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NOTES BIOGRAPHIQUES

SUR   LES

SEIGNEURS D'AUBETERRE AU XVIème SIÈCLE

par le Docteur Edmond GAILLARDON

Livre I.

FRANÇOIS BOUCHARD II (1500-1555)

 

Il naquit un peu avant 1500 et était fils de Louis Bouchard et de Marguerite de Mareuil ; il mourut le 22 septembre 1555[1]. Il épousa en premières noces Isabelle de Saint-Seignes vers 1518[2], dont il eut Robert, François, Antoinette, Suzanne et Anne, probablement, qui devait être l'aînée de tous ses enfants. Il se remaria avec Isabeau de Pompadour en 1541[3]. Cette Pompadour était veuve depuis 1524 de Bertrand de Lustrac (P. Anselme) et elle était tante de Marguerite de Lustrac qui, devenue veuve du maréchal de Saint-André, le 19 décembre 1562, poursuivit quelques mois plus tard de ses assiduités le prince de Condé à qui elle fit don du magnifique château de Vallery[4]. Elle était née le 8 août 1494 et avait par conséquent 46 ans quand elle se remaria. Elle donna tous ses biens au maréchal de Saint-André (P. Anselme). Nous verrons plus loin comment celui-ci acheta à très bas prix la terre d'Aubeterre qu'il convoitait depuis longtemps, par les menées d'Isabelle de Pompadour qui fut ainsi la cause initiale de la ruine de la maison d'Aubeterre[5]. C'est aussi, bien probablement, grâce à elle que la discorde existait entre le père et les enfants du premier lit, surtout François Bouchard III, deuxième fils d'Isabelle de Saint-Seignes, qui tous passèrent à la Réforme de très bonne heure, tandis que leur.père et Isabelle de Pompadour étaient restés d'ardents catholiques[6].

Si les faits que nous connaissons suffisent pour fixer l'époque de la mort d'Isabelle de Pompadour, elle a dû se produire dans la seconde moitié de l'année 1562 et avant le 19 décembre de cette année. Elle était, en effet, présente au château  d'Aubeterre le 14 mai 1562 et elle tenta même alors de sauver les ornements sacrés dont elle et son mari avaient fait don à l'église Saint-Jacques longtemps avant le pillage qu'en firent, ce jour-là, les protestants[7] .

Il est probable qu'elle fit cette donation peu de temps avant sa mort et il n'est, du reste, plus question d'elle après cette année.

Les quelques renseignements que j'ai pu recueillir sur François Bouchard II n'offrent, la plupart, qu'un intérêt assez secondaire, car ils sont presque muets sur ce qu'il serait le plus intéressant de connaître dans son histoire, sur les emplois qu'il occupa et sur les expéditions auxquelles il prit sans doute part.

Nous trouvons dans Vigier[8] la relation d'un procès dont il est aussi question dans le Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord. (T. XXV, 4ème livraison, juillet-août 1898), et dont voici une courte analyse.

Guy, fils de Jean de Mareuil et de Philippe de Montberon, vassal direct du Roy, nobilissime seigneur de Mareuil, Villebois, Angeac, Vibrac, Bourzac, etc., était sénéchal d'Angoumois et l'un des quatre barons du Périgord. Il prétendait même au premier rang et l'emporter sur ses collègues de Beynac, Bourdeille, Biron. Marié à Philippe Paynel, il en eut trois filles : Marguerite, épouse de Louis Bouchard d'Aubeterre ; Françoise, unie à Forgemont, puis à Philippe d'Harcourt en secondes noces et Jeanne, femme de Guy, baron de Montpezat du Quercy. Veuf en 1512, Guy de Mareuil convola au mois de juin 1513 avec Catherine de Glermont, dont il eut François et Gabrielle, sur laquelle nous reviendrons bientôt. Il gagna son procès sur Bourdeille en 1518 et mourut l'année suivante. Conformément aux intentions exprimées dans son testament, on l'inhuma à Villebois, au couvent des Augustins qu'il avait fondé en 1510. Sa succession souleva des difficultés à cause du décès de son fils. Catherine, sa deuxième femme, acquit les droits des filles du premier lit. François de Mareuil expira ensuite en 1533.

Dès lors, François d'Aubeterre, fils de Marguerite, aînée des filles, comme principal héritier de François de Mareuil son oncle, se saisit de tous les biens de la maison de Mareuil. Gabrielle soutint au contraire que tous les biens de François, son frère germain, lui appartenaient, alléguant que la représentation et la forme de succéder ont lieu comme de droit, et que l'article 94 adjugeant les propres aux branchages doit seulement être observé entre héritiers de diverses branches Et pour empêcher le droit d'aînesse, demandé par le neveu, fils de l'aînée, en la succession de son oncle, elle demanda partage de la succession de son frère, Guy de Mareuil. Par arrêt définitif du 6 août 1543, la Cour maintint les trois filles du premier lit ou leurs représentants, et Gabrielle, en la possession des héritages anciens, délaissés par François, chacun pour un quart. Quant au droit d'aînesse, Bouchard d'Aubeterre en fut débouté[9] .

Depuis 1533 jusqu'en 1541, époque de son second mariage, nous ne savons à peu près rien sur François Bouchard II.

On trouve cependant dans Clément Marot quelques vers qui, peut-être, furent écrits à son intention. Mais rien ne prouve que c'est bien de lui qu'il s'agit et non pas d'un autre membre de la famille Bouchard ; il convient cependant de les citer, car ils témoignent que les Bouchard appartenaient à la société la plus distinguée de leur époque et, s'il s'agit de François Bouchard II, ils nous renseigneraient sur son physique et nous apprendraient que vers 1538, à l'époque où ces vers furent écrits, il était à Paris où il avait, semble-t-il, quelque succès auprès des dames de son temps. Les voici :

« Aubeterre amour ressemble

Ce me semble :

Petite vue tous deux,

Et toutes fois chacun d'eux

Les cœurs emble.[10] »

C'est en 1541 que se place son second mariage; nous avons dit plus haut ce que nous savons sur cet événement et sur ses conséquences.

L'année suivante, il eut avec Armand de Gontaud, seigneur du Périgord, des difficultés qui entraînèrent un procès devant le sénéchal d'Angoumois ; voici comment est formulée l'indication de cette cause dans l'Inventaire des archives de la Charente, où je l'ai relevée :

« Procuration donnée par Armand de Gontaud, seigneur du Périgord, pour le représenter dans la cause en retrait conventionnel intentée par lui, devant le sénéchal d'Angoumois, contre Jean Ballue et François Bouchard, seigneur d'Aubeterre. E. Maquelilan, notaire, 1542-1543 (22 octobre)[11] .

Depuis lors jusqu'en 1548, la vie de François Bouchard s'écoule sans que les voiles de l'obscurité qui l'entourent se déchirent un seul instant, et nous arrivons ainsi presque à la fin de la première moitié du XVIe siècle. A ce moment, une question se pose : François II a-t-il été ambassadeur en Espagne? Nous n'essaierons pas de la résoudre ici et nous renvoyons le lecteur à notre travail sur Poltrot de Méré[12] . Toutefois, s'il fit ce voyage, ce fut peu avant ou peu après la Révolte de la Gabelle, à laquelle il fut mêlé.

A la suite des exactions commises par les employés (gabelleurs) chargés de recouvrer l'impôt sur le sel, les pauvres paysans (pitaux) de Saintonge, Angoumois et provinces voisines, se soulevèrent au mois de juin 1548 et mirent à leur tête Puymoreau[13] , Bois-Mesnier et autres chefs; chaque paroisse avait le sien, parfois son curé. Ils se réunirent d'abord à Archiac, puis à Baignes, prirent Châteauneuf et battirent les gabelleurs et les archers.

L'assemblée de Baignes était représentée par les contingents des cantons actuels de Cognac, Jarnac, Segonzac, Châteauneuf, Blanzac, Montmoreau, Aubeterre, Baignes et aussi ceux de Barbezieux, Brossac, Chalais, Archiac, Montlieu, Jonzac, Montguyon, Montendre, etc. Leur effectif montait à environ 18.000 hommes. La réunion avait eu lieu le 8 août 1548. Ces bandes se répandirent en tous sens, surtout dans le Bordelais qui se souleva, et Henry II dut bientôt envoyer contre elles des forces commandées par le duc d'Aumale (François de Guise) et Montmorency.

La répression fut sans pitié, malgré l'amnistie promise et la soumission des rebelles.

Le 25 septembre avait eu lieu une révolte dans les communes de Palluau et Salles-la-Vallette, d'un côté, et celles de Médillac, Riou-Martin et Yviers, près de Chalais, de l'autre ; c'est à propos de cette révolte que François Bouchard II d'Aubeterre écrivit, le 27 septembre 1548, au duc d'Aumale, qui lui répondit le 2 octobre. Voici des extraits des lettres.

Monsieur d'Aubeterre au Duc d'Aumale.

Aubeterre, le 27 septembre 1548.

Monseigneur, pour le service du Roy et le vostre, je remetz à vostre bon playsir et commandement, ce qui est le plus nécessaire à moy, vous aller trouver ou demeurer par deçà pour tousiours à mon possible empescher cette malheureuse commune de soy esmouvoir... ne se peuvent engarder tous les jours de fere les foulx, et encore lundy dernier, a deux lieues d'icy, sonarent quelques paroisses le toquesain et se assemblarent de 800 à 1000 hommes, et n'eust été la crainte de Messieurs de Monlieu, de Ribeyrac et de moy, et qu'ils sont nos voisins d'assez près pour les empescher suivant le commandement que le roy nous a faict leur faire cognoistre leurs erreurs et follyes et y employer nos vies et bien, pence qu'ils eussent continué leur delloyale entreprise.

De nostre maison d'Aubeterre, le XXVII jour de septembre.

Votre très humble et très obéissant serviteur,

d'Aubeterre[14] .

Dans une autre lettre de Guy Chabot[15]  au duc d'Aumale, datée de Saint-Aulaye[16] , 28 septembre 1548, celui-cy, après avoir demandé des ordres, ajoute :

... Estant asseuré que M. d'Aubeterre vous fera amplement entendre l'envie que quelques communes ont de s'esmouvoiret, n'estoyt la crainte qu'ilz ont de nous deulx, l'eussent déjà faict. Si est qu'ilz continuent à faire leurs monstres le jour des festes...

De nostre maison de Saint-Aulaye le XXVIII de septembre.

Vostre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Chabot[17] .

Le Duc d'Aumale à Monsieur d'Aubeterre.

Poitiers, 2 octobre 1548.

Monsieur d'Aubeterre, J'ay esté adverty que quelques paisans des paroisses de Palluau, Salles, Médillac, Rumartin et Eviers[18]  qui, comme gens mal conseillés ont sonné le toquesein et se sont puis naguères eslevés, et pour estre chose si pernicieuse et de telle importance comme elle est, je vous en ay bien voulu escripre, pour vous prier, incontinent la présente receue, les advertir qu'ils ayent à se retirer chacun en sa maison obéissants au Roy comme bons et loyaux subjects, et ou ils ne le vouldroient faire, mais persister et continuer en ceste désobéissance, que je ne fauldray de mectre à feu et à sang eulx, leurs femmes, enffans et maisons[19] .

Lettre de Monseigneur le duc d'Aumale à M. d'Aubeterre du II d'octobre à Poictiers MVe XLVIII.

Au dos : M. d'Aubeterre, du IIe jour d'octobre.

Il résulte des lettres ci-dessus que la paroisse d'Aubeterre devait être aussi très montée contre les gabelleurs, mais que pourtant elle ne se souleva pas, grâce à la présence et à l'attitude énergique de François Bouchard II. La lettre de Guy Chabot dit, d'une manière générale, que la crainte seule les retenait et qu'ils faisaient leurs monstres les jours de fêtes.

Il s'en est donc fallu de peu que nos pères aient échappé aux affreuses représailles que Henry II tira des rebelles ; représailles annoncées sans détour, du reste, par le duc d'Aumale à M. d'Aubeterre et exposées avec une si froide cruauté.

Il résulte encore de ces lettres que François II n'était pas ambassadeur en Espagne au moment où éclata la révolte. C'est M. de Marillac qui remplissait alors ces fonctions, ainsi que nous l'apprend une lettre que lui écrivit Henry II, d'Embrun, le .7 septembre 1548[20] .

J'ai maintenant à faire connaître une pièce importante et curieuse. C'est une lettre de Jean Calvin; elle est adressée à M. d'Aubeterre, mais fut remise à son fils François Bouchard III, alors à Genève, pour lui être envoyée. On la trouve dans le tome I, p. 387, du Recueil des lettres de Jehan Calvin, publiées par Jules Bonnet en 1854. La minute est à la Bibliothèque de Genève, vol. 107. Elle est datée de mai 1553.

Cette lettre est beaucoup trop longue pour être publiée toute entière. En voici le commencement et la fin ainsi que l'importante note du commentateur.

A Monsieur d'Aubeterre,

Monsieur, je vous prie qu'il vous plaise m'excuser en ce que je vous déclaire mon intention par escript plutôt que de bouche. Il ya deux raisons qui m'y conlraingnent, car je craindrais en une chose odieuse ou estrange de prime face n'avoir pas telle audience qu'il serait à souhaiter, et puis la révérence que je vous porte m'a toujours fermé la bouche jusques'icy. En la fin. je me suis advisé d'essayer si je vous pourrais appaiser en ce dont vous estes mal content de moy, ou pour le moins tellement adoulcir l'offense que vous pourriez avoir conceue, que j'eusse cy-après meilleure entrée à vous en satisfaire du tout.. .

Monsieur, je considère assez que ces choses vous seront estranges, et que je ne mérite pas d'être escouté ea choses si grandes. Mais s'il vous plaist etc., luy faisant offre de communiquer plus à plein en la présence de l'oncle, afin que la chose ne soit pas esventée plus loing (mai 1553)[21] .

Cette lettre est une réponse à quelque lettre, peut-être à plusieurs, que François II avait certainement écrite dans des termes irrités à Calvin qu'il rendait peut-être responsable de la conduite et de l'exil de son fils. Celui-ci, comme nous le verrons plus loin, était un des adeptes les plus ardents de la Réforme, bien que très jeune encore, et il était à Genève, depuis un certain temps déjà, quand Calvin se décida à répondre à son père par son intermédiaire. Cette lettre nous apprend encore que le réformateur offrit un rendez-vous à François II d'Aubeterre, en présence de l'oncle : c'est de Guy Bouchard, frère de François II et oncle du jeune réfugié, qu'il s'agit ; Guy était encore abbé de Saint-Sauveur d'Aubeterre et fut nommé évêque de Périgueux à la fin de cette même année par bulle de Jules III, datée du 7 décembre 1553. Calvin, qui le connaissait peut-être ou désirait le connaître et qui voulait éviter un esclandre, eût sans doute été bien aise de se rencontrer avec François II en présence de Guy, espérant, par là, diminuer l'âpreté, sinon la violence, de l'accueil qu'il redoutait et y voyant aussi une occasion de prêcher sa doctrine devant une autorité ecclésiastique, dont la conversion à la Réforme eût été une victoire de plus. Nous ne savons si l'offre de Calvin fut acceptée, et, si elle le fut, nous ignorons dans quel lieu ils se rendirent. Ce qui est certain, c'est que, peu d'années après, Guy, évêque de Périgueux, se rangea du côté de la Réforme. Deux ans après la réception de cette lettre, qui ne fut sans doute pas suivie de l'entrevue sollicitée par Calvin, François Bouchard II mourut, ainsi que nous l'avons vu, au mois d'août ou de septembre de l'année 1555. Fort peu de temps après sa mort eut lieu la vente de la terre d'Aubeterre, dès 1555, dit M. Gigon. Je ne connais point les stipulations de l'acte qui fut passé entre le maréchal de St-André et les héritiers de François Bouchard. Cependant, il n'y a aucun doute sur l'illégitimité des agissements du Maréchal pour acquérir, à vil prix, le domaine d'Aubeterre qu'il convoitait.

De Thou dit qu'il se fit donner alors les biens confisqués du vicomte d'Aubeterre. Ceci ne doit pas être exact, parce que, ainsi que le fait remarquer Haag, il venait d'acheter le domaine d'Aubeterre. Mais ce qui est bien probable, c'est qu'il demanda et qu'il obtint des Guises la grâce de François Bouchard III, pris à Amboise. Car il avait un grand intérêt à ce que celui-ci ne fut pas exécuté, ce qui eut entraîné de droit la confiscation des biens, et lui eût créé, à lui nouvel acquéreur, mais acquéreur dans des conditions plus ou moins avouables, de grosses difficultés et de coûteuses démarches, les griffes du fisc de ce temps-là n'étant sans doute pas moins crochues que celles du fisc d'aujourd'hui.

Ceux donc qui seraient tentés d'admirer la générosité du maréchal de St-André seraient probablement beaucoup mieux inspirés en reconnaissant que, dans cette circonstance comme dans beaucoup d'autres, le soin de ses intérêts surtout dirigea sa conduite. Il ne profita guère du reste de cette opération malhonnête, car il fut tué à la bataille de Dreux le 19 décembre 1562, et tout semble démontrer que Robert et François Bouchard qui, à cette époque, avait quitté Genève, ne tardèrent pas à rentrer dans leur domaine et à s'y installer de nouveau. D'autres allégations de de Thou ont aussi besoin d'être rectifiées; elles le seront ultérieurement au cours de ce travail.

Voici comment s'expriment les Mémoires de Soubise à ce sujet[22]  :

Suivant donc la volonté du Roy, le sieur de Soubise partit, selon le dessein de ses ennemys, à quoy avait aussi aydé le maréchal de St-André, lequel avait en son esprit d'acquérir Aubeterre, qui est une des plus belles terres de France, comme celle qui a valu, telle année, plus de cent mille francs, de laquelle il espérait s'accomoder par le moyen de la dame d'Aubeterre, tante de sa femme et belle-mère de la dame de Soubise (Antoinette Bouchard), et de se servir de l'envie qu'avaient Messieurs d'Aubeterre, frères de la dite dame de Soubise, de se retirer à Genève à cause de la religion dont ils estoient desjà déclairés, pour avoir leur terre à non prix, si d'adventure le sieur d'Aubeterre, leur père, qui estait encore en vie, venait à mourir.

Et pour ce qu'il ne craignait que personne lui pust tant nuire en cest endroit que le dict sieur de Soubize, il désirait l'esloigner cependant qu'il ferait ce trafic ; ce qui luy réussit comme il avait proposé ; car neuf mois après le partement du dict sieur[23] , le sieur d'Aubeterre, son beau-frère, mourut, qui fit penser qu'on lui avait avancé ces jours, de façon que, pendant son absence, le dict maréchal négocia ce faict, en sorte qu'il s'en est ensuivy de grandes ruines en leur maison. La vicomte d'Aubeterre était considérée comme l'une des plus belles de France, et d'après un dicton valait autant de mille livres que le boisseau de froment valait de sols.[24]

Il est bon de rapporter également ici l'opinion de de Thou[25] .

Après avoir fait le récit de la bataille de Cournil et raconté ensuite la mort de David Bouchard au siège de Lisle, cet auteur fait son éloge et ajoute : « Il était né à Genève où son père s'était réfugié avec sa femme lorsqu'on persécutait en France les Protestants dont il professait la religion, laissant de grands biens dans le Royaume, dont Jacque d'Albon, maréchal de Saint-André, obtint aisément d'un prince trop facile la confiscation à son profit, à titre de donation ; il y avait alors malheureusement plusieurs exemples parmi les grands de s'emparer, par ce moyen, du bien d'autrui. »

Les lignes qu'on vient de lire diffèrent sur bien des points, on le voit, de celles que nous avons puisées dans les mémoires de Soubise, mais elles sont entièrement d'accord relativement aux procédés malhonnêtes employés par Saint-André pour acquérir Aubeterre.

