adultere, & plusieurs autres crimes honteux pour nos Chrestiens qui n’a gueres avoient veu la saincteté de leurs premiers Apostres.
L’an 414 Ataulphe (en marge: 414) avec 6 de ses enfans estant massacré par les siens (en marge: Dubouchet ann. Aquit.), Segericus son successeur ressentit aussi la mort violente (en marge: Segericus), Vvallia fut esleu (en marge: Vvallia) nos annales d’Aquitaine le recognoissent pour leur premier Roy, l’an 419 (en marge: Chron. Burdig.) soubs lequel nous fusmes fort tyrannisés, Prosper d’Aquitaine vray Hieremie (en marge: 419) de son temps se l’amente l’an 419 de ce qu’il avoit tantost dix ans que tout son païs (en marge: Prosp. Aquit. lib. de provi.) estoit en proye aux Vvandales & Gettes. Heu cede decenni Vvandalicis gladiis sternimur & Geticis.
Les Romains resistoient à leur possible à ces usutpations, jusques à ce que à nostre grand malheur! la paix fut accordée entre le Roy Vallia & Constantius general de l’Armée Imperialle, par laquelle toute la basse Guyenne fut donnée en propre à ce Roy infidele.
Mais tous ces maux ne furent que des esgratineures ou plustost des ombres ou peintures de mal, au pris des douleureuses escorchées que nous receusmes du fleau de Dieu Attila Roy des Huns (en marge: Attila), qui comme dit Theophanes (en marge: Theophan. lib. 66), estoit né pour la terreur de toute la terre, il s’eslança dans la France, specialement dans les Aquitaines, comme un foudre de guerre l’an 451 avec une armée composée de je ne sçay combien de nations, outre celles que S. Hyerosme
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nomme, renversant, peslemeslant les choses divines & humaines avec telle calamité & ruine totale de ces provinces, qu’à bondroit ce Tyran se donna le nom parlant à un de nos Evesques de France de flagellum Dei (en marge: Fleau de Dieu). Comme Isaie nomme Assur l’impie persecuteur du peuple de Dieu (en marge: Isa. 28).
Durant ce temps vivoit Lupus (en marge: Lupus Rhetoricien) pour lequel ceux d’Agen & de Perigueux estoient en une saincte contention & debat à qui l’auroit en leur ville, pour enseigner la Rhetorique; car il estoit natif en l’une, & marié en l’autre, ces deux villes donc à l’anvy, tant à cause de ses rares perfections que de sa noblesse, le vouloient attirer à eux; comme il appert par une epistre que Sydonius Apollinaris (en marge: Sydon. Apol. lib. 8 epist. 2) le Senateur, & qui avoit esté ravy de la prefecture pour l’Episcopat, luy escrivit comme à son intime, laquelle rapportant en partie (en marge: Missive), nous apprendra beaucoup de particularitez qui nous touchent. Lupo suo salutem. Quid agunt Nitiobroges? quid Vesunici tui? quibus de te sibi altrinsecus vindicando nascitur semper sancta contentio, unus te patrimonio populus, alter etiam te matrimonio tenet; cumque hic origine, iste coniugio melius quod uterque indicio.
Apportons à ce passage assés obscur de la lumiere, nous servans de l’exposition de Savaron (en marge: Comm. Savaro. in Sydo.). Nitiobroges, sont les Agenois, comme il se trouve dans la Biblioteque de Scaliger, Lupo Aginnensi. Vesunnici, sont les Perigordins,
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comme nous avons dit: unus & hic, se rapportent aux Agennois pour sa naissance; & alter & iste indique les Vesunniens pour son mariage; or si ce Lup estoit le mesme que Lupus, ou Leu en vieux François, Evesque de Troye en Champagne (en marge: Expliquée), auquel Sidonius escrivit plusieurs autres lettres, Lupo triscassino, nous conclurions que sainct Hilaire Evesque d’Arles & Primeniola estoient natifs de Perigueux, puis que sainct Leu y avoit esté marié; car tous accordent que sa femme s’appeloit Primeniola soeur de S. Hilaire ja nommé (en marge: Baron. vid. to. 5), si cela estoit asseuré j’aurois un grand champ descouvert pour dire merveilles de ces deux saincts, comme appartenans à nostre Province; mais la chose estant douteuse je ne m’y arreste; ains remarque le zele de ces deux ville pour avoir ce Lupus (en marge: Zele louable), tant pour estre honorés de ses rares merites que pour apprendre de luy la Rethorique en laquelle il estoit puissant; & ne pouvant contenter à la fois ces deux villes, à son absence il envoyoit Dripanius à Agen, & Antedius grand Rhetoricien d’un stile doux & elegant pour instruire les Vesunniens (en marge: Sydo. Ibid.): Tu vero utrisque presentiam tuam disposite vicissimque partitus, Dripanium illis, modo istis restituis Anthedium, & si à te instructio Rhetorica poscatur, hi Paulinum, illi Alcimum non requirunt. Sur quoy ces deux villes sont à louër de ce que au temps que les estudes & les hommes de lettres estoient mesprisez, suivant la plainte du mesme Apollinaris en l’epistre 17 (en marge: Idem. ep. 17 lib. 4 & ep. 2 lib. 8)
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du 4. livre, & epistre 2 du 8 comme aussi de Claudianus Mamercus (en marge: Claud. Mam. lib. 7 de statu. anim.); neantmoins ceux cy s’estudient pour avoir des personnages bien lettrez; mesme les Vesuniens refusoient de recevoir pour Rhetoricien (en marge: Paulin le jeune) en leur ville Paulin le jeune, homme au reste fort eloquent, suivant le tesmoignage de sainct Hierosme (en marge: Hyeron. epist. 13). Sed & ipsum genus eloquii pressum est ac nitidum, & cum Tulliana luceat puritate; crebrum est in sententiis; mais il estoit impertinent en sa poësie mal à propos attribuée à sainct Paulin de Nole; d’autre part il ressentoit pour lors à l’heresie des Priscillianistes par lesquels il avoit esté infecté à Bourdeaux, comme nous descouvrons par son oeuvre Eucharistique (en marge: Paul. eucharistic.), & partant les nostres ne vouloient appeller dans leur ville c’est esprit dangereux.
Theoredus ou Thodoric Roy des Gots succeda à Vvallia au Royaume d’Aquitaine (en marge: Chron. Genebrardi). Thurismond l’an 456 fut en suite Roy d’Aquitaine (en marge: 456) Theodoric second vint apres, lequel passant son armée dans les Espagnes, par son absence donna occasion aux François de s’emparer du païs (en marge: Galtherii; Burdig.) qui est appellé de France, pour y establir leur Monarchie soubs Childeric.
