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CARTULAIRE

DE

L'ABBAYE DE VIGEOIS

EN LIMOUSIN

(954-1167)

 

 

Dans le cartulaire de l’abbaye de Vigeois, on trouve quelques références au Périgord.

 

Dans l’introduction (p. XXI) est présenté le testament de saint Yrieix (rédigé en 572-573). Aredius (saint Yrieix) y mentionne les différents oratoires qu’il avait fondés et leurs dépendances. Parmi les noms de lieux donnés dans ce testament, l’auteur, H. de Montegut, et Bosvieux, y identifie plusieurs lieux proches de Saint-Yrieix et de Vigeois, dont certains se trouvent en Périgord.

 

Rofiacum

Rouffiac, commune d’Angoisse

Genuliacum

Jumillac

Negiacum

Nazac, hameau de la commune de Nanthiat

Gaudomaro

Gandumas

Cella Sancti-Medardi

Exideuil

 

Dans le cartulaire proprement dit, on trouve un certains nombre de chartes où sont mentionnés des lieux en bordure du département actuel de la Dordogne. Intéressant également le Périgord, notons les nombreux dons effectués par la famille de Terrasson.

Les chartes concernant ces lieux et ces dons sont résumés ci-dessous.

 

 

 

Arcaniacensi (vicaria), Archignac, chef-lieu de commune (Dordogne), ch. IX, p. 8.

Archenac (ecclesia de), Archignac, chef-lieu de commune (Dordogne), ch. CCCXXXVI, p. 224.

Brantosmensis (Gauzfredus Ademarus monacus monasterii), ch. LXIII, p. 38. Abbaye de Brantôme (Dordogne).

Garriga (La), act. Garrigue, comm. de Chavagnac (Dordogne) (In vicaria de Cavaniaco).

Garriga (La), (III mansos al la Garriga), ch. XXIII, p. 16; ch. CXXXIII, p. 75 (in tribus mansis a la Garriga).

GERALDUS, Sancti Sori abbas, ch. XXIII, p. 16. (Saint-Sour de Terrasson, Dordogne).

Gresas (ecclesia de), act. Grèzes, chef-lieu de comm, canton de Terrasson (Dordogne) (in pago Petrogoricensi, in vicaria de Cavaniaco), ch. VIII, p. 8.

Ladorniac, chef-lieu de comm. (Dordogne), ch. IX, p. 8. V. Lodorniac,

Lodorniac, act. Ladorniac, chef-lieu de comm. (Dordogne), ch. IX, p. 8.

Montmeano (mansus de), act. Puymège, comm. de Brive, (ou plutôt Montmège, comm. de Terrasson (Dordogne), ch. CCXIII, p. 156; ch. CCXIV, p. 157.

Salaniac (apud castrum de), act. Salignac, chef-lieu de canton (Dordogne), ch. CLXXXII, p. 141. V. note 1, même page.

Sancti Sori (abbas), abbaye de Saint-Sour-de-Terrasson, act. Terrasson, chef-lieu de canton (Dordogne), ch. XXIII, p. 16.

TERRASSON, sive TERRACO, sive TERRAZON, sive TERRAZUN.

― (Bernardus de), D. ch. IV, p. 3 (donne les Poi de Paerlac et de Bracchar), T. ch. LX, p. 37; D. ch. LXVII, p. 40. (Petronilla de la Riberia uxor ejus), T. ch. LX, p. 37; T. ch. LXVIII, p. 41; D. ch. XCVII, p. 57. (Confirme les donations de ses aïeux et fuit homo ejus propriis manibus et fecit ejus fiducias), D. ch. XCVIII, p. 57 et 58; D. ch. CLXV, p. 125.

― (Capdahz de), D. ch. CLXXXVII, p. 144.

― (Ebolus de) filius Bernardi et Petronille de La Riberia. ― Confirme la donation de son père et de sa mère; D. ch. XCVIII, p. 57.

― (Ebulus de), frater Stephani, D. ch. XI, p. 10; D. ch. XXXVIII, p. 25.

― (Froterius de), T. ch. VIII, p. 8; T. ch. IX, même page.

― (vicarius), D. ch. X, p. 9 et 10, P. ch. LXVI, p. 39. (Répétition de la charte X).

― (Geraldus de), D. ch. IV, p. 3; D. ch. LVII, p. 35 (1082-1086), relinquo omnes consuetudines malas et omnes malos usus, D. ch. LXI, p. 37; D ch. LXVII, p. 40; D. ch. CLXIV, p. 125. D. ch. CLXXIX, p. 140; D. ch. CLXXX, p. 141; D. ch. CLXXXI, même page.

― (Petrus de), frater Bernardi et Geraldi, D. ch. IV, p. 3; D. ch. LVI, p. 34 (partem meam de fevo presbiterii de ecclesia de Camboliva) (1098-1100), D. ch. LXI, p. 37. Confirme la donation des Poi de Paerlac et de Bracchar, T. ch. LX, même page; D. ch. CLXIV, p. 125.

TERRASSON (Stephanus de), frater Ebuli, filius Ebuli et Rafais, D. ch. XI, p. 10.

― (Stephanus de) [II] frater Widonis, Guillelmi, Helie et Mainardi de Aien, D. ch. CCCIX, p. 208. V. au mot Aien,

Terrazo (castrum de), hoc factum subtus castrum de Terrazo, ch. CCCX, p. 209, act. Terrasson, chef-lieu de cant. (Dordogne).

― (burgus de), ch. LVI, p. 35. Hoc factum est in burgo de Terrazo, même identification.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CARTULAIRE

DE

L'ABBAYE DE VIGEOIS

EN LIMOUSIN

(954-1167)

 

Publié pour la première fois d'après le manuscrit original

des Archives de la maison de Noailles

 

H. de MONTEGUT

Correspondant honoraire du Ministère pour les Travaux historiques.

 

LIMOGES

 

DUCOURTIEUX & GOUT, Imprimeurs-Libraires

7, Rue des Arènes, 7

 

― V ―

AVANT -PROPOS

 

Indications des sources

 

Notre grand dépôt d'archives de la rue Richelieu, à Paris, renferme sous les nos 5453 et 17119, fonds latin, deux copies restées jusqu'à ce jour inédites, du cartulaire de Saint-Pierre de Vigeois en Limousin. La première, provenant du fond de Gaignières, a été faite dans le cours du XVIIe siècle. C'est un petit in-folio contenant 143 pages, précédé d'une table de noms d'hommes et de lieux qui paraît assez complète. Le copiste a pris le soin d'écrire en plus gros caractères les noms propres; malheureusement, comme pour presque toutes les copies faites à cette époque, elle renferme un assez grand nombre de fautes de lecture.

Le second manuscrit, n° 17119, provient d'Antoine Lancelot, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, commissaire au trésor des chartes, qui légua sa riche collection de manuscrits à la Bibliothèque Royale. C'est également un petit in-folio de 232 pages, qui n'est accompagné d'aucune table; cette copie paraît avoir été faite au commencement du XVIIIe siècle.

Elle renferme, elle aussi, d'assez nombreuses fautes de lecture. Ainsi la vicairie d'Archignac, Arcania-censi, a été lue Aniacensi, etc., etc. Cependant, c'était à la transription de ce second manuscrit que nous nous étions arrêté, car nous n'avions pas encore découvert le manuscrit original.

Deux autres manuscrits, Baluze n° 85, fonds latin, et Dom Col n° 9193, concernent encore le monastère de Vigeois, mais ce sont de simples extraits du cartulaire. Baluze, dans un de ses voyages au pays natal, copia de sa propre main, à Vigeois, les chartes les plus importantes.

 

―VI ―

C'est un petit in-4° renfermant 128 pages et donnant un peu plus d'une centaine de chartes.

Le savant Limousin, avec l'intuition profonde qui le caractérisait, accompagne plusieurs de ces chartes de notes très instructives. Il constate, de plus, la disparition des quinze premiers folios, des ratures nombreuses, faites à l'aide d'un couteau, cum cultello. Enfin, il souligne nombre de mots qui devaient plus tard fournir à du Cange, pour son Glossaire, de très utiles indications. On sait en effet la tendre amitié qui unissait ces deux savants; or, en nous reportant au Glossaire, on lit ces mots: Blesta, Chellam de seda, manu attrectatio, Puentchage Ripaticum, etc.

Nous trouvons textuellement transcrites les chartes de Vigeois qui se rapportent à ces mots.

Nous devons naturellement en conclure que du Cange devait à Baluze la connaissance des dites chartes.

Nous nous étendrons peu sur les extraits pris par le bénédictin Dom Col. Ils comprennent environ 102 chartes, transcrites de la page 529 à la page 562 du manuscrit 9193.

Nous n'en retiendrons qu'un détail; Dom Col, en marge de ses extraits, a pris soin de mettre l'annotation suivante:

« Archives de M. le Maréchal de Noailles, dans son Hôtel à Paris. »

C'est vers 1769 que Dom Col résidait à Paris; donc avant cette date le cartulaire original de Vigeois existait dans les archives de la maison de Noailles. Nous verrons plus tard, en suivant ses diverses pérégrinations, combien est précieuse cette indication.

Les autres renseignements fournis par les inventaires dressés à la Bibliothèque nationale et concernant Vigeois n'offrent aucun intérêt. Nous ignorions, et M. Léopold Delisle lui-même, le savant administrateur de notre grande Bibliothèque, ignorait ce qu'était devenu le cartulaire ori-

 

― VII ―

ginal, quand une note de l'archiviste Bosvieux, placée dans un manuscrit resté jusqu’à ce jour inédit sur la géographie du testament de Saint-Yrieix, est venue jeter un nouveau jour sur nos recherches. Dans ce travail, qui identifie d'une façon à peu près certaine dix noms de lieux existant au VIe siècle et restés inconnus jusqu'à ce jour, Bosvieux, au paragraphe concernant l'oratoire de Sissiacum, ajoute; « S'il restait quelques incertitudes, elles seraient probablement levées par la lecture du manuscrit original du cartulaire de Vigeois, actuellement dans les archives de M. le duc de Mouchy-Noailles, au château de Mouchy (Oise),

Il ne nous restait donc plus qu'à collationner notre copie faite sur le manuscrit 17119 de la Bibliothèque nationale avec le document authentique des archives de la maison de Noailles.

Toujours avec la plus extrême obligeance, M. Léopold Delisle voulut bien faire une démarche personnelle près de M. le duc de Mouchy, et, grâce à cette puissante intervention, nous avons enfin, après plusieurs années de travail, obtenu un résultat complet.

Pendant plus d'une année ayant à notre disposition ce précieux document, nous en avons profité pour ajouter à notre transcription l'héliogravure d'une page complète du cartulaire et réunir ainsi les éléments d'une étude qui pourra rendre quelques services à l'histoire. On n'ignore pas, en effet, l'importance de la chronique de Geoffroy de Breuil ou de Brol, prieur de Vigeois, cet élément principal de notre histoire pour la période si tourmentée et si peu connue qui s'étend du règne de Hugues Capet à celui de Philippe-Auguste.

Geoffroy de Breuil devait connaitre le cartulaire, dont les dernières chartes ont été rédigées presque sous ses yeux. Il a dû y puiser plus d'une fois des documents pour sa chronique. Certains rapprochements que le lecteur pourra faire lui-même le démontreront surabondamment.

 

― VIII ―

En 1872, la magnifique bibliothèque du château de Mouchy, comprenant 20000 volumes et 194 manuscrits, fut inventoriée par le bibliophile et libraire bien connu Techener.

Le catalogue, imprimé le 22 mai de la même année à la suite de cet inventaire, forme un bel in-quarto de 486 pages avec table alphabétique des noms d'auteurs.

Nous allons rapidement résumer la description faite par lui du manuscrit en question.

A la page 426, on lit:

« CARTULAIRE DE L'ABBAYE DE SAINT-PIERRE DU VIGEOIS EN LIMOUSIN, manuscrit des XIe et XIIe siècles sur parchemin; petit in-folio allongé de 81 ff.; vel. blanc.

Manuscrit précieux remontant à 800 ans. Une partie a été écrite vers la fin du XIe siècle et l'autre au XIIe. La forme et les caractères en attestent l'antiquité.

L'abbaye du Vigeois, sous l'invocation de saint Pierre et de l'ordre de saint Benoît, était située près d'Uzerche, sur les bords de la Corrèze. Elle fut fondée dans le VIe siècle.

Ce cartulaire contient la copie d'environ 500 actes de donations faites par des seigneurs du pays à l'abbaye du Vigeois, de 572 à 1146. Les trois derniers actes ont été ajoutés plus tard sous l'abbatiat d'Amelius, vers 1166.

Ces donations consistent en villages, borderies, terres, bois, cens et rentes, serfs, etc.

Neuf chartes sont datées avec précision de 572, 1092, 1102, 1111, 1118, 1137, 1144, 1146; les autres chartes ne sont que vaguement datées. « Ex temporibus Klotarii regis, ou regnante Aenrico rege, ou Ludovico rege, Lucio papa, Ademaro abbate, etc. » Quelques actes n'ont aucune note chronologique. Une des plus curieuses dates est celle-ci: « 7 kal. Aprilis. Regnante Ludovico rege Francorum et Eustorgio Lemovicensi episcopo, anno quo Guillelmus, comes Pictaviensis apud beatum Jacobum peregrinus obiit (26 mars 1137). »

 

― IX ―

Rois de France cités dans le cartulaire: Sigebert, en 572; Lothaire, en 957; Robert (996-1031); Henri Ier (1031-1060); Philippe Ier (1060-1108); Louis VI (1108-1137); Louis VII, en 1144 et 1146. Les abbés du Vigeois, Gérard, Pierre, Raynald, Adémar et Amélius, de 1082 à 1166.

Ce manuscrit renferme de précieux renseignements sur les anciennes familles nobles du Limousin, sur les vicomtes de Limoges, sur les premiers abbés du Vigeois et sur la topographie du pays.

On y trouve l'indication des châteaux de Noailles, d'Ayen, de Ségur, de Comorn, de Rouffignac.

Pierre de Noailles, avant de partir pour la croisade, avait donné plusieurs terres à l'abbaye du Vigeois entre les mains de l'abbé Raynald, son oncle.

Cet abbé avait aussi pour neveux Raynald et Hugues de Rofignac. Présents à l'acte de donation: Gérald, moine, frère de Pierre de Noailles; Etienne, archiprêtre de Noailles (1111-1124).

Plusieurs donations sont faites par des croisés.

Ainsi, au mois de juin 1146, Pierre de Bré et son frère Guillaume-Otto, avant de partir pour la croisade avec le roi Louis VII, donnent à l'abbaye du Vigeois plusieurs domaines et tous les hommes et toutes les femmes habitant sur la terre de Saint-Pierre, avec leurs enfants nés ou à naître.

Assistèrent à cet acte: Almodis, femme de Pierre de Bré; Fruimus, frère des donateurs; les moines de l'abbaye, cinq chevaliers et trois écuyers.

Un fait curieux et qu'il est difficile d'expliquer nous est révélé par un de ces actes: c'est l'existence vers 1090 de religieuses dans l'abbaye du Vigeois.

Bernardus vicarius de Aienc, dedit Deo et sancto Petro Vosiensi pro matre sua quam monacham fieri fecit, in monasterio Vosiensi bordariam de Solec. »

Suit la transcription par Techener d'une longue charte

 

― X ―

(CCCXXXVIII, page 225) que nous ne répéterons pas ici, nous contentant d'y renvoyer le lecteur. L'auteur de l'inventaire remarque avec raison que cet acte est des plus curieux et pour le fond et pour la forme, ainsi que par le luxe de garanties qui y sont insérées. Mais il aurait pu aussi transcrire des chartes bien autrement curieuses, celle, par exemple, concernant une prise d'habit dans le monastère de Vigeois, où l'on voit une mèche de cheveux (blestam) coupée sur la tête du futur moine, ou encore l'acquisition par les moines d'un domaine important en échange d'un écheveau de soie (chellam de seda), offert généreusement à une bienfaitrice du monastère (charte XXV, page 18).

Si la description faite par Techener du manuscrit original de Vigeois est à peu près exacte dans l'ensemble, il n'en est pas de même dans les détails. De nombreuses erreurs de faits s'y sont glissées; il nous suffira de citer les suivantes:

Quant au nom même de la localité, il n'a jamais été orthographié le Vigeois. La chose est peu grave et jusqu'à un certain point excusable, puisqu'un grand nombre de cartes et même le Dictionnaire historique de Lalanne donnent cette orthographe erronée à l'antique monastère; mais où Techener devient inexcusable, c'est quand il place l'abbaye sur les bords de la Corrèze, au lieu de la Vézère.

D'après Techener, le cartulaire renfermerait 500 chartes; il n'en compte en réalité que 341.

Huit chartes sont datées avec la dernière précision, en y comprenant le testament de saint Yrieix.

Le nom du roi Lothaire a été lu Klothaire dans la charte VIII; il suffisait, pour rectifier, de voir qu'il s'agissait évidemment du même prince à la charte suivante. Et il se trompe quand il date son règne de l'année 957, au lieu de 954. Il en est de même pour Louis VII, dont il place le règne aux années 1144-1146, au lieu de 1137-1180.

Techener a lu aux chartes CCCV et CCCVI, pages 204

 

― XI ―

et 205, comes Pictaviensis, au lieu de Pictavensis, et Gerardus au lieu de Geraldus, abbé de 1082 à 1091.

Il indique les châteaux de Noailles et de Roffignac comme figurant au cartulaire. Il n'en est rien, non pas que ces châteaux, au sens moderne du mot, ne pussent déjà exister aux XIe et XIIe siècles, mais pas dans le sens du castrum de ces époques reculées, c'est-à-dire véritable oppidum fortifié renfermant dans son enceinte un assez grand nombre d'habitations ou fiefs.

COMBORN, le castrum le plus important de la province, d'où sont sortis les vicomtes de Turenne, de Ventadour, de Limoges, a été lu Comorn.

La célèbre croisade de Louis le Jeune de 1147 est, par suite d'une erreur facile à rectifier, indiquée comme ayant eu lieu en 1146. La charte CCCXVI, cependant, par ses indications si précises, permet de modifier cette date erronée. (Voir notre note de la page 213, où la date réelle est rétablie.)

Techener trouve extraordinaire la présence d'hommes et de femmes dans le même monastère; on sait cependant d'une façon certaine que ce n'est pas là un fait isolé au moyen âge.

En Limousin, la preuve existe dans le cartulaire d'Uzerche, où l'on voit Aïna de Barmont se retirer dans ce monastère d'hommes, et plus tard Ermengarde, vicomtesse de Comborn, sa fille, après l'outrage dont elle avait été l'objet de la part de son neveu Ebles, venir l'y rejoindre.

Ce ne fut que beaucoup plus tard que l'on reconnut les inconvénients de cette cohabitation; on construisit alors des monastères séparés d'hommes et de femmes, témoins Aubazine et Coiroux.

Après avoir relevé ces quelques inexactitudes, qui modifient peu le fond même de la description du manuscrit original du cartulaire de Vigeois, il ne nous reste plus qu'à rechercher comment il est entré dans les archives de la maison de Noailles, ce que Techener ne nous dit pas.

 

― XII ―

C'est gràce à cet abri tutélaire qu'il dut d'échapper aux tempêtes de la Révolution et de ne pas périr comme tant d'autres documents qui pouvaient jeter sur notre histoire générale et locale une lumière si utile, « comme ceux de Saint-Yrieix et d'Uzerche »; il aurait très certainement été livré aux flammes en 1793.

En 1745, l'abbaye de Vigeois était depuis longtemps déchue de son ancienne splendeur. Comme un grand nombre de nos établissements religieux, elle était tombée en commande. Le revenu de 3000 livres, spécialement attribué à l'abbé commandataire, suffisait à peine à subvenir à l'entretien de quelque abbé de cour.

Les autres religieux, réduits à la portion congrue, vivaient dans un véritable dénuement.

L'oeuvre des séminaires, si utilement créée par M. Olier, le célèbre fondateur de Saint-Sulpice, avait été lente à s'introduire dans le Limousin.

En 1647, le créateur des Sulpiciens venant prier sur le tombeau de saint Martial, fut frappé de la situation du diocèse, l'un des plus grands du royaume et aussi l'un des plus pauvres. L'état dans lequel il le trouva, nous raconte la biographie de M. Olier, le pénétra de douleur.

« C'était alors un champ sans culture, tout couvert de ronces et d'épines; toutes les âmes y étaient négligées. Des gentilhommes y possédaient des cures en propriété, et par l'abus le plus sacrilège les affermaient à des vicaires amovibles et en donnaient le revenu pour dot à leurs enfants. L'ignorance du clergé et l'oubli des devoirs les plus essentiels y étaient portés à un tel point qu'un ecclésiastique écrivait à M. Bourdoise: Ceux-là sont estimés par le commun bons ecclésiastiques qui lisent bien et ne sont pas sujets à des crimes énormes.

Un autre lui écrivait: Certes, si vous saviez la centième partie de ce qui se passe dans les églises de la campagne, vous pleureriez des larmes de sang. »

 

― XIII ―

Il serait difficile de se représenter la désolation de M. Olier. ― « L'état de ce diocèse l'affligea si vivement, qu'après avoir dit la sainte messe au tombeau de saint Martial il y demeura l'espace de cinq heures en oraisons, baigné de larmes, suppliant avec toutes les instances de la plus ardente charité le Père des miséricordes d'avoir pitié du pauvre peuple, qu'il voyait dans un si affreux délaissement.

L'un de ceux qui l'accompagnaient, entendant ses gémissements et ses sanglots et le voyant tout en pleurs, s'approcha pour lui en demander la cause: « Hélas, lui répondit-il, ne savez-vous pas que ce diocèse est dans l'abandon. Il faut prier Notre-Seigneur de le secourir en suscitant quelques bonnes âmes qui y travaillent pour sa gloire. »

Cinq ans après la mort de M. Olier, ses voeux les plus ardents furent exaucés. M. Bourdon, l'un de ses disciples, fut envoyé pour gouverner ou plutôt pour établir le Séminaire de Limoges, et Mgr de Lascaris d'Urfé, formé aussi à Saint-Sulpice et singulièrement affectionné à la mémoire de M. Olier, devint évêque du diocèse, où l'un et l'autre travaillèrent avec tant de sollicitude qu'ils le renouvelèrent entièrement.

Retenons de ce long récit ce fait certain. Cinq ans après la mort de M. Olier, qui eut lieu en 1656, c'est-à-dire en 1661, le Séminaire était fondé à Limoges. Une longue annotation manuscrite de M. Nadaud, restée inédite jusqu'à ce jour, mise par lui dans le Pouillé du diocèse, à l'article concernant Vigeois, va nous apprendre ce qu'était devenue avec le temps l'oeuvre de M. Olier.

« Le supérieur du Séminaire des Ordinands de Limoges représente que, quoique cette maison eut été érigée par les soins de Mgr François de La Fayette, évêque de Limoges, pour l'éducation et l'entretien de la jeunesse dans la science de la théologie, surtout pour la réception des saints ordres ecclésiastiques ceux qui en seront jugés capables (sic). Quoi-

 

― XIV ―

que Mgr Louis de Lascaris d'Urfé, son successeur, l'eut considérablement augmentée, cependant elle était encore bien éloignée de l'état de perfection où ces deux prélats avaient résolu de la porter.

Obligés de se borner d'abord à former les ordinands dans la connaissance de la théologie dogmatique et morale et dans la pratique des fonctions du sacré ministère, pendant l'espace de deux ans qu'on les y retint, ces évêques avaient laissé à leurs succeseurs le soin de procurer aux jeunes ecclésiastiques une instruction plus étendue de la philosophie et de la théologie. Les vastes bâtiments d'une maison propre à loger près de cent ordinands et l'église ayant coûté de très grandes sommes, quelqu'ardeur eussent ces zélés prélats pour la consommation d'un si grand et si utile ouvrage, ils n'auraient pu comme ils l'auraient souhaité fonder des places pour y recevoir des sujets souvent excellents par leur qualité, mais d'ailleurs trop pauvres pour fournir une pension considérable. Leurs successeurs, infiniment touchés des avantages que l'établissement de ce séminaire avait procuré au diocèse en y opérant en peu de temps un heureux changement dans le clergé, auraient bien voulu poursuivre l'oeuvre de leurs prédécesseurs. Animés du même zèle, mais arrêtés soit par la dureté du temps, qui les obligeait souvent de sacrifier une partie de leurs revenus aux besoins courants d'un vaste et pauvre diocèse, soit par le peu de durée de leur épiscopat, ils n'ont pu finir un ouvrage si bien commencé qui exige des secours extraordinaires qu'on ne peut se procurer ou recueillir que peu à peu et comme insensiblement, surtout par des unions de bénéfice, ainsi que l'avait permis le roi Louis XIV par ses lettres patentes. Cependant, jusqu'ici nul bénéfice n'avait été uni au Séminaire. Il n'avait de revenu qu'une pension de 2035 livres sur le clergé du diocèse et 600 livres d'un autre côté, ce qui était très insuffisant pour la nourriture et l'entretien de sept directeurs, gages de dix domestiques,

 

― XV ―

réparations et entretien d'un vaste bàtiment et d'une église.

Le roi, par brevet du 7 mars 1745, permit d'unir à ce Séminaire les revenus de la mense conventuelle et les offices claustraux de l'abbaye de Vigeois, pour estre employés à l'instruction et éducation des jeunes étudiants en théologie et philosophie. Cette union était pour le diocèse d'une grande utilité qu'on ne saurait exprimer et même d'une nécessité qui prévaut infiniment à celle d'une mense conventuelle telle que celle de Vigeois, devenue désormais assez inutile à l'église.