Nous ne savons pas à quel moment les fils de François Bouchard II reprirent possession de leur château d'Aubeterre. Cependant, nous trouvons dans Vigier[26]  qu'un arrêt du mois d'août 1562 fut rendu en faveur du baron d'Aubeterre qui soutenait que son adversaire n'était point exempt de la juridiction du juge d'Aubeterre. Ce qui permet de penser que, dès ce moment, ils jouissaient des prérogatives attachées à cette seigneurie, et que par conséquent, ils avaient alors repris la possession de leur domaine[27] .


 

Livre II.

FRANÇOIS BOUCHARD III

(1526-1573)

I

François Bouchard III fut l'un des plus ardents parmi les Réformés ; il était le deuxième fils de François Bouchard II et d'Isabelle de Saint-Seignes. Je n'ai pu découvrir la date exacte de sa naissance, mais on ne risque pas de se tromper beaucoup en la plaçant entre 1526 et 1528.

S'il ne fut pas tout à fait un personnage de premier plan, il n'en joua pas moins un rôle important dans les événements qui se déroulèrent entre 1560 et 1573, c'est-à-dire depuis la conjuration d'Amboise et le commencement des guerres de religion jusqu'au lendemain de la St-Barthélemy.

Les écrivains qui ont parlé de lui le nomment tantôt François Bouchard, tantôt le sieur de Saint-Martin de la Coudre, tantôt enfin le baron ou le vicomte d'Aubeterre, de telle sorte qu'on pourrait croire qu'il s'agit de deux personnages, au moins, différents ; mais si cette dualité apparaît au premier abord, on s'aperçoit vite qu'il ne s'agit là que d'un seul et même homme et les frères Haag qui ont écrit sur lui un article intéressant et documenté dans la France protestante (2e édition), ne s'y sont pas trompés. Du reste un document décisif et dont l'authenticité ne peut être contestée lève tous les doutes à cet égard; c'est l'arrêt dont on trouvera plus loin la teneur, par lequel le Parlement de Bordeaux condamna, le 6 avril 1569, François-Bouchard III à la peine de mort sous les noms de : François Bouchard d'Aubeterre, sieur de Saint-Martin de la Coudre. J'ai donc pu lui attribuer tous les faits qui le concernent, malgré la différence des noms qui lui sont parfois donnés, et arriver ainsi à faire de lui une biographie bien imparfaite assurément, car les lacunes abondent, mais qui permet cependant de le suivre de l'adolescence à la fin de la vie et de saisir les traits principaux de sa physionomie particulière.

Bien qu'il fut le deuxième fils de François II, c'est lui qui, aux yeux de l'histoire, occupe parmi les représentants de cette famille la place de beaucoup la plus importante dans les événements de l'époque; il devint du reste, par la mort de son frère aîné Robert, décédé sans enfants, le seul chef de cette puissante maison.

Nous avons vu dans le chapitre que nous avons consacré à François Bouchard II, un certain nombre de renseignements qui concernent François Bouchard III, notamment ses rapports avec Poltrot de Méré, et son attitude vis-à-vis d'Isabelle de Pompadour, seconde femme de son père, et le maréchal de Saint-André, Jacques d'Albon ; nous n'y reviendrons pas.

Parmi les actes que les frères Haag ont retrouvé dans les vieilles minutes des notaires de Genève, il en est plusieurs dont ils ont donné une analyse détaillée, au nombre desquels se trouve le testament de François Bouchard III, pièce d'une importance capitale; nous en reproduisons les principales dispositions d'après leur travail.

Ce testament commence par exposer que « l'an 1548 ou environ, étant encore en bas âge, et vivant encore noble messire François Bouchard, seigneur d'Aubeterre, chevalier, son père », il avait épousé, « au desceu » de son dit père et de ses amis, Florence Gentil, fille de André Gentil, seigneur des Bardines, et qu'à la sollicitation de la mère de Florence, il lui avait signé une obligation de 4000 écus quand il n'en avait reçu que 420, et il prend ses mesures pour que sa fille du premier lit, Marguerite, fille de Florence, ne puisse inquiéter ses enfants du deuxième lit, David, Marthe et Sarah, enfants de Gabrielle de Laurenzannes. Il institue David héritier de tous ses biens « sauf toutesfois que, s'il advient cy-après que l'on puisse recouvrer d'aultres biens... par le moyen des successions de feu son père et de feu noble Guy Bouchard, évèque de Périgueux, son oncle, David partagera avec ses sœurs. Et si sa femme, qu'il nomme tutrice de leurs enfants, avait, continue-t-il, quelque chose de grande importance, cela sera l'ait avec le conseil de noble et spectable François de Morel[28]  et noble Jehan de Barril de la Regnaudière (Bary de la Renaudie) lesquels je prie lui faire ce bien de la conseiller. Et, en cas que sa dite femme pendant ce gouvernement descédat ou se remariât, veut et ordonneque le dict gouvernement soit donné aux dicts de Morel et de Barril, et les prye d'en prendre la charge. Item parce que nostre Seigneur lui a faict la grâce de le retirer avec sa famille hors la captivité et idolâtrie papistique pour venir en l'Eglise de Dieu et pays réformés à l'Evangile, dont il le remercie et désire que ses dicts enfants continuent et soient entretenus en ceste grâce et soubs telle saincte réformation sans se polluer es dictes idolâtries[29]  ; à ceste cause, veult et ordonne que si ses dicts enfants retournaient aux dictes idolâtries, se retirant de l'Eglise qui sera réformée selon l'Evangile... ses dicts biens eschus à cause de lui à ses dicts enfants ou à l'ung d'eulx accroissent à ceux qui seront demourant dans l'Eglise, et si tous défaillaient, en ce cas dont Dieu les préserve, il veult et ordonne que ses dicts biens retournent, à scavoir, la moictié à sa dite femme et 500 livres aux pauvres et le reste à noble Robert Bouchard, son frère, et aux siens…..

Faict au domicile et habitation du dict noble testateur, situé au bourg de Four, au-dessus de l'enseigne de la Cloche d'argent, présents noble et spectable François de Morel, seigneur de Collonges, ministre du Sainct Evangile en ceste ville, spectable Germain Colladon, nobles Joseph de Visignon et Claude du Paint, habitants de Genève, etc. »

(Ragueau, III, 368 et 382).

Haag ne rapporte pas la date précise de cette pièce, il dit seulement que ce testament fut passé à la veille de la journée d'Amboise, mars 1560, le 17 février probablement. (Voir plus loin.)

Il nous dit encore qu'il se maria « au desceu » de son père et de ses amis et il nous donne des détails sur la façon dont il fut exploité par sa luture belle-mère. Cet acte d'indépendance excessive de la part d'un tout jeune homme attira sûrement sur sa tête de nouvelles colères paternelles, car il devait avoir déjà, depuis quelque temps, embrassé la Réforme, ce qu'il n'avait évidemment pu faire sans soulever de violentes explications et provoquer une première rupture entre lui et son père demeuré ardent catholique. On comprend l'exaspération de celui-ci qui le chassa peut-être de sa maison et on devine que c'est alors, bien probablement, qu'il forma la résolution de s'expatrier bientôt, car il ne tarda guère à quitter la France. A toutes ces raisons vint s'en ajouter une nouvelle : Florence Gentil mourut fort peu de temps après leur union, lui laissant une fille, Marguerite. Cette nouvelle déception qui s'ajoutait aux ennuis que lui causait sa rupture avec son père, aussi bien que l'exemple des nombreux protestants de la Saintonge qui s'exilaient en Suisse et qu'il pouvait avoir connus chez ses cousins de Saint-Martin de la Coudre, le décida sans doute à quitter la France, et il est permis de penser que c'est après la mort de Florence qu'il partit pour Genève où nous verrons que d'autres membres de sa famille étaient déjà réfugiés ou devaient bientôt le rejoindre.

En y arrivant, il y trouva donc de nombreux amis parmi lesquels la famille de Laurenzannes, originaire de Saintonge, qui, après avoir vendu ce qu'elle y possédait, avait quitté la France et acquis, non loin de Genève, de nouveaux biens à Aulbonne (ou Aubonne) dans le canton de Vaud.

C'est avec une jeune fille de cette maison qu'il contracta, vers 1553, un nouveau mariage. En 1554, il devint père d'un premier enfant, David, qui naquit et fut élevé à Genève, nous dit Brantôme[30] . C'est encore dans cette ville que le même auteur rencontra François Bouchard lors d'un premier voyage qu'il fit en Italie en 1558, ce qu'il nous raconte en ces termes : « Ce maraud (Poltrot de Méré) était de la terre d'Aubeterre, nourri et eslevé par le viscomte d'Aubeterre lorsqu'il estait fugitif à Genesve, faiseur de boutons de son mestier, comme était la loi, là introduicte, qu'un chacun d'eux eust mestier et en vesquit, tel gentilhomme et seigneur qu'il fust ; et le dict Aubeterre, bien qu'il fust de maison, estait de celui de faiseur de boutons. Moi, en passant une fois à Genesve, je l'y vis fort pauvre et misérable ».

Il eût pu aussi voir que François Bouchard ne s'occupait pas uniquement de faire des boutons, et que sa principale occupation était de surveiller les choses de France. Dès cette époque, nous venons de le voir, Bary de La Renaudie était à Genève et, pour profiter de la première occasion qui s'offrirait de ruiner l'influence des Guises, il enrôlait déjà des partisans dont François Bouchard était l'un des plus actifs et des plus décidés[31] .

A ce moment, 1558, il avait auprès de lui sa sœur, Anne Bouchard, veuve de Janot de Laue, vicomte de Laroche-Chalais, remariée à François des Plans, chevalier ; un acte analysé par Haag nous montre celle-ci prenant des dispositions pour mettre aux mains des principaux réfugiés, les Calvin, les Théodore de Bèze, les de Morel, etc., une partie de ses biens, ce que fit un peu plus tard François Bouchard lui-même par d'autres actes également rapportés par Haag. En effet, par l'un d'eux, du 17 février 1560[32] , quelques semaines avant l'affaire d'Amboise : « Noble François Bouchard, vicomte d'Aubeterre, donne pouvoir à noble dame Gabrielle de Laurenzannes, sa femme, de le représenter par devant tous juges, seigneurs et magistrats de justice ou autres, pour demander et recouvrer les biens, droits, etc., quels qu'ils soient, qui à lui appartiennent en la terre seigneurie ou baronnie d'Aulbonne et autres lieux, les terres de Bennes (Isère) et de Savoie, provenant des biens et dot de la dite Laurenzannes, et il la constitue maîtresse de ces biens et autres quelconques vendre et engager pour tels prix et à telles personnes que bon semblera à la dite noble de Laurenzannes.

Fait au domicile du dit noble constituant, au bourg de Four à Genève, présents noble Joseph de Visignon, spectabie Jehan Gagnon, ministre es terres de Bennes, etc. »

Le même jour, au même lieu, « noble Joseph de Visignon, natif de Périgoust et par ci-devant résidant à Aulbonne », cède, quitte et transporte à noble dame Gabrielle de Laurenzannes cent écus soleil à lui dus par Jehan de Lettes, baron d'Aulbonne[33].  Ces deux actes montrent donc François Bouchard remettant à sa femme tous les pouvoirs nécessaires afin qu'elle puisse, lui absent, liquider leurs immeubles situés en Suisse et jusqu'aux créances.

C'est sans doute aussi, à ce moment, qu'il fit le testament dont nous avons vu plus haut les dispositions ; elles nous démontrent qu'il était bien persuadé de la gravité de l'affaire dans laquelle il allait s'engager et des risques qu'il allait courir, aussi prenait-il toutes ses précautions en vue d'une mort possible.

Il semble qu'il était revenu en Suisse pour prendre ces dernières dispositions, car la première réunion des conjurés avait eu lieu à Aulbonne au commencement de janvier 1560, et une seconde à Lyon, chez un bourgeois de la ville, Pierre de Terrasson.

Il n'y a aucun doute qu'il ait assisté à ces deux premières réunions, mais on peut croire qu'il ne manqua pas d'assister également à la troisième et dernière qui eut lieu à Nantes le 1er février, dans une maison particulière qui appartenait, dit-on, à Dandelot[34] (l), malgré l'éloignement de cette dernière ville que l'on avait choisie à dessein en raison des fêtes qui s'y donnaient alors et qui permirent aux conjurés de masquer leur présence au milieu des étrangers venus pour ces fêtes[35] . Il avait eu le temps de revenir à Genève et de s'y trouver le 17 février, mais il n'y resta que quelques jours et partit pour Amboise.

II

On sait comment les conjurés furent trahis par l'avocat Avenelles à qui La Renaudie s'était imprudemment confié à Paris, au moment où ils allaient tenter l'exécution de leur projet. Je n'ai pas ici à retracer l'histoire de cette lamentable affaire ; découverts, cernés, faits prisonniers, les huguenots furent presque tous tués, noyés ou pendus, beaucoup après avoir été mis à la torture, car on voulait leur arracher contre certains chefs, Coligny en particulier, des révélations qu'ils ne firent pas ou qui sont sans valeur.

Cette tentative était dirigée contre les Guises, et son but était d'enlever le jeune roi François II, afin de le soustraire à leur influence. Brantôme et d'autres auteurs nous disent que c'est à la sollicitation du Maréchal de Saint-André que François Bouchard, condamné comme les autres, dut d'être seul épargné. On a lu plus haut ce qu'il faut penser de la générosité de Saint-André, et il est inutile d'y revenir ici.

Toutefois, condamné à l'exil, François Bouchard se réfugia en Suisse, dit Bujeaud[36] , qui semble ignorer qu'il y était antérieurement resté de longues années ; il dut, en effet, y revenir alors, car il y avait laissé sa femme et ses enfants, mais nous ne savons pas combien de temps il y resta et cette période de sa vie nous est peu connue.

Voici cependant ce que nous apprend M. Pierre de Vaissières, dans un travail fort intéressant[37]  :

« Quoiqu'il en soit, les deux hommes (Fr. Bouchard et Poltrot), étaient certainement à Paris à la fin de 1561, au moment du colloque de Poissy. A cette époque, Poltrot fréquentait au prêche de la Gerisaye et il ne sortit de la ville, avec son protecteur, qu'au début des troubles, au commencement de 1562 ».

Il est probable qu'à la suite de la publication de l'Edit du 17 janvier 1562, François Bouchard profita delà tolérance accordée par cet édit aux religionnaires pour ramener sa famille chez son frère aîné, Robert Bouchard[38] . Ce qui est certain, c'est qu'il était de retour en France au moment où éclatèrent les premiers troubles auxquels nous allons voir qu'il fut activement mêlé, dès le début.

Depuis la mort du roi François II (5 décembre 1560), Condé ne pouvait oublier que, sans cet événement, il eût été jugé et condamné à mort, sans nul doute, pour avoir osé conspirer contre les Guises ; ceux-ci, de leur côté, avaient formé, avec le maréchal de Saint-André et le connétable de Montmorency, une sorte d'alliance qu'on a appelée le triumvirat et qui était dirigée, à la fois, contre la reine-mère, contre Condé et contre les Châtjllons.

D'autre part, le colloque de Poissy n'avait fait que démontrer l'impossibilité d'une entente entre catholiques et protestants. Catherine qui, à ce moment, redoutait surtout la puissance des Guises, s'était rapprochée des protestants, et, sur le conseil du chancelier de L'Hôpital, avait réuni les délégués des Parlements qui avaient voté l'édit de janvier, favorable aux huguenots qu'il laissait libres de pratiquer leur culte dans certaines conditions. Mais cette tolérance avait excité contre eux l'unanime réprobation des catholiques, de telle sorte que les esprits étaient arrivés à un degré d'excitation extrême dans toute la France et qu'il ne suffisait plus que d'une étincelle pour allumer l'incendie. Il ne tarda pas à éclater : François de Guise rentrant à Paris et passant par Vassy, une collision se produisit entre ses gens et des protestants assemblés dans une grange où ils célébraient leur culte, qui se termina par le massacre de presque tous les huguenots présents (1er mars 1562) ; ce fut le signal de l'épouvantable guerre civile qui ensanglanta la France pendant plus d'un demi-siècle.

Le 5 avril, les Guises enlevaient le roi et sa mère à Fontainebleau et les emmenaient de force au château de Vincennes, puis à Paris ; Condé qui avait formé le même projet et avait été devancé par eux, n'hésita plus ; il s'empara d'Orléans et, le 8 avril, il adressa un manifeste à tous ses partisans, en leur demandant de venir au plus tôt le rejoindre avec toutes les forces qu'ils pourraient conduire, et enjoignit à tous les gouverneurs de se saisir des biens des églises.

Le comte François de Larochefoucauld, marié à Charlotte de Roye, beau-frère de Condé, à qui il était tout dévoué, avait reçu secrètement de Catherine de Médicis, par Mergey, l'ordre de prendre les armes. Il avait, dès le 25 mars, réuni en un synode, à Saint-Jean-d'Angély, les réformés de la Saintonge et de l'Angoumois qui y avaient discuté et affirmé leur droit de prendre les armes.

François Bouchard, alors âgé d'environ 35 ans, y assistait, et il y joua sans doute un rôle important car il fut choisi pour commander un corps de cinq ou six cents cavaliers, composé de nombreux seigneurs, venus de tous les points de ces provinces. Cette troupe avait pris pour ministre Charles Léopard. Ils se mirent en route aussitôt en même temps que les autres troupes réunies par Larochefoucauld, et arrivèrent bientôt à Poitiers dont ils s'emparèrent. Continuant leur chemin, ils entrèrent dans Tours, dont la garde fut confiée à François Bouchard, qui dût s'y arrêter et, par conséquent, n'accompagna pas Larochefoucauld jusqu'à Orléans, où celui-ci arriva le 20 avril. « François Bouchard, dit Haag, ne manquait ni d'habileté ni de courage, cependant ses exploits, se réduisent à fort peu de chose dans cette première campagne ; chargé de défendre Tours, il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il lui serait impossible de tenir plus longtemps contre l'armée catholique tout entière avec une garnison démoralisée par les discussions de ses chefs ». La division, en effet, n'avait pas tardé à pénétrer parmi eux et rendait impossible à François Bouchard toute opération sérieuse ; aussi, après être resté à Tours une partie du mois de mai, prit-il la résolution de se retirer à Poitiers, où il entra heureusement « avec nombre de femmes et d'enfants et quelques pièces d'artillerie », à la tête de 7 enseignes et de 600 arquebusiers conduits par les capitaines Tigny, gouverneur de Saumur, Renaud, dit Minquetière, commandant d'Angers, Mérigot de Loudun, Bresche, La Tour, Berneseaux, La Rivière et les deux Bessé[39]. Une autre bande de fugitifs, « la plupart marchands de Tours, Châtellereault et autres places, desquelles ils avaient traîné le plus beau et le meilleur pour le sauver à Poitiers », marchant sous l'escorte du capitaine Vallières, fut surprise par les catholiques et mise dans une déroute complète. « Le butin, dit Lapopelinière, y fut de plus de cent mille livres. »

Bouchard dût bientôt quitter cette dernière ville, la division continuait de régner parmi les chefs, et beaucoup de seigneurs abandonnaient l'armée, les uns par découragement, les autres pour rentrer dans leurs châteaux et les protéger contre les incursions et les pillages qu'y faisaient les seigneurs catholiques restés dans la contrée.

J'ignore la date précise à laquelle François Bouchard quitta Poitiers ; l'abbé Fourgeaud nous dit[40]  que la ville d'Angoulême, tombée par trahison entre les mains d'Antoine d'Aure, dit de Grammont, resta aux protestants du 16 mai 1562 au 6 août suivant, date à laquelle elle fut prise par Louis de Sansac ; et, d'un autre côté, Marvaud[41]  nous apprend que c'est 4 jours seulement après la prise de possession de Poitiers par les catholiques qu'Angoulême tomba entre les mains de Louis de Sansac; il faut en conclure que c'est au commencement d'août que François Bouchard abandonna Poitiers pour se porter en Saintonge où il alla rejoindre Larochefoucauld.