Nostre province avoit souffert durant toutes ces inondations des maux notables; (en marge: Roys des Gots) mais encore ce n’estoient que des avans-gouts de la couppe de la fureur du seigneur (en marge: 464) qui fut espanduë sur nos Eglises l’an 464 soubs Evarix où Erric successeur de son frere Theodoric, homme cruel contre les catholiques qu’il persecuta
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à outrance. Sainct Gregoire (en marge: Grego. Turo. lib. 2 de gest. Franc.) le remarque, Maxime tunc Novempopulaniae geminaeque Aquitaniae urbes ab hac tempestate depopulatae sunt: car c’est ainsin qu’il faut lire, selon l’observation de Papirius Masso (en marge: annotat. Papi. Masso), & non pas geminae Germaniae. (en marge: Misere de l’Aquitaine) Vincent de Lerins en parle fort au long; mais Sydonius Apollinaris (en marge: Sydon. Apol. ep. 6 lib. 7) dans l’epistre 6 du 7. liv. escrite à l’Evesque Basile en parle à fons, & pour voir la face desolée de l’Eglise du Perigord, il nous faudroit icy transcrire tout au long cest’epistre. Premierement il nous represente le Tyran Evarix, comme un Loup carnacier, animé par l’heresie Arriene, qui saisissoit à la gorge les vrais pasteurs, à demi endormis pour à loisir se gorger de la ruyne des ames, en quoy il le compare à ce riche Glouton, au Pharaon cruel, au Roy de Babylone, à Assur qui toune de faste Royal (en marge: Luc 16 Exod. 5; Daniel 3; Ezech. 32), & toute la Guyenne au pauvre Lazare tout playé, au peuple de Dieu asservi, aux enfans fideles jettés dans le fournaise, & ce d’autant qu’il avoit tellement à contre coeur le nom de Catholique, qu’il sembloit par son furieux zele tenir autant de preéminence en sa secte, comme il relevoit parmy les siens en puissance (en marge: Sydo. ibid.), tantum ut ferunt ori, tantum pectori suo Catholici mentio nominis esset, ut ambigas amplius ne suae gentis, an suae sectae teneat principatum ad hoc armis potens, acer animis, annis alacer. Que nos religionaires de ce temps prenent garde à quels monstres leur impieté succede. (en marge: Tyran) Ce tyran exerça specialement sa rage sur les Pa-
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steurs fidelles en banissant les uns, faisant mourir les autres, ne permettent qu’on y mit des successeurs. Voicy le nom de plusieurs Evesques destitués pour lors de leurs pasteurs (en marge: Du Perigord), compris dans ce piteux estat, discite cito catholici status valetudinem. Burdegala, Petrochorii, Rutheni, Lemovices, Gabalitani, Elusani, Vasates, Convenae, Ausenses, multoque jam major numerus civitatum, summis sacerdotibus ipsorum morte truncatis, nec ullis deinceps Episcopis in deffunctorum officia suffectis &c. Latum spiritualis ruinae limitem traxit (en marge: Idem ibidem). Plusieurs ont creu que tous les Evesques de ces lieux avoient esté mis à mort par Evarix, sainct Gregoire de Tours (en marge: Grego. Turo. lib. 2 c. 25), grandem in Galliis super christianos intulit persecutionem, truncabat passim perversitati suae non consentientes, clericos carceribus subigebat, sacerdotes vero alios dabat exilio, alios gladio trucidabat. Je conjecture pourtant qu’en ce temps icy Pegasius estoit mort; & si tant est qu’il eust eschapé les precedentes persecutions, peut estre le faudroit-il mettre au rang des Evesques, lesquels, sparsis redemerant crimina nummis, comme nagueres disoit Salvian (en marge: Salvianus loco cit.). Les Vesunniens à cette derniere persecution furent chassés de leur ville par les Gots, & la Religion Catholique demeurant sans Pasteur pour la conserver, receut un notable dommage, non seulement dans les parroisses champestres (en marge: Eglises desolées), les Eglises estant saccagées, pillées, bruslées, sans toict, sans portes, sans estre frequentées, l’herbe croissant dans
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leur parvis; mais encore dans les villes par tout on voyoit l’image de la desolation, escoutons Sydonius (en marge: Sydo. ibid.), nulla in desolatis cura Dioecesibus parrochiisque; videas in Ecclesiis, aut putres culminum lapsus, aut valvarum cardinibus avulsis, basilicarum aditus hispidarum veprium fruticibus obturatos, ipsa pro dolor videas armenta, non modo semipatentibus jacere vestibulis, sed etiam herbosa viridantium altarium latera depasci; sed jam non per rusticas solum solitudo parrochias, ipsa insuper urbanarum Ecclesiarum conventicula rarescunt, &c (en marge: Sans frequentation). quand il dict que nos Eglises estoient pleines de broussailles, ce n’estoit pas tant à raison du peu de frequentation, que parce que Evarix avoit fait clorre les porches des Eglises avec des espines pour empescher l’abord à nos Catholiques qui restoient dens ce notable déchec de la Foy (en marge: Baro. anno 471 & 476), qui ne fut pas singulier pour ce païs; car l’an 471 & 476 (en marge: 471 et 476) tout l’univers gemit soubs le gouvernement des Princes ou heretiques ou infideles.
Sidonius envoye l’epistre 6 du 2. livre à un Pegasius (en marge: Sydon. epist. 6 lib. 2), qui estoit aussi son intime, peut estre estoit-il nostre Evesque (en marge: Epistre). C’est tout ce que j’ay peu observer de ce Prelat dans ces siecles infortunez; voyons un temps plus propice. (i)
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Alaric Roy d’Aquitaine.
Nonobstant tous les efforts de l’heresie Arrienne nos Catholiques conserverent la Foy qui duroit encore soubs Alaric (en marge: L’an de Jesus-Christ 476), successeur de Evarix, qui mourut, comme dict Gregoire de Tours (en marge: Grego. Turo. lib. 2 c. 25), ultione divina percussus, ils estoient chassés de leur ville; mais non separés de leur Dieu, leurs Eglises, autels monasteres avoient esté renversés, bruslés; mais leur constance & fidellite demeuroit sur pied (en marge: Courage des Chrestiens), & lors qu’ils eurent un peu de relasche il esleurent des Pasteurs zelés & affectionnés pour opposer le courage à l’orage. (en marge: 485) L’an 485 plusieurs maladvisés beans apres le bien des Eveschés qui desja estoient grands, pactisoient & sacrilegement aheptoient des Gots les sieges Episcopaux, suivant la plainte de Sydonius (en marge: Sydon. epist. 5 lib. 7), dicere auderem tam precipitis animi esse plerosque tamque periculosi, ut sacrosanctum sedem dignitatemque pretio oblato affectare non formident.
Chronopius, que les autres nomment Acronopus, n’entra dans l’Episcopat par la porte de la Symonie; mais par une saincte succession de ces aieulx (en marge: Democ. in tab. ep. Petroch. Chenutus), comme asseure Venance For-
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tunat Evesque de Poictiers (en marge: Gallia Christ.) dans l’Epitaphe qu’il luy dresse, lequel nous represente les vifs lineamens de ses rares vertus, dignes d’un S. Prelat, bien necessaire à ce Dioceze desolé (en marge: Chronop. Evesque). Je suis d’afvis de renverser un peu l’ordre de l’histoire, mettant son sepulchre au commencement de sa vie, pour suivre apres plus à l’asseuré ce que Fortunat nous apprandra de luy (en marge: Venant. fortunatus carm. lib. 4).
(en marge: Epitaph. Chrono. episc. Petroch.)
Epitaphium Chronopii.
Episcopi Petrachoricensis
Si terrena sacer quondam tibi cura fuisset
Carmine plus lachrymas quanmodo verba darem,
Sed quia tu mundus, nec sunt tibi crimina mundi,
Nos gaudere mones qui sine morte manes.
Antistes pietate calens venerande Cronopi?
Membra sepulcha tegunt spiritus astra tenet.
(en marge: Origo)
Ordo Sacerdotum cui fluxit utroque parente,
Venit ad haeredem pontificalis apex.
Hunc tibi jure gradum successio sancta paravit,
Ut quasi jam merito debitus esset honor.
Nobilis antiquo veniens de germine Patrum,
Sed magis in Christo nobilior merito.
Sic vultu semper placidus, seu mente serenus,
Pectore sincero frons sine nube fuit.
Cujus ab eloquio nectar per verba fluebat
(en marge: Eloquentia)
Vinceret ut dulces ore rigante favos.
Nudorum tu vestis eras algentis amictus,
Qui ad tua tecta fugit tectus & ipse redit.
Divitias omnes inopum sub ventre locasti
(en marge: Charitas)
Unde tibi semper viva talenta manent.
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Esuriens epulum, sitiens te sumere potum,
Cernere te meruit tristis & exul opem.
(en marge: Pro civibus)
Implesti propriis viduatam civibus urbem,
Videruntque suos te redimente lares.
Quam lupus a stabulis tulerat frendente rapina,
Te pastore gregi reddita plaudit ovis.
Templa exusta celer revocasti in culmine prisco,
(en marge: restaurator)
Hinc tua, sed coelis stat sine labe domus.
Ipse bis octono vixit in corpore lustro,
(en marge: Moritur)
Nunc tibi pro meritis stat sine fine dies.
Voilà le narré de la naissance illustre, de la vie saincte, & de la mort heureuse de nostre Evesue descrite elegamment: il nous faut par pieces resuivre ses loüanges (en marge: Son origine), remarquant la noblesse de sa race de germine Patrum c’est à dire Episcoporum ou senatorum, ce qui estoit ordinaire aux Evesques de ce temps là; car comme observe Sydonius (en marge: Sydoni. oratione pro elesct. simpl.) en l’arangue qu’il fit pour l’eslection de Simplicius Evesque de Bourges, affin qu’en ces quartiers l’estat Episcopal fut respecté, presque tous les Evesques avoient esté prins de la race des Senateurs Romains, d’où sont provenus les grands biens & richesses des Eveschés (en marge: Evesques Nobles); voire selon le mesme Sydonius, les Gaulois Romains de grand maison qui estoient pour lors soubs la puissance des Alains, Francs & autres vainqueurs, se trouvoient privés des charges & offices, tant pour la guerre que pour les magistratures; si qu’ils estoient bonnement contrains dimittere civitatem aut capillos; que si par le mot de Patrum, il faut entendre les Eves-
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ques, & que l’ordre d’Evesque soit escheu à Chronopius par la succession de sa genealogie, ce n’est rien de nouveau, puisque ordinairement on choisissoit des veufs ou des mariés qui se separoient de leurs femmes, dont nous avons exemples à foison, & quelquefois la saincteté de leurs enfans les faisoit trouver dignes d’heriter au sacerdoce, ce que despuis fut deffendu par les Conciles. Pourroit estre que son pere & son ayeul auroient heu l’Evesché, pour expliquer ce utoque parente; neantmoins l’on peut dire que sa mere estoit aussi fille de quelque Evesque à la façon que nous avons dit, & que la race de l’ancien Chronopius estoit encore debout depuis 400 ans.