Il y avait à Vigeois huit prébendes monacales, à cinq desquelles étaient unis les offices claustraux de l'infirmerie, sacristie, chantrerie; tous les revenus des dits offices ou places montaient, déduction faite des charges, à quatre mille livres (4000). Il n'y avait aucuns lieux réguliers; les moines étaient obligés de demeurer dans des maisons particulières ouvertes à tout le monde. Il n'y restait plus aucune trace de régularité: la cessation de la vie commune y avait introduit de la division et des procès, n'ayant presque plus d'union entre les moines indépendants des supérieurs. »

L'office divin ne se faisait plus avec l'assiduité et la décence convenable; il n'y restait aucun vestige de cloître ni d'endroit propre pour assembler les moines, mais seulement huit petites maisons en mauvais état servant d'habitation aux moines quand ils résident, lesquelles n'ont aucune enceinte régulière.

Par décret donné le 21 juillet 1746, sur le consentement de l'abbé et des moines, sont éteints et supprimés à perpétuité, les titres des places monacales, offices claustraux, prevosté et bénéfices y annexés de l'abbaye de Vigeois, congrégation des Exempts, les revenus et prérogatives unis à perpétuité au Séminaire des Ordinands de Limoges en ce que:

 

― XVI ―

1° Lorsque le Séminaire jouira des dits revenus, il en acquittera les charges;

2° Pour procurer à la paroisse de Vigeois un secours spirituel plus abondant et afin que les fondations à la charge des moines soient acquittées avec plus de décence et d'exactitude, il sera distrait des revenus 150 livres par an pour honoraire d'un second vicaire auxiliaire, et le pré et terre y contigus, dépendant de la mense conventuelle de Vigeois, demeurant pour toujours incorporés et unis au patrimoine de la cure de Vigeois;

3° Pour procurer à la jeunesse de la dite paroisse et des environs le moyen d'être instruit dans les principes de la religion et des lettres humaines, il sera pris sur les revenus unis la somme de 150 livres par an pour l'entretien d'un maître d'école qui sera nommé et approuvé par l'évêque et qui résidera dans le bourg de Vigeois. A cet effet, parmi les maisons monacales, il en sera choisi une commode et propre à l'habitation du dit maître d'école, à condition que le Séminaire ne sera tenu à aucune réparation ni meuble de la dite maison, mais que le tout sera à la charge des habitants;

4° L'abbé de Vigeois pourra nommer et présenter à l'évêque deux pauvres écoliers natifs de la paroisse et terre de Vigeois, pour être nourris gratuitement dans le Séminaire s'ils sont trouvés par l'évêque dignes et capables d'être reçus;

5° Pour le soulagement des pauvres de la dite paroisse, il sera annuellement remis entre les mains du curé de Vigeois la quantité de cinquante setiers de seigle, mesure du lieu, pour être par lui-même distribuée aux pauvres honteux de la paroisse, à la charge par le dit sieur curé de rendre compte de l'emploi et distribution de ce blé soit à l'évêque, soit à celui qui sera par lui commis à cet effet. »

Après cette suppression, que devinrent les archives du monastère?

Elles durent être dispersées un peu partout et disparaître

 

― XVII ―

pour la plus grande partie, car malgré toutes nos recherches aux archives départementales de la Corrèze, de la Haute-Vienne, du Grand Séminaire de Limoges, il nous a été impossible d'en retrouver la moindre trace.

Elles paraissent cependant avoir été inventoriées avec soin, si nous nous en rapportons à une annotation de l'un des plats de la reliure en parchemin du cartulaire original déposé au château de Mouchy.

Dans tous les cas et heureusement, la pièce la plus curieuse des archives fut sauvée par la raison qui va suivre.

A diverses reprises, les généalogistes attitrés des grandes familles du royaume avaient eu l'occasion de consulter le cartulaire de Vigeois. Baluze y avait eu recours dans sa grande histoire de la maison d'Auvergne. Il en connaissait toute l'importance au point de vue nobiliaire pour la maison de Noailles, alors arrivée à son apogée.

En 1746, date de la suppression du monastère, cette illustre famille avait déjà fourni deux maréchaux de France (elle en fournit deux autres quelques années plus tard). Elle était représentée par le plus célèbre d'entre eux Adrien-Maurice duc de Noailles, neveu par son mariage avec Mlle d'Aubigné, de la femme qui pendant près d'un demi-siècle avait été la souveraine de la France.

Quoi de plus naturel qu'à ce moment le cartulaire de Vigeois lui ait été offert comme la preuve la plus manifeste de la présence de ses ancêtres aux croisades.

Ce qu'il y a d'absolument certain, c'est qu'en 1769, il faisait déjà partie intégrante des archives de la maison de Noailles, et se trouvait à Paris, dans l'hôtel de ce nom, où il fut consulté par le bénédictin Dom Col, qui y fit de nombreux emprunts (Bibl. nat. fonds latins, n° 9193). Il y était encore en 1793 quand l'hôtel de Noailles fut livré au pillage. Ces archives étaient tellement considérables que les fureurs populaires ne purent parvenir à les détruire toutes. Ce qui par extraordinaire s'en sauva formait encore une telle

 

― XVIII ―

masse de documents que l'on fut obligé d'en faire trois lots répartis à la Bibliothèque nationale, à celle des Invalides et au Louvre.

Le Cartulaire de Vigeois se trouva heureusement parmi les livres échappés au désastre. Les volumes portés à la Bibliothèque nationale y sont encore et composent ce qui est connu sous le nom de fonds de Noailles. Ceux de la bibliothèque du Louvre et qui formaient le plus grand nombre ont été brûlés dans l'incendie allumé par la Commune en 1871.

La partie déposée aux Invalides est celle qui est aujourd'hui à Mouchy. En effet, chacun des volumes provenant de la bibliothèque de l'hôtel royal des Invalides en portent encore le timbre. Ils furent restitués à M. le prince de Poix, Noailles de son nom, de la branche des ducs de Mouchy, au retour de l'émigration et ne sont plus sortis de la famille.

Là, dans la tour principale, énorme donjon de 90 pieds de diamètre, ont pris place d'admirables trésors manuscrits émanant le plus souvent de la propre main de nos rois et restés inédits jusqu'à ce jour. Techener, dans son catalogue de la bibliothèque du château de Mouchy (page 449) en constatant la remise le 10 octobre 1747, à la Bibliothèque Royale, par le maréchal duc de Noailles, de trois volumes in-folios contenant les originaux de différents écrits de Louis XIV, s'exprime en ces termes:

« Ces nombreuses notes écrites de la main de Louis XIV sur les principaux événements et sur les choses qui semblaient le plus mériter son attention sont en quelque sorte le sommaire de ses pensées et de ses actions. En faire le commentaire ce serait rédiger les mémoires les plus curieux du siècle. »

Leur propriétaire cependant, donnant un rare exemple de désintéressement et de patriotisme, n'hésitait pas à se séparer de ces archives précieuses à tant de titres.

Il se faisait délivrer en en faisant la remise, une copie

 

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conforme certifiée par les gardes de la Bibliothèque du roi, MM. Mellot et Sellier, c'est cette copie qui se voit encore à Mouchy.

On eut dit que le maréchal avait un pressentiment de l'avenir en assurant ainsi une chance de plus de durée et de salut à ces archives uniques. Celui qui savait ainsi accomplir son devoir était bien digne de recevoir en retour le cartulaire original de Vigeois qui attestait la présence de ses ancêtres aux croisades.

Le donjon de Mouchy-le-Châtel remonte à la plus haute antiquité, l'histoire du Beauvoisis constate qu'il a subi plusieurs sièges et qu'en 1101 le roi de France Louis-le-Gros s'en empara et le livra aux flammes.

Il a encore malgré tous ces désastres gardé sa physionomie des anciens jours.

Pendant la première Révolution, le conseil municipal de la commune de Mouchy en demanda la démolition. Sa délibération, en date de sextidi, 2e mois de l'an II de la République, en donnait pour principal motif « que son seul aspect faisait frémir tout vrai républicain ». Heureusement, il n'en fut rien. Les bienfaits incessants dont les Noailles avaient comblé le pays firent écarter cette ridicule délibération.

Mouchy-le-Châtel, indépendamment de sa magnifique bibliothèque contenant 20000 imprimés et un grand nombre de manuscrits, renferme encore une incomparable collection d'objets d'art accumulés par plusieurs générations de grands seigneurs, artistes et guerriers tout à la fois.

On y voit la statue en marbre et en pied de la duchesse de Mouchy, née La Borde de Merville, par le célèbre Pajou; l'épreuve originale en terre cuite du buste de Voltaire par Houdon, offerte au maréchal de Beauveau par Voltaire lui-même; une galerie de portraits de famille et de leurs alliés; enfin, un coffret en cristal de roche, où ont été enfermés les langes du roi Henri IV.

Heureuse famille où la gloire des armes est encore

 

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rehaussée par la gloire des lettres; où l'on voit les descendants des compagnons du roi-chevalier, du roi Henri IV se consacrer, après la guerre, au bonheur du peuple. Aussi, la juste reconnaissance des populations a voulu en quelque sorte en perpétuer le souvenir. Une simple ferme du plus modeste aspect, mais dépendant du château de Mouchy, est devenue depuis 1750 une agglomération d'une telle importance qu'elle forme, sous le nom de Noailles, une véritable ville, aujourd'hui chef-lieu de canton.

Ce nom glorieux, illustré par quatre maréchaux de France, s'est encore maintenu jusqu'à nos jours, malgré toutes nos révolutions. Nous sommes de nouveau en République; la célèbre délibération de sextidi n'a pas été rééditée, et non seulement tout coeur vraiment républicain ne frémit plus en contemplant les hautes tours de Mouchy, mais, au contraire, bénit le nom de leurs bienfaisants propriétaires.

 

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INTRODUCTION

 

Les monastères de Saint-Yrieix, Attanum, et de Vigeois, Sisciacum, sont incontestablement les plus anciens du Limousin. Leur existence nous est attestée dès les premières années du VIe siècle par le testament d'Arédius, leur fondateur. En effet, dans cet acte de ses dernières volontés, Arédius, autrement dit saint Yrieix, cite textuellement les deux oratoires, oratorium, d'Attanum et de Sisciacum comme fondés par lui. Il s'étend longuement sur tous les domaines spécialement affectés à l'oratoire d'Attanum; il décrit tous les objets destinés au culte, non seulement pour cet oratoire mais encore pour celui de Sisciacum, Ce testament est signé d'Arédius, de sa mère, Pélagie, et des témoins exigés par la loi romaine pour sa validité.

Enfin ce testament est daté de la onzième année du règne du roi Sigebert, c'est-à-dire 572-573. On sait en effet que ce prince monta sur le trône en 561. Ses états s'étendaient depuis le nord de la Germanie, dont Trêves était une des capitales (vulgairement appelée

 

 


Testamentum Aredii, abbatis Attanensis, et Pelagiae matris ejus

 

In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, sub die pridie kal. Novembre anno undecimo regni domini nostri Sigiberti regis. Ego Aredius presbyter, et Pelagia, sana mente, integroque consilio judices et arbitros rerum nostrarum, metuentes casus fragilitatis humanae, ne nos subito repentina mortis praeveniret occasio, residentes testamentum nostrum condidimus, quem ego ipse Aredius manu propria scripsi, et testibus numero competenti tradidimus subscridendum. Quod testamentum nostrum, si casu, jure civili aut praetorio aut cujuslibet legis novellae conscriptione vel veteris, valere non potuerit, ad vicem codicillorum

 

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la Rome du Nord) jusqu'au pied des Pyrénées, avec Toulouse, l'ancienne principale ville des rois wisigoths.

Cette date, la onzième année du règne du roi Sigebert, a donné lieu à plusieurs erreurs bien faciles à comprendre. Dans un procès soutenu par le chapitre de Saint-Yrieix au XVIIIe siècle devant le Parlement de Bordeaux, une copie du testament avait été produite portant le chiffre erroné de dix-sept au lieu de onze. Or, Sigebert ayant été assassiné la quatorzième année de son règne, il s'ensuivit naturellement, pour les magistrats du Parlement de Bordeaux, la conviction que l'acte produit devant eux était faux. Mais l'on ne saurait attacher aucune importance à l'erreur commise par un copiste inexpérimenté qui avait mal lu l'acte original et traduit le chiffre onze par dix-sept. Pardessus, dans ses Codes et diplômes, édités en 1843 par l'Imprimerie royale, a inséré dans le tome 1er, page 136, intégralement le testament de saint Yrieix. Il accompagne cette insertion de judicieux commentaires, prouvant d'une façon irréfutable l'authenticité de cet acte.

Un remarquable travail de l'archiviste et historien Bosvieux, intitulé: Géographie du testament de Saint-Yrieix, nous apporterait une nouvelle preuve si cela était nécessaire. Bosvieux en effet était natif de la ville de Saint-Yrieix; il avait étudié à fond les origines de son pays. Il en connaissait les moindres détails, aussi avons nous pris le parti de publier son travail, resté inédit jusqu'à ce jour, en l'accompagnant comme pièce à l'appui du testament même de Saint-Yrieix, mis au bas de ces pages.

Ce qui a facilité beaucoup ses recherches, c'est qu'il avait eu sous les yeux plusieurs registres, constatant les revenus du chapitre de Saint-Yrieix, remontant aux XVe, XVIe et XVIIe siècles. Ces documents faisaient connaitre dans leurs moindres détails tous les

 

 

 


et omnium scripturarum quae firmitati (al. firmiter) consistunt, valere jubentur (al. jubemus), ut id fiat, detur praestetur, illibatum in omnibus teneatur, secundum tenorem infra scriptum, quem, Christo Domino adjuvante, constituimus.

Itaque te sancte Martine Turonensis, judicantes constituimus (al. indicantes heredem instituimus), ita ut per praepositum sanctae ordinationis tuae basilicae... quod vero tibi vel quidquid unicuique donavimus, aut quod fieri rogavimus, haec omnia potestate et sancta dominatione tua, post obitum nostrum ut fiat et permaneat supplicamus. Ideoque donamus tibi, sancte Martine, per hujus testamenti paginam, medietatem Griciensis; aliam vero medietatem cum aedificiis, vel cum omni jure suo, ut Attano (al. Griciensis cum omni jure suo, aliam in

 

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revenus dus par un certain nombre de localités au monastère de Saint-Yrieix.

Or, ces localités étant pour la plupart mentionnées dans le testament d'Aredius, aucun doute ne pouvait plus subsister. C'est ainsi que douze noms de lieux mérovingiens, Gresium, Sisciacum, Nonniacum, Luciacum, Marcomonte, Rofiacum, Juliacum, Genuliacum, Negiacum, Gaudomaro, Cella Sancti-Medardi et Issandone ont pu être identifiés.

Bosvieux a éprouvé quelque hésitation, il est vrai, pour deux de ces noms: LUCIACO, MARCOMONTE.

Dans le travail additionnel publié à la suite du manuscrit de Bosvieux, nous tenterons de le compléter sur ce point.

 

Géographie du testament de Saint-Yrieix, 572-573

 

I

GRISIENSIS

 

Donamus tibi, Sancte Martine, per hujus testamenti paginam medietatem GRISIENSIS; aliam vero medietatem cum aedificiis, vel cum omni jure suo aliam, Attano consistantes monachi nostri in perpetuum te, Sancte Martine, defensante possideant.

 

Bost-la-Gresse (commune de Saint-Yrieix)

L'adjectif Greciensis est évidemment formé non par un nom terminé en acum comme cela devrait être s'il dérivait de la forme latine de Grassac, mais sur une terminaison en ium ou en ia qui donnerait pour le radical Grecium, Grecia, ou plutôt Grecium-ia

 

 


Attano) consistentes monachi nostri, in perpetuum te, sancte Martine, deffensante possideant; ea videlicet ratione, ut ad monasterium quem Domino inspirante et adjuvante nos fecimus, et monachos quos ibi Deus per nos peccatores, esse ordinavit, aut inantea Deus ordinare jusserit, id est, tam de ingenuis quam de servis nostris, tibi, domne Martine, fecimus, ordinandos commendamus: ita ut si exinde, quod absit, quisquam abstrahere de potestate vestra voluerit quae tibi, sancti Martini, had loca sancta, amore Christi, et in tuo honore vel sanctorum aedificata sunt, aliquo malo atque iniquo ingenio, quod Deus avertat, quem regendum gubernandumque dignus haberetur, absque procuratione sanctae vestrae basilicae ordinare aut subdere neglexerit, sit per vertitutes tuas anathema.

 

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si l'on tient compte de l'habitude mérovingienne de remplacer les e par les i et réciproquement.

De là à la Gressa, le rapprochement serait facile. Or, ce nom de la Gressa qu'on trouve dans une charte de 1247 (arch. dép. B. syrr) est celui d'un village de la commune de Saint-Yrieix appelé aujourd'hui Bost-la-Gresse, sur lequel le chapitre de Saint-Yrieix n'a cessé de percevoir des rentes importantes jusqu'en 1789 et qui figure toujours sur les livres de recettes à titre des redevances dues par les tenanciers ruraux,

Tenanciers de Bosc-la-Gresse 1515-1516,

Les tenanciers de Bosc-la-Gresse 1516.

(Grecium, silex, coteau pierreux, du Gange.)

 

II

SISCIACUM

 

Portionem nostram de agro Sisciacensi, hoc est domus et oratorium cum reliquiis aedificiis, tua sancta basilica, domne Martine, sed et commendati monachi Attanenses, quos sub tuo patrocinio vivere sancimus et qualiter Deum propitium habeatis et mancipiola vobis in ipso fundo SISCIACUM tibi, domne Martine, atque tuis monachis condonavimus quod est ad partem basilicae tuae.... ea vero conditione ut quaternos aripennos vineae colant.... simul et de Sisciaco oratorio... tectos sanctorum reparari, cum necesse fuerit jubeatis, hoc est Attano et Sisciaco.

Attanenses, si nobis vivis monachis Vosidentibus solatia, sicut placuerit, praebuerint, FEXITOIALO portionem nostram et centum arpennos terrae in Sisciaco prona volunlatae donamus. Six vero

 

 


Portionem nostram de agro Sisciacensi (al. Fisciacensi), hoc est, domus et oratorium reliquis aedificiis, agris, silvis, pratis, pascuis et accolis (al. areolis), cum omni jure suo, sicut a nobis praesenti tempore possidetur, tua sancta basilica, domne Martine, sed et commendati monachi Attanenses, quos sub tuo patrocinio vivere sancimus, et qualiter Deum propitium habeatis, et mancipiola vobis ex ipso fundo Sisciacum (al. Fisciacum) tibi, domne Martine, atque tuis monachis condonavimus, quod est ad partem basilicae tuae, aratores iij Parnimium, Talasium et Claudium, seu et reliqua mancipia nostra, vel quaecumque nobis debita servitute debentur, exceptis illis qui jam liberi sunt, Clara scilicet et Marcia; Ursacium cum uxore et filiis simiter tibi ad servitutem donamus, ea vero conditione, ut quaternos aripennos vineae colant.

 

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renuerint solatia proebere, quod eis a nobis datum est, basilicae tuae, Sancte Martine, et monachi Attanenses tibi commendata omnia revoces in perpetuum possidendnm.

Du texte du testament il résulte que dans la localité de Sisciac il y avait un oratoire ou une chapelle dédié à Saint-Martin (ex fundo Sisciacum, domne Martine, condonavimus quod est ad partem basilicae tuae) et que dans ce territoire la vigne était cultivée. Il faudrait donc trouver le milieu actuel qui remplit ces diverses conditions, qui se rapprochât par son nom du latin Sisciacum, qui ait possédé une chapelle dédiée à Saint-Martin et qui enfin fut située dans un pays de vignobles.

Tout près de Vigeois, dans cette commune même, il y a un hameau Siaussac dont le nom pourrait être l'équivalent du Siciacum latin et on y trouvait en 1154, d'après une bulle privilégiée du pape Adrien IV, une chapelle dépendant du monastère d'Uzerche placée sous le patronage de saint Martin (Baluze, Hist. Tutel, col. 485 append.). Capella de Sauciaco, Nadaud (Pouillé mss v° de Lonzac) place à tort cette chapelle dans la paroisse de Lonzac, où il ne se trouve aucune localité dont le nom réponde au vocable latin Sauciaco. Enfin une charte du mois de mai 885 (Deloche, Cart. de Beaulieu, numéro LX), place dans la vicairie de Bar un lieu de Sauciago qui n'est autre que Saurissac. Ajoutons que les vignobles commencent non loin de Vigeois et qu'il est très probable que la vigne a été autrefois cultivée sur ce point comme elle l'était à la même époque et plus tard même à Ahun (Creuse) et à Saint-Yrieix, localité aujourd'hui bien plus éloignées que Vigeois du pays vinicole. (Le cartulaire de Vigeois nous donnerait sans doute de précieux renseignements sur ce point; mais nous n'avons pas actuellement le moyen de consulter ce document qui se trouve aujourd'hui dans la bibliothèque du duc de Mouchy).

 

 


Cellam quoque nostram in honore sancti Medardi dedicatam, quae sub Gaudomaro (al. Gundomoro), sita esse videtur, et vulgo Excidolium appellatur, cum omnibus suis pertinentiis monachi Attanenses, te, domne Martine, defensante possideant. Nonniacum (al. Homacum, al. Memacum) domum nostram cum aedificiis, vineis, silvis, pratis et pascuis, vel cum omni jure suo, similiter et Luciaco, Marcomonte, cum vineis, vel omni jure suo, secundum quod a nobis est, propitio Deo possessum, monachi nostri Attanenses, ut per te, sancte Martine, habeant volumus, et te defensante, ut possideant rogamus, cum mancipiis, his nominibus, Parininio cum uxore et filiis, Leomere cum uxore et filiis, Armedio cum uxore et filiis, Rustico cum uxore et filiis, Claudio, Sivio cum uxore et filiis. Hi enim similiter quaternos aripennos

 

― XXVI ―

Hors de Siaussac nous ne trouvons rien qui corresponde dans la région où on disait se trouver Sisciacum du vocable latin et quant à Fexiticalo, Fexitolato ou Fexitoialo, il nous a été impossible d'en déterminer l'ancien emplacement.

 

III

CELLA SANCTI MEDARDI

 

Cellam quoque nostram in honore Sancti Medardi dedicatam quae sub Gaudomaro sita esse videtur et vulgo Exidolium appellatur cum omnibus suis pertinentiis monachi Attanenses, te, domne Martine, defensante possideant.

Ici aucun doute sur l'attribution moderne des localités désignées dans ce paragraphe. La Celle de Saint-Médard vulgairement appelée Exideuil est l'église de Saint-Médard qui existe encore aujourd'hui à 1 kilomètre à peu près de la ville actuelle d'Exideuil, bâtie plus tard sur le territoire appelé au VIe siècle Exidolium dont elle conserva le nom.

Quand à Gaudomaro ou Gaudomoro, c'est Gandumas siège autrefois d'un couvent de femmes dépendant de l'abbaye de Ligueux, canton de Savignac-les-Eglises (Dordogne), aujourd'hui paroisse du canton d'Exideuil au nord et à 2 ou 3 kilomètres de Saint-Médard, celui de Saint-Yrieix et Saint-Médard qui se trouvait ainsi au dessous de Gandumas par rapport au testateur habitant le lieu d'Attanum ou de Saint-Yrieix.

Ajoutons que la prévôté de Saint-Thomas d'Exideuil a payé jusqu'à la Révolution une redevance, pension de 7 s. 6 deniers, au chapitre de Saint-Yrieix (Livre des recettes de 1516).

 

 


vineae monachis colant, uxores vero eorum decenos argentos singulis annis monachis suprascriptis nostris Attanensibus desolvant, et nihil amplius ab eis ullus ullo tempore exigere praesumat. Peculiaria vero eorum, campellos et vineollas, nullo inquietante, possideant, ea vero conditione ut nec vendere nec alienare praesumant. Scauriniacum (al. Cauriniacum, al. Sanctum Caunisiacum) vero domum nostram, quae portio nostra dicitur (al. debetur) praeter id quod dedimus, vel id quod vendidimus, cum vineis, pratis, silvis et pascuis, medietatem basilica tua, domne Martine, heres instituta recolat, et medietatem monachi nostri Attanenses per te ut habeant humili supplicatione deposcimus. Enfrasium et Meroalidum vinitores vineae (al. basilicae) tuae deputavimus, domne Martine, ea, vero conditione ut quaternos arpennos vineae colant et deligant (al. dirigant, al. diligant).

 

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IV

NONNIACUM

 

Nonniacum, domum nostram, cum aedificiis, vineis, silvis, pratis et pascuis vel cum omni jure suo, similiter et Luciaco Marcomonte, cum vineis vel cum omni jure suo secundum quod a nobis est Deo propitio possessum monachi nostri Attanenses, ut per te, Sancte Martine, habeant volumus te defensante ut possideant rogamus.

Encore une détermination certaine:

Nonniacum est aujourd'hui Louignac, chef-lieu d'une commune du canton d'Ayen, Corrèze. Cette localité figurait encore dans un pouillé du XIVe siècle sous le nom de Nouhac parmi les bénéfices de l'archiprêtré de Lubersac, entre les communes d'Ayen et de Coubjours; dans un autre pouillé du XVIe siècle (bib. de Poitiers) on retrouve ce nom écrit Nonnac.

Mais dans le livre des recettes du chapitre de Saint-Yrieix pour l'année 1515-1516, il est devenu Lonhac « ecclesia Lounhaco », dans le livre des recettes de 1616, c'est l'église de Loignat. Cette église payait une pension annuelle de 2 sous au chapitre de Saint-Yrieix, qui prétendait sur ce bénéfice un droit de patronage exercé depuis 1563 concuremment avec l'évêque de Limoges. Enfin elle était placée sous le vocable de saint Julien-de-Brioude, saint auquel Arédius dédiait le plus habituellement les oratoires qu'il fondait.