On peut supposer qu'à ce moment il vint à Aubeterre (où son frère Robert et lui reprirent, peut-être, alors possession de leur château) mais qu'il n'y resta que fort peu de jours, car nous le retrouvons en Saintonge au mois de septembre, préparant avec Larochefoucauld la surprise de La Rochelle.

Il put cependant, s'il vint ici, se rendre compte, dès ce moment, des dévastations commises par ses coreligionnaires les 13 et 14 mai 1562 dans les églises d'Aubeterre, particulièrement dans l'église Saint-Jacques et dans le couvent des Cordeliers. Triste époque où la passion des hommes ne s'acharnait pas seulement contre les personnes, mais encore démolissait les églises, brûlait les images et les manuscrits les plus précieux, faisait à jamais disparaître les vieux témoins de notre histoire et mutilait des chefs-d'œuvre. Je ne puis entrer ici dans le détail des faits qui se passèrent dans tout l'Angoumois[42] , mais il convient de dire que, si les déprédations et les crimes des protestants furent bien souvent excessifs et méritent une réprobation universelle, les meurtres, les pillages et les incendies à la charge des catholiques ensanglantaient et dévastaient la province ; Larochefoucauld Marton, oncle de François de Larochefoucauld, Louis Prévost de Sansac, Noaac, d'Ambleville, Brissac et Volvire se déshonorèrent par leurs cruautés (Marvaud). De nombreux huguenots étaient en fuite pour se soustraire aux sentences de mort prononcées contre eux et leurs biens étaient confisqués en attendant leur arrestation. La terreur régnait partout ; aussi, dit d'Aubigné[43] , « tout était plein de ceux qui de peur faisaient conscience ».

Le comte de Larochefoucauld, pour y apporter quelque remède, fit tenir un synode à Saintes, auquel assistèrent 60 ministres, le 25 septembre 1562, et « disputer la justice de leurs armes. » Dans cette réunion, on examina la conduite de chacun. Le résultat en confirma quelques-uns, dit encore d'Aubigné, au nombre desquels était François Bouchard et avec lesquels Larochefoucauld tenta de s'emparer de La Rochelle. Cette ville était commandée par Guy Chabot de Jarnac qui, bien que protestant, y était gouverneur pour le roi.

Larochefoucauld, comprenant toute l'importance qu'il y aurait pour les huguenots à être maîtres de cette place, avait envoyé le ministre Léopard auprès de Guy de Jarnac pour l'amener à y laisser entrer les troupes protestantes, mais celui-ci avait refusé, craignant les résultats qu'un tel acte pouvait entraîner pour lui et il prétendait conserver son poste et rester neutre. Dans ces conditions, Larochefoucauld s'était assuré des intelligences dans la ville.

Voici, en quelques mots, ce que fut cette affaire à laquelle François  Bouchard prit une grande part.

Quelques-uns des principaux habitants de La Rochelle, désireux de seconder ses projets, s'entendirent secrètement avec lui pour lui permettre de la surprendre, et l'exécution de ce projet fut fixée au 26 septembre 1562, à dix heures du matin, au moment du dîner. Le comte et Fr. Bouchard se présentèrent alors devant la ville avec un grand nombre de soldats tant de cavalerie que de pied, venus par mer et par terre du côté des îles de Saintonge. Ils s'avancèrent jusqu'à la porte Saint-Nicolas, croyant y trouver accès facile et libre entrée; d'autres troupes logées dans des barques se présentèrent en même temps à la Chaîne. Mais l'entreprise avait été découverte et les gardes changés quelques heures auparavant, sur l'ordre de Jehan Nicolas, écuyer, seigneur de Coureilles, l'un des échevins, ancien maire de la ville, qui n'était point du parti. Aussitôt qu'il aperçut le gros des troupes de Larochefoucauld, il fit fermer le râteau de ladite porte Saint-Nicolas, et il n'était que temps, car quelques réformés l'avaient déjà dépassée et avaient pénétré jusqu'à la maison de Saint-Julien du Beurre, proche du râteau. Saint-Martin de la Coudre, François Bouchard et maître Jehan Grenot, avocat de la ville, qui étaient les principaux du dessein, dit Barbot[44] , parlementèrent avec le sieur de Coureilles, alléguant qu'ils venaient pour la défense de la ville, et que, si on ne les recevait pas, la ville serait bientôt assiégée et ruinée par les catholiques, mais toutes ces raisons n'eurent aucun succès et ils durent se retirer. Mis au courant de ce qui venait de se passer, Jarnac, gouverneur de La Rochelle, fort irrité, fit tirer le canon de la porte Saint-Nicolas et des murailles, du côté de la Chaîne, mais sans résultat. L'affaire était manquée et Larochefoucauld dut renoncer à son projet.

Depuis quelque temps, un assez grand nombre de protestants s'étaient ralliés autour de lui. Aussi s'en fut-il assiéger la ville de Pons, dont il s'empara, peu après, en lui donnant assaut ; il la battit de deux pièces de canon et y entra le 2 octobre[45] .

De là, il se porta contre Saint-Jean d'Angély, toujours suivi de François Bouchard, et ils l'assiégaient quand ils apprirent le désastre subi par l'armée de Duras qui venait d'être battue à Vergt, près de Périgueux, par Montluc et Burie.

III

Cette bataille avait commencé dès la matinée du vendredi 9 octobre (1562) et s'était terminée dans l'après-midi par la défaite de Duras à qui, bien qu'elle ait été complète, elle avait cependant permis de rallier autour de lui environ 2.000 hommes conduits par le jeune Duras, son frère, les deux Pardailhan et du Bordet, seuls capitaines qui ne le quittèrent pas. Il avait, dans cette terrible affaire, perdu, disent quelques historiens, environ 5.000 hommes, mais il donna, dès le lendemain matin, un bien remarquable exemple de courage et de sang-froid, en anéantissant une troupe de cinq cents .hommes conduits par le capitaine Laumônerie qui, en voulant lui couper la retraite, resta lui-même parmi les morts[46] . Cette sanglante escarmouche eut lieu tout près de Mussidan, au village d'Emburée[47].

Duras se dirigea ensuite sur Aubeterre dont le château, très fort, était occupé par une garnison protestante et pouvait lui offrir un refuge, s'il était poursuivi ; il y arriva et traversa la Dronne le même jour dans la soirée du samedi 10. Après avoir laissé prendre quelque repos à ses hommes, il s'achemina le lendemain matin dimanche vers la Saintonge, par Barbezieux et Archiac, pour aller rejoindre François de Larochefoucauld.

Arrivé le 13 à Saintes, place d'armes du comte, il s'y rencontra avec lui ; celui-ci, en apprenant la nouvelle du désastre, avait déjà donné l'ordre de lever le siège de Saint-Jean-d'Angély et se prépara immédiatement à gagner L'Isle-Jourdain afin de s'assurer un passage sur la Vienne ; il disposait seulement des 2.000 hommes de Duras, de deux compagnies d'infanterie, de 300 argoulets et de 80 gentilshommes, parmi lesquels François Bouchard. On se mit en route aussitôt ; Duras était chargé de s'emparer de Montmorillon sur la Gartempe, un peu au nord de L'Isle-Jourdain. Pendant ce temps, Montluc et Burie avaient déjà rejoint, à Mussidan, le duc de Montpensier arrivé la veille, envoyé par la reine-mère pour commander en Guyenne.

Ils décidèrent que Montluc garderait deux compagnies pour prendre Montauban et que Burie rentrerait à Bordeaux ; Montpensier devait emmener en Saintonge la plus grande partie de ses troupes, désormais inutiles en Guyenne.

Le 14, le duc était encore à Mussidan, ainsi qu'en fait foi une lettre qu'il écrivit de là à Catherine[48] , mais il se mit en route ce même jour, il passa la Dronne le 15 au matin, non loin d'Aubeterre, au moulin de Porcheyrat et se dirigea sur Barbezieux ; il n'y était pas encore, qu'il reçut de Louis de Sansac un avis lui disant que Messieurs de Larochefoucaud et de Duras « faisaient mine de lui tourner visage »

Sur le champ, il envoya deux courriers à Montluc « queue sur queue » pour lui mander de venir immédiatement. Celui-ci partit de Bergerac à deux heures du matin, c'est lui-même qui nous l'apprend dans ses Commentaires, dans la nuit du 16 au 17. Il arriva la nuit suivante, vers une heure, à Saint-Privat-des-Prés, à 8 kilomètres d'Aubeterre, en Périgord, où il prit quelques instants de repos, puis après avoir franchi la Dronne à Porcheyrat, continua sa route vers Barbezieux, pour ne s'arrêter qu'à deux lieues de cette ville. Là, il quitta ses hommes et courut se présenter, dit-il, au lever du duc, 18 octobre ; il n'avait avec lui que M. de Lioux, son frère, et une trentaine de cavaliers, n'ayant pu trouver plus de chevaux capables de faire la route.

Pendant ce temps, Larochefoucauld, Duras et Bouchard s'étaient éloignés ; aussi le duc de Montpensier ne le retint pas : « Il me licencia, dit-il, et m'en retournai coucher à Saint-Privat, près d'Aubeterre, et le lendemain à Bergerac ; et y trouvai dom Johan de Garbajacavec dix compagnies d'Espagnols qui venaient d'arriver, et fus cause qu'il partit le lendemain matin. Ainsi m'en revins, renvoyant tout le monde à leurs maisons, n'y ayant rien en toute la Guyenne qui bougeast ni qui osast dire qu'il avait jamais esté de ceste religion, car tout le monde allait à la messe et aux processions, assistant au service divin : et les ministres, trompettes de tout ce boutefeu, avaient vuidé, car ils savaient bien qu'en quelque coing qu'ils fussent je les attraperais et leur ferais bonne guerre ». D'après ce qui précède, les Espagnols partirent donc de Bergerac le mardi 20 pour aller rejoindre le duc de Montpensier, et ils durent, à leur tour, passer à Aubeterre vers le 22 octobre.

Il convient d'entrer ici dans quelques détails pour expliquer comment s'effectuaient tous ces passages de troupes sur la Dronne. Aubeterre était placé sur le grand chemin qui conduisait de Guyenne en Saintonge[49]  : de Bergerac il passait à Mussidan, puis à Ribérac, à Cumond, à Saint Antoine et à Aubeterre, de là, il se dirigeait sur Saintes, par Chalais, Brossac, Barbezieux et Archiac.

On traversait la Dronne sur trois points : à Aubeterre même, 1° au lieu encore appelé le Grand-Pont, il existait un bac qui appartenait au seigneur d'Aubeterre (depuis que le pont avait été détruit au commencement de la guerre de Cent ans, dit M. de Cumond[50] , c'était le plus fréquenté des trois passages) ; 2° on la traversait encore à 200 mètres en aval, en passant sur les écluses du moulin de Pont-Vieux où sans doute exista un autre pont remontant à une antiquité beaucoup plus reculée ; 3° enfin, à 300 mètres environ, en amont, existait le moulin des Gabris qui appartenait au Chapitre de Saint-Sauveur d'Aubeterre et dont les écluses pouvaient aussi servir de passage ; ce moulin n'existe plus aujourd'hui, mais l'examen des lieux permet de reconnaître la place exacte ; il a été abandonné vers la fin du XVIIIe siècle après être devenu la propriété des seigneurs d'Aubeterre, il était d'un entretien extrêmement coûteux, tout le terrain était marécageux tout autour, et pour cette raison, ce passage était sans doute rarement utilisé. Indépendamment de ces trois points que franchissaient seules les troupes qui n'avaient rien à craindre de la garnison du château, il existait, à deux kilomètres en aval de Pont-Vieux, un autre bac, au lieu appelé la Bernarde, et à 150 mètres plus bas, un autre moulin, celui de Porcheyrat, qui devaient être utilisés par les troupes intéressées à éviter Aubeterre. Ce moulin était d'ailleurs pourvu d'une redoute située exactement sur le bord de la rivière. Elle existe encore, et son fossé très profond, rempli à volonté par les eaux d'une fontaine, en faisait un lieu très fortifié. Elle était située du côté du Périgord, sur la rive gauche, et plusieurs voies d'accès y aboutissaient. Sur la rive droite, à quelques centaines de mètres, une autre redoute s'élevait sur une motte de terre rapportée. On l'appelait  la Motte-Bourbon[51] . Elle a été nivelée vers 1865, on y trouva alors de nombreux biscayens et des boulets de diverses grosseurs. Sur cette rive droite, un chemin bientôt protégé par une colline rejoignait la route d'Archiac, laissant Aubeterre à sa droite et passant par la croix des Gardelles[52] , dont le nom indique qu'à ce point une surveillance était souvent établie.

La motte de Porcheyrat, comme on la nomme encore, et la motte Bourbon étaient des ouvrages importants, car ils pouvaient recevoir de l'artillerie et assurer ou empêcher le passage d'une petite armée.

Revenons à François Bouchard, que nous avons laissé à Montmorillon avec Duras et Larochefoucauld qui devaient s'y trouver vers le 20 octobre.

Ils se remirent en route et, chemin faisant, s'emparèrent du château de Lusignan, puis continuèrent à s'avancer vers Orléans où Larochefoucauld arriva le 1er novembre. Mézeray raconte que Bouchard d'Aubeterre, qui sans doute était resté un peu en arrière, rencontra avant d'arriver à Orléans les troupes que d'Andelot conduisait en revenant d'Allemagne et qui s'étaient considérablement grossies en route.

Il ajoute que, comme ce chef « était obligé de se faire porter en litière, à cause d'une fièvre quarte que les carosses d'Allemagne lui avaient donnée, les soins de Bouchard d'Aubeterre suppléaient aux siens pour la  conduite des troupes qui arrivèrent sans aucun empêchement à Orléans le 6 novembre »[53] .

C'étaient plus de 3.000 chevaux et 4.000 hommes qui venaient renforcer l'armée de Condé. A ce moment, les affaires des Réformés avaient pris une meilleure tournure. Outre de nouveaux secours que l'on attendait d'Allemagne, Coligny était en Normandie où il en attendait également d'Angleterre ; Condé crut que ses troupes étaient suffisantes pour se présenter devant Paris, ce qu'il fit, et menaça les faubourgs ; mais Catherine, voyant le danger, s'empressa de négocier ; on ne put s'entendre, et pendant ce temps, l'armée royale reçut des secours et menaça à son tour. Condé, alors, jugea prudent de s'éloigner et le 10 décembre prit la route de Normandie pour aller rejoindre Coligny. L'armée royale le suivit et l'attaqua à Dreux, le 19 décembre 1562.

On sait le sort de cette bataille indécise d'abord, favorable ensuite aux religionnaires et finalement gagnée par le duc de Guise. Condé tomba entre les mains des royalistes, qui perdirent le maréchal de Saint-André, tué, et Montmorency fait prisonnier, et comme, d'autre part, aucun homme ne pouvait plus désormais contrebalancer l'autorité de François de Guise, celui-ci devint alors tout puissant.

Quant à François Bouchard, il prit très certainement part à cette journée, avec Larochefoucauld et ses autres compagnons d'armes, mais j'ignore s'il se retira avec d'Andelot dans Orléans ou s'il rejoignit Coligny qui se cantonna en Normandie après s'être emparé de la ville de Caen, avec le concours de Larochefoucauld.

Après la bataille de Dreux, le vieux maréchal de Montmorency avait été confié à la garde d'Eléonore de Roye, femme de Condé, et Catherine s'était appropriée la surveillance de celui-ci ; elle n'avait alors qu'un désir, conclure au plus tôt la paix et vaincre la résistance de Condé par tous les moyens ; elle l'avait entouré d'un escadron de jolies femmes, parmi lesquelles brillaient Isabelle de Limeuil et Marguerite de Lustrac, veuve de Saint-André[54] . Cependant les choses n'avançaient pas, le duc de Guise avait investi Orléans et il était sur le point de livrer l'assaut quand, le 18 février 1563, il fut assassiné par Poltrot de Méré.

IV

Nous avons donné ailleurs les renseignements que nous avons découverts sur Poltrot de Méré[55]  ; il est inutile de reprendre son histoire et nous renvoyons le lecteur aux recherches que nous avons publiées et aux travaux de M. Pierre de Vaissières, mais nous ne pouvons pas, cependant, passer sous silence les attaques que Brantôme, à propos de Poltrot, a dirigées contre François Bouchard III. Cet auteur, après avoir dit qu'à la conspiration d'Amboise M. de Guise obtint son pardon, à la prière du maréchal de Saint-André, ajoute : « ce que François Bouchard III sut très bien recognoistre après, car il suscita, prescha et anima ce Poltrot de le tuer et le présenta à M. de Soubise, son beau-père, qui était gouverneur de Lyon pour les huguenots ; tous deux l'ayant encore, à part, confessé et presché, le dépeschèrent à M. l'Amiral »[56] .

On voit qu'il accuse nettement François Bouchard d'avoir poussé Poltrot à commettre cet assassinat. Il est certain que Poltrot était resté très intimement lié à François Bouchard et qu'il .devait le tenir en particulière estime, mais de là à conclure que l'assassin commit son crime pour obéir à François Bouchard, il y a loin ; Poltrot avait vingt-six ans et il nous est dépeint par tous les historiens contemporains comme fort intelligent et très apte à concevoir lui-même l'acte criminel qu'il exécuta, sans y avoir été incité par personne. De plus, on sait combien Brantôme est partial quand il s'agit des d'Aubeterre. On ne peut donc être fort étonné en lisant ses imputations contre François Bouchard III. Celui-ci n'a, du reste, été incriminé par aucun historien, et ici, assurément, le témoignage du seul Brantôme est insuffisant pour prouver la culpabilité de François Bouchard.

Après la disparition du duc de Guise, la situation des partis se trouvait étrangement modifiée. Aussi Catherine redoubla-t-elle d'efforts pour arriver à un arrangement qui fut, en effet, négocié entre le vieux maréchal de Montmorency et Condé et signé le 19 mars 1563 à Amboise. Les conditions de l'édit de janvier s'y trouvaient en général reconnues mais restreintes ; il mécontenta fort les protestants qui accusèrent Condé de s'être laissé duper; néanmoins, les hostilités cessèrent et Larochefoucauld et Bouchard regagnèrent leurs châteaux. Malgré l'irritation et la haine qui ne s'endormaient point, cet état de paix apparente dura un peu plus de quatre années et nous verrons que la guerre recommença au mois de septembre 1567 avec autant d'acharnement et plus de violence encore que par le passé.

Bien que nous n'ayons que fort peu de renseignements sur les faits et gestes de François Bouchard pendant cette période, nous savons cependant que, dans le courant de l'année 1563, il s'occupa de fonder un temple à Aubeterre, comme en fait foi une lettre de cette église[57] à Calvin du 8 janvier 1563[58] .

Une assez grande partie des habitants d'Aubeterre appartenait déjà à la religion réformée ; les faits qui avaient attristé la ville aux mois de mai et juillet 1562, au moment du passage des renforts qui allaient rejoindre Condé,"démontrent que le nombre des réformés était déjà très élevé dans cette ville.

Le docteur Philippe Laroche[59]  dit que, dès 1534, Aubeterre accueillit les prédications de la nouvelle doctrine et fut l'une des premières villes de toute la région à les recevoir, avant Bergerac et Périgueux, où elle ne fit son apparition qu'au cours des années suivantes.

En cette année 1534 Calvin, inquiété pour une première publication qui contenait plusieurs hérésies, se réfugia dans l'Angoumois chez le chanoine Louis du Tillet et il est probable qu'il vint à Aubeterre où la famille du Tillet possédait des maisons qu'elle avait fortifiées avec l'autorisation du vicomte d'Aubeterre[60] .