Dés lors qu’il fut appellé à l’Evesché (en marge: 490) ceste province commença d’humer un air plus doux que par le passé; Alaric durant 22 ans de son regne laissa les Catholiques en liberté (en marge: Ami d’Alaric) voire il respecta grandement, tout heretique qu’il estoit, plusieurs Evesques, comme sainct Remy, & Chronopius trouva tellement grace devant ses yeux, que comme Nehemie (en marge: Nehem. 2 v. 6) envers le Roy Artaxerses, il obtint le restablissement des Perigordins dans leur ville, de laquelle ils avoient esté bannis quelques années auparavant par ce Loup carnassier Evarix. Quam Lupus a stabulis tulerat, appellé aussi loup de ce païs par Sydonius (en marge: Sydon. epist. l. 7), istius aeris lupus qui peccatis pereuntium saginatur animarum.
Apres que ses brebis furent restablies (en marge: Restaurateur) dans
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leurs maisons delaissées & presque desolées, le sainct Prelat jetta l’oeil sur la religion & discipline Eccleisastique pour la remettre sur pié; à cet effaict se resolut avec tous les autres Evesques de ces quartiers de demander au Roy des Gots, quoy qu’Arrien, congé d’assembler un Concile pour remedier aux necessités de l’Eglise, ce qu’ils obtindrent heureusement, la ville d’Agde en Languedoc leur estant assignée en laquelle 25 Evesques s’assemblerent au temps du Pape Simmaque (en marge: 506) en mois de Septembre l’an 506 & 22 du regne d’Alaric, auquel Concile S. Caesarius Evesque d’Arles praesida (en marge: Concile d’Agde), & Cronopius tenoit le 17. rang parmy les Evesques (en marge: Concil. Agatens. tom I conc.) qui estoient tous honnorés de la gloire & tiltre de Confesseur, pour avoir conservé la foy contre l’Arrianisme. Plusieurs de ceux qui estoient à la tenue & signature du Concile sont recogneus de l’Eglise pour saincts.
Le motif de ce Concile (en marge: Vide prefat. concil.) estoit pour restablir la discipline Ecclesiastique renversée (en marge: Pour restablir l’Eglise), comme il se voit dans la praeface; ou de plus en revanche du congé de s’assembler baillé par Alaric, ils font prieres solemnelles à Dieu pour la conservation & augmentation de son Royaume. Il y a 71 articles tant pour les Evesques, les Clercs, que pour regler les Abbez, Moynes & Religieuses; comme aussi plusieurs ceremonies tenues par tradition apostolique furent commandées. Specialement l’onction de l’Autel, le jeusne de la saincte quarantaine, le celibat des
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clers, que les Catholiques ne se mariassent avec les heretiques, assistassent à la messe les Dimanches, & autres choses dignes d’estre leues pour confondre les novateurs de ce temps.
Clovis nostre premier Roy tres Chrestien portant à contre coeur que toute cette noble partie des Gaules fut commandée par un homme Arrien (en marge: Omnes histor. de Regno. Galliarum), estant d’autre part picqué de quelques particuliers offances, se resoleut l’année d’apres, de joindre tout ce païs icy à sa couronne. Alaric (en marge: Alaric persecuteur) soupçonnant que S. Caesarius Evesque d’Arles, & S. Quintin Evesque de Rhodez favorisoient le party des François & Bourguignons (en marge: Baron. hoc. ann.), esperant par sa severité contenir les autres Evesques, bannit ces deux saincts de leur ville. Ce qui aliena tellement les affections des autres Prelats, que presque tous poussez de l’esperance de mieux, tournerent les yeux vers les armes victorieuses du Prince François, lequel par le conseil de sainct Remi, à ce que dit Hincmare (en marge: Hincmari. hist.), pria tous les Evesques de son parti (en marge: 507) de s’assembler au Concile à Orleans (en marge: Concile d’Orleans) cette année mesme, 507 affin qu’ils remediassent de plus en plus à la discipline ecclesiastique: veu mesme qu’au Concile precedant article 71 il avoit esté ordonné que tous les ans les Evesques ne manqueroient de s’assembler au Synode suivant les anciennes constitutions (en marge: Concil. Aurel. l. 10. I. conc.); Tetradius metropolitain de Bourges y presidoit, à ce que je crois, les Evesques d’Aux, de Roüan, de Bourdeaux, de Tolose y estoient presans. Cronope tenoit
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l’onziesme rang parmi les 33 ausquels Clovis escrit une lettre portant ce beau tiltre. Dominis sanctis & Apostolica sede dignissimis episcopis Clodoveus Rex, par laquelle il les asseure que parmi tous les actes d’hostilité qu’il preparoit contre le païs des Gots, il ne seroit fait aucun desgat à nos Eglises, Abbayes, maisons Presbiterales, Monasteres de Religieuses; de plus que ceux de ce païs qui porteroient l’attestation celée de leur anneau Episcopal, seroient traitez en amis, & conclud orate pro me Domini sancti & Apostolica sede dignissimi Papae (en marge: Conclus. concillii Aurelianensis).
Dans ce Synode l’on y arresta 33 articles, (en marge: Conclusions du Concile) suivant le nombre des peres touchant l’immunité des Ecclesiastiques, franchises pour les criminels aux lieux sacrés & maisons Episcopales, deffendant aux Chrestiens d’injurier leurs Evesques, & que les Abbés & Curez n’eussent recours au Palais des Princes, pour demander des biens-faits sans les lettres testimoniales de leur Evesque. De plus que la moitié des oblations faites à l’Eglise appartiendroit à l’Evesque, l’autre au Clergé, que l’Evesque retireroit la moitié des dimes, pourveu qu’il nourrit & vestit les pauvres; avec plusieurs autres tres-belles ordonnances qu’envoyent Domino suo Catholicae Ecclesiae filio gloriosissimo Regi, omnes sacerdotes quos ad concilium venire inssisti, le priant de faire executer leurs conclusions, & qu’ils le recognoistroient pour leur Roy & leur souverain.
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Clovis secondé par tant de prieres & esperances (en marge: Omnes historie Regni Gall.), vint en Aquitaine avec une puissante armee contre Alaric (en marge: L’Aquitaine conquise), le rencontra à Civaux pres de Poictiers, le contrainct de livrer bataille, dans laquelle il fut tué de la main propre du Roy; l’armee des Gots mise en pieces, le victoire & tout le Royaume d’Aquitaine demeurant libre possession de Clovis, qui passa jusques à Bourdeaux (en marge: Chronic. Burdigal.) où il receut le serment de fidelité de toutes les villes & provinces dans lesquelles il ordonna des Gouverneurs, que d’aucuns appellent Consuls, Proconsuls, & nous avec le stile commun de tous les Annalistes les appellerons Comtes.
Le Perigord fit un tres heureux rencontre (en marge: Compte du Perigord) d’un Gouverneur nommé Felicissime pere de Felix (en marge: Vita chrol. ex. M. S. Pitovei), surnommé Aureol, qui fut aussi Comte, grand pere de S. Euparchius, que les Angoumoisins ont traduict Cypart, & le vulgaire le nomme Cybart (en marge: Chronic. S. Euparchii); car toute cette honorable famille fut celebre en saincteté, & Dieu honora par miracles le corps de Felicissime, de Felix son fils & de sa femme Principia, pere & mere de S. Euparche (en marge: Foelicissime, Comte du Perigord), residans au bourg de Themolac en Perigord, duquel ils estoient Seigneurs (en marge: Foelix Aureol Comte du Perigord), & ensevelis dans l’Eglise dudit bourg, où Dieu faisoit plusieurs miracles celebres en leurs sepulchres, largiente Christi gratia ad sepulchra sua plurimis clarent miraculis (en marge: Breviar. Petroch.); mais specialement S. Euparche fit voir des rayons de sa saincteté, comme un beau soleil dans la ville
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capitale du Perigord (en marge: S. Euparche), où il nasquit environ l’an 409 (en marge: Sanctus Euparchius) fut eslevé durant son enfance au Bourg de Themolac à l’age de sept ans, rapellé à la ville pour estudier aux bonnes lettres, esquelles estant desja bien advancé son grand pere felicissime le print pour son chancelier (en marge: Corlieu Comp. d’Engoules.), auquel office il demeura durant 15 ans sans s’ingerer dans la vanité du monde, l’exercent avec plus de perfection qu’on n’eust esperer de la bassesse de son aage (en marge: Suriusvit sanct. ex manusc.).