 

V

LUCIACO, MARCOMONTE

 

Quant à Luciaco et Marcomonte nous en sommes réduits à des conjectures au sujet de leur emplacement. Le nombre des localités

 

 


Valentinianum pariter monachis subrascriptis deputamus, ut et ipse quatuor arpennos vineae colat monachis, et nihil amplius. Uxor sua Subfronia et filios, si habuerint, in libertate permaneant. Basilicae sancti domini Martini dedimus portionem nostram, ex fundo Rofiaco (al. Rosiaco), domum nomine Juliaco (al. Viliaco) cum omni jure suo. Similiter et dono Genuliacum (al. Gemiliacum) cum aedificiis, pratis, silvis et pascuis, vel omni jure suo, sancto Martiali volumus esse donatum; et de Scauriniaco, vineae cultae arpennos quinque, quos Provincianus vinitor colit; et in Negiaco vineae cultae arpennos quos pro oblata nostra donanus, ut servientes sancto Martiali vel matriculae suae per sanctum heredem nostrum accipiant. Area cum domo nostra intramuranea Lemovicinae civitatis, cum ingressu et regressu ejus ba-

 

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actuelles dont le nom pourrait se traduire par Luciacum, sans doute assez considérable dans les deux anciens diocèses ou doivent se circonscrire nos recherches, ceux de Limoges et de Périgueux, mais aucuns de ces Lussac ne se rencontrent dans les environs du territoire fort étendu déjà qui formait le domaine du testateur, aucun non plus ne figure parmi les localités sur lesquelles étaient assis les revenus du chapitre de Saint-Yrieix.

L'attribution de Marcomonte est encore plus difficile à déterminer, car bien peu de noms modernes, dans le Limousin ou le Périgord, correspondent à ce vocable latin. Je ne connais que le Puy de Marmont, domaine dépendant du haras de Pompadour et situé à la porte du Quercy qui puisse représenter avec traduction complète le latin Marcomonte, mais ce hameau dépend d'une paroisse, celle d'Arnac, dans laquelle le chapitre de Saint-Yrieix ne prenait aucune redevance et dans le voisinage, il n'y a aucune localité qui rappelle par son nom le Luciaco que nous cherchons.

La charte du cartulaire de Beaulieu numéro 172 du mois de mai 861 mentionne dans la vicairie d'Espagnac un lieu qui « dicitur Marco sur in alto monte » et une autre localité « in Ciciago, représentée aujourd'hui par Marc-la-Tour, commune du canton de La Roche-Canillac, et par Cissac, hameau de la commune de Saint-Silvain, canton d'Argentat. Mais malgré l'identité presque complète que présentent les noms de ces deux localités avec le Marcomonte et le Siciago du testament de Saint-Yrieix, je ne puis cependant me laisser entrainer par cette similitude de noms. D'abord parce que le chapitre de Saint-Yrieix n'a jamais eu aucune propriété dans ces parages, ensuite parce que ces deux localités sont trop éloignées de toutes celles qui figurent dans le testament de Saint-Yrieix, séparées qu'elles sont d'Yssandon,

 

 


silica tua, sancte Martine, et monachi nostri Attanenses aequali successione possideant. Similiter in Issandone Castro, aream, intramuraneam, cum domo nostra simili aequitate possideant (al. possidete).

Eustriaco portionem nostram Florentiae et filiis suis volumus esse donatam: ut liberi nostri, quorum nomina sunt inferius comprehensa, sub defensione tua, sancte domne Martine, consistant: id est Castorio cum uxore sua Limphasia, Octardo cum uxore sua Exsuperia, Aquilino et Pascentio cum uxoribus eorum et filiis, Malloste cum uxore sua, Antedia cum filio suo, Teotchardo cum uxore sua Gaudiosa, Gariabaudo cum uxore sua, Faustino cum uxore sua Ermentaria, Johanne cum uxore sua et filiis; Marometo cum uxore sua Sanctonidia, Frontuino cum uxore sua et filiis Antonia (al. Antoniae), Nimasio cum uxore sua Maria, Majoriano cum uxore sua Gerontia, Leoneto cum uxore sua Bajala, Basulo cum

 

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le point le plus rapproché, par une distance de plus de 45 kilomètres.

Il faut donc suppléer par des conjectures aux certitudes qui nous manquent et peut-être trouverons-nous ainsi une solution qui présentera des caractères suffisants de probabilité. Le chapitre de Saint-Yrieix nommait en 1605 à la vicairie perpétuelle de Saint-Bonnet-de-Miremont (sancti Bonite de Miramonti) au diocèse de Périgueux (Journal d'Antoine Jarrige), ce Miremont ne pourrait-il pas représenter le Marcomonte du texte latin?

Nous inclinerions d'autant plus vers cette explication que le Miremont que nous avons en vue, hameau de la commune de La Nouaille, département de la Dordogne, se trouve au centre des possessions du chapitre de Saint-Yrieix, près d'un chef lieu de commune dont le nom moderne est Dussac, semble être une altération du latin Luciaco et enfin que ces deux localités placées à la limite du pays vignoble, ont dû vraisemblablement être propre à la culture de la vigne au VIe siècle, à une époque où comme on le sait, la culture de la vigne était presque générale en Limousin et en Périgord.

 

VI

SCAURINIACUM

 

Scauriniacum vero domum nostram quae portio nostra dicitur praeter id quod dedimus, vel id quod vendidimus cum vineis, pratis, silvis et pascuis, medietatem basilica tua, domne Martine, heres instituta recolat, et medietatem monachi nostri Attanenses per te ut habeant humili supplicatione deposcimus.

Scauriniacun est aujourd'hui Chabrignac, chef lieu de commune du canton de Juillac.

 

 


cum uxore sua Avencia, Mauricio cum uxore sua Margaridia, Sanieldo cum uxore sua Marcella, Leontio cum uxore sua Euminia, Urretia, Eulia quam redemimus captivam; Romana cum filiis, filios Burgoneri, Frontasio cum filiis. Hildemodum cum uxore et filiis liberos esse jubemus, cum campellis et vineolis eorum, vel quantumcumque peculiaria habent aut habere potuerint inantea volumus esse concessum, ea tamen conditione ut de campellis vel vineis vendere nec donare habeant potestatem. Proculam et Macedoniam similiter ibidem deservire jubemus, nec non et mancipiola haec et agnitio eorum inferius comprehensa, decernere servi nostri jubemus, Solemio cum uxore sua et filiis, Maurenciano cum uxore sua Valeriana, Aligilio cum uxore sua Basilia, Aliasonio cum uxore sua Florentina, Specio cum uxore sua Eugeria

 

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Jusqu'à la Révolution cette église a été un patronage du chapitre de Saint-Yrieix qui en nomma le curé en 1515, 1530, 1532, 1576, 1693 (Pouillé de Nadaud) et qui percevait des rentes sur les villages de Puysseigeat et la Devigne (podium Sugat et la Davinii dans cette paroisse). Le curé de Chabrignac devait au doyen de Saint-Yrieix, une pension ou redevance annuelle de 60 l. 1 s. d'huile qui fut reconnue au profit du doyen « de Prato retundo, capellanus suae rector ecclesiae parrochialis de Chabriniaco prope Julliacum diocesis Lemovicensis » le 6 mai 1495.

Cart. du doyenné de Saint-Yrieix.

 

VII

ROFIACUM

 

Basllicae sancti domini Martini dedimus portionem nostram ex fundo Rofiaco, domum Domine JULIACO cum omni jure suo.

Des deux localités mentionnées dans cette clause du testament, la première Rofiacum est connue d'une manière précise c'est Rouffiac, commune d'Angoisse (Dordogne), prieuré qui payait une pension ou redevance annuelle de une livre de cire au chapitre de Saint-Yrieix, collateur de ce bénéfice.

Le Pouillé du diocèse de Limoges par l'abbé Nadaud cite parmi les bénéfices dépendant du chapitre de Saint-Yrieix en 1307 Rouffiac et la chapelle de Nantiac et il indique encore ces deux prieurés de Roufiac et Nantiac comme étant à la nomination du même chapitre en 1758. Quant aux livres de recettes du chapitre en 1515, 1516, 1616, ils constatent en ces termes la pension due par l'église de Roufiac:

« Ecclesia de Roffiaco unam libram ceree (registre de 1515, 1516).

 

 


(al. Eugoria), Lupicino cum uxore sua Hoctorecia cum filiis, Francardo cum uxore sua Orogia cum filiis, Amareto cum uxore sua Savina, Frangomere cum uxore sua Leobauda, Partenio cum uxore sua Mariosa, Sonulfo (al. Ranulfum) cum uxore sua Animia et filiis; agnitionem eorum diximus, sed at alignos ex ipsis liberos fecimus; hi vero cum campellis eorum et vineolis, vel quidquid habere videntur aut adhuc venire potuerint, habere decernimus, ita ut singulis annis terna pondo carrae inferant nostro, et singulis mensibus eulogias vicissim ad missas nostras revocent, et inferant in altario quinos argenteos, et donent exenio secundum quod paupertas eorum parare potuerit: nihil amplius ab eis, aut a basilica Sancti Martini, aut a monachis nostris requiratur, quam quod scriptum est implere debeant.

 

― XXXI ―

« Eglise de Rouffiac, 1 livre de cire » (registre des recettes de 1515-1516).

La détermination de la seconde localité, Juliaco, serait plus difficile à établir, si l'on considérait le membre de phrase ou ce nom se trouve comme un complément de la clause principale, en d'autres termes si l'on traduisait: « Nous donnons à la basilique de Saint-Martin notre portion en fonds de Rouffiac, consistant en la maison qui s'appelle Juliaco. »

Dans ce cas il serait impossible de retrouver, comme cela devrait être aux environs de Rouffiac, un lieu dont le nom corresponde au mot latin. Mais nous croyons qu'on doit considérer la seconde partie de la phrase comme indépendante de la première et traduire en conséquence de la manière suivante:

« Nous donnons à la basilique de Saint-Martin notre portion de fonds de Rouffiac [et] la maison qui s'appelle Juliaco. »

Cette interprétation aurait l'avantage de ne pas donner aux fonds de Rouffiac une étendue territoriale par trop considérable.

Mais dans tous les cas, on ne saurait contester que le Julliaco du testament ne soit le Julliac actuel, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Brive.

En effet le chapitre de Saint-Yrieix n'a cessé de percevoir jusqu'à la Révolution des rentes importantes dans cette paroisse de Juillac, sur les villages des Bischières, de Granouiller, de Montcheyrol, de Lescure, de Las Rivalhas et de Bujadas, comme le constate le livre des recettes de 1616. De plus des lettres patentes du régent de France, Philippe, en date du 16 août 1316, constatent que le lieu « dictum vulgariter de Bischieras » était dans le ressort de la juridiction du chapitre. Enfin, le Pouillé de Nadaud nous apprend que le hameau de Bujadas possédait une cure à laquelle le chapitre de Saint-Yrieix avait nommé en 1440 et que ce bénéfice transformé

 

 


Et istos liberos nostros et liberas nostras, quos nobis bonae memoriae genitor noster Jocundus per testamentum suum commendavit, similiter et illos quos pro remedio animae bonae memoriae fratris (al. filii) nostri Eustadii liberos fecimus, tibi, sancte Martine, defensandos commendamus. Et si quis eis amplius, praeter hoc quod eis injunctum est, in quolibet inquietare aut dominare voluerit, tu, sancte Martine, defendas. Nam et mulieres istas, quas inferius adscripsimus, id est Bandonidia (al. Lindonidia) cum filiis suis, Habenda (al. Abenda), Allovera, Fraterna, Amasonia, Artemia, Susanna, Proba, Probatia, Protania ut singulis annis singulos trientes monachis nostris dissolvant, et nullus, eis magis requirere praesumat, ne incurrat quod supra comprehensum est. Caballos et jumenticula nostra, seu vaccas, oves et

 

― XXXII ―

en prieuré ou simple chapelle était encore en 1758 du patronage de notre chapitre. Cette possession séculaire de droits seigneuriaux pris sur les villages qui rayonnent autour de Juillac, la situation de cette localité dans le voisinage des principales propriétés laissées par Saint-Yrieix à son monastère, telle que Louignac, Chabrignac, Yssandon sont des arguments d'une haute portée en faveur de l'attribution que nous proposons.

 

VIII

GENULIACUM

 

Simililer et dono Genuliacum, cum aedifciis, pratis, sylvis et pascuis, vel omni jure suo, Sancti Martiali volumus esse donatum.

Le Pouillé, du diocèse de Limoges indique bien un Genouillac dans l'archiprêtré de Saint-Junien, dont l'église paroissiale était dédiée à saint Martial, et un autre Genouillac dans l'archiprêtré d'Anzème qui possédait une chapelle sous le vocable de saint Martial. Mais aucun de ces bénéfices n'était à la nomination de l'abbé de Saint-Martial et l'un et l'autre sont situés à la limite du diocèse de Limoges, sur des points extrêmement éloignés du domaine de Saint-Yrieix.

Le premier qui était à la nomination du prieur des Salles est aujourd'hui chef-lieu d'une commune de l'arrondissement de Confolens; l'autre qui dépendait de l'abbaye de Déols en Berry est chef-lieu de commune du canton de Chatelus, arrondissement de Boussac (Creuse). Ce n'est donc pas là qu'il faut chercher le Genuliacum du testament.

La localité que nous proposons comme l'équivalent du Genuliacum a le double avantage d'être située dans le voisinage immédiat

 

 


boves, et porcos, lecturia, utensilia per domos, vel quidquid per cellaria aut areas nostras post obitum nostrum invenerit ordinator sancti Martini, medietatem pauperibus eroget, et aliam medietatem monachi nostri supradicti percipiant.

Addimus etiam mancipia quae colonaria appellantur, et, nobis tributaria esse perhibentur (al. debentur); medietas ad basilicam tuam, domne Martine, et alia medietas monachis nostris proficiat, et reddant omnes singulis annis trientes, hoc est: Eulodio cum filiis qui nobis esse debentur, Renchardo cum filiis, Friardo cum filiis, Amandu cum filiis, Gundemero sine (al. cum) filiis, Dominica cum filia; idcirco praefata mancipia his sanctis locis donavimus, ut ipsorum merces nos peccatores (liberet).

 

― XXXIII ―

des possessions les plus nombreuses du chapitre de Saint-Yrieix

et d'être le chef-lieu d'une paroisse dont presque tous les villages étaient tributaires de notre chapitre. Une seule difficulté pourrait nous arrêter, c'est que le nom moderne Jumillac ne correspond pas exactement au Genuliacum latin, mais cette discordance est plutôt apparente que réelle et lorsqu'on sait combien dans les anciens diplômes il est facile de confondre les lettres qui, telles que l'I, l'U, l'M, l'N se composant de jambages uniformes, on doit admettre qu'il est permis de lire Gemiliacum au lieu de Genuliacum. Avec cette légère modification les recherches deviennent faciles.

En effet, la paroisse de Jumillac, dont le chef-lieu n'est qu'à trois lieues de Saint-Yrieix est entourée de toutes parts par d'autres paroisses où le chapitre de Saint-Yrieix percevait de nombreuses redevances comme Saint-Priest-les-Fougères, Chalusset, Saint-Paul-Laroche, Sarrazac, Sarlande et Saint-Yrieix même.

De plus 15 villages de cette paroisse dépendaient de la juridiction du chapitre:

Villanges, Les Vinhas, le Bosc, La Perdicie, Sabloneyras, La Chambareille, Le Puy-les-Fougeras, Lestrade, La Chauselande, La Salesse, Artix, Combas, le Breuil, Costebouille, Fayemendie (livre des recettes 1515-1516).

 

IX

NEGIACUM

 

Et de Scauriniaco, vineae cultae arpennos quinque, quos provinciamus vinitor colit et in Negiaco vineae cultae arpennos quos pro oblata nostra donamus ut servientes sancti Martiali vel matriculae suae per sanctum heredem nostrum accipiant.

Si le rapprochement de ces deux noms Scauriniaco et Negiaco

 

 


Quod unusquisque locus sanctus constitutis ibi habeat ministerium declaratum, rectum duximus inserendum; id est, turres iiij, cooperturiolos olosyricos iij, calices argenteos iiij, duo sunt ansati, comparati solidos xxx, nam ille medianus prae auro fabricatus valet solidos xxx, et ille quartus valet solidos xiij. Patena argentea valens solidos lxxij, coopertoria olosyrica quatuor, unus valet solidos xxx, alius solidus xvj, tertius solidis xv, quartus solidis xlv; duo ex ipsis auro sunt fabricati. Item coopertorium lineum ornatum valentem solidis iiij, pallas corporales iiij, coopertorios olosericos iij, minores v et pallas, tribunalia (al. tribunae) in basilica valentia solidis xij, et alia cotidiana valentia solidis vj, et alia cotidiana quae sunt ante altare valentia solidis v, vela ornata de ostio majore, valentem solidos iij,

 

― XXXIV ―

était une preuve du voisinage de ces deux localités, il faudrait trouver Negiacum aux environs de Chabrignac. Mais nous avons dit à propos de Rofiaco el Juliaco que le testateur ne s'est pas occupé de grouper ensemble les immeubles d'un seul tenant et nous pouvons penser que dans cette clause du testament il en a été de même que dans la précédente, d'autant plus qu'aux environs de Chabrignac il n'y a aucun lieu dont le nom rappelle même de fort loin le vocable latin: Negiaco.

Nous croyons donc possible d'identifier Negiaco en Nazac, hameau de la paroisse de Nantiat (Dordogne), parce que cette paroisse était une de celles ou le chapitre de Saint-Yrieix possédait des rentes (livre des recettes 1616), qu'elle se trouve dans le voisinage de Dussac et de Miremont, enfin qu'elle est située à la frontière du pays vignoble.

Area cum domo nostra intramuranea Lemovicinae civitatis, cum ingressu et regressu ejus, basilica tua, Sante Martine, et monachi nostri Attanenses aequali successione possideant.

Cette maison dut faire partie plus tard de la fondation de l'église de Saint-Michel-de-Pistorie à Limoges, église qui était à la nomination du chapitre de Saint-Yrieix et lui payait une redevance annuelle de 3 l. en argent et 4 l. de cire.

 

 


alio velo de ipso ostio valentem solidos iij. Item velo ad ostium minore valentem solidos ij. Item velo picto valentem solidos v. Similiter in oratorio sancti Hilarii corona cum cruce argentea deaurata cum gemmis pretiosis, plena reliquiis sanctorum domnorum, et suo ornatu, valentem ad aestimationem solidos c, habens corona illa in se pendentes folia ex auro et gemmis facta numero viij, et in illa cruce similes factae duae, et mirmitatae gemma grande circumcirca auro, et subtus crucicula ex auro, et gemmulenas viij, palla, oloserica cum suo ornatu valente solidos xij. Item palla super altariolo sancti Hilarii limita auro, et margaritis fabricata; valente solidos xxx; velola per ipsius oratorii parietes tria, oloserico ornata, valente solidos viij. Item palla super altario domno Hilario cotidiana valente solidos ij. Item velum in domo Hilarii dramiosyrico, valente solidos xl. Item in domno Maximino velola iij; ante altario unus vermiculus valentes solidos ij; et illa alia duo valente solidos iij. Et item palla vermicula in domino Juliano, valente solidum j; palla cotidiana in domno Maximino, oloserico ornata; pallas corporales in domno Hilario, vel velola ad ostia cotidiana. Item ad pallas super sepulcro sancto (al. nostro) oloserica duo, valentes solidos lx. Item pallas super sepulcra quinque Achaïca exornatas, valente solidos xv. Item palla profedala valente solidos ij. Item alia profedata (al. proserica), valente solidum j. Vela ante ipsa sepulcra duo valente solidos v. Haec omnia et ornata sanctorum, vel

 

― XXXV ―

a Ecclesia Sancti-Michaelis de Pistoria, III l. t. et quatuor libras cerae » (livre de recettes, 1515-1516).

Quoique cette église eut été soumise à l'abbaye de Vigeois, c'était le chapitre de Saint-Yrieix qui en avait le patronage. Le 3 novembre 1600, il nommait à cette cure Pierre Baud, prêtre (Reg. de Jarrige).

 

X

ISSANDONE

 

Similiter in Issandone castro aream intramuraneam cum domo nostra simili aequitale possideant.

Ni les pouillés du diocèse de Limoges, ni les livres de recettes du chapitre de Saint-Yrieix ne constatent que le monastère de Saint-Yrieix ait eu depuis le XIVe siècle au moins aucun droit utile ou honorifique sur la paroisse d'Yssandon. Mais cette localité est trop connue; elle figure trop souvent dans les annales du Limousin au moyen-âge, du VIIe au XIIe siècle principalement pour que l'équivoque soit possible. Le château Yssandon du testament est bien Yssandon, chef-lieu de commune du canton d'Ayen. Ce point est la limite extrême du côté du Midi des domaines de l'abbé Yrieix.

 

 


quidquid super sepulchra nostra martyrii Attanensis sanctorum, id est Scipionem diaconem et Aventiolum, quos instituimus ipsis custodiendum et studendum ante sanctos, et domno nobis Nicetio diacono sancti Martini consignavimus simul et de SISCIACO ORATORIO tribunalia duo valentia solides iv, vela ad ostia iij valentia solidos vj, turres, calices, pallas et coopertoria praedictis martyrariis ad custodiendum tradidimus.

Nam et adhuc adjuramus praepositum Sancti Martini et monachos

nostros Attanenses, per corpus et sanguinem Domini nostri Jesu Christi et merita omnium sanctorum, ut in oratorio Sancti Hilarii, in cella mea, quinta feria, omni tempore maturius, matutina et missa sanctorum domnorum a monachis ibidem revocetur. Et lectos (1) sanctorum reparari, cum necesse fuerit jubeatis, hoc est Attano et Sisciaco; admonentes et monachos et liberos et servos et accolas nostros, ut ipsas loca sancta omni tempore sint munita, sicut mos est, hoc videlicet compositum sicut relinquerimus, sic etiam conservetur ut oportet in Domino Jesu Christo: illi vero qui nobis vel monasterio atque congrégationi nostrae deservire noluerint, a rebus omnibus nostris, tam nobis superstitibus, quam post obitum nostrum habeantur extranei.

Attanenses, si, nobis, vivis, monachis nostris Vosidentibus solatis, sicut

 

(1) Nous pensons qu'il faut lire: tectos.

 

― XXXVI ―

XI

EUSTRIACUM

 

Eustriaco portionem nostram Florentiae et filiis suis volumus

esse donatum: ut liberi nostri quorum nomina sunt inferius comprehensa sub defensione tua, sancte domne Martine, consistant.

Rien dans les pouillés du diocèse, dans les livres de recettes du chapitre de Saint-Yrieix, ne vient nous mettre sur la trace de cette localité, dont le nom ne correspond à aucun de ceux qui figurent aujourd'hui dans l'étendue de pays qui renfermait autrefois le domaine de Saint-Yrieix.

Aussi nous avons mieux aimé ne proposer aucune attribution pour ce vocable que d'en présenter une purement hypothétique.

A cette liste de noms de lieux, on peut ajouter quelques articles de plus si l'on regarde comme un codicille authentique de Saint- Yrieix, le legs qui concerne l'abbaye du Vigeois. Mais dans tous les cas lors même que cette partie du testament ne serait qu'une interpolation postérieure, comme ce document n'en remonterait pas moins à une époque très ancienne, nous avons pensé que nous pouvions faire figurer dans notre travail les noms géographiques qui se trouvent dans cette addition d'autant plus que tous peuvent recevoir une attribution certaine.

Dedimus et condonamus Deo et S. Petro apostolo ad monasterio Vosidense apud Lemovices monasterium Sti Michaelis

Eglise Saint-Michel de Pistorie à Limoges.

 

 


placuerit, praebuerint, Fexitoialo portionem nostram et centum arpennos terrae in Sisciaco prona voluntate donamus; six vero renuerint solatia, praebere, quod eis a nobis donatum est, basilicae tuae, Sancte Martine, et monachi Attanenses tibi commendata omnia revoces in perpetuum possidendum.

Quidquid vero in hoc testamento nostro fortasse non comprehensum est, aut ut poni debuit, excessit, si tercula, aut aliqua res mobilis inventa fuerit, ab herede nostro domno Martino omnia sibi vindicanda revocet. Si mancipiola remanserint et inventa fuerint foris testamentum, tam qui chartulas libertatis extenderint, quam qui non habuerint, defensante sancto Martino, in libertate permaneant; et quicumque per chartulas manus nostrae subscriptione firmatas dedimus, omnino valere praecepimus. Si quis autem contra hoc testamentum nostrum venire voluerit, aut aliud quam quod deliberatione nostra ista geritur, ire tentaverit, et hic et in aeternum per virtutes sancti et beati domni Martini sit excom-

 

― XXXVII ―

Ecclesiam Sti Petri de Naves.

                Naves, chef-lieu de commune, canton de Tulle. L'église est placée sous le vocable de saint Pierre.

Et ecclesiam Sti Martini Spartiniaco.

                Espartignac, chef-lieu de commune, canton d'Uzerche. L'église est dédiée à saint Martin.

Et ecclesiam Galli.

                Saint-Gal, chef-lieu de commune, canton de Seilhac.

Et ecclesiam Baissiaco.

                Beyssac, chef-lieu de commune, canton de Lubersac.

Et ecclesiam de Comboliva,

                Chamboulive, chef-lieu de commune, canton de Seilhac.

Si autem monachi Vosidenses monasterii nobis salutia probuerint damus Fexitolato portionem nostram et centum aripentos vinearum et curtim de Sisciaco.

Et mansum de Columbes de Vultuziaco.

                Colombeix, hameau de Voutezac.

Et mansum de Fraorgiis de Alaciaco.

                Lafaurie, hameau de la commune d'Allassac, canton de Donzenac.