Ce qui rend cette hypothèse vraisemblable, c'est que Calvin, en se rendant à Nérac auprès de Marguerite, sœur de François Ier et femme d'Henry d'Albret, dut passer par Aubeterre, placé, comme nous l'avons dit, sur le chemin de Saintonge en Guyenne. De plus, dans la lettre de Calvin que nous avons publiée plus haut, celui-ci parle de l'oncle[61] , c'est-à-dire de Guy Bouchard, futur évêque de Périgueux, alors abbé de Saint-Sauveur d'Aubeterre et frère de François Bouchard II, comme s'il le connaissait, ce qui porte à croire qu'il l'avait vu ici même et qu'ils avaient dès cette année 1534 conversé sur les choses de la religion ; enfin, s'il fut l'hôte de cette ville, on s'explique parfaitement que le protestantisme y ait des adeptes avant qu'il s'en trouvât dans les villes voisines.

Un temple fut donc fondé à Aubeterre vers 1563, par les soins de François Bouchard III. Le lieu où se réunirent les religionnaires existe encore, c'est une salle à moitié creusée dans le rocher et recouverte par une voûte ogivale, sans aucune espèce d'ornementation. Elle s'ouvrait à l'une de ses extrémités sur les anciennes douves de la haute ville, et on y descendait par un escalier situé à l'autre extrémité qui aboutissait à la principale rue de cette haute ville ; elle était éclairée du côté des douves par deux ouvertures très étroites également ogivales, et pouvait contenir environ deux cents personnes. Actuellement,, c'est une cave inutilisée qui fait partie de l'immeuble numéro 513 du plan cadastral d'Aubeterre. Elle a conservé son nom d'autrefois et les propriétaires qui l'ont détenue jusqu'ici n'ont pas cessé de l'appeler : Le Temple[62] . Le dimanche 1er septembre 1566[63]  Jehan Parthenay l'Archevêque, sieur de Soubise, âgé de 54 ans, marié à Antoinette Bouchard, beau-frère de François Bouchard III, décéda, mais celui-ci ne put assister aux obsèques et il écrivit une lettre que nous avons retrouvée[64] , trop longue pour être publiée tout entière, mais dont on nous saura gré de rapporter les intéressants passages qui suivent pour se faire une idée plus exacte de la conscience et des sentiments intimes de François Bouchard III.

Madame ma sœur, je n'employeroy point le temps à vous discourir l'extrême affliction que j'ay reçeue, quand j'ay entendu par M. de Chevalon, mon cousin, le piteux estât auquel il vous a laissée, car je puis protester, en vérité, que j'ay esté si au vif atteint et tellement accablé d'ennuy, que je suis comme celluy qui est stupide et ne sens pas son mal.

Or loué soit Dieu par nostre Seigneur Jésus-Christ de la faveur qu'il luy a faite. Je le supplie très humblement, Madame ma bonne sœur, de vous environner tellement de ses saintes bénédictions, que puissiez, avecque toute patience, supporter le mal qu'il luy plaira de vous envoyer, et vous conservant en bonne et heureuse santé, vous faire servir à sa gloire jusqu'au dernier soupir de vostre vie ; me recommandant bien humblement à vostre bonne grâce, j'en dis autant à celle que vous aimez le mieulx en ce monde.

D'Aubeterre, ce XIII de Septembre.

Madame ma bonne sœur, j'adjousteray ce mot pour vous supplier bien humblement de me faire ce bien de faire estât de moy, comme du meilleur frère, amy et serviteur qu'avez en ce monde : car, à la vérité, je vous obéiray jusques au prix de ma vie et vous le cognoistrez par effect quand vous voudrez faire preuve de l'amitié et de l'obéissance que je vous doy et porte….

... J'eusse envoyé un gentilhomme par devers vous, mais la suffisance de M. de Chevalon m'en engardera. Et sans les raisons que j'écris amplement à mon frère[65]  qui vous les fera entendre, je fusse allé moi-même par devers vous quand j'eusse deu mourir par les chemins, car, en vérité, je désire autant de vous voir qu'il est possible.

Je vous diray de rechef que j'ay un regret inestimable que je ne puis aller voir, mais ce sera le plus tôt que je pourray, avecque la grâce de Dieu. Ce petit mot de ma main sera pour vous supplier humblement de ne m'oublier jamais, et m'aimer comme vous avez aocoustumé ; car, à la vérité, en vostre endroit, autant ou plus que homme de la terre, j'ay bien des traverses, comme entendrez par mon frère, mais ce n'est rien au prix de la nouvelle que j'ay receue. Loué soit ce bon Dieu par sa miséricorde!

Votre humble frère et obligé ami à vous faire service,

d'Aubeterre.

La même année, 19me jour de mars 1566, le frère aîné de François, Robert Bouchard, lui fit une donation, par acte notarié, rapporté par les frères Haag[66] .

... Ont été présents et personnellement establys haut et puissant seigneur Robert d'Aubeterre, baron et seigneur dudict lieu, et demoiselle Gabrielle de Laurensannes, femme de noble homme François Bouchard, conseigneur d'Aubeterre absent, les tous demeurant en la ville d'Aubeterre en Angouloioys, lequel Robert duhement informé de ses droicts et cognaissant les bons offices et fidelles amytiés qu'il a receuz du dict Françoys, son cher et bien aymé frère, et de ladicte demoiselle de Laurensannes, sa belle-sœur, même en ses plus dures adversités et au temps le plus extraime qu'ils étaient absantz de ce royaume[67]  et privez de tous leurs biens, a, de son bon gré, pure et franche vollonté et parce que ainsi lui a pieu et plaist, faict donation entre vifz... à cause d'alliments et par provision de corps, de la somme de douze cent livres tournois de rente annuelle et perpétuelle .. Et, en outre, veult et ordonne que suy vant l'intantion et vouloir de Messrs ses prédécesseurs et pour la conservation de la dicte mayson et famille de son dict frère, que par mesme donation et en faveur du dict alliment, la somme de cinq cent livres tournois en assiette sur la dicte baronnye d'Aubeterre, Pauléon, Crain, Mareusennes à luy advenue par donnation faicte par dame Marguerite de Mareuil aux aynés de la mayson d'Aubeterre, ensemble le droict d'aynesse à luy advenu par la coutume d'Angoulmoys et aultres soient et demeurent à son dict frère perpétuellement et à jamais, advenant le décès du donateur sans hoyrs procréés de sa chair... Faict et passé en la ville de Cenquoins en Bary, au village de Sainct-Pierre le Moustier, le 19e jour de mars 1566. Insinué à la Séneschaussée d'Angoulesme, le 24me d'aoust 1566. »

Cet acte démontre l'état de dénuement dans lequel François Bouchard se trouvait alors, et il paraît de nouveau évident qu'il avait engagé tout ce qu'il possédait dans la défense de la cause à laquelle il s'était donné tout entier. Son frère aîné Robert avait également embrassé le protestantisme, mais il était resté en France, sauf, semble-t-il, un voyage qu'il dut faire à Genève, dont nous ne savons ni la date ni la durée. Les autres dispositions énumérées dans cet acte permettent encore de supposer que Robert était marié, mais sans enfants, et même qu'il ne vécut pas fort longtemps après cette époque. Cependant nous devons signaler une pièce de 1569[68] , d'un Robert Bouchard, « conseiller du Roy en sa cour », qui paraît être de lui et prouverait qu'il était encore vivant au commencement de cette année.

Depuis 1566 François fut donc à peu près à l'abri du besoin, mais il ne faut pas oublier que les héritiers du maréchal de Saint-André, mort à la bataille de Dreux, n'avaient point abandonné l'espoir de jouir des revenus de la seigneurie d'Aubeterre ; toutefois, pendant l'état de trouble où l'on vivait, alors que François Bouchard occupait son château, armé jusqu'aux dents et prêt à s'opposer à toutes les spoliations et à tous les coups de main, ils ne pouvaient évidemment pas songer à user de leurs prétendus droits sur la vicomte, bien que, ainsi que nous le verrons plus loin, ils n'attendissent qu'une occasion favorable pour s'en emparer.

V

Au retour du grand voyage qu'elle fit en 1564-1565, pendant lequel elle avait promené son fils dans toute la France, pour le présenter à la noblesse dont elle voulait exciter le loyalisme envers la couronne ; comprenant combien l'état général des esprits rendait précaire la paix d'Amboise, et bien décidée, du reste, à réduire les protestants, Catherine avait trouvé le moyen, sans éveiller leurs soupçons, de faire venir une troupe de 6.000 Suisses destinés à former le noyau d'une armée contre eux. L'Edit d'Amboise était, par elle, continuellement violé ; on avait, dit Pasquier, (Liv. V, let. 3), plus ôté aux huguenots par des édits, pendant la paix, que par la force pendant la guerre. Il fut déclaré au prince de Condé que jamais le roi n'avait eu l'intention de se lier pour toujours, et Charles IX lui-même avait dit à Coligny : vous ne vous contentez plus que l'on vous souffre dans l'Etat, maintenant vous voulez l'égalité. Les protestants à qui l’on refusait désormais tout ce qu'on leur avait octroyé, s'apprêtèrent à recommencer la guerre et secrètement prirent, de leur côté, toutes leurs dispositions, afin d'enlever le roi et sa mère qui villégiaturaient à Monceaux-en-Brie. Catherine avait été avertie du danger par Castelneau, par Monluc et par d'autres ; mais elle n'y voulait pas croire, lorsque, subitement, elle apprit, le 28 septembre 1567, qu'un corps de 500 ou 600 cavaliers sous les ordres du prince, de l'amiral et du comte de La Rochefoucauld était réuni à Rozai, à 4 lieues de Meaux ; sa surprise fut extrême, mais elle ne perdit pas la tête et leur envoya le vieux connétable de Montmorency pour parlementer et gagner du temps ; elle put ainsi arriver à Meaux, et à minuit, le roi et la reine, placés au milieu du bataillon des Suisses que l'on avait mandés en toute hâte, se mirent en marche pour gagner Paris. Une heure après, Condé et sa  troupe les rejoignirent, mais n'osèrent pas les attaquer franchement ; ils se contentèrent de les suivre en les harcelant de tous côtés. Cependant on put faire partir Charles IX et la reine par un chemin détourné, et depuis lors il conçut contre les protestants une haine tellement vive que certains historiens font remonter à cette aventure l'origine de la Saint-Barthélémy. Je n'ai pas à entrer dans les détails de cette nouvelle guerre, dont il était néanmoins utile de faire connaître les causes avant d'exposer les événements auxquels fut mêlé François Bouchard. Condé, après cette affaire, s'empara de Saint-Denis où il s'installa et d'où il lança un manifeste pour appeler près de lui tous ses partisans. Beaucoup accoururent immédiatement et prirent part à la bataille de Saint-Denis (10 nov. 1567), mais d'autres, et parmi ces derniers ceux de l'Angoumois, de la Saintonge et des contrées voisines, ne purent, malgré leur diligence, arriver assez vite pour participer à ce combat. Le comte de La Rochefoucauld était revenu pour les rallier à Confolens, où il leur avait donné un rendez-vous général. « Il avait avec lui, dit d'Aubigné[69] , les sieurs de Soubise, Saint-Cire, Lanquilliers, Pluviaud, Landereau et Saint-Martin de la Coudre[70] , pour cavalerie ; et pour gros de gens de pied, les régiments de Pardailhan, Piles et Ghampagnac. »

Je ne suivrai point pas à pas ce petit corps de réformés dans ses longues pérégrinations vers le nord et vers l'est, bien que François Bouchard soit resté l'un de ses chefs jusqu'au retour sous les murs de Chartres. Je n'ai pu, du reste, rien recueillir sur le rôle particulier qu'il put alors jouer, et les quelques faits militaires qui furent accomplis par cette troupe ne sauraient intéresser notre histoire locale; qu'il suffise de dire qu'après avoir quitté Confolens vers la fin d'octobre 1567, ils prirent le Dorât, Luzi-gnan, menacèrent Poitiers, reçurent l'ordre de Condé de prendre la route de la Champagne pour rejoindre les secours qu'ils attendaient d'Allemagne, prirent Pont-sur-Yonne où l'amiral les rejoignit vers la fin de novembre, s'emparèrent de Brey-sur-Seine, puis de Nogent-sur-Seine, reçurent près de là, à Ësternai, des propositions de paix de Catherine qu'ils refusèrent, et, après quelques jours d'attente et d'incertitude, rencontrèrent enfin, le 4 janvier 1568, Jean Casimir, deuxième fils de l'électeur palatin avec ses reîtres, derrière la Meuse et hors de France.

Leur joie fut immense, mais leur situation était devenue terriblement précaire, car les reîtres refusèrent de les suivre et la caisse commune était vide. Chefs et soldats, chacun se dépouilla de tout ce qui pouvait faire argent, « jusqu'aux goujeats chacun bailla ». Malgré tout on ne put faire que le tiers de la somme promise, mais le chef des reîtres, Jean Casimir, leur garantit le reste. Dès lors, ils rebroussèrent vers Paris et leur armée, grossie de plus de 20.000 hommes, mit le siège devant Chartres, à 18 lieues de Paris.

Les négociations recommencèrent et comme des deux côtés on était las de la guerre, elles aboutirent à Lonjumeau où un traité fut signé le 23 mars 1568. On accordait aux Protestants les conditions de l'Edit de janvier 1562, mais on se sépara la haine dans l'âme et bien décidé à recommencer les hostilités aussitôt que les circonstances paraîtraient plus favorables : ceux qui ne s'y fièrent pas, dit le Laboureur, furent les plus habiles.

Les chefs regagnèrent leurs maisons et François Bouchard qui avait fait, sans aucun doute, toute la campagne, dut, à ce moment, revenir à Aubeterre.

Cinq mois s'écoulèrent pendant lesquels les Calvinistes furent un peu partout traqués comme des bêtes fauves, le poignard, le poison, le cachot en firent périr un grand nombre[71]  ; Tavannes, chargé de s'emparer du prince de Condé, ne voulut pas prendre, sur lui d'exécuter cette odieuse commission et il s'arrangea de manière que Condé fût averti[72] . Les choses ne pouvaient durer ainsi et la guerre recommença. A la fin d'août, le prince, l'amiral et d'Andelot s'enfuirent de Noyers emmenant leurs familles où se trouvaient des enfants en bas âge avec leurs nourrices, protégés seulement par cent cinquante cavaliers ; ils marchaient même la nuit et purent ainsi, échappant chaque jour à un danger nouveau, traverser la France et arriver à La Rochelle le 18 septembre 1568.

De son côté, la reine de Navarre, que Monluc avait aussi l'ordre d'arrêter, se mit bientôt en route pour gagner la Saintonge.

Le 6 septembre, elle s'enfuit de Nérac et séjourna deux jours à Casteljaloux ; le mercredi 8, elle coucha à Tonneins et y demeura deux jours aussi, pour y attendre le sénéchal d'Armagnac, Fonterailles, qui lui amenait la plus grande partie de la noblesse à cheval, et son frère, Montamat, qui amenait l'infanterie.

Le dimanche 12, franchissant la Dordogne, elle arriva à Bergerac, où Armand de Clermont, seigneur de Pilles, Saint-Maigrin et Montaumar lui amenèrent, le premier, vingt-trois compagnies de gens de pied, et les autres, chacun dix ; elle n'avait pour cavalerie que les compagnies de Fonterailles, Lamothe-Pujeaud, Brignac et quelques autres ; il faut ici, ajouter à ces noms, celui de François Bouchard d'Aubeterre, sieur de Saint-Martin de la Coudre qui est cité par La Popelinière[73]  comme l'un des capitaines qui accompagnèrent Jeanne d'Albret. Elle resta à Bergerac jusqu'au jeudi 16, gagna Mussidan où elle passa l'Isle sans être inquiétée par d'Escars, bien que Monluc l'eut averti, arriva à Aubeterre le samedi 18, où elle séjourna le dimanche, et en partit le lundi 20 pour Barbezieux ; le 23, elle arriva à Archiac avec plus de 4.000 hommes[74] , d'où elle rejoignit Condé à Cognac et rentra le 28 à La Rochelle.

De leur côté, les deux frères de Coligny s'étaient mis en mouvement ; Chastillon, évêque deBeauvais, pour ne pas tomber aux mains des catholiques. s'était réfugié en Angleterre où il rendit, d'ailleurs, de très grands services à son parti en lui servant d'ambassadeur auprès d'Elisabeth, et d'Andelot, de Bretagne où il se trouvait, avait réuni une forte troupe et réussi, non sans avoir bataillé en route contre Martigues, à gagner Niort. Condé, qui venait de sortir de La Rochelle, le rejoignit sous les murs de cette ville ; ils l'investirent et l'assiégèrent le vendredi 26 septembre, et le sieur de la Marcousse qui y commandait, la rendit à composition le surlendemain 28[75] . De là, ils se dirigèrent sur Cognac, qui dut également ouvrir ses portes, et bientôt furent maîtres de Fontenay, Saint-Maixent, Saintes, Saint -Jean -d'Angély, Blaye, clef de la Gironde, Pons et Angoulème ; seuls, dans tout le Poitou et la Saintonge, Lusignan et Poitiers restèrent entre les mains des Catholiques.

A partir de ce moment, de gros événements se succédèrent en bien peu de jours, autour de nous et aussi à Aubeterre même. François Bouchard, après avoir assisté aux luttes et aux assauts livrés sous les murs d'Angoulême, où peut-être il participa aux désordres qui ensanglantèrent cette ville après sa chute, dut revenir promptement à Aubeterre, et il s'y trouvait certainement lorsque Condé, le prince de Navarre et Coligny y rassemblèrent leur armée. Syreuilh[76]  dit, en effet : « Après ceste deffaicte (de Mensignac), les Prouvensaulx se allarent joindre ausdicts Princes qui estoient à Aubeterre où ils rassemblaient leurs forces de tous coustés ». De même, Castelnau dit dans ses mémoires : ;< c'est à Aubeterre que l'admiral et le Prince vindrent trouver d'Acier ». Enfin, Brantôme[77] écrit : « Ils (Condé et Coligny) s'advancèrent le plus qu'ils purent pour les recueillir (d'Acier et son armée) et vindrent jusqu'à Aubeterre où ils sceurent la nouvelle de la défaicte... »

Pendant ces quelques jours, Aubeterre, on le voit, joua tout-à-coup un rôle important. Il devint, en effet, le lieu de ralliement de l'armée huguenote ; Condé, revenant de Pons, et Coligny, d'Angoulême, y avaient donné rendez-vous à toutes leurs troupes de la Saintonge, de l'Angoumois et du Poitou et se disposaient à aller au-devant des Provençaux que leur amenaient d'Acier, Mouvans, Pierregourde et autres chefs ; c'est à Aubeterre qu'ils apprirent la défaite de Mensignac le 26 octobre 1568, et c'est là que se réfugièrent les restes de l'armée battue qui grossirent assez les troupes de Condé pour le mettre à même de reprendre aussitôt l'offensive : c'est de là qu'il partit pour poursuivre Montpensier qui s'était, après la bataille, retiré à Périgueux et se hâta de gagner Châtellerault. C'est encore à Aubeterre que le 22 octobre, François Bouchard avait reçu l'ordre de Condé, encore en Saintonge à cette date, de lever les tailles dans tous le pays, ordre qui lui fut renouvelé le 2 novembre suivant, par une nouvelle lettre, à lui adressée par Henry de Navarre et datée de Laroche-Beaucourt.

Nous n'entendons pas raconter ici le siège d'Angoulème qui, commencé un mardi, le 5 octobre 1568, se termina le 15 du même mois, d'après Sireuilh, siège après lequel François Bouchard dut se rendre à Aubeterre où l'appelait l'arrivée prochaine des Provençaux sous la conduite de d'Acier. Nous ne raconterons pas davantage la bataille de Mensignac[78]  gagnée par Brissac envoyé contre eux par Montpensier, quelque jours plus tard le 26 octobre, à la suite de laquelle les troupes de d'Acier se réfugièrent à Aubeterre.