Nous le laisserons dans la maison de ses parens (en marge: Sainct Avit) pour parler de la conversion d’un autre noble Gentilhomme, nommé Avitus de l’entienne maison de l’Enquias en Perigord (en marge: S. Avitus Anachoreta), son pere l’avoit faict eslever à l’estude de la Philosophie, avec un soin exquis, à raison de son rare esprit; mais deslors que Clovis pour attaquer Alaric commenca dresser son armement, son pere luy envoya ce Cavalier pour son service; dans quelque rencontre qu’il eut avec les ennemis, Dieu voulut qu’il fut fait prisonnier de guerre (en marge: Captivus bello), & jaçoit que son maistre reverant les belles parties dont il estoit doué, ne le traictat indignement; neantmoins il se resolut de retourner en son païs (en marge: Redit ad Petrochorios), poussé par la vision d’un Ange qui luy commanda de s’en aller à Rouffiac, que là il destruiroit l’idolatrie par sa science celestement infuse, qu’en signe de sa commission il gueriroit un malade qui estoit en ce lieu, bref que ce desert seroit le lieu de son decez. Il se mit en chemin soubs ces divins auspices
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vint à Orleans, ou il guerit par sa priere Benoist qui outre sa maladie estoit de naissance sourd & muet. Ce signalé bien fait (en marge: Miracula itineris) l’obligea tellement envers sainct Avit qu’il se consacra pour estre compagnon de ces sainctes resolutions; ils passent plus avant & parvenus à l’antrée du Poitou voulant se reposer, Dieu manifestoit tellement sa vertu par ses deux saincts sur les malades de ce païs, qu’ils furent constrains pour eviter le vain applaudissement & concours du peuple de se retirer dans l’Abbaye de Bonal; ce fut la que ce noble mespriseur du monde avec son compagnon receut l’habit de Moine (en marge: Fit monachus), pour s’aprivoiser à la rigueur de la solitude qui luy avoit esté revelée. L’abbé Lucin pour son exercice manuel luy bailla une vigne de l’Abbaye à cultiver, comme il avoit demandé; ce fut là qu’il dressa de branches d’arbres une petite logette, où du depuis une Eglise à esté bastie à son nom, menant une vie plus angelique qu’humaine; puis qu’avec tout ce travail corporel, il se contentoit d’un seul repas pour toute la sepmaine, distribuant aux pauvres le restant de l’entretien qui luy estoit envoyé de l’abbaye.
Le Demon ennemy de si nobles victoires que ce sainct emportoit sur les appas du monde (en marge: Accusatur & eiicitur abbatia), luy dressa une forte batterie par ses religieux qui l’accuserent envers le Superieur de singularité & bigotterie, mesmes levant de dessus ses espaules son pauvre habit, ils font voir
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comme il fourmilloit de vermine qui luy avoit à demi rongé la chair; l’Abbé saisi d’impatience, commanda qu’il fut sur le champ despouillé de la marque de l’Ordre, & le renvoya comme indigne. Grande espreuve de sa vertu! qui sans faillir l’eut abbatu, si la consolation de l’Ange qui luy avoit paru n’eust derechef relevé son courage, pour aller dans le Perigord incogneu aus siens poursuivre ses victoires, & passant à Maurege, son compagnon mourut en odeur de saincteté, & du depuis une Eglise fut bastie là en son honneur, & de S. Avit.
Nostre Seigneur luy suscita pour segond compagnon Secundinus (en marge: Eremus & oratorium), lors qu’il preschoit au Bourg de Banes avec lequel il se randit dans la forest qui luy avoit esté monstrée par revelation, choisissant pour sa part une roche soubz terrene vis à vis du temple auquel on adoroit quelques trois mille petites Idoles, & dissuadant le peuple de randre culte à ces faux Dieux, par les bien-faits des Chrestiens il fist bastir vis à vis du Temple, une petite Eglise, à l’honneur de la Vierge, qui encores aujourd’huy est sur pied.
Satan enragoit de ces heureux succez de la foy; attaquent le sainct par illusions; mais pour tousjours demeurer vaincu, le nombre des fideles augmentant par ses miracles ordinaires qui attiroient dans cette solitude la voisinage pour y avoir la guerison de leurs maux. Enfin cassé d’ans & couronné de merites (en marge: Mors & sepultura), voyant que le jour de sa mort s’aprochoit, il se fist por-
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ter à l’Eglise de la Vierge, ou il demeura trois jours en prieres, & ayant receu l’adorable viatique rendit l’esprit à Dieu, & fut ensevely au mesme endroit par les Chrestiens qui accoururent là de toutes parts.
Il faut advouër que nostre Chronopius estoit le premier mobile de tant de saincteté que nous verrons durant son Pontificat dans ce Dioceze (en marge: Venant fort. loc. cit.). Ce sainct Evesque voyant le calme en la Religion (en marge: Grande saincteté dans le Perigord), s’estudia au possible de reparer les breches causées par les malheurs passés, reédifiant les bastimens sacrés que la furie des Gotz avoit bruslés & desmolis, pour s’edifier dans le Ciel une maison permanante sur des fondemens eternels.
Il est temps de revenir dans la maison du Comte du Perigord Foelicissime pour accompagner le despart de son petit fils Euparche (en marge: S. Sibard), qui poussé du sainct Esprit, ayant à desdain le monde & ses vanitez (en marge: Chronic. S. Eupar. Surius loco cit.), apres 15 ans de sejour s’en va à la desrobée en Espagne au monastere Caedasian, vers l’Abbé Martin reputé pour tres sainct personnage, ou estant receu & employé des son premier novitiat à labourer la terre & autres services ruraux (en marge: Euparchius fit monachus), sa ferveur luy fait trouver ce joug tres-doux; voire en son humilité il devance tous, & Dieu l’honnora par plusieurs actions miraculeuses qui commencerent à le rendre recommendable au public; mais voyant qu’il trouvoit en ce lieu l’honneur qu’il avoit quitté se resolut 15 ans apres de revenir encor
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de par deça, incogneu aux yeux du monde, avec ses pauvres habits, pour triumpher plus à plain de soy mesme parmi les siens (en marge: Redit ad suos ignotus); toutes-fois tant plus il se cachoit tant plus Dieu manifestoit son merite; car à Bourdeaux il resuscita miraculeusement un mort qu’on portoit en terre, ce qui l’obligea pour esviter l’honneur de s’en fuir en Engoulesme, ou ayant fait le mesme miracle (en marge: Miracula), il fut recogneu par l’Evesque du lieu Anthoine qui s’efforça à son possible de le retenir dans son Dioceze pour y fructifier. Le S. rancontra soudz les murs de la ville un vieux & petit oratoire fort solitaire qui l’attiroit pour y vivre & finir ses jours en reclus, suivant la coustume pour lors fort practiquée (en marge: Reclusus Engolis.); ce que pourtant il ne voulut executer sans le congé de son Abbé, mesme de son Evesque nommé Sabaudes, lequel obtenu par delegation expresse il s’y renferma, & ensevelir tout vivant, y vesquit durant 40 ans, y mourut presque centenaire apres plusieurs miracles, speciallement il avoit le don de donner la liberté aux prisonniers & criminels, comme asseure S. Gregoire de Tours son contamporain (en marge: Gregorius Tur. de glori. confess.), l’ayant appris de la bouche mesme du Comte d’Engoulesme, qui non sans estonnement en avoit esté spectateur.
La traditive du Perigord observée par Guidonis qui de son temps escrivit la fondation des Convens de cette Province des freres Prescheurs (en marge: Ma. sc. B. guidonis ex Archi. Predic.), porte que S. Euparche avant sa reclusion bastit à Perigueux un monastere (en marge: Abbaye de S. Euparche), & fut Ab-
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bé de plusieurs religieux au mesme lieu ou est aujourd’huy le convent de leur ordre. Notandum, dit le manuscript gardé dans les archives de leur convent de Bourdeaux, ex antiqua traditione seniorum quod in praesenti loco ubi nunc est conventus praedicatorum, fuit antiquitus abbatia in qua sanctus Euparchius de nobili prosapia comitum Petrochorensium trabens originem monacus & pater extitit monacorum, quae ut fertur destructa & desolata fuit quando Petrachoriorum civitas fuit devastata circa annum Domini octingentesimum quadragesimum.
Durant sa reclusion l’odeur de sa saincteté ne demeura pas renfermée dans l’enclos de sa grotte: ains attira à soy plusieurs amateurs de la vraye sagesse qui se mirent soubs sa saincte & paternelle direction, specialement (en marge: Sainct Astier) Asterius jeune Gentilhomme de 12 à 15 ans (en marge: S. Asterius eremicola), fils du sieur de Puy-de-Pont, que les antiens manuscrits apellent Pontis podium (en marge: Ex manusc. anni 1050), distant 3 lieuës de Perigueux, lequel au bruit de la saincteté de sainct Euparche renonçent aux plaisirs & grandeurs de sa maison, mesprisant l’instruction (en marge: Origo & nobilitas) que ses parens encore idolatres luy faisoient donner par les bonnes lettres, il resolut d’un courage plus que d’homme d’aller trouver cet oracle de sagesse, se desrobe à l’improviste de sa maison, traversant tout à pied bois & forests, se rend dans l’Engoumois, & apres plusieurs facheuses journées, trouve celuy qu’il avoit si affectionement cherché, voit ses religieux qui
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vivoient en Anges celestes, sans preparer de pain pour leur nourriture & sans provisions, vivans des liberalitez journalieres qu’on leur apportoit; il fut si divinement espris du desir d’imiter ces hommes celestes, qu’enfin il demande & reçoit l’habit de religion soubs la direction de ce sainct Abbé (en marge: Fit Monachus Engolismensis), & secondé de la grace d’en haut, dans peu il devança en ferveru & vertus les antiens.