 

 


municatus et anathematizatus, et veniat ei illa maledictio quam psalmus continet in Judam Scariotis centesimus octavus. Si quae litteraturae aut caraxaturae inventae fuerint, nos eas fecimus, dum testamentum nostrum saepius relegimus, idque emendare decrevimus.

Aredius in Christi nomine peccator, presbyter, testamentum nostrum scripsi, relegi et subnotavi, die et anno quo supra. Pelagia testamentum nostrum relegi et subscripsi die et anno quo supra. Alstidius rogante domno meo Aredio et Pelagia, testamentum nostrum ab ipsis factum subscripsi. Calpurnius, rogante domno meo Aredio et Pelagia, testamentum hoc subscripsi, die et anno quo supra. Leo, rogatus a domno Aredio et Pelagia, testamentum hoc confirmavi, die et anno quo supra. Nectarius hoc testamentum confirmavi rogante domno Aredio et Pelagia.

 

Sign. † Adelfii subdiacono.

Sign. † Nectarii testis.

 

― XIL ―

Additions à la Géographie du testament de Saint-Yrieix

D'Auguste BOSVIEUX

 

SISCIACUM

 

Nous avons à deux reprises successives parcouru le plateau de Siociac, très élevé et dominant Vigeois. Il a une étendue qui peut être évaluée à environ cent hectares; plusisurs chemins creusés profondément par les siècles, conduisent à une vaste maison nommée Reyrol, autrefois Roairolas. La dite maison couverte d'un lierre plusieurs fois séculaire n'ayant aucune trace d'ancienne cheminée; sous cette maison existe encore un souterrain refuge appelé vulgairement cluzeau dont l'ouverture touche presque l'habitation. Ses habitants depuis plusieurs générations m'ont affirmé qu'avant 1789, tous les dimanches et jour de fêtes, un religieux de l'abbaye de Vigeois venait y célébrer la messe.

On ne cultive que le froment sur tout le plateau de Siociac à l'exception du seigle qui, dans cette partie de la Corrèze, constitue la principale culture des habitants; ce qui confirme d'autant plus l'identification de Bosvieux du Sisciacum du testament d'Aredius.

 

NONNIACUM

 

En 1886, il a été publié par M. Leroux, archiviste de la Haute-Vienne, un recueil de chroniques et mémoires pour servir à l'histoire de la Marche et du Limousin; à la page 47, il se trouve un acte par lequel l'évêque de Limoges ordonne à l'archiprêtre de Lubersac de suspendre l'office divin dans les églises d'Ayen, de Noniac et d'Yssandon (vers 1147).

 

― XL ―

Dans ce mandement en latin, l'évêque de Limoges cite la paroisse de Noniac, évidemment le Nonniacam du testament d'Aredius et actuellement Loignac, placé dans le voisinage d'Ayen et d'Yssandon: ce qui donne une preuve de plus aux arguments de Bosvieux.

Dans le volume précité, aucune note additionnelle ne donne à Nonniacum l'identification avec Louignac.

 

LUCIACO, MARCOMONTE

 

Bosvieux éprouvait des doutes sur l'identification qu'il proposait de Luciacum avec Dussac. Remarquons, en effet, que le Luciaco-Marcomonte du testament, n'a qu'une seule indication de revenus: vineis, c'est-à-dire vignoble. Or, Dussac, canton de La Nouaille est situé en plein terrain granitique, c'est-à-dire tout à fait impropre à la culture de la vigne. Au contraire, la commune de Lissac, canton de Larche, que nous proposons, est dominée par un très haut plateau, couvert d'un important vignoble.

On y voyait encore avant le phyloxéra des ceps de vigne énormes et plus que séculaires. Ce plateau porte le nom de Puy de Mirmont. Dans les périodes mérovingienne et carolingienne, l'on constate souvent la permutation de l'U en I et réciproquement. Dans le cartulaire de Brioude, publié par M. Chasseing, juge au tribunal du Puy, on en trouve la preuve. Ainsi la commune de Lisseuil, arrondissement de Brioude, dans une charte de 1136, est mentionnée: Luciole. De même celle de Lussat, arrondissement de Clermont-Ferrand, est nommée dans le même cartulaire: Lipsac ou Lipssac.

Ajoutons une donation faite par Etienne et Ildéadis au monastère de Saint-Martin-de-Tulle, de trois mas dans la paroisse de Lissac, vicairie de Cousages, parochia Liciaco, vicaria Cosatico,

 

SCAURINIACUM

 

Actuellement Chabrignac, commune de l'arrondissement de Brive, aucun doute ne saurait subsister à cet effet, d'après les titres cités par Bosvieux. Nous n'ajoutons qu'une seule chose, c'est que la vigne paraît y avoir été la culture dominante comme à Luciaco et Marcomonte qui précèdent.

 

― XLI ―

NEGIACUM

 

En effet, le village de Negiacum actuellement Nazac, répond bien aux énonciations du testament. Nous avons visité en personne ce village placé sur un très haut plateau dominant le bourg de Nanthiat, le sol est d'un calcaire argileux très propre à la culture de la vigne. Au moment de notre visite (il y a de cela plus de dix ans), le terrain était couvert presque exclusivement d'un magnifique vignoble. D'après ce que nous ont dit les habitants du pays, la culture de la vigne remontait à la plus haute antiquité et y avait toujours été connue; ils ajoutèrent qu'à côté du village se trouvait une très ancienne chapelle où, avant 1789, on disait la messe tous les dimanches et jours de fêtes.

 

ISSANDONE CASTRO

 

Le pays d'Yssandon (1) avait autrefois une grande renommée pour la qualité de ses vins. On y décrouvre encore des ruines très importantes appelées par les habitants de la contrée: « les Tours d'Yssandon. »

Placé sur un terrain très élevé et dominant tout le voisinage, l'espace couvert par les ruines a une forme très allongée dont une des pointes, tournée vers le Sud, porte le nom significatif de: CHALARD, c'est-à-dire château, où se voit encore de nombreux débris de bâtiments, tombes en pierre, etc., etc. On découvre aux environs d'Yssandon des silos, des traces d'antiques murailles, etc.

Quand Clovis acheva la conquête de la Gaule en 507, les armées Franques et Bourguignonnes se rencontrèrent au pied des remparts d'une ville importante nommée par les historiens du temps: Idunum. M. Kurth, le récent historien de Clovis, n'a pu donner aucune idenfication de ce nom, nous pensons qu'il faut lire Yssandunum. Selon une habitude ancienne des vieux feudistes, le nom a été écrit avec une abréviation.

Du reste le Castrum d'Yssandon eut à subir au moyen âge de nouveaux sièges; il fut, avec Uxellodunum, l'un des derniers foyers, l'un des derniers remparts de l'indépendance gauloise.

 

(1) In pago Exandoniense (Voir charte XLI, page 27.)

 

― XLII ―

En 767, Pépin revenant d'Italie en fit le siège. Aujourd'hui toute trace de ville y a disparu; c'est à peine si l'on y trouve quelques ruines et une église dédiée à Saint-Hippolyte.

 

EUSTRIACUM

 

Eustriacum peut-être Estresses, comme nous l'avons dit plus haut, où l'on aperçoit les ruines considérables d'un Castrum du moyen âge. Dans une charte d'Adémar, vicomte de Limoges, 1092-1110 (charte CI, page 59), un village nommé Estrechers est donné à l'abbaye de Vigeois. Peut-être pourrait-on y trouver l'Eustriacum du testament de Saint-Yrieix?

 

― XLIII ―

SECOND TESTAMENT DE SAINT YRIEIX

 

Intercalé au verso du f° 72, entre les Chartes datées de 1093 et 1124 pages 95 et suiv. du présent ouvrage

 

Ce second testament de saint Yrieix, que par opposition au premier, le seul authentique, nous pourrions appeler le petit testament, est évidemment l'oeuvre d'un faussaire, autrement dit une interpolation. Nous allons le prouver par différentes observations. S'en suit-il qu'il ne contienne aucune trace de vérité? A la fin de nos recherches, nous constaterons avec Pardessus que d'une oeuvre fausse peut bien jaillir une étincelle de vérité.

Notre première observation est celle-ci: comment se fait-il que l'acte lui-même porte cette date précise: 572, la onzième année du règne du roi Sigebert? Evidemment, un tel acte ainsi daté et de cette importance devait figurer en tête du cartulaire de Vigeois, dont les actes les plus anciens sont du règne du roi Lothaire (954-986), et non pas être placé au milieu du cartulaire, à la suite de chartes datant approximativement de 1092 et 1124.

La seconde est celle-ci: au VIe siècle, les églises destinées au service du culte, à de très rares exceptions près, ne portaient que des noms à désinences latines. Nous en avons un exemple dans le grand testament de saint Yrieix; les deux oratoires fondés par lui se nomment Attanum et Sisciacum. Ce ne fut que quelques siècles plus tard, aux XIe et XIIe siècles, que les églises commencèrent à être baptisées du nom des saints dont elles possédaient des reliques.

Comme on peut le remarquer dans la transcription du second testament, que nous ne ferons pas ici, renvoyant aux pages 95 et suivantes du présent ouvrage, presque tous les lieux prétendument donnés par saint Yrieix portent les noms des saints auxquels ils étaient dédiés: Saint-Martin-d'Espartignac, Saint-Pierre-de- Naves, Saint-Gall, etc., etc.

La troisième observation porte sur des faits plus graves encore que les deux précédentes. Le folio 72 du cartulaire original a sa partie supérieure très régulièrement coupée par un instrument

 

― XLIV ―

tranchant. Cette coupure est placée directement au-dessus de la première ligne, où commence la transcription du testament.

Chose digne de remarque, les mots mêmes d'Aredius et de Genitrix ont été en partie effacés, ne laissant subsister du nom d'Aredius que les trois dernières lettres ius, et de Genitrix, qui s'applique évidemment à Pélagie, sa mère, les lettres Gé, les six dernières, nitrix, étant effacées.

Ces diverses circonstances ne font-elles pas supposer qu'en tête de l'acte en question devait figurer un passage racontant les conditions qui avaient amené les religieux de Vigeois à placer dans leur carlulaire à une date aussi erronée le titre de leur fondation. Plus tard, reconnaissant probablement la fraude commise, ils voulurent en faire disparaître les traces, d'où la coupure signalée plus haut. Elle remontait probablement à une époque reculée; car aucune des copies du cartulaire antérieures à 1789, qui sont à la Bibliothèque nationale, et citées dans notre avant-propos, ne nous donnent connaissance du texte primitif ainsi mutilé.

Nous allons essayer de découvrir les origines de cette interpolation.

Vers 1082, nous raconte le prieur de Vigeois, le monastère devint la proie d'un incendie considérable. Rien ne put échapper; tout fut brûlé: les ornements du culte, les livres et les privilèges, comme le constate expressément le chroniqueur.

Pendant trente ans, de 1096 à 1124, trois chartes de notre cartulaire établissent des donations importantes faites à Vigeois pour la reconstruction de l'abbaye, ad opus monasterii.

Cette reconstruction avait été dirigée par Gérald de Lestrade et Rainald de Roffignac, qui l'avait terminée. Ce dernier mourut le 3 avril 1124 et fut remplacé par Adémar, appartenant à la grande famille de Bré, selon certains auteurs. Son abbatiat dura quarante ans (1124-1164), et l'on peut dire qu'il fut rempli de bonnes oeuvres. Nous pouvons lui attribuer la reconstitution du cartulaire de Vigeois, dont les principales chartes avaient du disparaître dans le grand incendie de 1082, comme le dit la chronique du prieur Geoffroy de Brolh.

A ce moment, l'on dut chercher à établir les origines du monastère et les preuves de sa fondation par saint Yrieix.

Trois grandes autorités viennent à l'appui de cette tradition.

La première est celle de l'unique historien de ces temps reculés, Geoffroy, prieur de Vigeois, qui, en constatant l'incendie de 1082, atteste que le monastère avait été édifié par saint Yrieix.

La seconde émane du plus puissant seigneur du pays, Bernard, vicomte de Comborn, qui, dans une charte datée de circa 1096

 

― XLV ―

(charte 169, p. 127), confirme la donation du village de Comlumbesse que saint Yrieix avait faite au monastère.

La troisième, c'est Eustorgius, évêque de Limoges, qui, accompagné de ses archidiacres, de l'avis et du consentement de trois des plus importants abbés du Limousin: Saint-Augustin, Saint-Yrieix et Le Dorat, confirme à Vigeois la donation de Saint-Martin d'Espartignac, que sanctissimus Aredius condam donaverat sancto Petro Vosiensi.

Ces traditions avaient certainement leur origine basée sur le grand testament d'Arédius mentionnant les oratoires d'Attanum et et de Sisciacum fondés par lui, affectant un certain nombre d'objets religieux destinés au service du culte dans ces deux églises; et, chose importante à noter, tandis qu'Arédius partage ses bienfaits entre le monastère de Saint-Martin de Tours et le futur monastère d'Attanum, il donne l'oratoire de Sisciacum à Saint-Martin seulement, ne le soumettant nullement à Attanum, lui donnant ainsi une vie propre et indépendante.

Comment Adémar n'aurait-il pas tenté de donner un corps solide à toutes ces traditions? L'on peut facilement supposer qu'un de ses religieux, et peut-être lui-même, se rendit à Saint-Martin de Tours, visita ses archives, y retrouva un dernier testament d'Arédius qu'il avait dû faire après la rédaction du premier, c'est-à-dire peu de temps avant sa mort, survenue le 24 août 591, comme l'atteste Grégoire de Tours. L'on sait combien les anciennes abbayes étaient jalouses de leurs privilèges, surtout quand il s'agissait de l'origine de leurs propriétés. Dans ces circonstances, le religieux de Vigeois ne put qu'à grand peine obtenir quelques renseignements à ce sujet. On lui laissa probablement lire le grand testament d'Arédius, publié plus tard par Ruinart, Mabillon et Labbe, mais on ne lui en laissa pas prendre copie. Il vit peut-être aussi le codicille qu'avait dû faire saint Yrieix peu de temps avant sa mort, afin d'assurer les moyens d'existence des religieux de l'oratoire de Sisciacum, comme près de vingt ans auparavant il avait fait pour Attanum.

De retour dans son monastère, tous ces faits furent constatés au folio 72 du cartulaire de Vigeois; certaines mentions devaient précéder l'acte principal, quelque temps après on dut les faire disparaître. C'est ce qui nous explique la coupure intentionnellement faite à la partie supérieure de ce folio.

Après avoir ainsi résumé les arguments pouvant s'élever pour et contre l'authenticité du second testament d'Arédius, il ne nous reste plus qu'à tirer la conclusion que Pardessus lui-même nous donne sur des actes de ce genre:

 

― XLVI ―

« Divers motifs ont porté à fabriquer des chartes fausses.

Il y en a un que la simplicité des anciens temps doit faire pardonner peut-être: c'est le besoin de renouveler les originaux en partie détruits par l'injure des temps ou par quelque accident particulier. On s'est cru alors permis de transcrire, avec autant de fidélité qu'il était possible, ce qui en subsistait, et de suppléer le reste en employant les formules d'usage. Ces pièces, ainsi restaurées d'autorité privée, sont fausses sans contredit, quand elles n'auraient d'autre vice que d'être annoncées pour originales; et les tribunaux doivent les rejeter. Mais l'historien peut y chercher le vrai si, malgré quelques caractères intrinsèques qui décèlent la restauration, elles paraissent avoir été, en grande partie, copiées d'après les originaux mutilés, et si, d'ailleurs, rien n'y contredit les faits connus et constants.

Un autre motif de faire de faux actes a été de réparer la perte de ceux qui avaient été détruits par les guerres, les incendies ou d'autres malheurs. On les fabriquait alors d'après les traditions conservées dans la mémoire ou consignées dans les anciennes chroniques. Ce n'était point pour envahir le bien d'autrui ou pour conserver des possessions injustes, mais pour défendre ou recouvrer des droits légitimes. On ne peut se dispenser de les mettre au nombre des pièces fausses; mais, au moins, on y trouve les secours que fournissent, pour la recherche de la vérité, d'anciennes traditions recueillies de bonne foi (1). »

On dirait ces paroles écrites pour l'objet qui nous occupe. Nous n'avons pas ici seulement la tradition attestée par deux importantes chartes émanant des deux plus grandes autorités du pays, l'évêque de Limoges et le vicomte de Comborn; mais aussi le témoignage d'un historien, Geoffroy de Brolh, prieur de Vigeois. Cette tradition devait remonter à la plus haute antiquité et avait pour base certaine le grand testament de 572, où Arédius constatait l'existence des deux oratoires d'Attanum et de Sisciacum, fondés par lui.

Depuis le VIe siècle, combien d'événements étaient survenus!

Destruction probable de Sisciacum par les Normands au IXe siècle, comme l'avait été Solignac et tant d'autres monastères du Limousin; le nouvel établissement des religieux, à Vigeois, probablement avant le Xe siècle; enfin l'incendie de 1082, qui avait détruit le monastère et n'avait rien épargné, ni bâtiments, ni ornements, ni livres, ni privilèges.

 

(1) Diplomata, Chartae, Epistolae, Leges ad res Gallo-Francicas, etc, etc., par MM. de Bréquigny et la Porte du Theil, éditées par J.-M. Pardessus. ― Paris, Imprimerie royale, 1843, t. Ier, Introduction Pardessus.

 

― XLVII ―

Dans le grand testament de saint Yrieix, le seul authentiquement reconnu par les Bénédictins Labbe, Mabillon, Ruinart, et enfin Pardessus, l'on remarque, placée tout à fait à la fln de cet acte, une clause qui paraît absolument copiée sur le testament du cartulaire de Vigeois dont nous venons de démontrer la fausseté:

(F.B. dans le document dgitalisés, deux lignes et demie sont barrées et remplacées par une note manuscrite)

Attanenses, si nobis vivis monachis nostris Vosidentibus solatia, sicut placuerit praebuerint Fexitoialo portionem nostram et centum arpennos terrae in Sisciaco.

Rapprochons les termes de cette clause, mise ainsi à une place

inaccoutumée, avec le commencement du testament d'Arédius donnant à Saint-Martin: portionem nostram de agro Sisciacenci silicet domus et oratorium. Ne voit-on pas là une véritable redite?

Arédius aurait donc donné deux fois la même chose, la première fois tout ce qu'il possédait à Sisciacum: les champs, les édifices, enfin l'oratoire, et il répète en quelque sorte, dans les mêmes termes, une seconde donation à Vigeois: Portionnem nostram et centum aripennos vinearum et curtim de Sisciaco. Comment se fait-il que le cartulaire (testament), évidemment l'oeuvre d'un faussaire, comme nous l'avons établi plus haut, soit pour ainsi dire copié textuellement par le grand testament, bien authentique celui-là, dans sa partie principale: Si autem monachii Vosidiensis monasterii nobis solatia praebuerint.

Evidemment, cette clause provenant du faux testament du cartulaire a été ajoutée subrepticement à une date postérieure au XIIe siècle sur un manuscrit ancien faisant partie des archives de Saint- Martin-de-Tours. Ce manuscrit devait contenir une ancienne copie du testament original d'Arédius. Très souvent il s'était élevé des difficultés pour l'interprétation des clauses de ce testament, ces difficultés avaient amené de nombreux procès entre le chapitre de Saint-Yrieix et d'autres monastères qui prétendaient avoir les mêmes droits. Nous avons dit précédemment qu'à la fin du XVIIIe siècle, le parlement de Bordeaux avait déclaré faux le testament de Saint-Yrieix produit devant lui, à cause d'une simple erreur de date.

On le voit, le même faussaire qui avait créé de toute pièce le testament du cartulaire (pages 95 et suivantes) et cela au commencement du XIIe siècle, a pu avec la même habileté introduire dans le grand testament la clause en question qui constitue une véritable interpolation. Résumons nous: la fameuse clause: solatia praebuerint est absolument controuvée dans les deux testaments; le grand et le petit; il ne reste plus qu'à rechercher si les conditions exigées par Pardessus peuvent s'appliquer au cas actuel. Si, en un

 

― XLVIII ―

mot, tout en considérant comme faux le petit testament du cartulaire, on ne peut y trouver des traces de vérité.

Entre 572 et 591, date de la mort de Saint-Yrieix par Grégoire de Tours, dix-neuf années s'étaient écoulées. Dans ce long espace de temps, Arédius qui avait pris toutes les précautions nécessaires pour assurer l'existence d'Attanum, dut en agir de même pour Sisciacum. Ce second testament a dû disparaître et Vosias, qui avait remplacé Sisciacum, se crut autorisé à suppléer à la disparition de ce document par tous les moyens en son pouvoir.

Au XIIe siècle c'était assez l'usage dans un certain nombre de monastères.

Ne voyons nous pas Uzerche placer en tête de son cartulaire les fables les plus mensongères, le transport à Uzerche de l'évêché de Limoges, le siège de cette ville par les Sarrasins, siège qui, comme celui de Troie, avait duré dix ans. Concluons donc, avec Pardessus et adoptant ses raisons, que l'on peut tirer d'un acte faux en lui-même des marques de vérité; qu'il a dû exister un second testament d'Arédius, assurant à l'oratoire de Sisciacum des moyens d'existence, testament qui par suite de l'âge reculé des temps, des guerres survenues, des pillages des Normands, des incendies si fréquents à ces époques, avait dû disparaître.

Grégoire de Tours avait connu intimement Arédius, il l'avait vu fréquemment venir en pélerinage à Saint-Martin-de-Tours; il a raconté de fréquents épisodes de sa vie et en annonçant sa mort qui eut lieu, le 24 août 591, ― il dit expressément qu'avant de mourir, il avait pris ses dernières dispositions: Testamentum conditum.

Grégoire de Tours pouvait-il faire allusion par ces mots à un premier testament d'Arédius, fait dix-neuf ans auparavant, en 572?

Evidemment, il faisait allusion à un second testament fait peu de temps avant sa mort.

Ce second testament a disparu. Il devait renfermer des dons de propriétés en faveur de Sisciacum.

Tout cela nous fait comprendre la tradition constante de plusieurs siècles attribuant au monastère de Vosias, qui avait dû remplacer l'oratoire de Sisciac comme disparu, les nombreux domaines que nous avons vus mentionnés dans le faux testament du cartulaire de Vigeois.

 

― XLIX ―

LE TESTAMENT DE ST-YRIEIX

d'après la traduction de M. l'abbé Arbellot

 

En 1875 parut dans le Bulletin de la Société archéologique du Limousin, t. XXIII, pp. 174 à 193, une traduction du testament de saint Yrieix par M. l'abbé Arbellot. Ce travail offrait d'assez grandes difficultés, par suite des recherches nécessaires pour l'identification d'un certain nombre de localités à désinences latines et remontant à l'époque mérovingienne, soit à cause de locutions de très basse latinité.

Quant aux identifications, elles sont à peu près toutes erronées. On doit s'étonner de voir le savant auteur, dans un travail imprimé en 1875, ignorer complètement le remarquable travail d'Auguste Bosvieux, sur le même sujet, faisant partie des archives départementales de la Haute-Vienne, et qui leur a été donné en 1871, après sa mort.

Au commencement de cette introduction (p. XXIII à XXXVI), nous avons reproduit textuellement le travail de Bosvieux. Nous n'y reviendrons pas. Qu'il nous suffise de signaler les graves erreurs d'identification suivantes:

GRISIENSIS est désigné par l'abbé Arbellot comme étant le village de Gris, actuellement commune de Saint-Paul-d'Eyjeaux, canton de Pierrebuffière, arrondissement de Limoges;

SISCIACUM, toujours d'après le même auteur, serait Quinsac, village de la commune de Saint-Yrieix(?);

GENULIACUM, pour Genouillac, canton de Châtelus, arrondissement de Boussac (Creuse);

LUCIACO-MARCOMONTE, deux localités évidemment très proches, ont été prises pour Lussas, chef-lieu de commune de l'arrondissement de Nontron (Dordogne), et Marthon, canton de Montbron, arrondissement d'Angoulême (Charente), c'est-à-dire deux lieux éloignés de plus de 40 kilomètres l'un de l'autre;

ROFIACUM a été pris pour Rosier dans le canton de Juillac (Corrèze);

 

― L ―

NONIACUM, pour Saint Julien-le-Vendômois, canton de Lubersac (Corrèze).

Nous terminerons par la Cellam Sancti Medardi (quas sub Gaudomaro sita esse videtur), que M. l'abbé Arbellot traduit ainsi: Notre monastère dédié en l'honneur de saint Médard, qui est placé sous la direction de Gaudomar.

Dans une note au bas de la traduction, l'abbé Arbellot semble critiquer l'ouvrage de M. Deloche: Géographie du Limousin au IXe siècle, où cet auteur a pris ce Gaudomar pour un nom de lieu!...

Nous n'insisterons pas. Bosvieux, enfant de Saint-Yrieix, qui connaissait admirablement les environs de sa ville natale, ne devait pas se tromper sur la véritable situation de Gandumas, lieu fort ancien placé au dessus de la vallée où se trouve Saint-Médard. Nous pouvons ajouter ce dernier renseignement: « Il y a quelques années, on a trouvé dans cette commune des restes de murailles vitrifiées absolument semblables à celles du Puy-de-Gaudy près Guéret (Creuse). » (Bull. de la Soc. arch. du Périgord).

Voici les identifications de M. Arbellot terminées. Examinons maintenant sa traduction.

La donation de la maison paternelle d'Arédius, située dans la Cité de Limoges, est formulée en ces termes: « Area cum domo nostra intramuranea Lemovicinae civitatis, cum ingressu et regressu ejus. »

L'abbé Arbellot traduit: « Notre enclos et notre maison qui sont dans les murs de la Cité de Limoges, avec le vestibule et l'arrière-cour. »

Nous ne pouvons admettre cette traduction des mots ingressu et regressu par ceux du vestibule et d'arrière-cour. Nous pensons qu'ils signifient plutôt l'entrée et la sortie.