Cependant, il se produisit là un incident que nous ne pouvons passer sous silence.

La situation avait changé d'aspect et Condé songea à se mettre, à son tour, à la poursuite du duc de Montpensier. « Le 28 octobre, dit M. Gigon[79] , il avait avec lui, à Aubeterre, presque toute sa cavalerie, environ 3.000 chevaux et 16.000 fantassins de d'Acier ; il avait aussi soit à Aubeterre, soit dans les environs, une partie de ses hommes de pied, aussi se décida-t-il à prendre le chemin du nord dès le lendemain ; un faux avis, lui ayant signalé Montpensier vers Bertric, près de Verteillac, à 15 kilomètres d'Aubeterre, le 30 octobre toute l'armée marcha dans cette direction ; elle revint le soir même à son cantonnement sans avoir rencontré l'ennemi. Condé hâta donc la préparation de la marche offensive ; il donna le commandement de l'avant-garde à Coligny avec 8.000 hommes d'infanterie et 1.500 chevaux, la pointe d'avant-garde de 8 ou 10 cornettes fut confiée à Montgomery ; le 1er novembre toute l'armée protestante était en marche vers le Poitou »[80] .

Le duc d'Anjou était à Châtellerault depuis le 31 octobre, dit encore Gigon, et le duc de Montpensier après avoir rapidement quitté Périgueux, s'était dirigé sur cette ville en traversant le Limousin et le Bas-Poitou, tandis que Coligny et Condé, après avoir pris la direction du nord en passant par Montmoreau, Angoulême et Ruffec, arrivaient à Charroux le 5 novembre, faisant tous leurs efforts pour rejoindre l'armée de Montpensier et le battre avant sa jonction avec le duc d'Anjou.

Mais avant d'aller plus loin, nous devons revenir un peu en arrière et nous rappeler la commission dont François Bouchard avait été chargé par Condé et dont j'ai du, pour ne pas interrompre le récit des événements qui précèdent, omettre de parler jusqu'ici. C'est au moment même où commençait à Aubeterre la concentration des forces des Réformés pour se porter à la rencontre des Provençaux, le 22 octobre 1568, qu'elle lui fut adressée par le Prince de Condé qui n'avait pas encore quitté la Saintonge, et elle lui fut confirmée le 2 novembre suivant par le prince de Navarre.

Les Réformés étaient sans argent, il était nécessaire d'en trouver immédiatement ; ils firent pour cela saisir les deniers royaux et vendre les biens ecclésiastiques des territoires sur lesquels s'étendait leur autorité. Voici les lettres de pouvoirs adressées à François Bouchard, dont les frères Haag ont donné un court résumé[81] , mais qui n'ont jamais été publiées in extenso.

Pouvoir donné par Monseigneur le Prince de Condé au Vicomte d'Aubeterre, de faire lever tous deniers ecclésiastiques et royaux en Périgort.

Le prince de Condé, duc d'Anguyen, pair de France, au viscomte d'Aubeterre, salut. Nous vous avons commis et député, commettons et députons par ces présentes pour par tel recepveur que bon vous semblera, duquel toutefois vous demourerez responsable, faire prendre et recepvoir tous deniers tant des ecclésiastiques que du domaine du roy, tailhes, tailhons, creues équivalent, droit de huictiesmes et autres subsides que le Roy a accoustumé prendre tant au dict lieu d'Aubeterre qu'autres lieux du peys de Périgort sur lesquels nostre commandement se peult estendre, ce néantmoings imposer sur les papistes du dict pays jusques à la somme de 18.000 livres ou autre plus grande, si cognoissez que les dicts habitants du dict pays papistes la puissent porter, faisant saisir et vendre au plus offrant et dernier enchérisseur tous les fruicts et meubles, commettant aussi commissaires aux immeubles des dicts papistes ou de la Religion révoltés qui laissant leurs domicilles se sont rendus aux troupes ou mis dans les villes tenues par les ennemis de ceste cause ; vous donnant pouvoir aussi par celluy que commettrez, fere lever et cuillir tous debtes, dépos et consignations, rentes constituées appartenans aux dictz ecclésiastiques papistes absentz ou susdictz révoltés et que vous pourrez vériffier tant par les actes des greffiers que par les ceddes des notaires du dict pays, desquels vous leur enjoindrez faire contrat véritable sous peine de la vie, de vendre aussi tous boys et forests apartenants aux dicts ecclésiastiques à la charge de faire faire du tout bon et loyal estât, icelluy nous envoyer dans huictaine à la par ou nous serons, et de quinzaine en quinzaine faire mettre par le recepveur que vous commettrez les deniers prouvenans de sa recepte es mains de maistre Jehan Bénard, trésorier-général de l'armée, deffendant audict recepveur bailler ou distribuer les susdietz deniers par aultre mandement que nostre ou par rescription du dict Bénard trésorier général et ce sur peine de le repeter sur luy. Et d'aultant que nous avons esté advertis que plusieurs ont faictes des prinses sur les papistes lesquelles ils ne rapportent au publicq les deux tiers comme il est convenu es ordonnances sur ce faictes, et que aultres après avoir pilhoté et butiné délaissant l'armée se retirent au dict lieu d'Aubeterre et lieux circonvoisins nous vous avons aussy commis et député pour contraindre ceulx qui ont faict les dictes prinses restituer les dicts deux tiers es mains du dict recepveur que vous commettrez, et les susdietz qui délaissant l'armée après avoir prins et saisy leur dict butin vous ferez mettre es mains d'un prévost des mareschaulx pour leur faire et parfaire leur procès.

Faict à Bressuire le 22me d'octobre 1568.

Signé : Louis de Bourbon et plus bas, Robert

Commission de Monsieur le Prince de Navarre adressée au sieur d'Aubeterre pour lever les tailles.

Henry, prince de Navarre, duc de Vendosmois et de Beaumont, comte de Marie, gouverneur et lieutenant général de Monseigneur le Roy en ses pays et duché de Guyenne, à François Bouchart, vicomte d'Aubeterre salut.

Nous voulions que les charges qui procèdent des choses nécessaires aux forces que pour le service de mon dict Seigneur sont auprès de nous soyent départyes en plusieurs endroicts afin que chacun en reçoive moindre incommodité, vous avons commis et depputé et par ces présentes commettons et députtons pour sur les bourgs parroisses et vyllages. circonvoisins de la ville d'Aube-terre, soyent en Périgort, Angoulmois ou Xainctonge, qui n'ont point esté fouliez ni chargez du passaige des dictes forces ne séjour d'icelles, départez et esgallez le plus justement et esgallement qu'il vous sera possible les muni­tions nécessaires qui desja ont este prises ou le seront cy après en la dicte ville d'Aubeterre pour l'entretenement des dictes forces ; appeliez à faire le dict deppartement et esgalisation quatre ou cinq des habitants de chacun lieu qu'on voudra faire contribuer aus dictes munitions, lesquelles à ces fins seront mises par roolle par ceux qui les ont ordonnées et prises ou les ordonneront et prendront, afin qu'on sache ce que certainement j'ay faictes déspartir et esgaller. De ce faire et tout ce que en despend vous avons, en vertu de nostre pouvoir donné puissance, mandement et commission par ces dictes présentes, mandons et commandons à tous les justiciers officiers et subjects de mon dict Seigneur estans es lieux contribuables et ailleurs qu'il appartiendra à vous, en ce dessus faisant, obéissent et entendent donnent conseil faveur et ayde et obtempèrent aux contrainctes dont vous userez, s'il en est besoin, comme pour choses semblables est accoutumé faire.

Donné soubs nostre seing et scel de nos armes à La Rochebeaucourt le deuxiesme jour de novembre mil cinq cent soixante huict. Signé Henry et plus bas : par mon dict Seigneur le Prince lieutenant général susdict, Sponde, et scellé en placard de cire rouge.

Il est évident que François Bouchard s'employa de toutes ses forces à réaliser le plus d'argent possible dans toute la région qui lui avait été assignée, mais nous ignorons s'il put lever les 18.000 livres qu'il avait mission de réunir, car la misère devait être grande dans tout notre pays depuis les grandes dévastations qu'on avait eu à déplorer en 1562 et celles qui s'étaient produites depuis la reprise des dernières hostilités. Signalons aussi que Condé ordonna de faire vendre les biens de certains protestants qui avaient abandonné la cause et se rangeaient du côté des catholiques, tant étaient grandes l'incertitude et la crainte qui dominaient à ce moment tous les esprits.

Il convient de remarquer également que le pouvoir envoyé par Henry de Navarre contient l'ordre de faire partager le plus justement possible les munitions déjà prises et d'appeler à faire ce partage quatre ou cinq des habitants de chaque lieu imposé. Ces dispositions ne font point disparaître l'arbitraire des mesures prises par les Princes, mais elles montrent cependant qu'ils s'efforçaient d'agir avec toute la justice que pouvaient comporter alors de semblables opérations.

VI

On était maintenant en plein hiver et les historiens nous ont appris que la saison fut très rude. Malgré cela, François Bouchard et Pilles tentèrent des courses et des surprises sur lesquelles ils comptaient sans doute pour se procurer des ressources; ils essayèrent des coups de main audacieux, au nombre desquels il faut citer une tentative pour surprendre la ville de Périgueux[82]  et une autre contre Libourne. Elles ne réussirent du reste ni l'une ni l'autre, et nous en ignorons la date précise. Charles de Monferrand, gouverneur de Bordeaux depuis le 7 février 1569, parle de cette dernière dans sa lettre du 28 janvier 1573 au duc d'Anjou que nous publions plus loin, et il dit que Pilles et François Bouchard la dirigeaient et que deux coureaux[83]  qu'il avait exprès laissés à leur disposition furent amenés par eux jusqu'aux murailles, chargés d'échelles, qu'il les surprit et les mit en fuite, mais malheureusement sans pouvoir les atteindre. Or Pilles était à la bataille de Jarnac le 13 mars suivant, il en résulte que cette tentative eut lieu nécessairement entre le 7 février et le 13 mars 1569.

M. de Roumejoux[84]  dont les recherches s'appuient sur les documents qu'il a trouvés dans les archives municipales de Périgueux, raconte qu'au mois de janvier 1569 une surprise avait été dirigée contre Périgueux par les protestants et qu'ayant échoué ils essayèrent de surprendre Libourne quelques jours après. La coïncidence de ces deux informations prouve qu'il ne pouvait s'agir là que du même fait et que l'échec de Pilles et de François Bouchard devant Libourne doit bien être placé au mois de février 1569.

Etant donné l'époque à laquelle se produisirent ces tentatives, on peut penser que leur but principal était de se procurer les ressources dont avaient tant besoin les protestants. De plus, il est intéressant de signaler la coopération de François Bouchard avec le capitaine Pilles à qui ses audacieux exploits avaient fait une si redoutable réputation. Nous sommes arrivés à l'époque où se livra la bataille de Jarnac. Les détails de cette mémorable journée sont connus de tous et il me paraît superflu de les rappeler ici.

Je n'ai pu savoir si François Bouchard était au nombre des combattants ; je puis seulement dire que sa présence dans l'armée protestante est fort probable ; peut-être même s'y trouvait-il aux côtés de Pilles, avec qui nous venons de voir qu'il avait fait précédemment quelques entreprises.

Après la bataille de Jarnac, quelques-uns parmi ceux qui étaient éloignés, dit Mézeray[85] , voulurent regagner leurs maisons, mais ils durent bientôt y renoncer et revenir à l'armée, ou bien ils s'arrêtèrent dans les châteaux qu'ils trouvèrent en route, comme Aubeterre et Mussidan, tous les chemins étant pris par les catholiques..

C'est quelques jours plus tard que le Parlement de Bordeaux lança ses fameux arrêts, dont le premier (6 avril 1569) prononçait la peine de mort contre 579 Huguenots, afin sans doute de les épouvanter. Ce document rapporté in extenso dans les Archives de la Gironde[86]  contient 22 pages de texte in quarto, dont 15 pour les noms des condamnés. Il ne peut être reproduit ici tout entier, mais il convient d'en faire connaître les parties les plus importantes et aussi de signaler quelques-uns des condamnés qui étaient de notre contrée et parmi lesquels François Bouchard d'Aubeterre, sieur de Saint-Martin de la Couldre, est inscrit en belle place, puisqu'il est le dixième sur 579.

Voici maintenant les passages les plus importants pour nous de cet arrêt et les observations qu'il appelle. On y trouve mentionnés sans distinction, sans ordre et sans catégorie, les nobles, les ouvriers, les capitaines, les soldats, les femmes, les meines, les ministres, les juges, les sergents, etc., du Bordelais, des Landes, de la Saintonge, de l'Agenais, de l'Angoumois et du Périgord.

L'arrêt, après avoir visé une quinzaine d'informations, autant d'arrêts et beaucoup de lettres particulières, déclare tous les accusés condamnés par contumace, mais il y a une certaine différence dans l'application de la peine.

Les nobles sont condamnés à être traînés sur une claie, à voir leurs armoiries attachées à la queue d'un cheval, puis rompues et brûlées. Tous, nobles ou non, sont condamnés à avoir la tête tranchée et placée au bout d'une lance sur les portes de la ville, tandis que leurs corps, coupés en quartiers, doivent être pendus aux fourches patibulaires ; ils sont en outre condamnés solidairement aux frais du procès, à la réparation des églises et autres monuments qu'ils ont détruits ; à la restitution des reliques enlevées ou au payement de leur prix ; à la confiscation de leurs fiefs et autres biens ; à voir leurs villes, maisons et châteaux rasés, et à payer l'érection de trois croix à Bordeaux, à Pons et à Saintes, portant gravé, sur une plaque de bronze, le sommaire de l'arrêt de leur condamnation.

Ce document commence ainsi : « Entre le procureur du Roy demandeur en crime de lèse majesté divine et humaine, volleries, sacs de villes, chasteaux, bourgs, bourgades, sacrilèges, raptures et démolitions commises ez églises, abaies, couvents des mendiants et autres lieux religieux, assemblées à port d'armes en forme hostile, bruslements, déprédations et dépopulation du plat pays, meurtres et homicides inhumainement perpétrés et commis es personnes des officiers royaux, mandiants, religieux, prestres et aultres bons et loyaux subjects du roy, viollement et forcement des femmes et filles d'une part ;

Et messire……..ici commence la liste des condamnés désignés séparément ; le dixième est ainsi dénommé : « François Bouchard d'Aubeterre sieur de Saint-Martin de la Coudre. »

Après les avoir tous nommés et après avoir indiqué les dates des informations faites contre eux, l'arrêt poursuit: « Il sera dit que la court déclaire tous les dicts défailhants : rebelles, séditieux, traitres au Roy et ennemis publicqs de Dieu et du dict sieur ; attaincts et convaincus du crime de lèze majesté divine et humaine, comme de rébellions, séditions, sacrilèges, meurtres, saccagements et dépopulations. Et pour réparation des dicts crimes, condamne les dicts : (ici la liste des noms parmi lesquels on trouve après Saint-Martin de la Coudre, un Saint-Mesmes, un Saint-Hermine, un Saint-Mégrin, un Nesmond) estre chacun traîné sur une clée, etc., ainsi que je l'ai dit plus haut.

Heureusement pour eux, ceux qui étaient ainsi désignés n'avaient point à craindre ces menaces pendant qu'ils étaient à la tête de leurs soldats ou renfermés dans de bonnes forteresses ; de pareils arrêts ne faisaient que les exciter davantage et ne pouvaient qu'exalter leur fureur et leur courage en même temps qu'elles rendaient excusables à leurs yeux les cruautés qu'ils commettaient eux-mêmes contre les catholiques.

VII

Après Jarnac, le duc d'Anjou avait eu l'intention de reprendre Cognac, Saint-Jean-d'Angély et Angoulême, mais il abandonna successivement toutes ces entreprises et il réunit presque toute son armée à Montmoreau, il avait résolu de s'ouvrir la route du midi ; nous avons vu, plus haut, que le grand chemin de Saintonge passait par Barbezieux, Chalais, Aubeterre, où la Dronne était franchie, Mussidan où l'on traversait l'Isle et Bergerac qui tenait le passage de la Dordogne ; il était, par conséquent, nécessaire de s'emparer d'Aubeterre et de Mussidan qui étaient aux mains des Réformés et dont les garnisons s'étaient grossies d'un certain nombre de fuyards de Jarnac. Le duc résolut, faute d'opérations plus sérieuses, de soumettre ces deux places et il chargea Jean de Pompadour, d'Escars et Lavauguyon de s'emparer d'Aubeterre en premier lieu ; il leur donna[87]  six compagnies de gendarmerie et trois régiments d'infanterie, deux de Brissac et celui de Sarlabous. Bien que très forte, cette place n'était pas en état de résister longtemps et François Bouchard n'était pas suffisamment armé contre un ennemi nombreux qui disposait de plusieurs pièces d'artillerie[88] .

Si l’on en croit M. Dujarric-Descombes, qui s'appuie sur les documents municipaux de la ville de Périgueux, les assiégeants se présentèrent devant la place à une date qui serait de quelques jours antérieure au 19 avril, puisque d'après cet auteur[89] , c'est ce jour-là qu'elle fut prise; mais nous avons une lettre du duc d'Anjou du 26 avril[90]  adressée au Roy, dans laquelle il dit qu'après la prise d'Aubeterre, il fera filer sur Mussidan le corps de siège avec l'artillerie ; Aubeterre n'était donc pas encore, à ce moment, tombée aux mains de ses lieutenants ; dès lors, on peut croire que c'est ce jour-là, 26 avril ou le 27, - M. Gigon dit le 27 - que François Bouchard se rendit.

Le 28, Jean de Pompadour[91] fut tué devant Mussidan, il avait dû s'éloigner d'Aubeterre aussitôt la prise de la place, car nous savons qu'il fut blessé le jour même ou le lendemain de son arrivée devant Mussidan. Il devient donc infiniment probable que le 19 avril n'étant pas la date de la chute d'Aubeterre, fut celle de son investissement. Après avoir été battue pendant quelques jours, dit La Popelinière[92] , elle se rendit vie et bagues sauves.

Voici maintenant ce que nous dit l'abbé Nadaud, également cité par M. Dujarric-Descombes : « C'est Jean de Pompadour qui avait reçu l'ordre d'assiéger le château d'Aubeterre « qui incommodait fort « l'Angoumois., le Poitou et la Saintonge » ; il avait réduit les assiégés à une telle extrémité qu'ils s'étaient rendus à discrétion. Il les avait traités fort humainement contre la coutume d'alors.

« Il avait envoyé à Pompadour le Seigneur, sa femme et ses enfants, les avait fait traiter honorablement et renvoyer quelque temps après sous le serment qu'ils lui avaient fait, d'être dorénavant bons serviteurs du Roy. » Le récit de l'abbé Nadaud, quand il dit que les assiégés avaient été réduits à toute extrémité, est peut-être exagéré; il est bien certain que la ville et le château d'Aubeterre ne pouvaient tenir contre un adversaire muni d'artillerie, sans espérance de secours, dans un pays qui était tout entier aux mains de l'ennemi ; il n'eut point été sage de pousser la résistance au-delà d'une certaine limite, et tout porte à croire que François Bouchard se rendit, dès qu'il comprit que la chute de la place était inévitable.

Il faut ajouter que le pays, foulé par les armées depuis la fin de février, était ruiné ; il était livré au pillage des troupes et l'insécurité générale était telle que des courriers officiels de la poste, dit M. Gigon, d'après une correspondance officielle, furent quelquefois assassinés.