Environ l’age de 20 ans ayant jetté bien avant les racines de la religiosité, il se souvient que ses parens estoient encore gisans à l’ombre de la mort dans l’idolatrie (en marge: Ad suos redit); il eut inspiration de les aller secourir par son example & doctrine, pour donner la vie de l’ame, à ceux qui luy avoient baillé celle du corps, il consulta ce mouvement avec l’homme de Dieu, qui le jugea venir du Ciel, & apres le baiser de paix mouillé de l’armes reciproques, luy donna sa benediction & congé du despart.
Le voicy de retour dans sa maison servant d’estonnement par son habit & sa vie, à tous ceux qui l’avoient veu dans ses grandeurs, & non sans un grand regret trouve que ses pere & mere estoient desja morts dans l’idolatrie; il attaque ses freres & leurs domestiques, les cathechise, les convertit, les baptise (en marge: Domesticos baptisat); les freres en revenche luy presantent sa cottité d’heritage, il la receut; mais pour leur rendre liberalement une moitie (en marge: Bonis renunciat), & despartir l’autre aux pauvres & necessiteux, ne se reservant pour
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soy mesme que la providence de son Dieu; de ses nobles freres est descenduë la maison qui depuis fut appellé de sainct Astier quittant le nom de Puy de Pont; aujourd’huy il est assez incertain si elle est tombée au sieur des Bories, où bien a sieur Deuliadiu, où au sieur de l’Isle, tous se disent appartenir selon le sang à ce glorieux sainct, & devoir joüir des privileges qui jadis feurent donnés à sa famille dans le Chapitre de sainct Astier, je laisse l’affaire indecis.
Pour la seconde fois nostre mespriseur du monde quitte son chasteau se couvre d’un sac, pieds nuds, se retirant cougneu à Dieu seul dans la grand forest (en marge: Fit eremicola) qui estoit vers le couchant, & rencontrant par bon-heur dans la solitude de ce bois, une agreable fontaine qui sortoit de la terre pour arrouser quelques plantes que la nature faisoit croistre tout à l’entour du ruisseau, voyant aussi tout contre un grand faux naturellement cruzé; ha dit-il, voila ce que j’ay tant cherché! Dieu m’envoye icy tout mon ameublement; voici mon toict, mon lict, ma cave, mes greniers qui ne me donneront de divertissement de servir a mon Dieu. Là il desseigne son sejour, l’aproprie d’un petit oratoire basti a la rustique; speciallement il ramasse comme dans un bain l’esgout de sa petite fontaine pour luy servir de repercutif contre la flamme de la concupiscence, & lors qu’elles aloient accueillir jusques dans le desert, il se jettoit dans
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ceste eau glaciale, qui depuis a servi de bain miraculeux aux malades qui s’y lavent.
Dieu ne voulut pas qu’un si rare diamant demeurast plus long temps couvert soubs sa roche; car par bon rencontre un païsan d’alentour cherchant par le bois quelque simple pour se guerir d’une maladie qui l’affligeoit, rancontra l’hoste de ce desert, qui meu de compassion luy donna miraculeusement la guerison au nom de Jesus-Christ (en marge: Agnoscitur ex miraculo), & pour payement le pria de tenir secret son Medecin; ce qu’il ne peut obtenir de celuy qui avoit receu ce bien fait. Les voisins affligez de maladie accourent de toutes parts, apportent au Sainct quelques presens, il se contente de recevoir du pain d’orge & quelques legumages, renvoyant le reste; ainsi il continua plusieurs ans, menant une vie toute celeste.
Revenons à Chronopius qui voyant son bastiment de l’Eglise S. Front parachevé, jugea bon de transporter le corps de ce glorieux Apostre hors la petite Chapelle (en marge: Translation de S. Front) qui avoit esté commencée par luy durant son vivant, du costé que nous voyons aujourd’huy le grand degré pres l’Autel dedié à saincte Catherine (en marge: Brev. Petrochor. in transl. S. Frontonis), il fit colloquer ceste precieuse relique au milieu de la nef qui nous reste encore de ce segond edifice du costé du cloistre, different en fabrique du troisiesme bastiment qui sera fait par Froterius.
Ce fut le 6 d’Octobre qu’on fit ce transport avec beaucoup d’hymnes, cantiques, & magni-
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ficences, (en marge: Miracles) Dieu honorant le corps du sainct par signalez miracles (en marge: Ma. scr. B. Guid. in sanctorali); car 7 paralitiques eurent leurs membres affermis, 4 aveugles furent illuminez, le feu de 10 malades qui brusloient entre chair & cuir fut estaint; mal qui à esté fort ordinaire en France, pour lequel on fonda à Paris la Chapelle des ardans.
Louys Roy de France (en marge: 514) & recogneu pour le 7 Roy d’Aquitaine (en marge: Annal. aquit. du Bouchet), mourut l’an 514 laissant trois enfans legitimes Childebert, Clodomire, & Clotaire (en marge: Fils de Clovis); Cledomire eut pour sa part le Royaume d’Aquitaine & d’Orleans (en marge: Clodomire Roy d’Aquitaine), partant il est recogneu le 8 Roy; mais enfin Clotaire eut tout le Royaume ses freres estans decedez sans hoirs (en marge: Clotaire Roy d’Aqui.), ainsi nous le contons le 9 Roy d’Aquitaine, jusques à l’an 564.
Environ le mesme temps mourut le grand ami de Dieu (en marge: S. Sacerdos), Sacerdos fils d’un tres sainct & riche bourgeois de Bourdeaux (en marge: S. Sacerdos ep.), qui l’avoit presante à baptesme & Antitius ou Anicius (en marge: Brev. Petrocho. 4 Maii), lors qu’il estoit avec son armée au Bourg de Calabre en Perigord (en marge: Son origine), par laquelle il estoit recogneu pour souverain, & dans les vieux Breviaire est appellé Rex Aquitaniae; il donna en propre à ce sien filleul tout le Bourg (en marge: Brev. sarlatens.) où nagueres il estoit né, qui aujourd’huy est nommé Calviac. Sainct Capuanus Evesque de Cahors (en marge: Act. ep. Caturc. de Cruce.) print en charge la conduite de ce noble enfant, qu’il destina au clergé. Estant devenu grand il revint dans sa Seigneurie de Calabre, ou il fut tellement espris de l’amour de la vie religieuse,
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qu’il se rendit mesmes dans l’Abbaye de ce lieu ou vivoient 40 Moines avec beaucoup de saincteté (en marge: Religion); il leur donna en propre tout le domaine que son parrin luy avoit baillé (en marge: Brev. Sarlat.). De là a quelque temps il fut esleu Abbé vivant avec tel esclat de miracles, que dans ce mesme bourg il nettoya un lepreux, & y redonna la vie à son propre pere, d’autant qu’il avoit sceu qu’il estoit decedé sans avoir receu d’adorable sacrement du corps de Jesus-Christ; ce sainct homme accourut à la maison de son pere se prosterna en terre devant le cadavre, (en marge: Miracles) fait une longue priere, apres laquelle prenant la main du deffunct, luy commanda au nom de Jesus-Christ de se reveiller du sommeil de la mort, le pere obeit au fils qui parloit au nom de l’auteur de la nature. Il luy porte promptement le sacré viatique, luy demande sa benediction paternelle, apres laquelle derechef il rendit son esprit à Dieu.
Ce sainct Abbé (en marge: Evesque) fut fait Evesque de Lymoges, Democares (en marge: Democ. in tab. ep. Lemov.) le met le trentiesme en rang. Mais dans la grandeur pontificale il souspire derechef apres le repos de son Abbaye, il veut aller mourir dans le bourg de Calabre ou il avoit receu sa double naissance. Dans ce voyage il mourut à Argentat en Lymosin (en marge: Mort). De là son corps fut porté par la Dordogne dans un bateau qui vint aborder à sa maison paternelle (en marge: Martyro. tom. 4 Maii) où sa bonne mere devenue aveugle de long temps, touchant la biere de son fils soudainement receut la veue (en marge: S. Mundana), il fut enseveli dans l’Egli-
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se qu’il avoit fondé. Le martyrologe romain met son decez quarto Maii in territorio Petrachoricensi.