Un peu plus loin, à la donation faite à saint Martial de Genuliacum (Jumilliac-le-Grand), nous lisons: « Similiter et dono Genuliacum cum aedificiis... sancto Martiali volumus esse donatum.... ut SERVIENTES sancto Martiali vel matriculae suae per sanctum heredem nostrum accipiant. »

L'abbé Arbellot traduit ainsi: « Semblablement, nous voulons que Genouillac avec ses bâtiments soit donné à saint Martial... afin que les moines qui servent saint Martial ou son église-mère les reçoivent par notre saint héritier. »

Nous ne pensons pas que l'on puisse traduire les mots: servientes sancto Martiali par ceux ci: « les moines de saint Martial »; ni ceux: vel matriculae suae, par « son église-mère ».

 

― LI ―

Au VIe siècle, le tombeau de saint Martial était gardé par un certain nombre de serviteurs (servientes); suae matriculae ne peut être traduit par « son église-mère »; nous pensons plutôt que matriculae signifie ici l'association des religieux qui gardaient le tombeau de saint Martial. Arédius, dans toutes ses dispositions testamentaires, est toujours dominé par la pensée qu'il pourrait s'élever quelques difficultés sur l'exécution de ses dernières volontés, de là cette double désignation, et des servientes sancto Martiali, et, à leur défaut, de l'association religieuse qui les remplacerait.

Mais une traduction faite par l'abbé Arbellot, en ce qui concerne l'oratoire de Sisciacum, a une toute autre importance et mérite d'être signalée à part.

Voici, en effet, comment parle Arédius au commencement de son testament, à la suite de la donation de Grisiensis:

« Portionem nostram de agro Sisciaciensi, hoc est, domus et Oratorium reliquis aedificiis, agris, silvis, pratis, pascuis et areolis, cum omni jure suo, sicut a nobis praesenti tempore possidetur, tua sancta basilica, domne Martine, sed et commendati monachi Attanenses, quos sub tuo patrocinio vivere sancimus, et qualiter Deum propitium habeatis, et mancipiola vobis ex ipso fundo Sisciacum tibi, Domne Martine, atque tuis monachis condonavimus, quod est ad partem basilicae tuae, aratores iij, Parnimium, Talasium et Claudium. »

M. l'abbé Arbeilot traduit ainsi: « Quant à notre portion du champ de Sisciac, c'est-à-dire la maison et l'oratoire avec les autres bâtiment, champs, bois, prés, pacages, airages, en un mot avec tous ses droits, comme nous la possédons présentement, qu'elle soit possédée par votre sainte basilique, ô saint Martin, et par nos moines d'Attanum qui vivent, d'après notre règlement, sous votre patronage, de telle sorte que Dieu nous soit propice. Pour ce qui est des serfs de ce domaine de Sisciac, nous les avons donnés, ô saint Martin, à vous et à vos moines. Dans la part de votre basilique sont trois laboureurs: Parminius, Talaise et Claudius. »

Nous ne partageons pas l'opinion adoptée par M. l'abbé Arbellot dans sa traduction de cette partie très importante du testament d'Arédius. D'après lui, l'oratoire de Sisciacum aurait été donné et à saint Martin et aux moines d'Attanum. Ceci est en contradiction manifeste avec les autres parties du testament où il est question de Sisciacum. Nous voyons toujours ce dernier oratoire avoir son existence propre, avec description des objets mobiliers destinés au culte dans cette église. A la fin de son testament, Arédius fait une recommandation spéciale aux moines de saint Martin d'avoir à en-

 

― LII ―

tretenir et à réparer les toitures recouvrant les églises de Sisciacum et d'Attanum. « Et tectos sanctorum reparari, cum necesse fuerit jubentis hoc est Attano et Sisciaco. »

De plus, si l'oratoire de Sisciac avait été donné aux moines d'Attanum par Arédius, Bosvieux n'aurait pas manqué de trouver dans les registres des recettes du chapitre de Saint-Yrieix quelque chose à ce sujet, comme il l'a si heureusement établi pour Grisiensis, Noniacam, Genuliacum, Negiacum, etc. Or, il n'en est rien.

Nous pensons qu'il faut plutôt traduire ainsi cette partie du testament:

« Nous donnons à la basilique, ô saint Martin, notre portion du champ de Sisciacum, c'est-à-dire la maison et l'oratoire avec tous les édifices qui en dépendent, les champs, les bois, les prés, les pacages et les enclos, avec tous ses droits, comme nous les possédons nous-mêmes, afin que vous ayez pour recommander, (commendati) les moines d'Attanum que nous avons placés sous votre patronage. »

De plus, on doit remarquer, dans chacune des donations faites par Arédius qui précède celle de Sisciacum, ou celle de Scaurignacum, qui la suit, le testateur, a soin de stipuler qu'il donne medietatem, c'est-à-dire la moitié, à saint Martin, aliam vero medietatem à Attanum. Or, en ce qui concerne Sisciacum, rien de semblable.

Après avoir relevé les quelques erreurs de M. l'abbé Arbellot pour l'identificalion des noms de lieux et quelques fautes de traduction, qu'il nous soit permis de rendre hommage au travail d'ensemble accompli par cet auteur. Il y faut surtout remarquer avec quel soin il a traduit les noms d'un grand nombre d'objets religieux destinés au service du culte, soit dans l'oratoire d'Attanum, soit dans celui de Sisciacum. Parmi ces objets, décrits par Arédius avec le plus grand soin, et même estimés à leur juste valeur, l'on doit remarquer: « Corona cum cruce argentea deaurata cum gemmis pretiosis, plena reliquiis sanctorum domnorum, et suo ornatu, valentem ad [nostram] aestimationem solides C, habens corona illa in se pendentes folia ex auro et gemmis facta numero viij, et in illa cruce similes factae duae, et mirmitatae gemma grande circumcirca auro, et subtus crucicula ex auro, et gemmulenas viij. »

M. Arbellot traduit ainsi: « Une couronne avec une croix, faite d'argent doré, enrichie de pierres précieuses, pleine de reliques des saints, et son ornement valant, selon estimation, cent sous, cette couronne pendent des feuilles d'or semées de pierreries, au nombre de huit; et dans cette croic sont deux autres croix semblables, émaillées, et [au milieu] une grande pierre précieuse en-

 

― LIII ―

vironnée d'or, et au-dessous une petite croix ornée de huit pierreries. »

En lisant cette description, on ne peut s'empêcher de comparer cette couronne avec celles de Guarrazar, du Musée de Cluny, décrites en 1860 par M. de Lasteyrie (1). Ce dernier, décrit avec le plus grand soin la couronne du roi goth Reccesvinthus, décédé en 672.

Il est facile de constater la ressemblance entre la couronne d'argent doré du temps d'Arédius et celles de Guarrazar. Ce sont absolument les mêmes pierreries qui ornent les deux, couronnes; au bas de chacune d'elles se trouve suspendue une croix d'or enrichie elle-même de pierres précieuses.

Comment M. l'abbé Arbellot pouvait-il ignorer ces détails (car il n'en dit mot dans son travail), alors qu'il écrivait en 1875 et que le trésor est à Cluny depuis 1860? Si l'abbé Arbellot a ignoré l'existence des couronnes de Guarrazar, du Musée de Cluny, pourtant si connues, en revanche dans une note accompagnant sa traduction, page 187, il nous cite Anastase le bibliothécaire, biographe du pape Léon III et Martinelli, Primo Trofeo della santa croce.

D'autres parties du même testament nous offrent des documents précieux sur ce qu'était la vie agricole en Limousin au VIe siècle. Arédius y constate l'affranchissement d'un certain nombre de serfs par Jocundus, son père. Ces colons, appelés par le testateur colonaria, auxquels certaines terres avaient été remises sans pouvoir les vendre et moyennant une très faible redevance, nous paraissent avoir été les prédécesseurs des colliberts.

Nous nous y arrêterons davantage à l'article concernant ces derniers.

 

(1) Voici le titre exact du savant travail du comte de Lasteyrie: Description du tréor de Guarrazar, accompagnée de recherches sur toutes les questions archéologiques qui s'y rattachent. ― Paris, in-4° de 37 pages, accompagnées de cinq planches en couleurs et d'un grand nombre de dessins dans le texte.

 

― LIV ―

LE LIMOUSIN AUX CROISADES

d'après le Cartulaire

 

 

 

I. ― Croisés limousins ignorés jusqu'à ce jour dont la présence est constatée à la première Croisade (1096-1099):

 

Bernardus de Bré, unus ex Brennensium principibus

(Charte LXXXVI, p. 81).

Wido de Bré

(Charte CXIII, p. 67 et suivantes)

Petrus, princeps Petra Bufferia .

― ―

Petrus de Afriac.:

― ―

Ademarus de Gaeta

― ―

Jordanus de Brol

― ―

 

II. ― Croisés limousins à la seconde Croisade (1147-1149):

 

Petrus de Bré et Willelmus Hoto, son frère (Charte CCCXVI, p. 213).

Bernardus del Domno et Fulcherius, son fils (Charte CCLXXXIV, p. 191).

 

III. ― Croisés limousins entre la première et la seconde Croisade:

 

Petrus de Noaliis (Charte CCXI, p. 155).

Ademarus, Doitrannus, Arbertus et Wido de Charrieras vont combattre les Maures en Espagne (Charte CCIII, p. 151).

 

IV. ― Pèlerin limousin antérieur à la première Croisade:

 

Guillelmus de Sadran (Charte V, p. 4, 1031-1060).

 

Gesta Dei per Francos

(faits et gestes de Dieu par les Francs)

 

Jamais titre ne fut mieux justifié.

La Croisade à son début et à sa fin fut, on peut le dire, uniquement l'oeuvre des Francs.

 

― LV ―

La première prêchée par deux Francs, le pape Urbain II et Pierre l'Hermite, commandée par deux grands chefs Francs, Godefroy de Bouillon et Hugues Legrand, comte de Vermandois, frère du roi de France. Ce sont également des historiens tous Francs d'origine, qui ont raconté les exploits accomplis en Terre Sainte par l'armée des croisés pour conquérir Jérusalem et le tombeau du Sauveur.

La dernière fut également composée uniquement de Francs, commandée par notre grand et bon roi Saint-Louis, mort sous les murs de Carthage.

L'élan fut admirable dans toutes nos provinces et parliculièrement dans celles du nord et du centre de la France. Comment en aurait-il été autrement? Le pape Urbain II, en personne, à la suite du Concile de Clermont qu'il venait de présider (1095), suivi de sa Cour pontificale, traversa le Limousin dans toute sa longueur, bénissant et consacrant les églises, s'arrêtant à Uzerche et Limoges où il célébra les fêtes de Noël. Le prieur de Vigeois, dans sa chronique, et l'historien Bosvieux, dans la vie du bienheureux Geoffroy du Chalard, constatent avec quel enthousiasme les habitants de la province prirent les armes et se croisèrent en masse.

Plusieurs chartes de notre Cartulaire rendent compte de donations considérables faites au monastère de Vigeois par des croisés limousins au moment de leur départ pour la Terre Sainte. Citons notamment celle où Wido de Bré (unus ex Brennensium principibus) 1096 (Charte CXIII, p. 67) fait la longue énumération de toutes les terres qu'il donne, en disant expressément qu'elles sont faites in opere monasterii.

Quelques années auparavant (1082) l'abbaye avait été entièrement détruite par un incendie considérable qui n'avait rien épargné, ni les bàtiments, ni les ornements, ni les livres, ni les privilèges du monastère.

Cette charte très longue est une véritable page d'histoire. Wido de Bré a bien soin de stipuler la nullité de toutes ces donations dans le cas où sa fille, fiancée à Olivier de Las Tours, aurait des enfants. Il mourut à Laodicée (ubi defunctus Deo largiente requiescit) sans être parvenu au Saint-Sépulcre, et avant d'expirer il renouvelle ses dernières volontés en présence d'un certain nombre de croisés limousins: Pierre, prince de Pierrebuffière, Afriac, Gaeta et Brol.

Plusieurs autres chartes émanant de membres de la même famille existent à notre Cartulaire. Citons la dernière datée de l'année 1147 (voir au bas de la page 214 pour la date certaine de la charte).

 

― LVI ―

Petrus de Bré et Willelmus Hoto, son frère, au moment d'aller rejoindre l'armée de Louis-le-Jeune, font des donations importantes au monastère: pro emendatione maleficiorum qui huic monasterius fecimus; c'est-à-dire, pour racheter tout le mal qu'ils avaient fait au monastère de Vigeois.

Ce grand nom des seigneurs et princes de Bré a depuis longtemps disparu et notre cartulaire est le seul document historique qui les fasse revivre.

Turenne et Las Tours sont mentionnés par tous les historiens de la première Croisade comme ayant accompli de nombreux exploits devant Jérusalem. Longtemps, on avait ignoré la prolongation de leur existence après leur retour de la Terre Sainte. Trois chartes les concernant nous apprennent qu'ils vivaient encore après 1099.

La première charte concernant Turenne (CXC, p. 145, 1111, 1124) se terminant par ces mots:

« ...Hoc autem donum scitote per octum Philippo regnante rege Francorum et sanctissimo domini nostri Ihesu Christi sepulcro jam ab infidelium potestate erupto fidelium que Christianorum dominatione eo dominante. »

On ne peut s'empêcher d'éprouver une véritahle émotion en lisant ce touchant souvenir d'un des héros de la première Croisade.

Le même vicomte de Turenne vivait encore vingt ans plus tard comme nous le dit la seconde charte (CCLIII, p. 174), entre les années 1124-1137.

La troisième concerne Gouffier de Las Tours, Golferius a Turribus, qui le premier planta la croix sur les remparts de Marraches, comme Raimbaud Créton, sire d'Estourmel, devait le faire plus tard sur les murs de Jérusalem. On connaissait jusqu'à ce jour peu de chose sur ce croisé depuis son retour de Palestine; la charte CLIV, p. 98, constate son existence en 1110.

Dans l'intervalle qui s'écoula entre la première et la seconde Croisade (1099 et 1147), c'est-à-dire près d'un demi-siècle, le Limousin ne resta point étranger aux pélerinages. La charte CCXI, p. 155, que Techener, dans son Catalogue de la bibliothèque du château de Mouchy, place entre les années 1111 et 1124, nous fait connaitre Petrus de Noaliis, « Pierre de Noaile », partant pour Jérusalem. Nous avons déjà dit dans notre Avant-Propos que ce fut grâce à ce nom que notre cartulaire fut sauvé.

La charte CCXX, p. 159, cite quatre chevaliers du château de Comborn, milites Combornenses, Ademarus, Doitrannus, Arbertus et Wido de Charreiras, se rendant en Espagne vers l'année 1111, afin d'y combattre les Maures. Ces sortes de croisades étaient assez

 

― LVII ―

fréquentes au XIIe siècle, le voyage en Espagne étant moins coûteux et moins périlleux que celui de la Palestine.

Les chevaliers limousins, au retour de leurs expéditions en Orient, rapportèrent de nombreux objets de piété, débris de la vraie Croix, etc, que les orfèvres de Limoges renfermèrent dans des reliquaires splendides. Nous ne citerons pas ici les noms de toutes les églises de cette province enrichies de ces merveilles en émaux champlevés et cloisonnés qui ont fait connaitre dans le monde entier à quel degré de perfection était parvenu l'art limousin.

Lors de l'inauguration des salles du Musée de Versailles consacrées aux Croisades, une singulière discussion s'éleva entre les écrivains s'étant occupés de nos expéditions en Orient. Une curieuse découverte venait d'être faite: il surgissait tout à coup un grand nombre d'obligations contractées par des croisés à des banquiers génois au moment de leur départ pour la Terre Sainte. Ces pièces, au nombre de plusieurs mille, étaient pour la plupart revêtues de leurs sceaux.

On a donné à ces titres le nom de « Collection Courtois ». Ces documents faisaient connaitre des noms restés jusqu'à ce jour inconnus de tous les historiens de nos diverses croisades. Quelle foi pouvait-on y ajouter? Ce qui pouvait rendre leur origine suspecte, c'est que plusieurs de ces titres portaient réunis dans le même texte les noms et les blasons de familles françaises encore existantes (1).

Or, M. Lainé, généalogiste bien connu, très autorisé en ces matières, soutint qu'il était impossible d'admettre un tel état de choses.

Il citait à l'appui de sa thèse plusieurs cartulaires de nos anciennes provinces, où des noms de familles de chevalerie étaient mentionnés. D'après Lainé, tous ces noms étaient éteints à de très rares exceptions près, Le cartulaire de Vigeois vient donner à cette théorie le plus complet démenti.

En effet, nombre de familles dont les noms figurent à notre Cartulaire sont encore existantes. Il nous suffira de nommer: Corbier, Cosnac, Lubersac, Noailles, Pérusse, Robert de Saint-Jal, Roffignac, Saint-Exupéry, Salignac et Vascignac; nous n'ajouterons rien à ces preuves.

En terminant, nous ne pouvons résister à l'envie de citer l'opinion d'un écrivain étranger sur la part prépondérante prise par la race franque dans les diverses Croisades.

 

(1) Notices sur quelques anciens titres, suivies de considérations sur la salle des Croisades, au Musée de Vertailles, par le comte de Delley de Blancmesnil. ― Paris, 1866, in-4°.

 

― LVIII ―

M. Godefroid Kurth, professeur à l'Université de Liège, dans son histoire de Clovis (1) s'exprime ainsi:

« La Croisade fut par excellence l'oeuvre des Francs, et l'histoire leur a rendu justice en plaçant deux de leurs princes sur les trônes de l'Orient: Godefroy de Bouillon à Jérusalem et Baudoin de Flandre à Constantinople (2).

« Grand par l'épée, le génie franc a été grand aussi par la pensée. Il a créé la scolastique, cette vigoureuse méthode d'éducation de l'esprit moderne; l'art ogival, qui a semé de chefs-d'oeuvre le sol de l'Occident; l'épopée carolingienne, plus haute dans son inspiration et plus parfaite dans sa forme que le chef d'oeuvre d'Homére.

Après quatorze siècles d'une vitalité incomparable, il n'y a point encore défailli: il brûle sous la cendre des révolutions, il reste plein de chaleur et de vie, et quand on y porte la main, on sent palpiter l'âme du monde! »

Nous n'ajouterons rien à ces lignes écrites par un étranger, qui sont le plus bel hommage rendu à la race franque et au rôle accompli par elle dans le monde entier.

 

V. ― Liste alphabétique des Croisés limousins, dont les blasons figurent dans les salles du Musée de Versailles

 

Authier (Guillaume du)... 1248

Authier (Raoul du)... 1248

Boisse (André de)... 1248

Bonneval (Guillaume de)... 1248

Boysseulh (Géraud de)... 1190

Carbonnières (Hugues de)... 1248

Corn (Sanchon de)... 1248

Cosnac (Elie de)... 1190

Coustin (Robert de)... 1248

David (Bernard de)... 1248

Gain (Adémar de)... 1248

Gimel (Pierre de)... 1252

Goulfier de las Tours... 1248

Lasieyrie (Pierre de)... 1248

Lubersac (Geoffroy seigr de)... 1202

Lur (Jean de)... 1191

Monstiers (François des)... 1249

Noailles (Pierre de)... 1111-1124

Pérusse (Arduin) ... 1248

Roffignac (Robert de)... 1119

Turenne (Raymond, vte de)... 1096

Vascinac (Raymond de)... 1191

 

(Cette liste est extraite du livre de Delley de Blancmesnil, déjà cité).

 

(1) Clovis, par Godefroy Kurth. ― Tours. 1896.

(2) Le savant professeur belge aurait pu ajouter à ces deux noms ceux de Lusignan, roi de Chypre; Villeharduin, maréchal de Romanie; les comtes d'Edesse, Brienne, Courtenay, issus de la maison de France et empereurs de Constantinople, etc.

 

― LIX ―

Eglise abbatiale de Vigeois

Actuellement paroissiale

 

L'incendie du monastère en 1082; sa reconstruction entre les années 1096-1124, sont constatés par trois chartes du cartulaire; donations faites à ce sujet, in opere monasterii, par Wido de Bré, unus ex Brennensium principibus, Agnès de Comborn, femme de Pierre de Bré, et Ugo Ladens, chevalier du château de Comborn (Chart. XXIII, p. 67 et suiv.; chart. XXXIX, p. 85).

Comme tous les monastères remontant à une origine très reculée l'église de Vigeois a subi divers remaniements. Ce que l'on voit encore permet de deviner ce qu'elle a dû être. Comme presque toutes les églises de cette partie méridionale du Limousin, son style est de pur roman. Elle avait autrefois une nef principale avec deux bas côtés.

Nous empruntons au Bulletin monumental, publié sous les auspices de la Société d'archéologie (Paris, 1890), la description suivante (1):

« L'église de Vigeois présente à l'intérieur un aspect plus clair et moins sévère que les autres églises de la contrée. Sa large nef couverte maintenant d'une voûte en berceau, remplace les trois nefs primitives. Sur une longue nef transversale s'ouvre le choeur en hémicycle, large de 13 mètres comme la nef; magnifiquement éclairé par trois chapelles en absides, séparées par des fenêtres percées à la base d'un rang de très petites fenêtres.

Le plan actuel a été obtenu, comme à Saint-Angel, par la suppression d'un rond-point de colonnes et des quatre piliers qui soutenaient la coupole centrale. Les trois absides et les fenêtres entre elles s'ouvraient sur un déambulatoire tournant autour d'un rond-point de colonnes. On s'en rend compte surtout à l'extérieur en voyant que les petites fenêtres, à la base de la voûte en calotte, sont percées dans un surhaussement du mur du choeur, et que ce

 

(1) M. de Dion, archéologue bien connu, est le signataire de cet article.

 

― LX ―

mur dépasse le niveau de celui de la nef transversale, ce qui n'existait certainement pas à l'origine ».

Et un peu plus loin: « Le choeur de l'église, réuni tout entier sous une seule voûte, présente un air de grandeur, malgré ses dimensions restreintes ».

Nons pouvons ajouter qu'à la principale porte d'entrée se trouvent placées deux statues, très mutilées, représentant saint Pierre et saint Paul.

Il y a quelques années, des travaux de déblaiements faits à l'extérieur de l'église, à côté d'un if monumuntal et séculaire, firent découvrir les tombes de plusieurs religieux du monastère. Parmi elles, il s'en trouvait une ayant encore les débris en cuivre émaillé d'un bâton pastoral. Les inventeurs nous ont affirmé qu'il était autrefois surmonté d'un oiseau en guise de poignée. Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu retrouver aucune trace de cet objet. Mais ce que nous pouvons affirmer, parce que nous l'avons eu pendant quelque temps entre nos mains, c'est un objet arrondi en cuivre, autour duquel sont gravés ces mots: Onus Honoris.

Et sur un autre objet, également en cuivre émaillé bleu qui parait avoir été le support d'une crosse abbatiale, était cette inscription en caractères du XIIe siècle:

 

Studeat Abbas plus amari quant timeri

 

Nous pensons qu'on peut appeler cet objet, soit crosse abbatiale, soit Thau, ayant autrefois appartenu à un abbé du monastère de Vigeois, vivant au XIIe siècle. On pourrait l'attribuer, peut-être, à Adémar, abbé de Vigeois pendant quarante ans (1134-1164). Ce fut certainement lui qui prescrivit la reconstitution du cartulaire tel que nous le possédons aujourd'hui. D'après l'opinion de M. Léopold Delisle, administrateur de la Bibliothèque nationale, ce manuscrit serait tout entier du XIIe siècle. Les e cédillés que l'on y rencontre fréquemment et que nous avons eu soin de faire reproduire par l'imprimeur, en seraient la preuve la plus manifeste.

Trois chartes du carlulaire nous autorisent à fixer la date de la reconstruction de l'église actuelle. En 1082, écrit le prieur de Vigeois, le monasière fut totalement détruit par un incendie. Rien ne put être sauvé, ni les ornements, ni les livres, pas même les privilèges du monastère.

En 1096, Wido de Bré, au moment de partir pour la Croisade (ch. CXIII, p. 67 et suiv.), fait de nombreuses donations a Vigeois; il a bien soin de libérer les conlibertos et conlibertas qui habi-

 

― LXI ―

taient ses domaines. Il termine enfin en stipulant expressément que toutes ces donations sont faites pour la reconstruction du monastère, ad opus monasterii.

A peu près vers la même époque, Agnès de Comborn, soeur du vicomte Archambaud, et femme de Pierre de Bré, dans la charte CXIII, p. 67 et suiv., fait également, dans le même but, d'importantes donations.

Enfin, Hugo Ladens, chevalier du château de Comborn, dans une charte que l'on peut dater 1111 à 1124, est le bienfaiteur de l'abbaye, toujours dans le même but, in opere monasterii.

On le voit par les dates de ces trois chartes, la reconstruction de l'abbaye de Vigeois dura environ trente ans.

 

― LXII ―

Fondation de l'Eglise et du bourg de Corbier (1096),

des églises de Haute-Faye, de Bracchar et de Burc.

Eglises converties en fiefs: Espartignac et Chamboulive.

 

A la fin du XIe siècle, les seigneurs s'efforcèrent d'attirer des habitants dans leurs terres presque désertes. Ils construisirent des églises, fournirent le terrain, donnèrent gratuitement des emplacements assez considérables aux futurs habitants pour y bâtir leurs maisons. C'est ainsi que nous voyons, entre les années 1073-1080, Guy de Corbier donner au monastère de Vigeois l'églige et le bourg de Corbier, encore à l'état de projet. Quelque temps plus tard, jour de la bénédiction de cette église, le même Guy de Corbier (in die benedictionis) donne cinq deniers pro filiatione.