Le temps que François Bouchard resta à Pompadour, ne fut ni long, ni sa détention bien sévère, mais on se souvient que les deux familles n'étaient point étrangères l'une à l'autre, puisque le père de François Bouchard III s'était marié en secondes noces avec cette Isabeau de Pompadour qui pouvait être légitimement accusée d'avoir aidé à la ruine de la famille Bouchard, de telle sorte que, s'il était tombé entre les mains d'adversaires politiques et religieux, il n'en était pas moins auprès de gens qui sentaient peut-être les torts qu'un des leurs avait eus à l'égard des Bouchard et pouvaient être bien aises de profiter de l'occasion pour se les faire pardonner. De plus, on peut encore se demander, si, en traitant avec indulgence François et les siens, ils ne tentèrent pas de lui imposer, tout au moins, une neutralité, qui pouvait être très favorable à leurs intérêts. Que se passa-t-il exactement entre les deux familles? je l’ignore, toutefois, on peut croire qu'il accepta sa liberté à ces conditions, et qu'en revenant à Aubeterre, il était décidé désormais à cesser les hostilités qu'il n'avait jamais jusqu'ici abandonnées contre le parti catholique. Nous ne savons pas combien de temps il resta à Pompadour, mais nous savons qu'il était revenu dans son château d'Aubeterre au mois d'août 1570, car, il fut soupçonné alors par les habitants de Périgueux de méditer une nouvelle attaque contre eux.

Ce qui est certain, c'est qu'il n'est plus question de François Bouchard, depuis la prise du château d'Aubeterre (28 avril 1569) jusqu'à cette époque. Après les calamités qu'entraîna avec elle cette dernière guerre civile qui fut la plus horrible de toutes celles qu'on eût vues depuis le commencement des troubles, une détente générale se produisit:; et, soit par  lasssitude, soit par calcul, Charles IX et sa mère se décidèrent à signer la paix le 8 août 1570 à Saint-Germain, à des conditions tellement favorables aux Huguenots, après une campagne dans laquelle ceux-ci avaient eu presque constamment le dessous, que des esprits avisés se demandèrent si cette attitude du roi et de Catherine ne cachait pas l'arrière-pensée d'endormir la vigilance de leurs adversaires pour mieux les surprendre et mieux les anéantir. Un grand nombre de réformés s'y laissèrent prendre et ils payèrent de leur vie, plus tard, leur imprudente confiance ; Coligny lui-même, à qui, cependant, les avis salutaires ne manquèrent pas, refusa de les suivre et l'on sait ce qu'il advint. François Bouchard mieux avisé, ou bien parce que la cour lui tenait rigueur, ou peut-être pour d'autres raisons, était resté dans son château, se tenant à l'écart et, semble-t-il, fidèle à la parole donnée à Pompadour. Le soupçon porté contre lui au mois d'août 1570 par les habitants de Périgueux de vouloir conduire la garnison d'Aubeterre pour les surprendre n'avait aucune base, car aucune entreprise ne fut alors tentée contre cette ville.

Nous avons maintenant à relater un fait de grave importance par lui-même et surtout par l'influence qu'il eut sur l'esprit et sur l'attitude de François Bouchard. Il nous est connu par une lettre d'Henry de Navarre au roi, datée du 2 août 1571[93] , et vint bouleverser toutes les bonnes résolutions prises par François Bouchard pour le ramener violemment sur la scène.

Il s'agit d'une surprise que l'on tenta contre le château d'Aubeterre. « J'ai esté très aise, écrit Henry, d'avoir vu les charges et informations qui en ont esté faictes » et, pour lui donner ample connaissance de tout ce qui s'y est passé, il envoie des députés au roi pour lui en faire remontrance et le supplier d'envoyer les lettres et provisions nécessaires pour instruire et juger ce fait. Il estime que le vice-sénéchal d'Angoumois qui a commencé les informations doit être tenu pour suspect, attendu que deux de ses archers paraissent avoir été de la partie, et il ajoute que « vu la qualité du fait, il mérite bien qu'on en fasse une bonne et prompte justice ». La lecture de cette lettre, si elle ne nous livre aucun détail, nous apprend du moins que le château d'Aubeterre avait été l'objet de la part des catholiques d'une entreprise absolument contraire au droit des gens et que si celle-ci n'avait pas eu tous les effets qu'en espéraient ses auteurs, elle n'en avait probablement pas moins été suivie d'un commencement d'exécution.

Les faits de cette nature n'étaient pas rares à cette époque ; c'étaient là des coups de force et des surprises qui se traduisaient par le pillage, le viol, l'incendie et quelquefois l'assassinat, sur les terres et dans les châteaux de ceux contre qui ils étaient dirigés.

Dans le cas actuel, parmi ceux qui avaient tenté de s'emparer du château d'Aubeterre se trouvait peut-être le vice-sénéchal d'Angoumois lui-même, et Henry de Navarre jugea cette affaire de telle importance qu'il voulut la mettre, avec tous ses détails, sous les yeux du roi pour lui demander justice. On sait quel était alors ordinairement le résultat de semblables requêtes, les coupables n'étaient jamais ou presque jamais châtiés, et on peut être bien certain que, dans cette circonstance, ils ne furent ni punis, ni même inquiétés.

Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que François Bouchard ait essayé de tirer vengeance de cette injure, et que, passant de la défensive à l'offensive, il se soit aussitôt remis en campagne. C'est donc alors, bien probablement, qu'il recommença à faire les courses (dont l'accuse une lettre de Charles de Monferrand, gouverneur de Bordeaux, au duc d'Anjou, lettre que nous verrons plus loin) du côté d'Angoulême et jusqu'aux environs de Libourne, Sàinte-Foy et Bergerac, expéditions sur lesquelles nous ne savons rien, mais qui n'étaient probablement pas plus licites que celle dont il venait d'être victime ; cependant, il existe un procès-verbal, en date du 30 octobre 1572, de celle qu'il dirigea contre Libourne et nous savons ainsi qu'elle avait eu lieu avant cette date[94] . Malgré cela, François Bouchard, dès cette époque, entraîné peut-être par l'exemple des principaux seigneurs huguenots qui, cédant aux invitations' et aux caresses trompeuses de la cour, s'étaient, en grand nombre, rassemblés à Paris pour la célébration du mariage d'Henry de Navarre avec Marguerite de Valois, sœur du roi, avait écrit à Charles IX et à sa mère pour faire acte de soumission et de loyalisme, ce que nous apprend une lettre de lui encore inédite qu'on lira plus loin et qu'il adressa à Montluc le 16 janvier 1573. En même temps que l'on préparait tout à la cour pour ce mariage, tout était prêt aussi pour un massacre général des huguenots.

On sait ce que fut la Saint-Barthélémy et je n'ai pas à raconter ici cette tuerie monstrueuse qui ensanglanta Paris et plusieurs villes de France dans la nuit du 24 août 1572 et les jours suivants. Heureusement pour lui, François Bouchard ne s'y trouvait pas, mais il n'avait pas moins à se tenir sur ses gardes, et deux lettres du lieutenant général de Guyenne, marquis de Villars, au duc d'Anjou et au roi, la première du 6 octobre 1573, et la seconde du lendemain 7 octobre, nous apprennent que la haine de certains chefs catholiques le poursuivait sans répit, maigre le désir qu'il avait alors de rentrer en grâces auprès du roi si on lui donnait de suffisantes garanties qu'il ne serait plus inquiété.

La première de ces lettres est toute entière consacrée à François Bouchard, à sa femme et au château d'Aubeterre. Villars[95]  apprend au duc d'Anjou qu'il savait par M. d'Arjeau (?) qui commandait alors sans doute à Angoulême, que le vicomte d'Aubeterre retirait des soldats dans son château, et qu'il en avait été averti de divers côtés. Pour s'en assurer, il envoya auprès du vicomte et lui demanda de recevoir une garnison de gens sur qui il pourrait lui-même compter. « Il m'envoya, dit Villars, quatre ou cinq abillés comme gentilshommes, avecque force remontrances, comme sa femme scait trop faire, et de langaige gracieulx, me remonstrant qu'il n'avait avecque luy que sa famille, qu'il était parent de feu ma femme, qu'il me prioit me vouloir fier en luy, qu'il n'avait jamais esté que très humble et fidèle serviteur de Sa Majesté. Touttes foys, monseigneur, il a toute sa vye porté les armes contre le roy comme vous savez très bien. » Villars refusa ce que Bouchard demandait et déclara résolument qu’il voulait mettre vingt hommes dans le château d'Aubeterre qui lui garderaient sa place sûrement contre ceux qu'il pensait vouloir l'en déposséder, c'est-à-dire Messieurs de Pompadour et de Caumont et la dame d'Acton[96] .

Villars prétend que les envoyés de Bouchard lui promirent de recevoir l'enseigne de sa compagnie avec vingt gentilshommes et qu'il les envoya incontinent ; mais en arrivant, ils trouvèrent soixante hommes en armes et François Bouchard ne voulut point les recevoir. «  Il me semble, monseigneur, ajoute-t-il, que l'on doit très bien chastier ce fou et mesmement sa femme qui ne s'amuse qu'à causer ». Il mande, dit-il, à M. d'Arjeau, qui est à Angoulême, d'envoyer à Aubeterre huit ou dix compagnies du sieur Strosse et de celles de Clermont pour ruiner tout le pays et d'emmener l'artillerie d'Angoulême pour châtier ces rebelles et les faire pendre aux fenêtres du château, sans y épargner le maître et la maîtresse de la maison qui est plus folle que son mari, et il termine en disant : « Il est temps d'en user de cette façon si vous voulez vous deffere de cette vermine, cela fera penser aux autres à leurs consciences. »

Suit une seconde lettre du même au roi écrite d'Agen le lendemain 7 octobre ; il répète ce qu'il avait écrit au duc d'Anjou et demande au roi de donner l'ordre à M. d'Arjeau d'envoyer huit ou dix compagnies de gens de pied et l'artillerie afin de châtier François Bouchard[97] .

Villars raconte les faits à sa façon, mais les sentiments hostiles qu'il témoigne envers François Bouchard permettent de faire des réserves sur les promesses qu'il faisait, et nul ne contestera qu'on en avait tant fait, et si souvent, aux protestants, qui n'avaient pas été tenues, que ce souvenir légitimait bien les craintes de François Bouchard et explique qu'il ait finalement refusé de livrer son château, sans autre garantie que la parole de Villars, alors, comme il le dit lui-même, que des exemptions et sauvegardes royales, octroyées à d'autres, lui étaient refusées[98] .

VIII

Les menaces de Villars ne se réalisèrent point, et François Bouchard resta seul maître dans son château. Toutefois, les lettres que nous venons de lire nous apprennent que les adversaires qu'il avait surtout à craindre étaient MM. de Pompadour, de Caumont et la dame d'Apchon. Nous ne savons quels étaient les griefs du sieur de Gaumont, mais ceux de Pompadour et de la dame d'Apchon nous sont connus. Il suffit de rappeler l'inimitié des enfants de François Bouchard II pour Isabeau de Pompadour, la seconde femme de leur père, et la promesse récente que le vicomte d'Aubeterre, prisonnier à Pompadour, avait faite de cesser désormais toute action contre le roi (promesse dont il avait dû se départir plus tard), pour expliquer la volonté de Pompadour d'en tirer vengeance ; quant à la dame d'Apchon, héritière du maréchal de Saint-André, le seul souci de s'emparer de la terre d'Aubeterre explique aisément qu'elle fût disposée à employer des moyens énergiques pour y parvenir. On verra aussi, un peu plus loin, quels sentiments animaient contre Bouchard Charles de Montferrand, gouverneur de Bordeaux. On peut ainsi se rendre compte qu'il avait devant lui des adversaires politiques et des adversaires privés, disposés les uns et les autres à tout tenter contre lui. Voici, du reste, la lettre encore inédite qu'il écrivit à Montluc le 16 janvier 1573 ; elle jette une vive clarté sur la situation dans laquelle il se trouvait alors et nous fait bien connaître, en même temps, l'état d'esprit qui dirigeait sa conduite.

Mr d'Aubeterre du XVIe Jour de Janvier 1573.

Monsieur,

Monsieur de Monluc, chevalier des ordres du Roy et capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances.

Là par où il sera.

Monsieur j’ay receu la lettrequ'il vous a pleu m'escrire. Quant à ce que me mandez du neveu de Monsieur de Bourdeaux, ayant, entendu qu'il estoit icy, j'en ay receu autant de desplaisir que de chose qui m'avint il y a longtemps. Tellement que le jour précédent que je receus votre lettre, sachant son âge et sa qualité, il y cuyda avoir, pour ce regard, une bien grande rumeur en ceste maison, car Dieu mercy je ne suis nay pour faire desplaisir, sinon à ceux qui le méritent ; mais, contre ma volonté, suis contrainct m'accompaigner de beaucoup de gens indiscretz pour me garder de mes ennemys, lesquels, soubs prétexte de troubles, se sont efforcés par tous moyens, comme font encore, me chasser hors ma maison ; vous asseurant, Monsieur, que si j'avoys des hommes à choisir selon mon désir je n'en prendroys jamais desquels il peult venir aucune plaincte ny désordre ; combien que, Dieu mercy, je les ay gardés sept moys entiers sans entreprendre chose quelconque, sinon pour la garde d'icelle, n'ayant, durant le dict temps, prins ny emporté à catholique ny huguenot la valleur d'un liard, et les ay toujours nourris et entretenus aux despens de ma bourse et de mon bien, sans avoir fouillé ny pressé nul paysan de vostre terre ne aultre.

Et fault que je vous diè, Monsieur, que je suis grandement marry que leurs Magestés ne m'ayent voulu ottroyer des exemptions et sauvegardes, comme libéralement ils ont accordé à tous autres de pareille condition que moy et de ma religion, et n'a tenu à faulte de supplier leurs dictes Magestés par tous les moyens qu'il m'a esté possible,  n'ayant espargné chose quelconque pour ce regard ; mais quoyque j'aye escript à leurs dictes Magestés et aussy à Monseigneur, soubdain après avoir entendu ce qui avait esté fait à Paris, l'affection que j'avoys de leur demeurer très humble subject et très obéissant serviteur, désirant de vivre et mourir en leur obéissance, jamais n'a été possible d'en obtenir chose quelconque. Je ne fais doubte que ce qui en est ocasion ne soit les calomnies: et faux raports que mes ennemis leur font entendre, pour me fere encourir leurs indignations, et encore despuys a monsieur l'admirai, de la faveur duquel espérant me ressentir, pour, par son aucthorité, empescher l'eflect de mes ennemis, a plustot resceu les faux rapports et calomnie que d'empescher leurs mes-chants desseins, à raison desquels suis journelement contrainct me tenir sur mes gardes et me fortifier contre leurs viollences. Toutestois, Monsieur, quoyque mes adversaires puissent dire, je demeureray toujours tel que bon et loyal subject doit être envers son Roy et prince souverain ; vous suppliant bien humblement, puisqu'il vous plus me promettre votre amytié de bonne grâce, me la vouloir continuer et me départir de voz bons moyens et faveurs envers Mon seigneur, m'asseurant que si me faictes cest honneur de prendre ma cause en main, que ceux qui me voudroyent nuyre ne sauroient empescher que je soys justifié; vous suppliant croire, Monsieur, que ne vous employerez jamais pour gentilhomme sur lequel vous ayez plus de puissance et commandement, ne qui, de meilleure vollonté, vous face humble service, que moy en tous les endroicts que me commanderez. Au reste, Monsieur, je ne vous diray point de quelle affection je me suys employé pour Monsieur de Chabans, d'autant que Monsieur de Jarnac vous le fait entendre bien amplement, qui m'en auoit escript, de grande affection, devant que je receusse votre lettre, ayant, en sa faveur et la vostre, faict pour ledict sieur de Chabans comme s'il eust esté mon propre fils ; vous advisant, Monsieur, que si j'eusse pu conduyre la chose selon mon désir, et encores que le tout se porte assez bien, Dieu mercy, il eust été encore mieulx ; mais l'extrémité en quoy je suis réduict et l'injure du temps me contrainct de tollérer beaucoup de choses que je ne feroy, sans ceste ocasion. Mais puysqu'il plaist à Dieu m'envoyer ceste affection, je les porteray patiemment avec sa grâce, lequel je supplie, après m'estre très humblement recommandé à la votre, vous donner, Monsieur, en parfaicte santé, très heureuse et longue vie. A Aubeterre, ce 16e Janvier 1573.

Votre plus humble et seigneur affectionné à vous fere service, d' Aubeterre.

Monsieur j'adjousteray ce mot, pour vous advertir que Monsieur de la Messelière, lieutenant de M. de Sanssac, a prins prisonnier Monsieur de Saint Germain, ministre de Monsieur le comte de La Rochefoucault, et l'a mys à quatre mil francs de rançon, et pour ce que cela excède de beaucoup son pouvoir, je vous supplieray bien humblement, Monsieur, vous vouloyr employer pour sa délivrance; ce faisant, vous ferez une œuvre très charitable, et obligerez tous ses amys à vous fere humble service[99] .

Ainsi donc, dès avant la Saint-Barthélémy, François Bouchard avait voulu faire sa soumission, mais le roi et la reine mère étaient restés sourds ; il avait ensuite demandé à Coligny, que l'on comblait alors de prévenances, d'intervenir en sa faveur, tout avait été inutile ; même au lendemain de la Saint-Barthélémy (après ce qui s'était passé à Paris, dit-il) il avait écrit au duc d'Anjou sans obtenir quoi que ce fût.

C'est à ce moment, sans doute, qu'il se décida à s'adresser à Montluc, alors gouverneur de la Guyenne et de la Saintonge, auprès duquel il semble avoir trouvé, tout d’abord, un accueil plus favorable ; la lecture attentive de la lettre qui précède indique suffisamment que ce n'était pas là la première démarche qu'il faisait auprès de ce personnage, puisqu'il le remercie de lui avoir promis son amitié de bonne grâce, et de vouloir bien prendre sa cause auprès de Monseigneur.

Cette lettre appelle quelques autres remarques : il y est question du neveu de Monsieur de Bordeaux : Antoine Prévost de Sansac[100] était alors archevêque de cette ville, mais quel était le neveu dont parle François Bouchard et quelle était la cause pour laquelle ce dernier avait ressenti une si vive contrariété ? Nous l’ignorons. Plus loin, il est question de M. de Chabans qu'il avait, dit-il, traité comme son propre fils, dans une affaire qui eût encore mieux tourné si tout eût marché suivant son désir ; quel était ce de Chabans ? Certainement il appartenait à la famille qui a fourni plus tard deux abbés d'Aubeterre : François de Chabans, de 1623 à 1653, et René de Chabans, de 1656 à 1702, mais nous ne savons de quelle affaire il s'agissait.

L'attentat contre le château d'Aubeterre dont s'était plaint déjà Henry de Navarre en août 1571 auprès du roi, était l'œuvre des ennemis de Bouchard, et comme ils essayaient de le renouveler à chaque instant, ils obligeaient celui-ci à une surveillance incessante et à rester entouré de gens qu'il qualifie lui-même d'indiscrets, euphémisme qui laisse entendre qu'ils devaient avoir pas mal de méchantes actions sur la conscience et contribue à expliquer pourquoi ses adversaires étaient à la fois si irréductibles et si nombreux ; il affirme cependant que depuis sept mois, c'est-à-dire depuis le mois de juin 1572, par conséquent avant la Saint-Barthélémy, on ne pouvait plus rien lui reprocher, laissant encore entendre par là que c'est à ce moment qu'il écrivit au roi et à sa mère pour leur offrir sa soumission et qu'il cessa ses courses. Ainsi, il est bien avéré qu'il était depuis longtemps et sans cesse sous la menace; d'un coup de main et devait vivre dans de perpétuelles alertes ; aussi n'oserai-je affirmer que l'impossibilité où il se voyait peut-être d'échapper désormais aux haines qui le poursuivaient ait été tout à fait étrangère à sa determination.de se soumettre.