Quelque temps apres durant la persecution des infideles qui restoient encor’ en France (en marge: Martyr), lors que la bonne mere (en marge: Saincte Mundane) en priant rendoit ses veux & ses l’armes sur le sainct sepulchre de son fils, ces barbares entrent dans l’Eglise, massacrent cette saincte nommée Mundane, où les Chrestiens l’ensevelirent, & depuis on fait bastir tout proche une Eglise à son honneur.
Nous honnorons (en marge: S. Eumachius pres.) aussi dans ceste province la memoire de sainct Eumache où Eumay Prestre natif (en marge: S. Eumache) en Icelle d’une famille honnorable; mais plus relevée par ses vertus toutes heroiques, veu que par une saincte humilite cachant ses merites il s’estoit mis au service d’une Dame nommée Boëze pour la servir de valet de peine; elle l’employoit à garder les haras des jumans qui sont au long de la riviere de l’isle (en marge: Brev. Petrochor.), s’agreant fort du service qu’il luy rendoit; jusques à ce qu’un grand despit la saisit sur ce qu’il ne se gardoit aucun habit pour couvrir son chetif corps, ains les donnoit aux pauvres qu’il jugoit en avoir plus de soin que soy mesme, enfin estant congedié de ceste maison il se retire dans quelque lieu à l’escart nommé Fons calidus, passant sa vie incogneuë au monde (en marge: Vertu cachée); mais recogneuë & avoüée de Dieu qui ne permit ceste lumiere demeurer plus longtemps cachée soubs le muy manifestant sa saincteté
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dans les rigueurs de l’hiver, lors que la neige avoit couvert tout hormis sa petite logette & cinq ou six pieds au tour; voire un Aigle volant extraordinairement, & rodant sur son chef le fit remarquer de plus pres (en marge: Descouverte), & prendre garde à ses abstinances continuelles, à ses discours tous divins, à sa vie toute evangelique. Estant ainsi descouvert il fut honoré pour ce qu’il estoit (en marge: Breviari. Petroch. 3. Janu). Apres son decés ayant veu ses miracles ordinaires on dressa des Eglises en son nom. Le Breviaire de la province l’honnore au troisiesme jour de Janvier, sans mettre le temps de sa mort, d’autant que jamais la conclusion des legendes des saincts n’estoit leuë dans le choeur; ains la segonde partie estoit gardée pour la lecture du refectoir, ce qui est remarquable pour ce subject.
Le segond Concile d’Orleans (en marge: 536) fut tenu l’an 536. Le I. de Sylverius Pape, le 10 de l’Empereur Justinian, 22 de Childebert Roy des François (en marge: 2 Concile Aurel. anno 536), il fut composé de 30 Evesques assemblez (en marge: Concile d’Orleans), ex perceptione gloriosissimorum regum, pour ordonner ou plustost renouveler les constitutions & ordonnances Apostoliques, qui desja estoient abolies en plusieurs endroits. Chronopius y assista & souscrivit aux 22 articles qui y furent conclus, tant pour l’habitation & sepulture des clercs, que pour les empeschemens du mariage, deffendens d’ordonner de là en avant des Diaconesses lesquelles jusques à present on nommoit pour servir au baptesme des femmes (en marge: Conclusions). Sur tout nous re-
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cognoissons que dans ces provinces voisines l’on sacrifioit encore aux faux Dieux (en marge: Actuum l. 5 v. 29 & 21 v. 25. Et l. Cor. 10 v. 19), puis que l’article 20 renouvelle la deffence que fait l’Apostre de manger des viandes offertes aux Idoles. Nous ne pouvons sçavoir le rang que nostre Evesque tenoit en ce synode; car quelque ignorant scribe, suivant ce que remarque le docte Fronto Duceus (en marge: Schol. Front. Duc. in cons. Aurel.), a mis les noms de la signature du Concile par ordre alphabetique, & non suivant la presseance, comme il estoit dans l’original. Roritius Evesque de Lymoges, celebre en saincteté, escrit à nostre Evesque une missive toute honorable (en marge: Lettre de Roricius), qui est dans le tome epistolaire de la Bibliotheque des Peres (en marge: Biblioth. Pat. tom. epistol.). Domino suo & peculiariter in Christo Domino patrono Chronopio Episcopo, Ruritius Episcopus, commence, in ordinando grege Domini, l’exhortant à la mutuelle paix & concorde, & à la fin quamobrem studio charitatis non cupiditatis cum his ad sanctitatem vestram presbiterum meum pro diocesi Gemiliacensi, unde jam pridem vobis scripseram destinavi, ne si tacuissem negligentiae deputaretur non concordiae. Par ou nous voyons que desja dans le Perigord on avoit fait la distinction des paroisses, puisque Gemillac y est nommé, & que chacune estoit gouvernée par des Curez nommez Chorespiscopi, qui recevoient ce bien de l’Evesque, & avoient la moitié du revenu, qu par apres à cause de ce fut nommé beneficium.
Enfin Chronopius aagé de 80 ans, chargé de vieillesse, comme l’ethimologie de son nom
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le porte, changea sa demeure terrestre en la celeste (en marge: Mort de Chronopius), suivant la conclusion de son epitaphe (en marge: Venant fort. loc. cit.).
Ipse bis octono vixit in corpore lustro,
Hinc tibi pro meritis est sine fine dies. (j)
Gontran 10. Roy d’Aquitaine.
Clotaire recogneu par le neufiesme Roy d’Aquitaine (en marge: L’an de Jesus-Christ 564), meurt l’an 564 laissant quatre enfans Childebert, Gontran, Chilperic & Sigisbert. Gontran eut de sa part Orleans & Aquitaine (en marge: Grego. Turo. lib. 5 c. 39; Dubouchet p. 2 c. 5), il posseda comme le dixiesme Roy ce Royaume durant neuf ans (en marge: Roys d’Aquitaine); auquel temps son frere Chilperic, sans que les Evesques de France l’eussent peu appaiser, mit sur pied une grosse armée, la donna en charge à son fils Theodebert ou Thiebert, pour envahir l’Aquitaine sur son oncle (en marge: Gontran Roy d’Aquitaine); defaict par le Duc Didier il fit des courses & tous actes d’hostilité possible dans les provinces du Perigord, Lymosin, Agenois & Quercy (en marge: Chronic. Gilles nicol.), Monasteria servorum & ancillarum Dei devastans, monachos sive Clericos tormentis, sanctimoniales vero turpibus dehonestamentis afficiens, ut talis visus sit Aquita-
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nicis, qualis visus fuit Diocletianus catholicis, dit la chronique de Gilles (en marge: Persecution). Il destruisoit villes, chasteaux ne pardonnant mesmes aux Eglises, massacrant les Prestres, violant les filles, & autres plus grands actes de cruauté que jamais les Huns, Vvandales & autres Barbares n’avoient fait. Enfin s’estant saisi des villes capitalles Agen, Perigueux, Lymoges, & autres, il mit par tout de nouveaux Comtes (en marge: Comtes) pour le gouvernement, affin d’imposer & exiger à son gré de nouveaux tributs, prenant voire la troisiesme partie des usufruicts tant de l’Eglise que des autres; ce qui maintesfois causa de grandes revoltes, specialement dans ceste province: car les Thresoriers & Sargens voulant lever ces impositions, dans une sedition furent massacrez.
Ces remuemens occasionerent à nostre Evesque Charterius un affaire d’importance (en marge: 573), par la calomnie qui luy fut tramée par un sien Diacre, repporte que Gregoire de Tours (en marge: Gregor. Turo. hist. lib. 6 p. 22) en son histoire des François, disant que Nonnic gouverneur de Lymoges pour Chilperic, surprint & arresta deux porteurs de lettres, escrites soubs le nom de Chartier Evesque de Perigueux (en marge: Chartier Calomnié), par lesquelles ils se pleignoit, d’estre tombé de Paradis en Enfer, c’est a dire du gouvernement de Gontran pour obeir à Chilperic, avec plusieurs autres mots de fiel & d’offence contre son souverain. Le paquet estant porté à Paris au Roy, l’Evesque, quoy que innocent, est
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cité à comparoistre comme criminel de leze Majesté. Il se presente, maintient de faux les lettres, dit qu’elles luy avoient esté supposées, & contrefaites par un sien Diacre Frontonius son ennemi capital, & qui maintesfois luy avoit joué de telles perfidies (en marge: Fauchet. ex Greg. Turon.). Sur ces responces Frontonius est cité, il comparoit, advouë comme convaincu que les missives estoient de vray escrittes de sa main (en marge: Convaint le faucere); mais que son Evesque Chartier ennemi capital de sa Majesté, & fauteur de ses ennemis, luy avoit dicté le contenu. Pour lors le bon Evesque aidé du secours d’en haut fit recognoistre à sa Majesté son innocence, & le crime du cycophante, duquel le Roy ne voulut faire justice, jugeant ce crime trop enorme pour estre punu par la justice des hommes; mais il remit la punition entre les mains de Dieu, & supplia l’Evesque acusé injustement de vouloir pardonner à son ennemi un tel attentat sur son honneur, & prier Dieu pour sa conversion; ainsi il le renvoya avec beaucoup d’honneur & plainiere justification, Dieu ne differa pas long temps à vanger la querelle de l’innocent (en marge: est absous); car deux mois apres Nonnie Compte de Lymoges qui avoit diffamé un tel scandale sanguine percussus interiit, dit Gregoire de Tours, mourut d’une emorragie de sang, ou dissanterie (en marge: Punition); & parce qu’il estoit decedé sans enfans, le Roy distribua ses biens à ses favoris (en marge: Loco citato).