A peu près vers la même époque, Pierre de Pierrebuffière, l'un des plus hauts barons du pays, dont les descendants s'intitulèrent les premiers barons chrétiens du Limousin, disputant ce titre aux Lastours, donne à Vigeois son domaine d'Haute Faye, ubi ecclesia edificanda erat. Cette église devint plus tard une des prévôtés du monastère; elle subsista jusqu'en 1789; toute trace en a disparu aujourd'hui.

Bracchar, actuellement Saint-Nicolas de Braccha (1), fut également construite dans le même temps par une dame dont nous ignorons le nom, mais qui était seigneuresse d'Allassac. Cette église existe encore à l'état d'annexe de la paroisse d'Allassac.

Enfin, l'église de Burc, aujourd'hui disparue, fut fondée dans les mêmes conditions.

Ces quatre églises, données à Vigeois par les seigneurs aussitôt après leur fondation et même quelquefois avant leur édification (ubi ecclesia edificanda erat), indiquent bien la pensée de leurs créateurs: attirer dans des contrées à peu près désertes des habitants, y assurer le service divin en les confiant à un ordre religieux qui était proche. (V. charte VI, p. 6.)

Il faut remarquer dans la troisième donation, faite, croit-on, par Agnès de Bré, soeur du vicomte de Comborn, les mots: fiscum sacerdocii, que nous pouvons considérer comme absolument synonymes de ceux de fevum presbiterii que nous rencontrerons plus loin aux chartes concernant Espartignac, donné par saint Yrieix à Vigeois en 572.

Il est curieux de constater les progrès sans cesse grandissants de la féodalité au XIe siècle, convertissant en fiefs même les choses les plus sacrées: les revenus d'une église, enterrements, baptê-

 

(1) Comme on le voit ici, aux XIe et XIIe siècles, les églises n'étaient pas encore connues sous les noms des saints auxquelles elles étaient dédiées. Ce ne fut que beaucoup plus tard que cette chapelle ou église fut dédiée à saint Nicolas.

 

― LXIII ―

mes, mariages et même, manu attrectatio, c'est-à-dire l'attouchement des reliques par la main des fidèles.

Trois Chartes concernant l'église de Saint-Martin d'Espartignac, près d'Uzerche, portent textuellement ces mots: fevum presbiterii. Cette préoccupation des moines de Vigeois pour affirmer leur droit de propriété sur l'église de Saint-Martin-d'Espartignac nous est encore confirmée par la charte CXLVII, page 93 du Cartulaire. Nous y voyons Helias d'Ayen donner à Vigeois, en présence de Bernard, vicomte de Comborn: totum quod habeo in fevo presbiterii ecclesie Spartiniaco et quod habeo in mansum appellatum Diaconi et in stagnum aque qui est juxta ipsum mansum (Diaconi).

Il résulte encore des termes de cette charte, datée entre les années 1111, 1118, qu'Helie d'Ayen avait donné en fief des terres dépendant du fief presbytéral d'Espartignac. « Si fevales mei qui in fevo istius ecclesie aut in isto manso (Diaconi) aliquid, de me fevaliter habent, si sancto Petro aliquid dare voluerint, aut monachi ullo modo adquirere potuerint donum et placitum que ipsi fecerint, ego concedo permanendum. »

Nous avons cité textuellement les termes de cet acte qui nous font bien connaitre les débuts du régime féodal en Limousin.

L'église d'Espartignac, qu'Arédius (1) avait donnée à Vigeois en 572, donation confirmée en 1111 par Eustorge, évêque de Limoges, avait dû subir entre ces deux époques bien des changements. L'église était restée probablement sans pasteur et avait été convertie en un véritable fief par les ancêtres d'Helias d'Ayen, sinon par Helias d'Ayen lui-même. Le mas du diacre, c'est-à-dire le domaine destiné à subvenir aux besoins du prêtre, avait été érigé en fief à son tour; Helias d'Ayen ou ses prédécesseurs avaient inféodé ces deux fiefs à des habitants du pays.

A peu près vers la même époque, nous voyons une des églises les plus importantes du diocèse de Limoges, Camboliva, chef-lieu d'une vicairie et du pagus Cambolivensi, également érigée en fief presbytéral, possédée en partie par Pierre de Terrasson et donnée à Vigeois. En voici les termes: « Partem meam de fevo presbiterii, de ecclesia de Camboliva que ad me pertinet, quolibet modo habeo ex integre dimitto et I mansum. » (Voir charte LVI, page 34, 1098-1100).

On le voit par ces deux exemples, les églises elles-mêmes n'échappaient pas à la loi commune qui érigeait en fief toutes choses, même celles consacrées à Dieu.

 

(1) Il est bien entendu que le second testament d'Arédius, inséré aux pages 95 et suivantes du Cartulaire, est une interpollation, autrement dit, l'oeuvre d'un faussaire. Mais, comme le dit très bien Bosvieux, un acte remontant au XIIe siècle et supposé vrai par les contemporains a une certaine valeur.

 

― LXIV ―

Prénoms, noms et surnoms principalement usités

au cartulaire

 

I. Prénoms, noms et surnoms d'hommes

 

Voici la nomenclalure exacte des prénoms les plus employés.

L'on sera étonné de voir le prénom de Geraldus le plus généralement usité et celui de Petrus, cependant patron du monastère, venir qu'après lui (1):

 

Geraldus

77 fois

 

Imone

3 fois

Petrus

67 ―

 

Tetgerius

3 ―

Stephanus

26 ―

 

Almavinus

2 ―

Rotbertus

25 ―

 

Bolandus

2 ―

Ugo

22 ―

 

Engalvinus

2 ―

Gauzbertus

18 ―

 

Gaucelmus

2 ―

Joannes

18 ―

 

Otto

2 ―

Ramnulfus

15 ―

 

Radulfus

2 ―

Rainaldus

15 ―

 

Rigaldus

2 ―

Arcambaldus

15 ―

 

Umbertus

2 ―

Gauzfridus

11 ―

 

Adazius

1 ―

Ademarus

8 ―

 

Aimericus

1 ―

Wido

8 ―

 

Alboinus

1 ―

Ebulus

7 ―

 

Amardus

1 ―

Willelmus

7 ―

 

Amblardus

1 ―

Aldebertus

6 ―

 

Artemandus

1 ―

Boso

5 ―

 

Boxitus

1 ―

Rotgerius

5 ―

 

Cabols

1 ―

Galterius

4 ―

 

Ermenonus

1 ―

Guillelmus

4 ―

 

Ermenricus

1 ―

Aenricus

3 ―

 

Doitranus

1 ―

Aeustorgius

3 ―

 

Donadeus

1 ―

Asterius

3 ―

 

Duitranus

1 ―

Columbrinus

3 ―

 

Duranus

1 ―

Constantinus

3 ―

 

Fulcaldus

1 ―

Deusde

3 ―

 

Fulcherius

1 ―

Gosbertus

3 ―

 

Garnerius

1 ―

 

(1) Saint-Gérauld, seigneur d'Aurillac, avait souvent traversé le Limousin pour se rendre en pélerinage au tombeau de Saint-Martial. Geoffroy, prieur de Vigeois, dans sa chronique en parle à diverses reprises. De là nous en concluons la popularité si grande de ce saint en Limousin.

 

― LXV ―

Gibrardus

1 fois

 

Odo

1 ―

Golferius

1 ―

 

Raimundus

l ―

Helias

1 ―

 

Raterius

1 ―

Iterius

1 ―

 

Solius

1 ―

Martinus

1 ―

 

Umbaldus

1 ―

 

Ces vingt-huit derniers noms mentionnés seulement une fois.

On pourra remarquer non sans un certain étonnement que les prénoms de Martialis, d'Aredius et de Leonardus ne figurent jamais au cartulaire; ainsi que plus tard, aux prénoms de femmes, nous ne verrons figurer celui de Maria.

Faut-il en conclure que c'est par respect pour trois des saints les plus vénérés en Limousin qu'ils n'ont pas été employés? La même pensée de respect religieux paraît avoir inspiré la même abstention pour le nom de Maria, la mère du Sauveur.

Quant aux surnoms ils sont assez rares; c'est à peine si dans les 341 chartes du Cartulaire nous les rencontrons: Iratus, Tortus, Forma Dei (1), Bonus-Homo, Malamantia (2), etc., etc. Nous renvoyons à la table générale de la fin du volume pour quelques autres qui ne nous ont pas frappé.

 

II. ― Prénoms de femmes

 

Pour les prénoms de femmes nous sommes surtout frappé de la douceur des noms qui vont suivre:

 

Agnès

3 fois.

 

Margarita

1 ―

Aina.

1 ―

 

Millisendis

1 ―

Alaidis

1 ―

 

Nevera

1 ―

Almos

1 ―

 

Oda

4 ―

Almodis

1 ―

 

Pelagia

1 ―

Alpaïdis

1 ―

 

Peitavina

1 ―

Audiardis

1 ―

 

Petronilla

4 ―

Belieldis

1 ―

 

Rafaïs

1 ―

Berniardis

3 ―

 

Ragenberga

1 ―

Brunissen

1 ―

 

Raguiberga

1 ―

Emma

1 ―

 

Rainavida

1 ―

Engalsias

1 ―

 

Restibiria

1 ―

Ermengardis

1 ―

 

Richildis

1 ―

Fulchelli

1 ―

 

Rixoeu

1 ―

Gauzberga

1 ―

 

Solitia

1 ―

Girberga

1 ―

 

Stephana

5 ―

Guarnida

1 ―

 

Stevena

1 ―

Guarsenda

1 ―

 

Umberga

1 ―

Ildeardis

3 ―

 

Vierna

1 ―

Karisma

1 ―

 

 

 

 

(1) Ce singulier surnom, semblable à Dieu, est porté par Bernardus de Vilavallis, vivant entre les années 1124 et 1137.

(2) Malamantia, mauvaises menaces, qui est devenu Malmanche, nom d'une ancienne rue de Limoges.

 

― LXVI ―

Nous répèterons à la suite de ces noms la même observation faite à la suite des prénoms d'hommes: le nom de Maria qui est devenu de nos jours si fréquent n'apparaît jamais. Et ceci remonte à la plus haute antiquité, car dans le testament d'Aredius, daté en 572, nous ne voyons jamais le prénom de Maria.

 

III. ― Noms patronimiques

L'hérédité des noms patronimiques ne parait pas encore se faire sentir dans les plus anciennes chartes du Cartulaire. Cependant on commence à la voir se produire dans quelques rares chartes l'une notamment concernant les familles Ladens, Pérusse et surtout Roffignac. Citons notamment la charte concernant les Roffignac, charte XXV, page 18, ou Alaidis, mère de Rainald de Roffignac qui devint plus tard abbé du monastère, fait une donation confirmé par ses deux fils Ugo et Petrus Roffiniaci.

Citons encore la charte CLIX, page 106. où nous voyons le nom de Ugo s'affirmer comme nom patronimique, et la charte CCXLII, page 170, concerne également la même famille.

Voir à la table ces divers noms et les chartes qui les concernent.

Nous pouvons encore citer Bertrannus Laporta faisant des donations, confirmées par son frère Wido Laporta (charte CCCXXXVII, page 224).

Nous terminons enfin par la famille de Charreiras, dont le nom patronimique s'affirme comme héréditaire pendant plusieurs générations.

Les Charreiras étaient des chevaliers du château de Comborn, milites Combornenses.

Amelius de Carreiras ou Carrieris dont le nom est devenu plus tard Charriéras, fait entrer son fils Pierre comme moine à Vigeois. Il avait quatre autres enfants, issus de son mariage avec Almodis: Ademarus, Doitranus. Arbertus et Wido. Trois chartes les concernant prouvent l'hérédité du nom patronimique.

 

― LXVII ―

Prior, Armarius, Cellararius, Secretarius Grammaticus

 

Après les titres d'Abbas et de Prior (1) viennent ceux: d'Armarius, Cellararius et Secretarius.

Armarius. ― Aucun doute ne peut s'élever sur sa signification. C'est le bibliothécaire de l'abbaye, Custos librorum, le gardien des livres. Ce titre était souvent adjoint à celui de Cantor, chantre. Nous ne voyons ce dernier apparaître dans aucune charte.

Cellararius. ― Celui qui était préposé aux fournitures nécessaires à la subsistance des religieux: le pain, le vin, etc., etc.

Secretarius. ― Ce dernier titre est assez fréquemment usité; Raynald de Roffignac, plus tard abbé de Vigeois (1111-1121), est cité dans plusieurs chartes comme revêtu de cet office.

Grammaticus. ― La charte CXVIII, page 72, que l'on peut dater entre les années 1111 et 1113, nous apprend qu'outre les dignités de Prior, Armarius, Cellararius et Secretarius, il existait encore au monastère celle de Grammaticus. Dans cette charte, nous voyons une donation importante de la terre de Bouchiat par un Peirusse, en présence de nombreux témoins, parmi lesquels Pierre Béchade, abbé d'Uzerche (1110-1113); Audebert Grimoard, qui fut son successeur (1113), et Gérald, Vicarius de Celom. Nous constatons la présence d'un moine du nom de Wilhelmus, Grammaticus. Nous pouvons traduire ce surnom par le titre de Magister scholarum, maître d'école, autrement dit le religieux chargé d'instruire les enfants. Ainsi, l'on voit dès le commencement du XIIe siècle les moines de Vigeois soucieux d'instruire les enfants des familles groupées autour du monastère.

Ceci nous prouve combien les attaques qui ont été portées contre l'Eglise, accusée de favoriser l'ignorance, sont démenties par les faits (2).

 

(1) Ce titre, rendu célèbre par Geoffroy de Brol, prieur de Vigeois, n'apparait que très rarement et pour ainsi dire exceptionnellement dans le cartulaire.

(2) Voir à l'avant-propos ce qui a été dit à ce sujet au moment de la suppression des offices claustraux en 1744.

 

― LXVIII ―

Le Jongleur de Septers

JOCULARE DE SEPTEM PIROS

 

La charte CLXXXIX, page 145, nous fait connaitre une profession qui, dans la patrie des troubadours, n'a pas lieu de nous étonner. C'est cependant l'unique fois où nous la rencontrons. La charte peut être datée de 1092 à 1110, et s'il faut ajouter foi à l'opinion de l'un de nos plus éminents confrères de la Société historique et archéologique du Limousin, M. Clément-Simon, ce serait le plus ancien document authentique constatant l'existence des jongleurs au moyen Age. L'on peut deviner, du reste, de quel estime était entourée cette profession, puisque Petrus Joculare de Septem Piros assiste comme témoin à une importante donation faite au monastère en présence de l'abbé de Vigeois, Pierre, et de son juge Gualterius (Gualterio bajulo suo).

 

(1) Le village de Septers fait aujourd'hui partie de la commune de Saint-Martin-Sepert, canton de Lubersac, arrondissement de Brive. Il est aussi important, comme population, que le chef-lieu de la commune.

 

― LXIX ―

Quelques usages particuliers relatifs à Vigeois

 

Une charte très intéressante (charte LXXIX, page 46) nous fait connaitre un fait curieux. Bernardus, vicarius de Aient, donne au monastère sa borderie Tenius de Solec, actuellement Soulet, village de la commune d'Ayen: Pro matre sua quam monacham fieri fecit in monasterio Viosiensi. La vicairie d'Ayen était dans le haut moyen âge une justice très importante qui s'étendait sur plusieurs paroisses et était du domaine des vicomtes de Limoges. A la fin du XVIe siècle, Ayen fut donné par Henri IV à la maison de Noailles, qui obtint plus tard son érection en duché pairie.

L'usage d'installer dans certains monastères des femmes, avec le titre de Monacha, parait avoir été suivi assez fréquemment aux XIe et XIIe siècles. Ou en reconnut plus tard les graves inconvénients et cette coutume tomba en désuétude.

Fevum, fevalis, feudum, blestam, ces mots reviennent fréquemment dans diverses chartes. Non seulement les hommes, mais encore les femmes font des donations au monastère de propriétés allodiales qu'elles possèdaient à titre personnel et en leur nom seul. Ainsi la charte XLI, page 27, nous donne un exemple touchant de la reconnaissance d'une ancienne servante pour sa maîtresse, que nous avons déjà cité.

La charte n° 1 nous cite encore une donation faite par une simple femme, nommée Garsenda, de tout ce qui lui appartient en propre, sans aucune réserve.

Enfin la charte XXXVI, page 24, nous montre Ermengarde donnant de nombreux biens à l'abbaye en déclarant expressément que tous (cum suis appendiciis) lui appartiennent (totum ab integra).

La charte CLIX, page 106, nous fait connaitre un singulier usage, peut-être unique:

« Rainaldus Ugo et uxor sua Alaidis et frater ejus Petrus Ugo... condonaverunt se ad sepulturam in eodem monasterio et ad monachilem habitum quando eis voluntas fuerit et propter hoc, ut firma promissio esset, accepit domus abbas Rainaldus de capite Ugonis Rainaldi blestam. » Cette clause, d'une mèche de cheveux donnée en

 

― LXX ―

garantie d'une promesse d'entrée en religion, apparut si singulière à Ducange qu'il l'a rapportée toute entière dans son Glossaire, au mot Blesta (1).

Les bons religieux de Vigeois savaient, quand ils recevaient un don, en témoigner leur reconnaissance suivant la qualité du bienfaiteur ou de la bienfaitrice.

Ainsi à une noble dame, Alaidis de Roffignac, ils donnent un écheveau de soie (schellam de seda).

A un puissant seigneur, comme Pierre, prince de Pierre Buffière, en retour de ses bienfaits ils offrent une mule (unam mulam brunam).

C'est ce même prince de Pierre Buffière mentionné au chapitre XXXVIII de la Chronique de Geoffroy, prieur de Vigeois, qui, au retour d'un pèlerinage à l'abbaye de Charroux, fut attaqué par Adhémar, vicomte de Limoges, et gravement blessé.

 

(1) On connait les relations intimes de Ducange avec Baluze. C'est très certainement ce dernier qui l'a fait connaitre à son ami. Le cartulaire d'Aureil nous donne aussi un usage presque identique. Seulement, il ne s'agit plus des cheveux, mais de la barbe. (Voir note 2 de la charte CLIX, page 106).

 

― LXXI ―

ALODUM

 

Dans l'ancien droit français, le mot alleu avait une signification bien nettement déterminée: c'était la propriété foncière d'un domaine exempt de toutes redevances, droits seigneuriaux, cens, décimes, en un mot libre de toutes charges.

Ces alleus, qu'on rencontre fréquemment dans le haut moyen-âge, existaient surtout dans les provinces méridionales. On ne peut s'expliquer comment ils avaient pu échapper à la conquête des peuples successivement les maîtres de la Gaule: conquête romaine, invasion des barbares. Vandales, Wisigoths. enfin Francs.

Dans les plus anciennes chartes de notre cartulaire, notamment celles datées du roi Robert (1001 à 1031), nous voyons Robert de Sadran faire des dons considérables aux monastères en spécifiant que les biens ainsi donnés sont de alodo suo.

Remarquons que l'acte est fait en présence des plus puissants seigneurs du pays: Ebulus, vicomte de Comborn, Geraldus de Roffignac, Frodinus de la Porcherie (Porcaria), Pierre de Poenciac, Odo d'Espeiruc, qui, en assistant à cette donation et en la signant, reconnaissaient le droit d'alleu de Robert de Sadran.

La seconde, datée de 1082-1086, constate la donation faite par Stephanus Mito de ce qu'il possède à Javaudes « que est alodum meum ».

La troisième, ayant date certaine, 1092, établit les donations faites par Geraldus Boto: « Partem meam de alodo de la Boaria.» Et plus loin, dans le même acte: « Et pignus quod habeo in alodo Johanne Colombrino et de sorore ejus. »

Enfin, la quatrième donation est celle de Galterius de Varez (1092-1097), qui donne: sex denarios in alodo de Chabans.

A partir de 1100, nous voyons le mot alleu peu à peu disparaître. Le nom semble oublié, mais la chose existait encore, même vers la fin du XIIe siècle.

Un autre exemple, tiré des chartes concernant la famille des chevaliers de Charrieras, appelés quelquefois aussi Carriéris, fera bien comprendre la transition qui s'opéra au milieu du XIIe siècle entre l'alleu proprement dit et le fief qui lui succéda (chartes CCCIII et CCCV).

Dans la première (CCCIII, p. 202), Amélius de Charreiras avec le consentement de sa femme et de ses quatre fils, donne à Vigeois une terre importante faisant partie de son alleu: « unum mansum de alodo meo ». Et, chose à noter, cet alleu, nommé Alquer, est placé « super castrum de Comborn », c'est-à-dire au-dessus du château de Comborn et le dominant. Ce qui prouve la complète indé-

 

― LXXII ―

pendance de cet alleu d'Amélius, c'est que, dans l'acte, il n'est nullement question du consentement du vicomte de Comborn. Quelques années plus lard, Amélius de Charrieras et sa femme Alodis étaient décédés.

La charte CCCV, p. 204, constate une donation faite par ses quatre fils, Ademarus, Doitrannus, Arbertus et Wido, de sex sextarios frumento, duos in molendino, qui est subtus castrum de Comborn, c'est-à-dire six setiers de froment, dont deux dans le moulin placé sous le château de Comborn.

Comme on le voit, cette seconde charte ne prononce plus le nom d'alleu; mais, comme la précédente, le consentement du vicomte de Comborn à cette donation n'est pas constaté.

Le mot d'alleu n'est plus employé, cependant la propriété était, restée complètement indépendante et avait gardé tous ses privilèges.

On pourrait peut-être supposer une certaine hostilité existant entre la famille de Charrieras et les puissants vicomtes de Comborn; une charte datée de 1111-1119 (n° CCIII, p. 150) nous prouve le contraire. Nous y voyons, en effet, Bernard, vicomte de Comborn, et Archambaud, son fils, faire d'importantes donations à Vigeois en présence d'Amélius de Charrieras, et de Doitrannus, son fils. Ils sont qualifiés dans l'acte du titre de chevaliers du château de Comborn (milites Combornenses). Evidemment, cette qualification prouve les bonnes relations existant entre les deux familles,

Terminons enfin ce paragraphe des alleux en empruntant au manuscrit de Wolfenbuttel le très curieux passage suivant

« Les rois d'Angleterre, devenus les possesseurs du duché d'Aquitaine depuis le mariage d'Eléonore de Guyenne, voulurent astreindre cette province aux lois de la féodalité. Leurs agents vinrent se heurter aux privilèges des possesseurs d'alleux, qui existaient en grand nombre dans le pays bordelais. »

« Un bourgeois de Barsac, assigné devant le prévôt du roi d'Angleterre, lui fit cette fiére réponse, consignée sur le registre du magistrat anglais: « ― Quand je comparais en justice, c'est par force et non par droit. » (Nec debebat facere homagium, nec sacramentum dixit etiam, quando stabit coram preposito de Barsaco hoc facit per violentiam, item quod facerat sacramentum fidelitatis) (1).

On peut juger par là combien, en Aquitaine, les privilèges des terres allodiales étaient peu respectées et à la veille de disparaître. Ce qui eut lieu en pays bordelais aux XIIe et XIIIe siècles dut également se passer dans les provinces limitrophes soumises aux rois d'Angleterre.

 

(1) Notice du manuscrit de la bibliothèque de Wolfenbüttel, p. 43.

 

― LXXIII ―

CONLIBERTOS ET CONLIBERTAS

COLLIBERTS ET COLLIBERTES

 

La signification du mot collibert est restée et restera peut-être encore longtemps douteuse; elle a échappé même à l'illustre Ducange dans son Glossaire.

Les colliberts n'étaient ni complètement esclaves ni absolument libres, comme le dit Ducange: Ne inter omnino liberas, nec inter omnino servos. D'après nous, ils cultivaient des champs qu'ils ne pouvaient ni abandonner ni aliéner; ils n'avaient à payer qu'une certaine redevance. Nous verrons plus loin un passage du testament d'Arédius paraissant confirmer cette opinion.

Plusieurs chartes du cartulaire mentionnent les colliberts et notamment celle où Wido de Bré, mourant à Laodicée vers 1096, fait d'importantes donations à Vigeois; la charte CXIII, p. 67, 68 et 69 se termine par ces mots: Absolvit omnes conlibertos et conlibertas et ipsorum tributum Deo.

Une seconde charte de Stephanus Mito emploie ces termes: ... Unam bordariam que est alodum meum à Javandes, cum viris et feminis qui sunt mei colliberti.

Dans une troisième charte, Gautzbertus Alboinus soutient que: Quidam rusticus nomini Geraldus... dicens suum esse collibertum.

Enfin, dans une quatrième et dernière charte, datée d'environ 1160, Petrus Ugo d'Alazac donne la liberté à un collibert: Et absolvo collibertum meum P. Lachamba et omnes qui ex eo nati vel nascituri sunt.

Que pouvaient donc devoir tous ces colliberts et qu'elle était la nature de ce tribut?

Il ne nous paraît pas téméraire de penser que ce tribut auquel fait allusion Wido de Bré devait être payable tantôt en argent, tantôt en produits du sol.

Dans le haut moyen âge, ainsi que nous l'avons vu dans le passage concernant les églises de Corbier, d'Haute-Faye, de Brachar et de Burcq, les grands propriétaires de la contrée, possesseurs de domaines considérables, à peu près déserts, ayant intérêt à y attirer des habitants, construisirent des églises, comme le dit si bien la charte où sont ces mots: ubi ecclesia edificanda erat, et assuraient des terrains gratuits pour y bâtir des maisons.

 

― LXXIV ―

cette organisation ne nous donne-t-elle pas le droit de penser que ces habitants devaient en retour une redevance, soit le partage des revenus, comme cela existe encore dans une partie de la France et connue sous le nom de métayage ou colonage.

A la suite de la donation de Nonniacum et de Luciaco-Marcomonte, faite à ses moines d'Attanum, Arédius, dans son testament, a bien soin de préciser les noms des mancipii (esclaves) préposés à la culture de ses domaines, qui doivent une certaine somme d'argent payable tous les ans (decenos argenteos singulis annis), à la condition qu'ils jouissent de leur pécule (pecularia), de leurs champs (campellos), de leurs vignes (vineolas), mais sans pouvoir ni les vendre ni les aliéner d'aucune façon (ut nec vendere nec alienare).