Quoi qu'il en soit, il était maintenant véritablement: traqué comme une bête fauve, l'expression. n'est pas excessive, témoin les deux lettres que Charles de Monferrand écrivait un peu plus tard au duc d'Anjou, et qui forment un saisissant contraste avec celle qu'on vient de lire ; en voici les principaux passages.

La première est datée du 27 janvier 1573 ; elle est adressée de Bordeaux au duc d'Anjou[101] :

…………….Pour le regard d'Aubeterre, tous vous bons serviteurs dans ce peys désiroyt bien qu'il vous plut ne laysser passer ceste belle.hocquasion, ayant le moyen de le fere condamner comme traytre et rebelle à son Roy et, par ce moyen, vous saysir de l'une des plus belles terres de ce peys qu'est Aubeterre[102] . Je suis après à tascher de les surprandre, et an ay quelque bonne esperansse. Depuis ma premyère letre escripte, Monsieur d'Uza[103]  m'et venu assurer qu'il avait advertissement d'omme bien assuré que ceus d'Aubeterre ont entreprinse sur Lybourne, et qu'il la puisse surprandre de cour, voyant qu'il n'y a que les abytans. Je m'y anvois tout asteure, Monseigneur, pour hy donner hordre.

Je vous supplie très humblement, Monseigneur, etc.

Le lendemain, nouvelle lettre du même au même...

….Nous n'avons eu, en tout ce quartier icy, personne qui se bouge, sauf et réservé le sieur d'Aubeterre, qui a retiré quelque nombre de voleurs en sa maison, qui font des courses du cousté d'Engolesme et jusqu'aux environs de Lybourne, Sainte-Foy et Bergerac. Je scais, Monseigneur, pour chose certaine et asseurée qu'ils font fere des échelles, dans le chasteau d'Aubeterre, et ne puis penser que ce soit pour aultre hocquasion que pour surprandre la ville de Lybourne, comme ils se voulissent essayer de fere aux seconds troubles ; de quoy je les sceus très bien empescher, et ferai encore si Dieu plaist. Je fis pour les abandonner à Piles deux coureaux qu'il avait menés chargés d'échelles jusqu'au pied de la muraille (muraille), et m'asseuré que si j'eusse eu 50 chevaulx, comme je ne les avais poinct pour lors, que j'eusse mieulx faict que ne fis…..[104].

Est-il aussi certain que le dit Charles de Monferrand que François Bouchard voulait maintenant surprendre Libourne ? On peut en douter après avoir lu la lettre de celui-ci à Montluc. Etait-il, en effet, bien prudent de sa part de dégarnir son château et de s'en aller lui-même guerroyer à d'assez grandes distances ? Cependant, nous ne voulons pas nous prononcer tout à fait, car ce que nous savons de François Bouchard III nous permet de lui reconnaître plus d'audace que de prudence. En fait, il y eut, quelques jours après, de gros rassemblements de Réformés non loin de Libourne ; ils sont signalés dans une lettre[105] du maire de cette ville aux habitants de Castillon et semblent démontrer que Charles de Montferrand avait raison de craindre une attaque ; mais il n'est point sûr que ces rassemblements fussent conduits par François Bouchard, et si nous avons cru devoir les signaler, nous n'avons cependant pas pu les mettre à sa charge. A cette époque, sous les murs de La Rochelle qui, assiégée par les catholiques depuis novembre 1572, se rendit le 6 juillet 1573, prenait naissance le parti dit des Politiques qui reconnaissaient pour chef le duc d'Alençon. Ce prince, quatrième fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, visait au trône de France, et la maladie de Charles IX, dès lors réputée incurable, aussi bien que le prochain départ d'Henri III pour la Pologne, favorisaient ce dessein. Agrippa d'Aubigné[106]  dit « qu'un certain nombre de mécontents furent envoyés en Gascogne pour faire rallier nombre de noblesse sous Langoiran (Guy de Montferrand) et en Xaintonge avec le vicomte d'Aubeterre et Campet, le lieutenant La Haye travaillant dès lors en Poictou ». En ce qui concerne François Bouchard, il n'eut guère probablement le temps de travailler au ralliement dont il est question, ainsi qu'on va le voir. C'est vers le mois de mai 1573 que doivent se placer les événements dont parle d'Aubigné, et on doit croire par conséquent qu'à cette époque il était toujours vivant ; nous verrons tout à l'heure combien de temps s'écoula entre ce moment et celui de sa mort.

Voici, à ce sujet, ce qu'a écrit ce même Agrippa d'Aubigné, l'un des auteurs qui nous ont transmis le souvenir de cette tragédie. Après avoir raconté que le 28 juin 1588, Henry de Navarre avait pris Marans et obligé Blanchard, sieur du Cluzeau, capitaine catholique, gouverneur de cette place, à capituler, il ajoute : « Mais il emmena le prisonnier avec soi à Saint-Jean-d'Angély, lui gardant la vie promise avec beaucoup de peine, étant sa mort conjurée par la noblesse de Saintonge pour venger Saint-Martin de la Coudre (François Bouchard) que Cluzeau avait assassiné dans son lict ». De son côté, M. Marchegay[107] a écrit : « François Bouchard périt assassiné dans sa maison par nombre de gens incognus ». J'ai trouvé ce renseignement dans les Archives historiques de Saintonge et d'Aunis, vol. XI, page 121, mais Marchegay ne dit pas, ce qui est regrettable, où lui-même il l'a rencontré. Malgré cela, il me semble qu'il- ne peut y avoir de doute et qu'il, est bien certain que François Bouchard III, vicomte d'Aubeterre, sieur de Saint-Martin de la Coudre, fut surpris pendant son sommeil, sans défense, et lâchement assassiné dans son château, au milieu des siens, peut-être même sous les yeux de ses enfants encore tout jeunes et de sa femme impuissante et terrifiée.

Nous n'avons pas la date précise de cet événement, mais voici comment nous pouvons à peu près la fixer.

André de Bourdeille dit, dans une lettre à Henri III, datée du 1er novembre 1574[108] : « Vous savez que, à vostre partement de La Rochelle que vous donastes charge au comte Galléas de venir prendre le chasteau d'Aubeterre... et fust rendu par la dame d'Aubeterre.... ».. Par conséquent, au-moment où le duc d'Anjou quitta La Rochelle, François Bouchard n'était plus. Nous savons, d'autre part, que dès le 7 juillet[109] , Henri était à Paris où il attendait les ambassadeurs qui venaient lui.offrir la couronne de Pologne ; or, il lui fallait environ une semaine pour se rendre de La Rochelle à Paris ; ces dates permettent ainsi de placer la mort de François Bouchard entre le mois de mai et le 1er juillet 1573.

Nous ne savons pas exactement les motifs qui guidèrent les assassins ; fut-il une des dernières victimes de la Saint-Barthélémy ? Tomba-t-il sous les coups des héritiers du maréchal de Saint-André, gens pressés de jouir des revenus de la terre d'Aubeterre dont ils n'avaient pas encore pu s'emparer? Nous l'ignorons; ce qui est certain, c'est que, comme on peut le croire par la lettre de Villars qu'on a lue plus haut, dès qu'il fut mort ceux-ci se rendirent maîtres de ses biens et en levèrent immédiatement les fruits[110] .

Il n'avait guère que 47 ou 48 ans, certainement moins de cinquante, quand il disparut dans la force de l'âge, laissant de nombreux enfants. L'aîné, David, avait à peu près 18 ans, il était né à Genève en 1553. Après lui, venaient ;Marthe:, probablement morte jeune, née à Genève entre 1555 et 1560 ; Sarah ou Isabelle, née également à Genève entre 1555 et 1560; Jean, né, soit à Genève, soit à Aubeterre vers 1561 ou 1562 ; Charles, dit Cybard, né à Aubeterre en 1562 ou 1563; une seconde Marthe, née à Aubeterre un peu plus tard ; Louis, né à Aubeterre vers 1569,ou 1570 ; enfin, un Hélie Bouchard, qui fut curé de Saint-Jacques, à Aubeterre était aussi très probablement un de ses enfants. Tous ceux que nous venons de nommer avaient pour mère Gabrielle de Laurenzanne, seconde femme de François Bouchard III. Nous ne pouvons terminer cette énumération sans rappeler qu'il avait eu aussi de Florence Gentil, sa première femme, une fille, Marguerite. Gabrielle de Laurenzanne lui survécut de longues années et atteignit même un âge assez avancé, car elle vivait encore en novembre 1602, dit, dans sa Chronique, Etienne de Cruzeau, qui l'appelle la doyenne des Huguenots de France.

IX

J'ai rassemblé dans le chapitre qu'on va lire, les renseignements qui concernent le frère et les sœurs de François Bouchard III, renseignements qui n'ont pu trouver place dans l'étude qui précède et qu'il est intéressant de recueillir, car ils compléteront ce travail.

ROBERT  BOUCHARD

Fils aîné de FRANÇOIS BOUCHARD II.

Robert Bouchard était l'aîné des enfants de François Il et d'Isabelle de Saint-Seignes ; il n'a laissé que fort peu de traces ; toutefois, d'après un passage des Mémoires de Soubise, son beau-frère, (page 26), nous savons qu'il embrassa le Calvinisme, et ce même passage nous permet de penser qu'il alla rejoindre à Genève son frère François, s'il ne l'accompagna pas quand celui-ci s'y rendit ; mais la première hypothèse paraît plus probable, parce qu'il devait être à Aubeterre au moment de la mort de son père, dans le mois d'août ou de septembre 1555, tandis que François était sûrement à Genève.

De plus, le texte de l'acte de donation qu'il signa en 1566, en faveur de François et des siens, rapporté par Haag et dont il a été question plus haut, confirme cette opinion, puisqu'il reconnaît dans cet acte les bons soins qu'il y reçut « d'eux au temps de leur plus extrême misère ». J'ignore le temps qu'il resta dans cette ville, mais son séjour n'y fut sans doute pas d'une longue durée et il n'est question de lui dans aucune des opérations rapportées par Haag d'après les actes des notaires de Genève. On pourrait croire, en lisant l'acte de donation de 1566, qu'il n'était point marié et n'avait point d'enfants, puisqu'il transmettait son droit d'aînesse à François « advenant la mort du donateur, à défaut d'hoirs procréés de sa chair ».

Il est probable qu'à ce moment il avait perdu tous les siens, car il est dit dans le testament de François Bouchard, son frère, fait à la veille de la conjuration d'Amboise, au commencement de 1560, que François Bouchard déshérite ses enfants, s'ils abandonnaient plus tard la Religion réformée, et que, dans ce cas, il donne la moitié de ses biens à sa femme, 500 livres aux pauvres, et le reste à noble Robert Bouchard, son frère, et « aux siens ». Ce qui prouve bien que, en 1560, Robert avait femme ou enfants ; et, comme ils étaient morts quelques années plus tard, on peut peut-être supposer que les causes, - sans doute des maladies - qui les avaient emportés, pouvaient être le motif qui empêcha Robert de s'expatrier définitivement avec eux.

Il est probable, cependant, qu'il avait quitté le château d'Aubeterre après la vente faite à Saint-André et s'était retiré dans les domaines qu'il possédait encore en Saintonge ; il est à noter, en effet, que, dans l'acte de donation de 1566 ci-dessus cité, une partie, tout au moins, des sommes données à François sont données en assiette sur la dite baronnie d'Aubeterre qu'à ce moment, et grâce aux troubles, François et lui avaient réintégrée, et sur les terres de Pauléon, Crains et Marensenne advenues à lui (Robert) par donation faite par Marguerite de Mareuil aux aînés de la dite maison d'Aubeterre, c'est-à-dire sur des biens qui n'avaient pas été vendus à Saint-André et dont il était resté possesseur.

Enfin, d'une pièce conservée à la Bibliothèque nationale, il résulte, si toutefois il s'agit bien de lui et non d'un autre Bouchard, qu'il avait le titre de conseiller d'Etat du Roi en sa cour en 1569 et qu'il était vivant à cette époque[111] . C'est là le dernier renseignement que j'ai pu recueillir sur son compte. Postérieurement à cette date, il n'est plus question de lui et il est vraisemblable qu'il mourut vers cette époque.

Il convient de signaler ici un acte de Fèvre, notaire[112]  à Angoulème, qui nous apprend que Robert et François Bouchard étaient débiteurs d'une somme de 3.000 livres qui fut réclamée à leurs héritiers par demoiselle Dauphine Gentil[113] , veuve de Cybard de Corlieu, celui-ci en faisant don à la ville d'Angoulême pour aider à la fondation d'un collège de Jésuites en cette ville.

ANTOINETTE BOUCHARD D'AUBETERRE

Elle naquit vers 1530. Elle épousa, le 9 mai 1553, Jehan Parthenay l'Archevêque, sieur de Soubise, et se déclara bientôt de la religion nouvelle. J'ignore la date de sa mort, mais elle était encore vivante le 14 février 1577, jour où elle tint sur les fonts baptismaux avec le prince de Condé, au temple de Saint-Yon, Henriette de Rohan, fille de haut et puissant René de Rohan et de Catherine de Parthenay, sa propre fille. En 1554, on la trouve à la Cour où  elle faisait partie des filles de la reine Catherine de Médicis[114] . Avant la naissance de sa fille Catherine, elle avait eu un fils mort en bas âge. En 1559, elle obtint qu'on lui remit Fumée, pasteur protestant qui avait été condamné et qu'ainsi elle sauva[115] . Sa fille a écrit d'elle : « Dame tenue pour un mirouer de chasteté entre celles de son temps, et non moins estimée par son bon entendement... » Elle vécut en parfaite harmonie avec son mari le sieur de Soubise qui joua un si grand rôle dans  la prise d'armes des protestants en 1562 et entra alors à Lyon au nom du prince de Condé. Elle lui avait  envoyé, quelques jours avant, ses grands chevaux à Orléans, par Poltrot de Méré qui était venu près d'elle avec François Bouchard III, son frère.

L'auteur des mémoires de Soubise, où nous avons pris la plupart des détails qui précèdent, nous apprend encore, page 75, ce qui suit :

« Arrivé à Lyon, où Poltrot l'avait accompagné, M. de Soubise voulant donner des nouvelles à sa femme, lui envoya celui-ci qu'il savait apte à cette commission difficile, en raison des pays acquis aux catholiques qu'il fallait traverser. »

Arrivé heureusement près d'Antoinette, celle-ci le chargea à son tour de rapporter à. Soubise une lettre qu'elle voulut lui faire lire avant de la lui remettre. Ayant entendu dire que les catholiques voulaient s'emparer d'elle et de sa fille pour les conduire sous les murs de Lyon et menacer Soubise de les tuer s'il ne rendait pas la place, elle le « suppliait au nom de Dieu, si d'advanture cela advenoit, de n'estre esmeu de nulle affection naturelle, mais de préférer la gloire de Dieu et son debvoir à la vie d'elle et de sa fille, d'aultant qu'elle eust beaucoup mieulx aimé mourir de mille morts (si faire se pouvait) que si cela eust été cause de luy rien faire faire contre l'honneur de Dieu, le sien et le service de son roy, adjoustant que ce qu'elle luy en mandait, n'estait pour doubte qu'elle eust de sa résolution, mais pour lui rendre témoignage de la sienne ».

Après la mort de Soubise survenue le dimanche 1er septembre 1566, elle reçut des lettres consolatoires des plus illustres personnages du parti : Jeanne d'Albret, Coligny, Charlotte de Laval, Charlotte de Roye, Théodore de Bèze, d'autres encore, et son frère François Bouchard lui-même lui écrivirent. Voici quelques lignes de la lettre que la veuve de La Renaudie lui adressa :

« Je croy, Madame, qu'il n'y a femme au monde qui aye plus senti les assauts qui vous sont livrés, que j'ay faict, et comme je vous ay esté compaigne en heureux mariaige, nous le sommes bien en une tristesse et douloureuse viduité. ...Tirons ce profit de leur mémoire, que nous taschions à les suivre en tant d'excellentes et louables vertus que nous avons cognu en eux ; ce taisant Dieu, sera servi et glorifié en nous et nous nous montrerons femmes dignes de tels maris »[116] .

Ce même Recueil[117] , d'où nous extrayons ces lignes, a publié un testament d'Antoinette Bouchard. Elle maintient certaines clauses de testaments antérieurs et en annule d'autres. Elle demande à être enterrée à Mauchamps, veut que son corps soit porté et inhumé au temple du dict Mauchamps « auprès de la sépulture de feu mon dict sieur et mary ».

Ce testament fut passé à La Rochelle le 16 août 1570.

Sa fille, Catherine de Parthenay[118] , mariée en premières noces à M. de Guellenec, baron du Pont, qui périt à la Saint-Barthélémy, se remaria en 1575 avec René de Rohan, deuxième du nom, à qui elle donna plusieurs enfants devenus célèbres : Henry de Rohan, l'illustre capitaine, son frère, Benjamin, seigneur de Soubise, et leur sœur, Anne de Rohan.

ANNE BOUCHARD

Haag pense qu'elle était fille de François Bouchard II. Cela me paraît à peu près certain, mais je ne puis invoquer un document authentique qui l'affirme absolument.

Elle se maria avec Jeannot de Lane, seigneur de Laroche-Chalex, le 21 février 1546 ; date antérieure de 7 ans au mariage d'Antoinette, et de 10 ans, à celui de Suzanne, ses sœurs, ce qui permet de penser qu'elle était non seulement leur aînée, mais aussi l'aînée de tous les enfants de François Bouchard II. Elle eut de lui, Guy, Odet, Françoise, Loyse et Odette de Lane ; elle se remaria avec François des Plans, chevalier, et ils étaient réfugiés à Genève le 17 mai 1559, date où fut passé l'acte suivant, rapporté par Haag, où nous voyons que Odet de Lane était frère de Jeannot et par conséquent beau-frère d'Anne d'Aubeterre : « Comme par cy devant aye esté faict contrat entre haut et puissant seigneur Jacque d'Albon, maréchal de France[119] , d'une part, et noble et puissant Odet de Lane, seigneur de Boyl, et noble dame Anne d'Aulbeterre, veuve de feu noble et puissant Sr Janot de Lane, seigneur de la Roche-Chalex, à présent femme de messire François des Plans, chevalier, d'autre part, par lequel la dite dame vendait la propriété et le dit Odet l'usufruit de la terre et seigneurie de uzagoys (pays de Cuzac ou Cussac) et dépendances pour le prix de 36.000 livres au dit Jacques d'Albon, lequel prix aurait esté payé et mis ès-mains de certains personnages à profict, tant pour conserver la propriété à la dicte dame et l'usufruit au dit Odet, se remettant à en passer l'instrument quand la commodité des parties se trouverait, pour ce est que ce jourd'huy 17 mai 1559, le dict Odet et la dite dame Anne se sont constitués pour passer et accorder ce qui s'ensuit, à savoir que le dit Odet a vendu à la dite clame Anne tous ses droits sur la dite somme de 36.000 livres et abandonné tous ses droits à la succession de ses père et mère à son neveu Guy Odet de Lane, fils de Janot de Lane et de la dame Anne, et après lui, à ses sœurs Françoise, Loyse et Odette de Lane, le tout moyennant la somme de 7000 livres qu'il a reçue. Faict à Genève, en l'hostel du dit noble de Boyl, présent noble Jehan du Basse, seigneur de la Regnauldière et noble Jacques de Saint-Martin (seigneur de Saint-Martin de la Couldre, autre Bouchard d'Aubeterre), noble Pierre Loizeleur, habitants de Genève et noble Françoys Bourdon, sieur de Compe (ou de Combe)[120]  ».

Ainsi, le maréchal de Saint-André ne s'était pas borné à acheter la terre d'Aubeterre, il avait également acquis d'autres biens appartenant à des parents des Bouchard d'Aubeterre qui, en grand nombre, on le voit, s'étaient réfugiés à Genève.