Gontran donna le Royaume d’Aquitaine à
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Sigebert Roy de France Bourguinonne l’an 573 (en marge: 573) qui contraint par apres Theodebert à se refugier dans Bourdeaux (en marge: Sigebert Roy d’Aquitaine) pour se garantir au-devant de sa furie (en marge: Troubles en Guyenne), mesme l’ayant deffaict, demeura possesseur de toute l’Aquitaine (en marge: Annales Gelliae); mais il fut assasiné par le menée de Fredegonde femme de Chilperic (en marge: Anna. Aquit.), qui posseda l’Aquitaine l’an 578 (en marge: 578). En fin l’an 587 Chilperic meurt laissant Fredegonde (en marge: 587), avec son fils Clotaire de 4 mois, elle se jetta entre les bras de Gontran qui favorisa leur parti contre Childebert fils de Sigisbert (en marge: Chron. Burdig.), desja recogneu par plusieurs comme legitime successeur, & le douziesme Roy de Guyenne, ce qui causa de grandes guerres & divisions en l’Aquitaine. A la par fin Childebert demeure libre possesseur fuyant l’accort fait (en marge: Childebert Roy d’Aquitaine); & l’an 584, le 6 de son regne (en marge: 584), il pleut à Dieu donner recompence de ses travaux au bien-heureux sainct Euparche (en marge: Chroni. S. Eupar. & Corlieu), il deceda apres 80 ans de vie (en marge: S. Cybard meurt), ayant par l’odeur de sa rare saincteté ambaumé pour jamais le Compté du Perigord.
Au mesme temps mourut à Glanfeuil S. Maure disciple du Patriarche sainct Benoit, qui avoit honnoré le Perigord de sa presance, lors qu’il fit bastir l’Abbaye d’Aubeterre (Annal. Aquit. Dubouc. 4. part.), dont il fut Abbé (en marge: Sainct Maure à Aubeterre), à ce que remarque Dubouchet en ses Annales d’Aquitaine; c’est-là que durant quelque temps son sainct Corps à reposé avant qu’il fut transporté à Paris au Monastere des Religieux de son Ordre appellé sainct Maur des fossez. La fabrique toute prodigieuse de
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ceste Eglise m’oblige à faire admirer ceux qui ne l’on veu, comme tout ce grand edifice assez clair, & beau, est basti d’une seule pierre entailliée; du milieu de la voute distille perpetuellement une fontaine; & au haut du roucher est basti le chasteau du Seigneur d’Aubeterre (en marge: Ibid.), & je m’estonne avec Dubouchet de ce que les Cosmographes ne parlent pas ce ceste rareté.
Desja plusieurs Abbayes de la province du Perigord estoient celebres en saincteté, specialement à Genouillac (en marge: Abbaye de Genouiliac), l’Abbé Canalis conduisoit à la perfection plusieurs saincts Moines (en marge: Breviar. Petroch. & Sarlat die I feb.) qui de toutes parts se rangeoient à sa saincte pedagogie; Dieu voulut honorer cette Abbaye de trois saincts personnages desquels l’Eglise du Perigord faisoit jadis la feste en divers jours, comme je trouve en l’ancien Breviaire de la province. Ce fut les saincts Sorus, Amandus, & Cyprianus qui poussez d’un mesme zele à un mesme jour quittans le siecle se rendirent religieux dans ce Monastere; le Legendaire y met un quatriesme, cum Rege Clotario. Mais je ne puis juger que Clotaire aye volu se ranger à la vie solitaire, peut estre qu’il faut dire, cum Rege Clodoüaldo ou Cloüaudo (en marge: S. Clouaud); car je trouve dans les Annales d’Aquitaine (en marge: Annales Aquit. part. 2 cap. 4), qu’environ ce temps le Roy Clotaire ayant tué de ses propres mains ses deux nepveux qui pouvoient aspirer au Royaume de Clodomire leur pere; le troisiesme fils qui devoit heriter à ce Royaume nomme Clodoval, ou Cloval, fut sauvé a mis dans
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un Monastere ou depuis il vescit si sainctement que sa vie fut plaine de miracles (en marge: Legenda S. Clod. pèr Theobald), le vulgaire le nomme sainct Clou, l’extrait du Legendaire fait par Tybaut l’Abbé rend le mesme tesmoignage.
Pour S. Sor. Il estoit fils des parens chrestiens (en marge: S. Sour), son païs estoit l’Auvergne, sa vie pesevera en la reclusion, dans laquelle comme dans un sepulchre il s’estoit volontairement enseveli tout en vie pour vivre & mourir seul à son seul Dieu, & ceste façon de vivre en reclus estoit du commancement fort pratiquée dans le Perigord, à l’imitation des Abbayes sainct Medart, & sainct Denys en France (en marge: Chronic. Benedict. to. 1); comme l’observe la chronique de sainct Benoit; car nous voyons prés de nos ancienes Abbayes leur sellule pour l’ordinaire entaillée dans quelque roche. Pierre de Cluny (en marge: Pet. Cluniac. l. 3 ep. ad Giselb. recl.) surnommé le venerable, escrivant à Giselbert Reclus (en marge: Reclus), nous aprend qu’elle estoit cette vie, & que celuy la volontairement pour se destacher tout a fait de la conversation du monde, choisissoit une petite sellule de dix ou douze pieds, bastie non gueres loin de l’Abbaye, & s’estant retiré dans cette grotte avec congé de son Abbé, l’on fermoit de murailles sa porte, luy laissant une petite fenestre par laquelle il recevoit la viande spirituelle de l’adorable sacrement pour son ame, & la nourriture de son corps par les aumosnes qu’on luy apportoit; les uns se renfermoient pour dix ou douze ans, les autres pour toute leur vie,
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& Dieu souvent honoroit ces ames contemplatives des dons de prophetie, de miracles, & autres vertus surnaturelles, non sans admiration & estonnement du peuple qui les venoit visiter (en marge: Estat de vie dangereux); mais comme la tigne se met au meilleur drap, souvent plusieurs de ces reclus au rapport de Gregoire de Tours (en marge: Grego. Turon. de Glori confess.) se renversoient la cervele, d’autres comme dict Pierre le Venerable (en marge: Petrus Clun. lib. 3 epist. ad Giselb.), souvent succomboient à des grandes & effroyables tentations desquelles ils estoient ordinairement accueillis; ce qui occasiona le 2. Concile national tenu à Tolede l’an 664 (en marge: Conc. Tolec. 7) d’ordonner que le congé de la reclusion fut seulement accordé aux vieux soldats aguerris en la milice spirituelle. La foiblesse de nostre siecle ne permet aujourd’huy se si frequantes espreuves qui pour lors estoient ordinaires, comme nous verrons encores davantage.