Un peu plus loin, Arédius ajoute encore ces mots bien significatifs qui font allusion aux mancipii cités plus haut.

« Les mancipia que l'on appelle colonaria qui nous sont soumis et qui sont nos tributaires » (addimus etiam mancipia quae colonaria appellantur et nobis tributaria esse perhibentur).

Ne peut-on pas reconnaître dans ces lignes du testament d'Arédius (datant de 572), l'origine des colliberts que nous ne voyons apparaître d'une manière certaine et authentique que quelques siècles plus tard?

Rapprochons, en effet, les termes concernant les mancipii attachés à Nonniacum et Luciaco-Marcomonte, qui jouissent en toute liberté de leur pécule, de leurs champs et de leurs vignes, sans pouvoir ni les aliéner ni les vendre en aucune façon et qui doivent, en retour, une certaine somme d'argent.

Plus loin, Arédius appelle les mêmes: mancipia colonaria. Cette classe de personnes, ainsi dénommée, ne nous indique-t-elle pas que ces esclaves affranchis par Jocundus et par son fils Arédius portèrent d'abord le titre de mancipia colonaria, et quatre ou cinq siècles plus tard devinrent les colliberts (1).

La première des causes de l'affranchissement des esclaves et la plus importante est assurément l'influence libérale du christianisme. Tous nos historiens (2) s'accordent à le reconnaître aux IXe et Xe siècles. Dans le testament d'Arédius, nous avons la preuve que cette influence s'exerça en Limousin dès le commencement du VIe siècle.

Du reste, en ce qui concerne la signification du mot colonaria,

 

(1) V. aux pages XXI à XXXVII les passages du testament.

(2) Guizot, Léopold Delisle, Montalembert, Marchegay, Richard, Guillouard, etc, etc.

 

― LXXV ―

il faut nous reporter à l'interprétation qu'en donne Du Cange dans son Glossaire, au mot colonarius: Et constituimus illos homines in omnibus praedictis locis communentes illam terram et vineas et omnia ad medietatem collaborare (anno 819).

Un document authentique du VIe siècle, comme le testament d'Arédius, nous donnant l'origine probable de la classe d'hommes qui, aux IXe et Xe siècles, porta le nom de colliberts, mérite d'être reproduit tout entier et mis sous les yeux du lecteur.

Dans le cours de notre étude, nous avons dû rechercher, dans les travaux qui nous ont précédé, des documents pouvant apporter la lumière sur l'origine restée si obscure des colliberts. Le dernier écrit que nous avons consulté est celui de M. Guillouard, savant professeur à la Faculté de droit de Caen. D'après lui, le collibert est un esclave affranchi. Il a relevé en Angleterre un grand nombre de colliberts appartenant au domaine royal, aux abbayes et aux seigneurs laïques. A la fin de son ouvrage (1), M. Guillouard cite un document qui lui a été communiqué par M. Léopold Delisle, l'éminent administrateur de la Bibliothèque Nationale. Ce manuscrit d'origine française, du XIe siècle, provient de la Bibliothèque de Munich (Bavière) et jette sur la question une nouvelle lumière. Il est ainsi conçu: « Quid sit collibertus? ille collibertus vocatur qui ante mancipium et servus fuit, et postea causa devotionis a domino suo ad aliquem privatum locum, id est, ad episcopatum vel ad monasterium, sive ad aliquam consecratam ecclesiam pro redemptione peccaminum (sic) suorum libertati ecclesiastice donatur. »

De ces lignes, l'auteur parait conclure que, généralement, cette classe d'affranchis appartenait surtout aux églises. Nous avons vu le contraire par les quatre chartes citées plus haut, où Wido de Bré, Stephanus Mito, Gauzbertus Alboinus et Petrus Ugo d'Allassac donnent à Vigeois des colliberts. On le voit par ces quatre exemples bien frappants, les seigneurs laïques possédaient des colliberts.

Donc, les mancipii, affranchis par Jocundus et par son fils Arédius et donnés à l'église, ne jouissaient plus des mêmes libertés dans les années qui suivirent le VIe siècle. Très probablement, la même révolution qui s'opéra dans les alleux, convertis en fiefs par la féodalité naissante, dut s'opérer également chez les mancipii ou mancipia colonaria, affranchis par Arédius dans de si douces conditions.

 

(1) Recherches sur les Colliberts, par M. Guillouard, professeur agrégé à la Faculté de droit de Caen, président de la Société des antiquaires de Normandie (Caen, 1878).

 

― LXXVI ―

A ces époques reculées d'invasions de toutes sortes, conquêtes franques, etc., etc., leur état dut s'aggraver, et, de même que les églises étaient converties en fiefs seigneuriaux, les pauvres colliberts attachés aux églises durent subir le même sort.

Pour bien faire comprendre au lecteur la pensée d'Arédius en affranchissant ses esclaves (mancipii) et leur accordant la liberté moyennant certaines redevances, nous donnons ci-dessous les trois passages de son testament les concernant:

I. ― « ....Similiter et Luciaco-Marcomonte, cum vineis, vel omni jure suo, secundum quod a nobis est, propitio Deo possessum, monachi nostri Attanenses, ut per te, Sancti Martine, habeant volumus, et te defensante, ut possideant rogamus, cum mancipii, his nominibus, Parininio cum uxore et filiis, Leomere cum uxore et filiis, Armedio cum uxore et filiis, Rustico cum uxore et filiis, Sivio cum uxore et filiis. Hi enim similiter quaternos aripennos vinea monachis colant. Uxores vero eorum decennos argenteos singulis annis monachis suprascriptis nostris Attanensibus desolvant, et nihil amplius ab eis ullus ullo tempore exigere praesumat.

Pecularia vero eorum, campellos et vineolas, nullo inquietante, possideant, ea vero conditione ut nec vendere nec alienare praesumant. »

 

II. ― « Hi vero [mancipii] cum campellis eorum et vineolis, vel quidquid habere videntur aut adhuc venire potuerint, habere decernimus, ita ut singulis annis terna pondo cerae inferant nostro, et singulis mensibus eulogias vicissim ad missas nostras revocent, et inferant in altario quinos argenteos, et donent exenio secundum quod paupertas eorum parare potuerit: nihil amplius .... impleri debeant. »

III. ― « Et istos liberos nostros et liberas nostras, quos nobis bonae, memoriae genitor noster Jocundus per testamentum suum commendavit, similiter et illos quos pro remedio animae bonae memoriae fratis nostri Eustadii liberos fecimus, tibi sancte Martine, defensandos commendamus. Et si quis eis amplius, praeter hoc quod eis injuctum est, in quolibet inquietare aut dominare voluerit, tu, Sancte Martine, defendas (1). »

 

(1) Nous donnons la traduction de ces trois passages par M. l'abbé Arbellot:

« ... De même que Lussac, Marthon, avec leurs vignes et tous leurs droits selon que Dieu, dans sa bonté, nous en avait donné la possession, nous voulons que les moines d'Attanum les aient par vous, ô saint Martin, et nous demandons qu'ils les possèdent sous votre protection, avec les serfs dont les noms suivent: Parminius, avec son épouses et ses fils; Léomer, avec sa femme et ses fils; Armédius, avec son épouse et ses enfants; Rusti-

 

― LXXVII ―

Nous n'ajouterons rien à ces lignes si démonstratives du testament d'Arédius. Il y a lieu de remarquer seulement la presque simililude qui existe entre les causes de la libération des esclaves, telle qu'elle résulte du manuscrit de Munich, avec celle énoncée dans le troisième passage. Le manuscrit de Munich donne pour principale raison de l'affranchissement: « Causa devotionis ». Un peu plus loin: « Pro redemptione peccaminum suorum. »

Arédius, quatre siècles auparavant, use de termes similaires dans l'affranchissement de ses mancipii: « Pro remedio animae bonae memoriae fratris nostri Eustadii. »

On le voit, par ces deux formules d'affranchissement accomplies à deux époques très éloignées l'une de l'autre, le christianisme, introduit dans les Gaules au milieu du troisième siècle, exerçait son infIuence bienfaisante dès le commencement du VIe. Le Limousin peut revendiquer avec un certain orgueil d'avoir été une des premières provinces converties à la foi chrétienne, car, dès les premiers siècles, il se couvrait d'oratoires, de monastères, d'établissements religieux de toutes sortes. Et notre grand saint limousin (sanctissimus Aredius), comme l'appelle Eustorges, évêque de Limoges, dans une des plus importantes chartes de notre cartulaire, datée 1111, par les dispositions de son testament, nous en donne la meilleure preuve.

 

cus, avec sa femme et ses fils; Claudius Silvius, avec son épouse et ses enfants. Pareillement que ceux-là cultivent pour les moines quatre arpents de vignes; que leurs épouses payent tous les ans (A) dix deniers d'argent à nos moines ci-dessus nommés et que personne ne s'avise d'exiger rien de plus en aucun tempe. Qu'ils possèdent, sans être inquiétés de personne, leur pécule, leurs petits champs et leurs petites vignes, mais à cette condition qu'ils ne puissent ni les vendre ni les aliéner. »

« Mais, parmi eux, il en est quelques-uns que nous avons fait libres: nous décidons qu'on leur laisse leurs petits champs, leurs petites vignes, tout ce qu'ils possèdent actuellement, tout ce qui pourra leur venir plus tard, à la condition que, chaque année, ils portent à notre monastère trois livres de cire et que, chaque année, ils fournissent tour à tour pour nos messes les eulogies et qu'ils portent à l'autel cinq pièces d'argent et qu'ils fassent un présent selon que leur pauvreté le leur permettra. Et qu'il ne leur soit réclamé rien de plus. »

« Ces hommes libres et ces femmes libres que Jocundus, notre père (de bonne mémoire), nous a recommandés par son testament, de même aussi ceux que nous avons affranchis pour l'âme de notre frère Eustade, de bonne mémoire, nous vous les recommandons, ô saint Martin, et nous les confions à votre défense. Si quelqu'un veut exiger d'eux au-delà de ce qu'il a été adjoint, ou veut les inquiéter, ou dominer, en quoi que ce soit, c'est à vous, saint Martin, qu'il appartiendra de les protéger. »

(A) M. l'abbé Arbellot avait sous les yeux le texte du testament de saint Yrieix, par Ruinart. C'est probablement par suite d'une erreur de ce texte qu'il a pris le mot annis pour celui de mensibus, qui est le texte de Pardessus.

 

― LXXVIII ―

Liste des abbés de Vigeois titulaires et

commendataires jusqu'en 1789

(Extrait des « Mémoires sur le Limousin » de l'abbé Nadaud)

 

I. ― Sébastien, du temps de l'évéque Rorice II, vers le milieu du VIe siècle. Après la destruction du monastère et la mort de Sébastien, saint Yrieix le rétablit, y mit douze moines et leur donna pour abbé son neveu.

II. ― Astérius ou Astidius, Althérius; on ne trouve aucun de ses successeurs jusqu'à

III. ― Ringaldus, sous un des quatre Clolaire, c'est-à-dire avant 719.

On ne connaît pas les suivants jusqu'à

IV. ― Cunibert, peut-être abbé de Solignac.

V. ― Etienne, du temps de Lothaire, mort en 855.

VI. ― Bernard, en 865, peut-être abbé de Solignac (1).

VI bis. ― Pierre.

VII. ― Adazius, vers 970, peut-être abbé de Saint-Augustin de Limoges et de Saint-Martin de Tulle.

VIII. ― Arnoul.

IX. ― Gérald Ier, sous le roi Robert, entre 997 et 1031.

X. ― Pierre Ier ou II, frère du contor de Mirabel, sous Robert et Henri (lequel mourut en 1060). Legros fait observer qu'il n'y a pas de place pour Osobrit, que Baluze fait assister au sacre de l'église de Limoges en 1028.

XI. ― Gérald II de Lestrade (sic). Peut-être y en eut-il plusieurs de ce nom; mourut le 28 décembre, contemporain de Gérald, abbé d'Uzerche, mort en 1096.

XII. ― Pierre III Alboin, abbé en 1102 et 1110; il était abbé depuis vingt-deux ans, lorsqu'il mourut le 7 septembre.

XIII. ― Renald ou Rainald de Roffignac; on le trouve en 1111, mort le 3 avril 1124.

XIV. ― Adémar, dit de Bro par quelques auteurs, moine de Saint-Martial, élu le 28 octobre 1124, mort le 13 janvier 1164. Il

 

(1) Cette premère partie des abbés de Vigeois nous paraît controuvée.

 

― LXXIX ―

se rendit à Rome avec Pons, abbé de Cluny, ainsi que nous l'affirme la Chronique de Vigeois.

XV. ― Amélius des Monts, probablement des Monasteriis, élu le 25 janvier 1164; serait entré à Obazine en 1170.

XVI. ― Pierre IV Durnais, probablement Doitrannus, élu le 28 août 1170, mort le 16 octobre 1178. L'abbaye demeure vacante plus d'un an.

XVII. ― Guillaume, élu le 20 octobre 1179.

XVII bis (?). ― R..., abbé, 1200 (?).

XVIII. ― Pierre V est abbé en 1202.

XIX. ― Raimond, al. Bertrand de Longa (mal Logri); se démit le 27 ou le 30 octobre 1229.

XX. ― Philippe Hugon, élu le 30 octobre 1229. (On cite un Philippe abbé de Vigeois en 1225).

XXI. ― Guillaume II, Amalvinus, 19 janvier 1237; fut ensuite abbé de Saint-Martial.

XXII. ― P. Morcelli; mourut le 13 avril.

XXIII. ― W. de Longa; mourut le 21 mai,

XXIV. ― Arnaud, octobre 1253, 1258, 1260; mort le 16 juillet.

XXV. ― Constantin, 1261, 1263; mort le 25 novembre.

XXVI. ― Gui de la Porte, élu en 1298.

XXVII. ― Gui Rotge

XXVIII. ― Etienne siège en 1305, 1310, et le mardi après la fête de saint Pierre et saint Paul 1315.

XXIX. ― ... Guorsa, abbé en 1329.

XXX. ― Etienne, transféré en 1354 ou en 1356 ou 7 à l'abbaye Constantin (?).

XXXI. ― Gui, 1359, peut-être Gui Rotge, mort en 1375 ou 1376.

XXXII. ― Gutelmus.

XXXIII. ― Guillaume, abbé en 1424.

XXXIV. ― Jean Costini, 1428 et 1411. (Ce 1411, dit Legros, est une contradiction).

XXXV. ― Pierre Costini, Castau mal compris. 1433, 1457.

XXXVI. ― Noble Guichard de Comborn était abbé en 1463.

XXXVII. ― Guillaume III le Groing, mal de Guirigo, élu abbé régulier. Consacré par l'évéque le 24 novembre 1469. est nommé en 1498 dans un rouleau des morts.

XXXVIII. ― F. Aymeric de la Marche; est cependant pourvu par l'évêque de l'abbaye dès le 21 décembre 1493.

 

Abbés commendataires

 

XXXIX. ― Gilles de la Tour était déjà abbé de Vigeois en 1492; vit en 1521 et 1524.

 

― LXXX ―

XL. ― Geoffroi de Caumont, abbé, 1542.

XLI. ― Jacques de Poitiers, abbé en 1559, mort le 15 mai 1571.

XLII. ― Jean Roussel ou Rousset, abbé en 1554, 1564, 1578. 1587, mort vers 1594. (Jacques de Poitiers devait s'être démis).

XLIII. ― François de Vars de La Boissière, nommé le 30 octobre 1594.

XLIV. ― Jacques Treulh (?).

XLV. ― Antoine du Queyreau; obtint ses bulles le 16 mai 1601, mort en 1636.

XLVI. ― Pierre-Elie de Pompadour, abbé de Vigeois dès 1636, mort en 1710, 30 octobre.

XLVII. ― Antoine de Boisse de La Farge, nommé le 24 décembre 1710, mort le 20 ou 21 avril 1753.

XLVIII. ― Roland-François-Pierre Desclos de La Molière; obtint ses bulles le 8 septembre 1754, prit possession par procureur le 1er novembre suivant.

XLIX. ― ... de Valory, nommé en 1776 (1).

Le Gallia Christiana donne à peu près la même liste que la précédente pour les abbés de Vigeois,

Bonaventure de Saint-Amable, dans son livre sur la Vie de saint Martial, imprimé en 1676, tome III, page 198, nous donne également une liste des abbés de Vigeois.

Après avoir cité les noms de Sebastianus et d'Astidius. il s'interrompt brusquement en écrivant ces mots bien caractéristiques: « Les autres se sont éclipsés ».

Puis il continue en donnant, comme « troisième abbé en 855, Ringaldus. Le quatrième Cunibert de Solignac; d'autres mettent Bernard pour Vigeois, 865, qui l'a été aussi de Solignac. Le cinquième Pierre, moine de Solignac. Le sixième Adazius, 865. On croit que c'est le même qui a esté abbé de Saint-Augustin de Limoges et aussi de Tulle. Le septième Arnoul. Le huitième Pierre de Mirabel-Comtor, 1050, sous lequel le monastère se brûla, comme nous l'avons dit cy-devant, et demandèrent un abbé à Saint-Yrieix, qui fut le neufvième. Gérald du Lestrade, 1063; etc. »

Les trois plus anciennes chartes du cartulaire de Vigeois sont datées du régne de Lothaire, roi des Francs, qui régna de 954 à 986. L'une d'elles, que l'on peut dater entre les années 954-957, fait connaître un doyen, decannus, du nom de Stephanus, qui devint

 

(1) Cette liste nous a été communiquée par M. Louis Guibert, secrétaire général de la Société archéologique du Limousin, qui l'avait lui-même extrait des manuscrits de Nadaud, déposés à la bibliothèque du Grand Séminaire de Limoges. Notre confrère l'avait copiée textuellement et nous l'imitons.

 

― LXXXI ―

plus tard abbé de Vigeois. La première liste de Nadaud le mentionne sous le nom d'Etienne, très certainement le même Stephanus, et le fait mourir en 855, ce qui doit être une erreur.

Un document précieux, qui jette une lueur toute nouvelle sur Vigeois, est la donation consentie par Charles le Chauve, en 876, des villas de Ludignacum et de Vosias à l'abbaye de Solignac en Limousin. C'est le plus ancien document connu, d'une authenticité certaine, puisqu'il figure au recueil des anciens historiens des Gaules.

Avant cette époque, on ne peut découvrir aucun document à date certaine faisant connaître Vosias, Vigeois. Ce dernier renseignement vient à l'appui de ce que nous avons dit dans l'introduction, pages XLII-XLVIII, sur l'interpollation du second testament d'Arédius, intercalé au folio 72 du cartulaire de Vigeois, pages 95 et suivantes du présent ouvrage.

 

Nomenclature des principales charges ou offices

de l'abbaye de Vigeois avec les noms de leurs

titulaires (1741-1744).

 

A cette époque l'abbé commandataire de Vigeois était messire Antoine de Boisse, prêtre, docteur en Sorbonne, grand vicaire, institué abbé de Vigeois par Clément XI le 26 mars 1710, mis en possession le 28 janvier 1711.

Le chapitre se composait du:

1° Prieur, Dom François du Burg de Carbonnières, prêtre, prévôt de Faye Bouchiat, le 28 septembre, il fut réélu pour trois ans;

2° Chambrier, Dom Jacques Dumas de Payzac, prêtre;

3° Sacristain, Dom Joseph Puydevaud, prêtre;

4° Syndic, Dom Gabriel Châtenet, prêtre, prévôt d'Hautefaye;

5° Infirmier, Dom Antoine Leroux, prêtre, novice, fils de feu Hilaire et de Glandine de Blanchet, né à Chambéry, en Savoie, ex-capucin, entré en 1741 par bref papal aux exempts de Vigeois;

6° Dom Joseph Cheyroux, non prêtre, prévôt de Chamboulive;

7° Dom Pierre Ganilly, prêtre, prévôt de Sadrot;

8° Dom Bernard Provost Douglas de la Bonexière, prévôt de Faye-Voutezac, né en Bretagne, diocèse de Léon, de François Provost Douglas, écuyer, seigneur de la Bonexière et de dame Charlotte Hélari, ex-religieux de la Chartreuse de Paris; le 26 juillet 1743, après six mois de noviciat, il reçoit l'habit des exempts à Vigeois; le 26 janvier 1743 nommé prévôt de Voutezac pour sept ans (1).

 

(l) Ce document nous a été communiqué par M. Leroux, archiviste départemental à Limoges. Nous lui exprimons tous nos remerciements.

 

― LXXXII ―

Inventaire du mobilier de l'abbave de Vigeois

dressé en 1742

 

Les documents sur Vigeois sont si rares, que nous considérons comme une véritable bonne fortune la découverte de l'inventaire du mobilier religieux restant encore à l'abbaye au milieu du XVIIIe siècle. Nous le donnons ci-joint.

 

Aujourd'hui premier février mil sept cent quarante-deux, après-midi, dans la sacristie de l'église de l'abbaye de Saint-Pierre de Vigeois (Bas-Limousin), par devant le notaire et secrétaire de ladite abbaye soussignés et témoins bas nommés, a été présent:

Messire Antoine de Boisse de La Farge, prêtre licencié de la Faculté de Paris, vicaire général à l'Evêché de Limoges et seigneur abbé commendataire de la susdite abbaye, habitant en sa maison abbatiale d'icelle;

Lequel, en la présence de dom Jean-Joseph Suduiraud, prêtre religieux et sacristain de la dite abbaye, habitant en icelle, présent et acceptant, a remis aux soins et garde du dit sieur sacristain les vases sacrés, ornements, livres et reliques de la sacristie de la dite abbaye, vus et examinés par le dit sieur sacristain et par lui pris en charge pour le service de la dite église dont le détail en suit:

1° Trois calices d'argent avec leurs pathènes dorées en dedans.

2° Une custode sans pieds, d'argent, aussi dorée en dedans.

3° Un rayon de soleil, d'argent, sans pied, qu'on a prêté à M. le Curé.

4° Une grande croix d'argent aux armes de Pompadour (1) dont le bâton est en bois.

5° Un chapelet à filagramme d'argent ayant une figure en médaille de la Sainte-Vierge servant aux processions autour de la Sainte-Vierge.

 

(1) Après la destruction du château de Bré, au milieu du XIIIe siècle, les seigneurs de Pompadour furent investis de la plus grande partie des seigneuries de cette puissante maison. C'est ce qui nous explique la donation faite à l'abbaye par les seigneurs de Pompadour qui avaient succédé à la maison de Bré, principale bienfaitrice du monastère.

 

― LXXXIII ―

6° Une chasuble neuve avec les dalmatiques, pluvial, devant d'autel d'un très beau damas de différentes couleurs garnis partout de galons d'argent fin, avec les étoles. manipules, bourse et voile, que le dit seigneur abbé garde chez lui pour les mieux soigner qui servent aux pères religieux les fêtes solennelles.

7° Deux chasubles de damas blanc avec leurs dalmatiques et pluvial de même, avec leurs étoles et manipules et voile.

8° Une chassuble, deux dalmatiques et manteaux, pluvial, avec leurs étoles et manipules de velour rouge, avec des orfrois blancs à fleurs d'or fort anciens aux armes de Turenne (1).

9° Autre chasuble rouge de damas avec son étole manipule et voile, avec quelques bouquets d'or et galons fins.

10° Autre chasuble de taffetas rouge avec son étole manipule et voile aux armes de Pompadour.

11° Quatre devants d'autel dont deux rouges et deux blancs de damas ou de taffetas et deux de cuir doré tout neuf.

12° Deux chasubles violettes, sans voile avec leurs étoles et manipule et un pluvial et devant d'autel, le tout de camelot de poil de soie.

13° Trois chasubles d'étoffe de laine à petites fleurs dont deux garnies d'étoles et de manipule et un pluvial de même étoffe

14° Une chasuble de camelot vert avec son étole, manipule et voile tout neuf.

15° Une chasuble noire avec ses dalmatiques, étoles et manipules, pluvial et devant d'autel de damas noir, la chasuble garnie de dentelle d'argent, plus une autre chasuble de camelot noir servant tous les jours.

16° Douze nappes d'autel qui sont actuellement sur les autels, les autres au nombre de douze chez M. l'abbé, qui les remettra en lui remettant celles qui servent actuellement.

17° Trois aubes avec leurs amicts qui ont besoin d'être reparées sous les manches, sans cordons que de mauvais.

18° Un dais d'étoffe en soie rouge à fleurs d'or fin doublé de même que l'impériale d'un taffetas d'Angleterre ayant des crépines d'or faux, les bâtons ferrés en écrou.

19° Un autre dais de damas vert à fleurs blanches, la crépine de soie et l'impériale de même.

 

(1) Les Turenne sortaient des vicomtes de Comborn, principaux protecteurs de l'abbaye de Vigeois. Deux chartes du Cart. émanant de Raymond Ier, l'un des héros de la croisade 1096-1099, constatent d'importantes donations à Vigeois. L'on voit par ces détails du mobilier que de bonnes relations n'avaient cessé de subsister entre les vicomtes de Turenne et les abbés de Vigeois.

 

― LXXXIV ―

20° Plusieurs reliquaires de cuivre doré (1).

21° Quatre chandeliers de cuivre dont les pieds sont ronds qui ne conviennent pas à la beauté de l'autel.

22° Finalement deux missels nouveaux avec leurs signets de cuir, et un pour les messes de requiem, un graduel et un antiphonaire in-folio, le tout du nouveau rite du diocèse, comme neuf. Tout quoi le sieur sacristain a pris en sa charge pour les soigner ni les fournir au service de ladite église suivant les rubriques.