Ce n'est pas tout, les mêmes parties décident que, .s'il survenait ultérieurement entre eux des contestations, ils s'en rapporteraient « à l'advis de spectable Jehan Calvin et Théodore de Bèze, ministres du Saint-Evangile en ceste cité, noble et spectable Jacques Spifarme, spectable Germain Colladon et Laurent de Normandie, docteurs et bourgeois de Genève, et noble Guillaume Prévost, seigneur de Saint-Germain, desquels ils ont accordé ; et ce, à peine de mille escus soleil, payables par iceluy d'eulx qui ne se vouldra arrêter à leur dire, à scavoir la moictié à l'autre partye et l'autre moictyé à la bourse des paouvres estrangers de ceste cité. Et si aulcungs des dits six arbitres mouraient, les-dites partyes en accorderont, d'aultres... et au cas qu'ils ne se trouveront que quatre, ils en pourront appeler unqou deulx non suspects aux dites partyes pour juger avec eulx et encore y pourra assister noble Jehan du Basse de la Regnauldière ; promettant les dictes partyes, par leur foy et serments prestes es mains de moy, notaire, observer et entretenir le contenu cy dessus ». etc., mêmes témoins qu'au précédent acte.

Ces efforts pour faire de l'argent pour remettre « à certains personnages », l'existence d'un conseil permanent chargé d'en diriger l'emploi et composé d'un comité des plus éminents réfugiés français, enfin la main de la Renaudie ou la Regnauldière; ne semblent-ils pas prouver que les Bouchard d'Aubeterre avaient sacrifié leur fortune aux intérêts de la cause et versé le produit de leurs biens dans une caisse fondée à Genève pour préparer l'entreprise d'Àmboise ?

Le 12 septembre 1560, François des Plans et Anne d'Aubeterre avaient acheté de François Bourgoin, sieur d'Aignon, ancien chanoine de Nevers, passé à la Réforme et devenu ministre à Genève en 1545, une maison rue des Chanoines, à Genève, qui fut revendue le 15 mars 1580, par haute et puissante dame Anne Bouchard d'Aubeterre, devenue veuve, dame douairière de la baronnie de La Roche en Sainctonge, à noble Jean Favre, seigneur du Lac[121] .

SUZANNE BOUCHARD

Nous ne savons que fort peu de choses sur son compte. D'après M. Théophile de Brémond d'Ars qui a fourni ces renseignements à Beauchet Filleau[122] , elle aurait été mariée le 22 septembre 1556 à Gabriel de Lamothe-Fouquet. Bujeaud, dans sa Chronique protestante (page 18), nous apprend que ce Lamothe-Fouquet, baron de Saint-Surin, qui voulut d'abord disperser les assemblées de protestants qui se tenaient sur ses terres, abjura bientôt avec sa femme et mit son épée au service de la cause. On le vit passer à travers l'armée royale qui serrait Saint-Jean-d'Angély en 1569 et pénétrer dans la ville avec un secours de cinquante chevaux.

Nous trouvons encore la mention d'un baptême protestant relevé sur les registres paroissiaux de Saint-Seurin à la date du 30 mars 1563 et dans lequel Suzanne d'Aubeterre est marraine[123] .

Il peut être intéressant de relever ici la note suivante dans laquelle une autre Suzanne.d'Aubeterre, peut-être sa fille, est signalée comme femme d'un Charles de Lestang[124] . C'est un acte de Jean Mousnier, notaire royal à Angoulême, du 16 mars 1592 :

Partage entre Paul de Pontlevain, écuyer sieur du clict lieu, y demeurant paroisse de Champmillon, au nom et se faisant fort de damoiselle Léa de Lestang, sa femme, d'une part, Aymard de Lestang, aussi écuyer, sieur des Courades, y demeurant, paroisse de Vibrac (Charente), d'autre part, et Pierre Guinodeau, aussi écuyer, sieur de Montigné, y demeurant, paroisse de Burie, au nom et comme procureur de haut et puissant Charles de Lamothe-Fouquet, baron de Tonnay-Boutonne, seigneur des châtellenies de Saint-Seurin et de Biron, comme curateur de Benjamin et de Jeanne de Lestang, enfants de feu Charles de Lestang, en son vivant escuyer, seigneur de Richemont, et demoiselle Suzanne d'Aubeterre, encore d'autre part, c'est à scavoir des bois taillis et de haute futaye sis et situés dans les paroisses de Chérac, Saint-André et Richemont.



[1] Mémoires de Soubise, p. 27.

[2] P. Anselme, Beauchet-Filleau.

[3] Gigon, Révolte de la Gabelle, p. 117. Cet auteur, en donnant cette date, dit qu'il contracta ce second mariage avec Isabelle de Saint-Seignes, mais celle-ci s'était mariée avec François Bouchard II bien antérieurement ; il ne peut s'agir que de son mariage avec Isabelle de Pompadour.

[4] Brantôme, édit. Buchon, 1.1, p. 489.

[5] Mémoires de Soubise   p. 27.

[6] Il est évident que les enfants d'Isabelle de Saint-Seignes, qu pouvaient avoir en 1541 entre 10 et 15 ans, ne virent pas d'un bon œil le second mariage de leur père. De plus, dès cette époque, à Aubeterre, les idées de Calvin avaient fait de nombreux adeptes ; on comprend donc aisément qu'elles aient trouvé un écho auprès des fils de François Bouchard II, d'autant plus disposés à les adopter qu'Isabelle de Pompadour était plus attachée à l'ancienne religion et qu'ils voyaient là un moyen d'opposition contre elle ; il est aussi permis de supposer que cette seconde épouse de François Bouchard II manqua du tact nécessaire pour gagner la confiance de ces jeunes esprits, chez qui étaient encore vivaces le souvenir et l'affection de leur mère.

[7] Enquête de novembre 1562. Bull. Soc. Arc/i. de la Ch., année 1862, page 195.

[8] Les coutumes du pays et duché d'Angoumois, avec les commentaires de M. Jean Vigier, ècuijcr, 2e édition, 1720, p. 325.

[9] Vigier, p. 325, 377, 379. L'arrêt se trouve  aussi dans Dumoulin, Chopin, le Vest et autres.

[10] Emblcr : Soulever, entraîner, dérober.  -  Etrennes  de Clément Marot, XLVIII.

[11] Inventaire somm. des Archives de la Chte, t. IV, p. 179.

[12] Bull. Soc. hist. et arch. Char., 1912.

[13] Il semble que ce Puymoreau était un Bouchard de la branche de Saint-Martin de la Coudre (voir Gigon, La Révolte de la Gabelle, 1548-1549) et bulletin de la Société historique de la Charente, origine de Poltrot de Méré, année 1912, par le Docteur Ed. Gaillardon).

[14] Bib. nat., Fonds français 20469/73, original. (Cité d'après Gigon, La Révolte de la Gabelle, p. 252).

[15] Guy Chabot de Jarnac avait été nommé sénéchal de Périgord en janvier 1548.

[16] Saint-Aulaye,  chef-lieu  de   canton,   arrondissement  de   Ribérac (Dordogne), à neuf kilomètres d'Aubeterre.

[17] Bib. nat., F. fr. 20463/79, original.

[18] Riou-Martin  et  Yviers, communes du canton de Chalais (Charente).

[19] Bib. nat., F. fr. 20469/75, minute.

[20] Bib. nat., Clairembault 934/9302

[21] En note, de la main de Charles de Jonvilliers (qui fut, après la mort de Calvin, chargé de mettre en ordre la correspondance de celui-ci) : « M. Calvin escrivit cette lettre pour un gentilhomme nommé Aubeterre, pour envoier à son père lequel était contraire à la parole, et fut au moys de mai 1553 » - Ce fut, sans doute, par les soins de ce seigneur, rentré en France, que se forma l'église réformée d'Aubeterre. Voir une lettre de cette église à Calvin, du 8 janvier 1563, Manuscrits de la Bibl. de Genève, vol 197n.

[22] P. 26.

[23] Soubise était parti pour Parme où il était arrivé fin décembre 1554.

[24] J. Gervais, Mém. sur l'Angoumois, p. 261.

[25] Hist. univer., t. XII, p. 60 et suivantes.

[26] Les Coutumes du pays et duché d'Angoumois, 1720, p. 24.

[27] Il est certain que Robert et François Bouchard y étaient revenus en 1566 depuis assez longtemps déjà ; nous savons aussi qu'Isabeau de Pompadour était bien probablement morte dans la seconde moitié de 1562 ; on peut donc croire que c'est fort peu de temps après cette mort qu'ils rétablirent de gré ou de force leur autorité sur leur seigneurie et rentrèrent dans leur château.

[28] François de Morel, seigneur de Collonges, ministre protestant, avait épousé Marguerite de Laurenzannes, sœur de Gabrielle. Bull. de la Soc. du protestantisme fr. (Testament d'Antoinette Bouchard).

[29] Malgré la crudité de certains termes de ce document, je n'ai pas cru pouvoir les faire disparaître ; ils permettent du reste de mieux juger la mentalité de François Bouchard et de la plupart, sans doute, de ses coreligionnaires.

[30] Edition Buchon, t. I, p. 435.

[31] Il est bon de signaler ici un procès pendant au grand Conseil du Roy en 1597, intenté par Gabrielle de Laurenzannes contre le sieur de la Renaudie et sa femme, des environs de Nontron, qui étaient les héritiers de l'ancien conjuré d'Amboise, resté débiteur de François Bouchard d'Aubeterre {Inventaire (les Archives de la Charente, t. III. Sle E, page 151. Fèvre, notaire).

Ajoutons que François Bouchard eut avec Barry de La Renaudie des relations étroites et qu'il fut certainement l'un des amis les plus attachés de celui-ci. Le 16 mars 1560, tandis qu'il cherchait à réunir les conjurés qui arrivaient de tous côtés sous les murs d'Amboise, Barry de La Renaudie fut tué d'une balle tirée de loin et son corps fut emporté dans la ville où il fut attaché à un poteau avec cette inscription : « Chef des Rebelles ».

[32] Raguau, not., III, 382.

[33] Enquête du 8 septembre 1560. Archives des Basses-Pyrénées, E. 582. Note de M. de Ruble dans son édition de Hist. universelle d'Agrippa d'Aubigne.

[34] La Planche, édition Buchon, page 239.

[35] Mezerai, Hist. de France.

[36] Chronique prolestante de l'Angoumois, p. 18.

[37] Revue des Eludes historiques, sept., oct. et nov. 1910

[38] Robert Bouchard ne devait point alors habiter le château d'Aubeterre qui était occupé par Isabeau de Pompadour, seconde femme de leur père.

[39] D'Aubigné, Hist. de France.

[40] Introduction du Protestantisme en Angoumois, p. 112, 115 et 157.

[41] Etudes historiques sur l’Angoumois, p. 252.

[42] Voir Marvaud, op. cit., et Bugeaud.

[43] T. ii, p. 45, Ed. de la Soc. de l'Hist. de France.

[44] histoire de La Rochelle, par Barbot (Arch. hist. de la Saintonge et de l'Aunis, t. XVII, p. 175).

[45] D'Aubigné.

[46] De Thou.

[47] Gaulieur, Histoire de la Réformation à Bordeaux.

[48] Courtaud, Monluc historien, p. 464.

[49] Cette route est marquée sur la carte de Cassini, et le cadastre de la commune d'Aubeterre porte l'indication d'un vieux chemin d'Aubeterre à Archiac.

[50] Un port fortifié sur  la Dronne. {Bull, de la Soc. hist. et arch. du Périgord).

[51] La Motte-Bourbon : motte féodale mesurant d'un côté 38 m. 15 c. et de l'autre 28 m. Elle était entourée d'un fossé large de 4 m. Répe­toire archéologique de la Charente, par Mahvaud, dans Bull, de la Soc. hist. et Arch. de la Charente, 1562, p. 256.

[52] La croix des Gardelles, près Baisevigne (cadastre de la commune d'Aubeterre).

[53] Mézerai, Hist. de France, t. X, p. 182.

[54] D'Aubigné, op. cit.

[55] Recherches nouvelles sur les origines  et la jeunesse de Poltrot de Méré, par le Dr  Gaillardon {Bull. Soc. hist.  et  arch. Charente, 1912).

[56] Brantôme, Vie de Mr de Guyse-le-Grand, édit. Buchon, t. I, p. 435.

[57] Manuscrits de la Bibliothèque de Genève, volume 197e. - Lettres de Jean Calvin publiées par Jules Bonnet, t. I, p. 387, en note.

[58] Calvin mourut le 12 août 1563.

[59] Etudes historiques sur la Reforme {Bull, de la Soc. hist. et arch. du Périgord, 1887).

[60] Vigier de la Pile, Histoire de l'Angoumois, p. CXIII.

[61] Oncle de François Bouchard III.

[62] L'exercice de la religion protestante se continua à Aubeterre jusqu'à la révocation de l'Edit de Nantes (16S5), époque à laquelle les Huguenots comptaient dans la province quatorze églises, au nombre desquelles étaient Aubeterre et Saint-Aulaye (Abbé Nangi.ard, Pouillé du diocèse d'Angoulême, t. I, p. 23). Ces deux églises avaient alors pour pasteur commun Messire Giraud qui résidait à Aubeterre. (Bujeaut, Chronique protestante de l'Angoumois).

[63] Mémoires de Jean Parthenay l'archevêque, sieur de Soubise, pub. par Jules Bonnet. Paris, Léon Wilhem, p. 98.

[64] Bull. Soc. Hist. du protestantisme français, 185'i, n° 5. Lettres consolatoires tirées des recueils inédits de Pierre de Lestoile sous le règne de Charles IX.

[65] Robert Bouchard.

[66] France protestante, 2e édit., Art. Bouchard (dossier côté n° 9797, pièce 43).

[67] Ce passage semble bien prouver que Robert Bouchard alla rejoindre à Genève son père François, mais à une date que nous ignorons et nous ne savons pas davantage pendant  combien de temps.

[68] Bibl. nat., Pièces originales, 429/48.

[69] Edit. annotée par de Ruble, t. II, p. 252.

[70] En note : François Bouchard d'Aubeterre, seigneur de Saint-Martin-de-la-Coudre.

[71] Mézeray, t. X, p. 481.

[72] Anquetil, Esprit de la Ligue, t. I., p. 249 et suivantes.

[73] Livre XIV, folio 62 v°

[74] Agrippa d'Aubigné, édit. de Rhuble, t. III, p. 10 et 11.

[75] Journal historique de Denis Genéroux, notaire à  Parthenay (1567-1576). Niort. L. Clouzot, libraire-éditeur, 1565.

[76] Journal  de  François de  Syrueilh,   chanoine de Saint-André de Bordeaux {Archives de la Gironde, t. XIII, p. 251).

[77] Edit. Buchon, t. I, page 620.

[78] La bataille se livra à Chantegéline, commune de Mensignac (Dordogne), entre Ribérac et Périgueux.

[79] Troisième guerre de religion, page 106.

[80] Gigon, op. cit.

[81] France protestante, 2e édit. Art. Bouchard.

[82] Roumejoux, Essai sur les Guerres  de Religion (Bull. Soc. hist. et arch. (le la Dordogne, 1903, p. 152).

[83] Grands bateaux plats.

[84] Roumejoux, op. cit.

[85] T. XI, p. 27.

[86] T. XIII, p. 399.

[87] Gigon, op. cit., p. 225.

[88] Gigon, op. cit., p. 228, dit que les assiégeants avaient à Mussidan 4 grosses pièces d'artillerie et il est plus que probable qu'ils disposaient contre Aubeterre des mêmes canons.

[89] Mussidan et les guerres de religion (Bull. Soc. Arch. du Périgord, t. XXX, p. 424).

[90] Bibl.   nat. Fond   français,   nouvelles   acquis.   6004/11,   26/4,  69 d'après Gigon, op. cit., p. 225.

[91] Jean   de   Pompadour,   frère  aîné de   Louis   de Pompadour, alors gouverneur du Limousin.

[92] La vrays et entière histouère des troubles, t. XV, p. 87.

[93] Lettres de Henri IV, t. VIII, supplément par Guadet.

[94] Copie du temps. Bibl. Nat., Fonds français, vol. 15555, folio 142 - Renseignement tiré d'une note de M. de Ruble, Agrippa d'Aubigné, t. IV, p. 29.

[95] Honorât de Savoie, marquis ds Villars, comte de Tende, lieutenant-général en Guyenne en 1570, maréchal en 1571, reçut à la mort de Coligny la charge d'amiral de France.

[96] Il s'agit de la dame d'Apchon et non d'Acton. Les d'Apchon étaient les héritiers du maréchal de Saint-André.

[97] Ces deux lettres sont extraites des manuscrits de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, par M. Loutchitzki (Bull. Soc. protestant. fr., pp. 254-257).

[98] Voir plus bas sa lettre du 16 janvier 1573 à Montluc.

[99] Bibl. nat., fonds français 15556, p. 54.

[100] Antoine Prévost de Sansac, abbé de Notre-Dame-de-Châtillon, en Bourgogne, sacré archevêque de Bordeaux au mois de juin 1561, mort le 17 octobre 1591.

[101] Archives de la Gironde, t. X, p. 369. - Bibl. nat., Fonds français 15556, p. 184.

[102] Charles de Monferrand ignorait-il que la terre d'Aubeterre avait été acquise par Saint-André, ou bien considérait-il que cette vente n'était vraiment pas licite et laissait au Roi le droit de s'en emparer sans s'inquiéter des héritiers de Saint-André.

[103] Louis de Lur, vicomte d'Uza, vice-amiral de Guyenne, chef et capitaine  général des galères au siège de La Rochelle où il mourut.

[104] Archives de la Gironde, t. X, p. 372.

[105] Archives de la Gironde,  t.  X, nro XL. Lettre du 20 février 1573
 (Registre de la Jurade, 1572-1573).

[106] Hist. univ., édit. de Ruble, t. IV, p. 29.

[107] Documents historiques sur la Saintonge et l'Aunis, p. 143.

[108] Brantôme, édit. Buchon, t. H, p. 566.

[109] Monluc historien, par Paul Courtault, p. 582.

[110] Lettres d'André de Bourdeille dans-Brantôme, t. II. Edition Buchon.

[111] Fonds français, Pièces originales, recueil n° 429, pièce 48.

[112] Inventaire des Archives de la Charente,  t. I, Slc  E., p. 360, 8 février 1522.

[113] Cette Dauphine Gentil appartenait à la famille dans laquelle François Bouchard III avait pris sa première femme.

[114] Lettres de Catherine de Médicis. Documents pour servir a l’histoire de Fronce.

[115] D'Aubigné, Hist. universelle, t. I, p. 254.

[116] Bull. Soc. du Protestantisme Fr., Ile vol., p. 215 ; IIIme vol., p. 36 et 265, Vme vol., p. 141.

[117] Ibidem, année 1865, p. 307.

[118] Catherine de Parthenay composa plusieurs tragédies et comédies françaises, entre autres la tragédie d'Holoferne, représentée à La Rochelle en 1574. On lui attribue aussi des élégies, une traduction des préceptes d'Isocrate, une apologie pour le roi Henri IV envers ceux qui le blâment de ce qu'il gratifie plus ses ennemis que ses serviteurs (c'est une satire contre le Roi). L'Estoile parle plusieurs fois de Catherine de Parthenay dans son journal de Henri IV. Elle avait alors épousé en secondes noces René II, vicomte de Rohan, dont elle resta veuve vers l'an 1586. (Note extraite du Bulletin Soc. du protestantisme français, année 1856, page 22).

[119] Jacques d'Albon, maréchal de Saint-André.

[120] Raguau, not., III, 131.

[121] J. Jovenon, not., IV, 395, cité d'après Haag, article Bourgoin.

[122] Art., Bouchard.

[123] Bull. Soc. du Protestantisme fr., t. L, p., 144 et 152.

[124] T. II de l'Inventaire des Archives de la Charente, p. 347.

 

 

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