Revenons aux compagnons de S. Sor qui pensans demeurer incogneus au monde en l’Abbaye de Genoulhac (en marge: Breviar. Pet. 1 feb.), virent en peu de temps aborder un concours de peuple, qui importunement de tous costez se randoit en ce lieu (en marge: Moines trop visités), les uns pour veoir le changement de la dextre du tres-haut fait en ses Nobles mespriseurs du siecle, les autres pour faire à leur imitation divorse avec le monde (en marge: se retire); ainsi cet applaudissement populaire les feit souspirer apres quelque plus estroite & sauvage retraitte: S. Aman natif d’une noble maison du Lymozin (en marge: S. Amant) choisit pour son lot non guieres loing de son amy (en marge: Annales Aquitan.) la solitude qui
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encores aujourd’huy est renommée par l’Abbaye qui est en partie sur pied prés de Tarraçon en Perigord. N’oublions pas de donner icy lieu à l’honorable memoire de S. Cyprian (en marge: S. Cyprian) troisiesme compagnon de S. Sor, puisque les anciens Historiens ont si fort loué ses merites, sans pourtant nous cotter le temps de sa vie, ni de son deces; toutesfois je conclus qu’il mourut Abbé d’un monastere de Perigord environ l’an 590 pour le plus tard (en marge: 590), puisqu’il ne pouvoit estre en vie l’an 595 car S. Gregoire de Tours, qui escript ses miracles & sa mort (en marge: Baro. tom. 8 an. 595), deceda cet an là, suivant la supputation du Cardinal annaliste. Petrus de natalibus (en marge: Petrus de nat. lib. I cap. 51) en son cathalogue des saincts dict qu’il estoit, apud Petrochorae civitatem vir magnificar sanctitatis & clarissimus in miraculis, requiescens in pace. S. Gregoire de Tours (en marge: Greg. Turo. de glor. Confess. cap. 100) en parle plus au long, Cyprianus Abbas Petrochorici oppidi, magnificae sanctitatis vir fuit, per quem Deus multa miracula in hoc mundo operari dignatus est (en marge: Miracles); car dit-il, souvent il renforca les mains debilitées de Chyragre, donna le marcher aux paralitiques, aux aveugles la veüe, nettoya trois lepreux les oignant de l’huyle sainct, mesmes aujourd’huy, dit-il, si les malades s’adressent à son sepulchre, ou s’ils l’invoquent, ils sentent son secours opportun; Tritemius (en marge: Trit. lib. 3 de viris Illustr. cap. 53) mettant par rolle les hommes illustres de l’ordre S. Benoist luy baille encores le titre de tres docte. Cyprianus Abbas Monasterii Petrochorensis, vir scientia & morum sanctitate valde
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venerabilis, suae sanctitatis monumenta ingentia reliquit. Il deceda le 9 Decembre, auquel le Martyrologe Romain met sa mort (en marge: Martyr. Roman. 9 decemb.), & quelque temps apres l’on bastit à deux lieuës de Sarlat un prioré conventuel de l’Ordre sainct Augustin, lequel jadis à esté tres-bien servi; puis que suivant le vieux cartulaire de ceste province (en marge: Cart. Dioces. Petroch.), il y avoit les dignitez ou offices suivans. Le Prieur conventuel, le Secrestain, le Chantre, l’Ouvrier, & le Clerc, vingt-deux Chanoines tant forains que residans, & deux Chapelains; plusieurs priorez dependoient de leur nomination, aujourd’huy nous lisons dans les ruines de ceste Eglise quel à esté autresfois cet edifice basti à l’honneur du sainct; mais ne nous arrestons au narré des ancienes. Nous voyons que dans un corps cacochime les humeurs vont fondre sur la partie la plus foible; ainsi tout ce qui estoit de seditieux en France, vint fondre sur l’Estat de Clotaire, à raison de sa minorité. Specialement un signalé imposteur nommé Gondouauld, ou Gombauld (en marge: Gombaud imposteur), duquel parle Gregoire de Tours (en marge: Gregor. Tur. hist. Franc. li. 6 c. 10), à la faveur de Mommol, & d’Idier gouverneur du Languedoc, s’en vint avec quelques troupes en Aquitaine, estant à Brive appellée Currecia, & qui appartenoit au Dioceze de Perigord (en marge: Aymonl. c. 61 li. 3), jusques à ce que le Pape Boniface de la maison de Turene la transporta à l’Evesché de Lymoges; ce fut là que les soldats creerent & recogneurent
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Gombaud pour Roy en tiltre de fils du deffunct Clotaire. On l’esleva sur un pavois, le portant autour de l’armée suivant la coutume d’inaugurer les Roys de France; de la ses trouppes grossissant de jour à autre, il s’en va à Engoulesme, où il fut accueilli comme Roy, recevant le serement de fidelité, comme il faisoit en toutes les villes des Estats de Gontran, & de Clotaire. De là il repassa en Perigord (en marge: Resistance), vers la ville capitale, qui mieux aprise que les autres, ayant à coeur l’obeyssance qu’elle devoit à son legitime Roy, luy ferma les portes, specialement le zele du bon Evesque Chartier parut grandement pour animer le peuple à tenir bon contre le nouveau Tyran; mais l’issuë ne luy fut favorable; car la ville demeurant sans esperance de secours du dehors, & le siege grossissant à l’encontre pour la forcer, les habitans furent contraincts de le recevoir; ce fut là que nostre prelat fut traicté tres indignement par cet ambitieux tyran, qui l’outragea griesvement & inhumainement; par ce, disoit-il, qu’au lieu de venir au devant de son Roy & de son souverain, il avoit fait rebeller ses subjects à l’encontre de sa Majesté (en marge: Cruautés). Autant en arriva à l’Evesque de Tolose Magaulphe; car apres l’avoir cruellement battu & tourmanté, il le chassa de son Evesché & le donna à un autre. L’Evesque de Caors Ursissin (en marge: Act. epis. Cadur. per D. de Cruce), espouvanté par les mauvais traictemens de ses voisins, receut Gombault (en marge: Foiblesse), comme aussi l’Evesque de
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Bourdeaux; mais au Concile de Mascon, dont nous parlerons bien tost, il furent punis, comme remarque Gregoire de Tours (en marge: Greg. Tur. loco citat.), encores que M. de la Croix dans les actes des Evesques de Caors propose cette difficulté, comment si Ursissin fut excommunié & interdict durant trois ans? neantmoins il se trouvera dans la signature de ce Concile avec les autres Evesques (en marge: 588)? Parmi ces grandes revolutions l’Estat de l’Eglise recevoit en Guyenne & ailleurs de grands dechecs, les Pasteurs n’estans assez vigilans sur leur troupeau (en marge: Desordres Ecclesiastiques); car la guerre, mere de confusion, avoit desbandé toute l’ancienne discipline; de quoy le Roy Gontran se prenant garde, & que son Estat tomboit & deperissoit de jour en jour, Dieu chastiant sur son peuple le desordre & mespris de ses loix, il se resolut de supplier les Evesques de son Royaume (en marge: Concile), de s’assambler à Mascon pour y tenir un Concile, duquel nous avons quarante Canons ou articles, & quoy que ce fut un Concile Provincial (en marge: Conc. matisc. 2 conc. ann. 588); mais parce que tous les metropolitains, avec les Evesques suffragans de son Royaume, se rendirent à ce Concile au nombre de soixante-deux, il est appellé le second Concile general de Mascon. Les plus remarquables Prelats furent, Prisque Evesque de Lyon, Pretextat de Rouan, Theodore de Marseille, Sulpice de Bourges, & nostre Evesque Charterius; leurs noms ont esté mis à la signature du Concile par ordre alphabetique
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par quelque ignorant scribe contre la coutume des signatures des Conciles; ce que desja je remarque deux ou trois fois (en marge: Vide supra anno 538 pag. 130). Dans ces articles (en marge: Conclusions) les Evesques renouvellent plusieurs ordonnances faites aux Conciles generaux, specialement de garder exactement le sainct jour du Seigneur, & en suitte nous voyons l’ordonnance du Roy Gontran à tous les Evesques Prestres & Juges de son Royaume, de observando die Dominico; exhoratant au reste tous les Prelats assemblez de veiller sur les pechez de leurs brebis, pour d’ivertir de son Royaume le fleau de Dieu, de les visiter, leur prescher par eux mesmes & non par commis lesquels dit-il, malis operibus consetiendo venalitatem exercent, aut iniqua quibuscumque spolia inferre presumunt, pleust au Ciel! que tousjours les Roys à l’exemple de celuy-la recogneussent que les maux qui traversent leurs Estats, viennent du Ciel en punition des pechez de leurs subjects.
Quelque temps apres ce Concile, mourut ce bon Evesque Charterius, (en marge: Chartier meurt) duquel nous avons veu deux espreuves notables de sa pacience, l’une par la calomnie de son Diacre Fronton, l’autre ayant refuse de recevoir le Tyran Gombauld, qui en fin perit miserablement à Cominges, comme escrit Aymoy & Gregoire de Tours (en marge: Aymo et Greg. loc. cit.). (k)
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Childebert Roy d’Aquitaine.
(en marge: L’an Jesus-Christ 590) Quand l’ambition se met dans les cloistres, à mesme temps elle faict paroistre au public d’estranges paroxismes, comme il arriva à Poictiers dans l’Abbaye de saincte Croix, deux ans apres la mort de sainct Radegonde fondatrice de ceste maison, ayant esté de son vivant lazile de pieté, l’eschole pour apprendre l’humilité (en marge: Desordres de Cloistre); neantmoins toutes ses filles n’avoient bien estudié ses saincts documens, & leur ambition causa de grands mouvemens presque dans tout le Royaume (en marge: Gregor. Tur. lib. 9 c. 42), parmi lesquels j’ai trouvé un de nos Evesques nommé Saffarius, où Saffraneus grandement interessé; & pour sçavoir au vray le narré de cette histoire tragique (en marge: Baron. hoc an. tom. 7), faut remarquer que saincte Radegonde auparavant sa mort, avoit composé une belle lettre, qui contenoit comme son testament & derniere volonté (en marge: La cause), adressante à tous les Evesques, Dominis sanctis & Apostolica sede dignissimis in Christo patribus omn