Et du tout a été concédé acte en présence de Jean Chimiat, marguilier et d'Etienne Chastain, praticien, témoins, habitants du présent bourg, qui ont signé avec ledit seigneur abbé et ledit sieur sacristain.

Signé à la minute: l'abbé de Boisse; Suduiraud, sacristain; Chimiat, Chastain et Boyer, notaire et secrétaire.

Contrôlé au bureau de Vigeois, le 4 février 1742. Reçu douze sols

Signé: Brugeron.

 

(1) Il existe encore (1907) dans l'église de Vigeois, trois objets qui paraissent répondre à ceux décrits à ce numéro.

1° Un petit reliquaire en forme de châsse (hauteur, largeur ) en émail cloisonné certainement de la fabrique de Limoges, XIIIe siècle; son ornementation est fort simple: elle consiste dans des têtes d'anges de chaque côté du reliquaire.

2° Un bras reliquaire en cuivre doré, se terminant par une main bénissante, beau travail du XIIIe ou du XIVe siècle. On remarque le dessin gravé d'un monument qui pourrait avoir été autrefois le clocher du monastère.

3° Une petite custode bien moins ancienne que les objets précédents (XVIe et peut-être XVIIe siècle), en cuivre ordinaire sur un petit pied surmonté d'un couvercle orné d'une croix.

On ignore malheureusement à quels saints pouvaient être appliquées les reliques renfermées dans ces objets. Aucune trace n'en est restée, ni dans le passé ni dans le présent.

 

 

― 1 ―

 

CHARTULARIUM

MONASTERII

SANCTI PETRI VOSIENSIS

LEMOVICENSIS DIOECESIS

 

 

I

1031-1060

 

* Guarsenda dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi, pro salute anime sue et patris sui et matris sue et omnium parentum suorum, de rebus suis propriis I mansum in villa que dicitur Mazeiras (1), totum ab integro quantum ad ipsum mansum pertinere videtur.

Factum est donum hoc, in mense julio, regnante Aenrico rege. Doni hujus auditores fuerunt Rotbertus, Geraldus, Ramnulfus, Aldebertus, Petrus, Archambaldus, Gerbertus, Petrus.

 

* Fol. XVI, r°.

Déjà au XVIIe siècle, Baluze constatait la disparition des premières pages du Cartulaire par ces mots écrits de sa main, en tête de sa copie: « priora XV folia perierunt. » (Bib. nat., mss. F. Baluze, vol. 85). Gaignières, de son côté (Ibid., F. L. 5453), avait fait la même constatation.

Nous avons dû donner le n° XVI à ce premier folio. Il ne précédait peut-être pas immédiatement le suivant (XVII) mais très probablement occupait parmi les quinze disparus un rang qu'il est aujourd'hui impossible de déterminer.

Nous devons faire observer que ces deux premiers folios ont leur partie supérieure déchirée, ce qui rend forcément incomplètes les chartes 3 et 6.

(1) Mazières, comm. et cant. de Donzenac, arr. de Brive (Corrèze), à 2 kil. N. E. de Donzenac, 15 k. S. de Vigeois. ― En marge de l'acte on lit: Mazieras, d'une écriture postérieure au XVIe siècle.

 

― 2 ―

II

Circa 1031-1060

 

Quedam mulier nomine Belieldis dedit Deo et Beato Petro Vosiensi, pro remedio anime sue in vicaria Userscence (1), in villa que diciturr Vall, I mansum ubi Geraldus manere videbatur, cum appendiciis suis, totum ab integro.

Factum est donum istud in mense apri[li], audientibus Ebbulo Imone.

 

III

1031-1060

 

Aina dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi, pro anima sua et pro anima patris sui Radulfi et matris sue Gauzberge, et viri sui Rotberti, de rebus suis propriis in villa que vocatur Genollac (2), terciam partem de manso Stephani Makardellon (3) et terciam partem de manso del Poio (4) et bordariam ubi Geraldus (5) ......... * Rogavit quoque his omnibus scribi testamentum, propiis manibus firmavit.

Auditores doni hujus fuerunt Rotbertus Bisailmena, domnus abbas Petrus, Johannes, decanus, Geraldus de Vallada, Ramnulfus, Archambaldus.

Regnante Aenrico rege factum est donum istud.

 

* Fol. XVI, v°.

(1) Uzerche, chef-lieu de canton du département de la Corrèze, 6 kil. au N. E. de Vigeois. Antique petite ville titrée Castrum sous les Mérovingiens, vicaria sous les Carlovingiens; véritable oppidum entouré de trois côtés par la Vézère. Les nombreuses tours qui déffendaient ses remparts avaient fini par s'identifier avec la ville elle-même et avaient donné lieu à cet adage; Qui a maison à Uzerche, a château en Limousin.

(2) Genouillac, village de la commune de Donzenac, situé à 1 kil. 600 N.-E. de cette ville, à 400 mètres de Mazières, plus haut désigné.

(3) Makardellon. Ce nom est encore porté dans le Bas-Limousin: Magerlidon. Le village de Miquelaudie, comm. d'Ussac, arr. et cant. de Brive, placé à 2 kil. 500 S. de Donzenac, paraît s'identifier avec le mansus Stephani Makerdellon de notre acte.

(4) El Poio, aujourd'hui le Pouchet (petit puy, petit mont), village de la comm. de Donzenac, placé à gauche et à très petite distance de Mazières.

(5) Plusieurs lignes disparues par suite de la déchirure du folio.

 

― 3 ―

IV

1082-1091

 

Bernardus de Terrazon et fratres ejus, Geraldus et Petrus, dederunt Deo et Sancto Petro Vosiensi, pro animabus suis et parentum suorum mansum del Poi de Paerlac et bordariam del Poi de Bracchar (1). Donum autem Bernardi audierunt G... Bernardus, Bernardus Valencia, Petrus Valencia, Petrus de Riberia, Petrus Bernardus de Malamort, Archambaldus de Las Tors (2), Geraldus Garinus.

Donum autem islud factum est in quadruvio ante fontem Brivensis (3); doni quoque Geraldi et Petri, auditores fuerunt domnus abbas Geraldus (4) Vosiensis, Boso (5), prior, Gauzbertus Malafaida (6), monacus, Gauzfredus prepositus, Gauzbertus de Vallada et Geraldus, frater ejus, Bernardus Iratus, Gerardus Gibra.

 

(1) Les Puy de Paerlac et de Bracchar, comm. d'Allassac, cant. de Donzenac, placés à 3 kil. 500 de chacune de ces deux villes; 17 kil. S. de Vigeois.

(2) Archambaud de Las Tors, paraît le même que le personnage de ce nom cité dans une charte de l'abbaye de Beaulieu (Deloche, Cart. de Beaulieu, charte XIV, p. 32).

(3) Carrefour de Brive, que nous avons vainement cherché à identifier.

(4) Gérald de Lestrade, abbé de Vigeois, 1083†1091, comme nous l'atteste la Chronique manuscrite de l'abbaye de Saint-Martial: « Anno MLXXXII, Vosienses propter guerras quas sustinebant dissoluti, ad informandum ordinem in suo monasterio, se abbati, Sancti Martialis dederunt, qui illis constituit abbatem G. de Lestrada, qui fuit canonicus Sancti Aredii. »

A rapprocher, comme confirmative de cette date, la donation en 1082 par Gérald Bernard de Bré « unus ex principibus Brennensium » de l'abbaye de Vigeois à Saint-Martial (Chartes de la Marche et du Limousin, par Leroux et Bosvieux, Limoges, 1886, p. 16).

A rapprocher encore de la donation faite en 1062 par Adémar, vicomte de Limoges, de Saint-Martial à Cluny.

(5) Boso Ladens, prieur de Vigeois, frère des chevaliers du même nom, Bernard et Hugue; tous trois fils d'autre Boso, chevalier.

(6) Gauzbert Malafaide, d'abord moine, puis sacriste à Vigeois, nommé abbé d'Uzerche 1097†1108.

 

― 4 ―

V

Circa 103l-1060

 

Guillelmus de Sadran (1) dimisit Deo et Sanrto Petro Vosiensi I capmansum in villa que vocatur Chanor (2) ubi Petrus visus est manere, accepit que propter hoc a Petro de Jalais, monaco V solidos. Hoc autem fecit tali conventu ut, si ab Ihierosolimis quo ire disponebat remeasset, V solidos quos acceperat reddidisset atque predictum capmansum quandiu vixisset teneret et post illius obitum.

Sancto Petro sine ullo contradicto remaneret. Dimisit quoque dimidium mansum de Momon, tali conventu ut in consortia pauperum in loco ejus mittetur.

Hujus rei auditores fuerunt Petrus de Jalais, monacus.

 

VI

1082-1088

 

*.... domna de Alaciac (3) super terram quandam Beato Petro Vosiensi datam, unum scilicet mansum qui dicitur de la Comba et alium mansum de Burc, ecclesiam constructam et medietatem decimationis omnium qui in cymiterio illo habitaverint habeant. Quod ortum fecerint ibi trium sextaratarum, decimationem totam illius orti

 

* Fol. XVII. r°.

(1) Sadran, Sadra, aujourd'hui Sadroc, chef-lieu de comm., cant. de Donzenac, 11 kil S. E. de Vigeois, paraît avoir été autrefois le chef-lieu d'un petit pagus appelé le Sadran. Ainsi Saint-Bonnet, aujourd'hui Lenfantier, s'appelait autrefois Saint-Bonnet-de-Sadran.

(2) Chanour, village de la comm. de Beyssac, cant. de Lubersac, 8 kil. O. de Vigeois (non mentionné au Dict. des Postes).

(3) Allassac, ancienne petite ville de la Corrèze, cant. de Donzenac, 14 kil. S. de Vigeois, où notre monastère possédait des biens considérables. A une époque très reculée, les vicomtes de Comborn avaient donné à l'évêché de Limoges les terres d'Allassac et de Voutezac. De nombreux arrêts du Parlement de Paris (le plus ancien de 1271) les ont maintenus jusqu'en 1789 dans la jouissance des revenus de ces deux terres, pendant la vacance du siège épiscopal.

 

― 5 ―

retineant. Hoc autem donum ex me recepit abbas Vosiensis domnus Geraldus, assistentibus fratribus ejus, priore ejusdem loci Bosone, et preposito Gauzfredo, in ipso cenobio, quamvis jam prius ipsum donum concessissem apud Lemovicas, in quadruvio (1) inter Sanctum Stephanum (2) et Sanctum Martinum (3) sito. His presentibus mecum Geraldo de Fraitet (4) et nepote meo Bernardo de Bren, cujus doni auditor et susceptor ex parte Vosiensium fuit supradictus ille prepositus eorum Gauzfredus. His autem mansis de Cumba et de Burc, Archambaldus, vicecomes (5), quicquid habebat, sive ipse, sive alii per eum, totum dedit Beato Petro Vosiensi, ut jus illud quod ibi suum fuerat, ipsius in reliquo foret, qui illi de hoc seculo migranti eo melius regni celestis januam aperire posset, quo claves illius teneret introitus, nam in extremis positus hanc (6) ....

 

(1) Apud Lemovicas in quadruvio. Important carrefour de Limoges, (actuellement dénommé (1886) place Jourdan). Plusieurs voies s'y entrecroisaient, notamment celles conduisant de la Cathédrale à l'abbaye de Saint-Martin (aujourd'hui Hôtel du XIIe corps d'armée), et à l'abbaye de Saint-Augustin (aujourd'hui caserne des Bénédictins).

(2) Saint-Etienne, cathédrale de Limoges, reconstruile en 1012 par l'évêque Hilduin, consacrée le 29 décembre 1095 par le pape Urbain II, reconstruite à la fin du XIIIe siècle, grâce aux legs de l'évêque Aimeric de La Serre et de ses successeurs, enfin tout récemment achevée (1886) après six cents ans de persévérants efforts!

(3) L'abbaye de Saint-Martin-lez-Limoges (c'est-à-dire auprès de Limoges, très rapprochée mais en dehors des murs du Château) fondée, dit-on, par Alicius, frère de saint Eloi. Les père et mère du saint évêque de Noyon y reposaient. Reconstruite par l'évêque Hilduin et détruite dix-huit fois, affirme l'abbé Texier. A l'entrée de l'église se voyait autrefois le curieux monument connu sous le nom de: Pierre du bon mariage. ― L'emplacement de cet ancien monastère est actuellement occupé par l'Hôtel du XIIe corps d'armée.

(4) Gérald de Fraitet, présent en l085 à la donation de Meymac par Archambaud III, vicomte de Comborn (Baluze, Histoire de Tulle, col. 872). En 1093, nous le retrouvons archidiacre de Limoges (Cartul. d'Aureil, Arch. départ. de la Haute-Vienne).

(5) Archambaud III, vicomte de Comborn, dont Baluze, dans son Histoire de Tulle, annonce la date de la mort en ces termes: « In chartulario monasterii Uzercensis reperio eum in transitu, ex hoc saeculo anno MLXXXVIII »; ce qui nous a permis de circonscrire entre 1082 date certaine du commencement de l'abbatiat de Gérald de Lestrade) et 1088 la date de cette charte importante.

(6) Dix à douze lignes du ms. entièrement disparues.

 

― 6 ―

*[Bern]ardus Ladenz (1) [in] mansis [istis] prefatis habebat, tam ipse quam alii per eum, totum Beato Petro Vosiensi concessit in manu abbatis supradicti ejusdem cenobii domni Geraldi, presentibus fratre ejus germano Bosone, priore, et Gauzfredo, preposito, audiente insuper milite quodam Stephano Ramnulfi, qui erat tunc cum ipso.

Hoc ipsum donum fecit similiter frater ejus, vir militaris ordinis Hugo Ladenz, in manu ejusdem abbatis, multis audientibus et inter ceteros Geraldo, milite de Ves.

Geraldus quoque Bernardus de Bren et filii ejus, Wido et Boso quod in predictis mansis possidebant simili modo concesserunt Beato Petro Vosiensi. Doni autem quod pater fecit, auditores fuerunt Bernardus Malamancia et Johannes frater ejus; donum Widonis filii ejus, audivit idem Bernardus Malamancia; Bosonis vero donationi interfuerunt pater ejus et Geraldus, presbyter de Bren et Rotgerius, mercator et matrona quedam nobilis, soror nimirum Archambaldi vicecomitis, Agnes (2) de Bren vocabulo.

Interea Geraldus presbiter de Coznac, et Constantinus, presbiter de Alaciac, atque Ademarus presbiter qui vocatur Juvenis ad quorum parrochiam pertinere vide**batur, idem locus videlicet de Bracchar (3) in quo ecclesia edificanda erat, concesserunt Deo et Sancto Petro Vosiensi omnem fiscum sacerdocii ex eadem ecclesia, ex baptisteriis scilicet, ex penitenciis, ex manuattrectationibus (4) et ex omnibus que ad fiscum sacerdocii pertinent,

 

* Fol. XVII, v°.

** Fol. XVIII, r°.

(1) Bernard et Hugue Ladenz, chevaliers du château de Comborn très fréquemment nommés dans notre Cartulaire, sont encore mentionnés, en 1070, comme témoins de la donation de La Chapelle-Geneste à Saint-Martin de Tulle par Archambaud III, vicomte de Comborn (Baluze. Hist. de Tulle, col, 415). Le Cartulaire d'Aureil les cite également à diverses reprises.

(2) Agnès de Comborn, femme de Pierre de Bré, est souvent mentionnée dans le Cartulaire d'Uzerche. Voici comment Baluze, dans sa copie (vol. 377, ms. Bibl. Nat. f. L.), énonce ses qualités: « Soror Archambaldi, vicecomitis et Eboli ac Bernardi... Otton Bernard et Petrus de Bré, filii sui... »

(3) Chapelle de Saint-Nicolas-de-Brocchar, et non Brochas, comme l'indique à tort le Dict. des Postes. Annexe de l'église d'Allasasc; 3 kil. 500 S.E. de cette ville; 17 kil. S. de Vigeois.

(4) Manuattrectatio. ― Nous avons sous les yeux une véritable charte de fondation d'église paroissiale, avec tous les droits qui en découlent. Ducange, dans son Glossaire, au mot manuattrectatio, donne la définition de ce droit curieux, en transcrivant une partie de la charte, Nous ne pouvons qu'y renvoyer nos lecteurs.

 

― 7 ―

promiseruntque se nichil omnino quesituros ex omnibus, preter quartam partem sepulture; statuerunt denique ut omnes viri vel femine qui ibi manserint, sive indigene sint, sive advene, sive etiam ex parrochiis ipsorum, si ibi manere voluerint, ibique obierint, ibidem sepeliantur, in cymiterio ejusdem ecclesie et omnis sepultura sit monachi vel presbiteri istius ecclesie ut dictum est, excepto quartam partem sepulture (1) ...... quod si in eodem orto vineam fecerint vel aliud quid, exceptis oleribus, reddent decimum.

 

VII

Circa 1073-1086

 

Notum sit omnibus hominibus quia ego Ademams de Sarazac, do Domino et Sancto Petro apostolo Vosiensi ejusque congregacioni, pro salute anime mee, duas bordarias a Antinnac (2) et debent quatuor sextarios de segile et quatuor de frumento et decem et octo denarios et unam gallinam et unam popadam et explectum; a Sarazac (3), terciam partem de bosco et medietatem de prato quem tenebam cum nepotibus meis; a.... unum pratum; al Brolacell, quandam terram [et] totum quicquid habeo.

Hoc donum fecit Ademarus de Sarazac, in capitulo monasterii Vosiensis, audiente Petro Guillabaldo, nepote suo, qui et hoc donum concessit audiente omni congregacione.

 

VIII

954-986

 

* Tam presentes quam futuri noverint, quoniam Duitrannus del Terral (4) dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi pro remedio anime

 

* Fol. XVIII, v°.

(1) Sept lignes effacées.

(2) Antignac, village de la comm. et du cant. de Meyssac (Corrèze), à 4 kil. au N. de cette ville; 53 kil. S. de Vigeois.

(3) Sarazac, village encore mentionné sur la carte de Cassini, mais qui paraît aujourd'hui disparu; 1 kil. S. de Beynat; 4 kil. N. d'Antignac.

(4) Del Terral. ― Ces deux mots sont interlignés et écrits au-dessus de Duitrannus, d'une écriture contemporaine. Ce fait se renouvelant assez fréquemment, nous avons pris le parti d'établir en lettres cursives les mots ainsi placés.

 

― 8 ―

sue et pro anima patris sui et matris sue et pro anima uxoris sue Richildis et pro filio suo Stephano, monaco, qui post modum decanus in eodem monasterio extitit, in pago Petrogoricensi, in vicaria de Cavaniaco (1) ecclesiam suam de Gresas (2), que constructa est in honore Beati Petri apostoli tali conventu ut quandiu viveret, teneret; post obitum vero illius, Sancto Petro Vosiensi libera remaneret sine ulla contradictione. Fecit quoque ex hoc scribi testamentum.

Factum est donum istud in mense octobrio, regnante Hlothario rege Francorum. Hujus autem doni testes fuerunt Stephanus, decanus, filius ejus; Frot[erius] Aster[ius] Gibradus; Gauzfredus.

 

IX

934-986

 

R... c... et uxor ejus Karisma concesserunt Deo [et Beato] Petro Vosiensi pro filio suo Stephano et pro anima sua et omnium parentum suorum unum [mansum] in pago Petrogoricensi in vicaria Arcaniacensi (3) in villa que dicitur Lodorniac (4) dell Albuga ubi Boso visus est manere.

Facta concessio ista in mense januario, regnante Lothario rege Francorum.

Hujus rei auditores fuerunt Stephanus, abbas, Froterius, vicarius, Rotgerius, Asterius, Ugo.

 

(1) Chavagnac, ancienne vicairie du Périgord, déjà relevée par M. de Gourgues, dans son Dict. topog. de la Dordogne; actuellement simple chef-lieu de commune, cant. de Terrasson (Dordogne); à 33 kil. S. O. de Vigeois.

(2) Grèzes, chef-lieu de comm., même cant., même dép.; à 1 kil. N. de Chavagnac. Son église est encore sous la dédicace de saint Pierre,

(3) Archignac, ancienne vicairie du Périgord, actuellement chef-lieu de commune, 42 kil. S. O, de Vigeois, soupçonnée seulement par M. de Gourgues, qui avait lu: Arcamacer, tandis qu'il est indubitable qu'il faut lire: Arcanaciensi. M. de Gourgues avait pensé à Larche, ancienne châtellenie qui se trouve dans le voisinage. Mais en dehors de la lecture, qui est certaine, la mention dans la même charte de Ladornac suffirait pour lever tout doute.

(4) Ladornac, chef-lieu de comm., cant. de Terrasson, à quelques kil. au N. d'Archignac.

 

― 9 ―

X

 

Froterius de Terrazun dimisit Deo et Sancto Petro Vosiensi terram quam tenebat de Sancto Petro pro remedio anime sue et patris sui. In primis dimisit ecclesiam de Bassiaco (1) et II mansos in eodem loco et in Altafaia (2) omne quod ad terram Sancti Petri pertinet et in Javerliaco (3) III mansos et unam bordariam et in Bachallaria tres bordarias et in villa de Anglars (4) IIII mansos et dimidium et in villa de Pedreliaco* (5) unum mansum et dimidium alla Masa; et in villa de Anglaret duos mansos et in villa de Borziaco (6) sex mansos et in villa de Tellelon unum mansum incultum et in villa de Sellaur (7) unum mansum et in villa de Columbes (8) unum mansum qui est juxta Vultaziac. Universa hec dimisit Froterius post mortem suam Deo et Sancto Petro Vosiensi, jussitque fieri testamentum manuque propria firmavit ac bonis viris firmari rogavit.

 

*Fol. XIX, r°.

(1) Beyssac, chef-lieu de comm., cant. de Lubersac; 8 kil. O. de Vigeois. En marge de l'acte sont écrits ces mots, d'une écriture du XVIe siècle; « eclesiam de Beysaco ».

(2) Hautefaye, village de la comm. de Vigeois. à 3 kil. S. O. (non dénommé au Dict. des Postes. Il y a cependant une trentaine d'habitants).

(3) Javerliac, village aujourd'hui complètement disparu. Cassini même ne le mentionne pas. Il nous a fallu compulser les registres de la matrice cadastrale de la comm. de Vigeois, pour nous assurer de son ancienne situation, à côté d'Hautefaye. Sept ou huit parcelles affirment son ancienne existence par le nom inscrit au cadastre.

(4) Anglars, village de la comm. et du cant. d'Uzerche, à 9 kil. S. O. d'Uzerche: 4 kil. au N. de Vigeois.

(5) Pedreliaco parait, comme Javerliac, avoir disparu, à moins de le retrouver (par la chute du D) dans Peyrilhac, chef-lieu de comm., cant. de Carlux (Dordogne), 45 kil. S. de Vigeois, ou un autre Peyrilhac, cant. de Nieul, au N. de Limoges (Haute-Vienne).

(6) Bourzat, comm. et cant. d'Uzerche; 1 kil. 500 S. O. d'Uzerche; 4 kil. 500 au N. de Vigeois.

(7) Cellaur, village de la comm. de Chameyrat, cant. et arr. de Tulle; 3 kil. N. de Chameyrat; 2l kil. S. O. de Vigeois.

(8) Colombiey ou Columbet, village touchant le bourg de Voutezac, cant. de Juillac; 11 kil. S. O. de Vigeois. Ce lieu est mentionné dans le célèbre testament de Saint-Yrieix.

 

― 10 ―

Auditores hujus cessionis fuerunt Oda, uxor ejus, Asterius, abbas, Galterius, Stephanus, Aigfredus, Frodinus, Aeustorgius.

 

XI

1031-1060

 

Notum sit omnibus hominibus quoniam Stephanus de Terrazo et frater ejus Ebbulus, filii Ebbuli et mater eorum Rafais, concesserunt atque dimiserunt Deo et Sancto Petro Vosiensi, consuetudines justas aut injustas quas in eodem monasterio requirebant omnino dimiserunt pro animabus suis et pro anima patris sui Ebbuli et omnium parentum suorum. Hoc autem fecerunt tali conventu ut omni anno, quandiu ipsi vixerint, fratres ejusdem loci I missas decantarent pro animabus eorum et omnium parentum eorum omniumque fidelium defunctorum. Post mortem vero illorum, ita teneretur hoc conventum successoribus eorum, ut in primo anno quo honorem (1) possederint, idem numerus missarum persolveretur a fratribus ejusdem loci.

Hec autem concesserunt in presentia domni Petri abbatis audientibus Archambaldo, vicecomite, Rotberto de Vallada, Geraldo de Vallada, Gauzberto, Audeberto.

Facta est cessio ista, regnante Aenrico rege Francorum.

 

XII

1060-1080

 

Notum sit omnibus hominibus quoniam Rotbertus et fratert ejus Petrus, filii Aeustorgii dell Brolio, cum consilio sororum suarum atque propinquorum videlicet Rai * naldi, Ademari, Stephane, Johanne, vendiderunt Gauzberto Alboini et uxori ejus Berniardi, vineas et omnem terram quam possidebant alla Grauleira (2), cum bordariis que culte sunt sive etiam que culte non sunt, cum pratis et silvis et cum omnibus appendiciis eorum, totum ab integro eis

 

* Fol. XIX, v°

(1) Honor nous paraît pris ici dans un sens particulièrement curieux au point de vue féodal.

(2) La Graulière, chef-lieu de comm., du cant. de Seilhac, 10 kil. S. E. de Vigeois,

 

― 11 ―

concesserunt ad possidendum. Acceperunt autem propter hoc a Gauzberto Alboino C nonaginta et I solidos. Hujus quoque vinditionis auditores fuerunt Rainaldus de la Masa et Petrus frater ejus, Petrus de Sadran, Deusde La Chalm, Petrus et Girbertus de Malamort, Artmandus Liapecs, Engalvinus, cum filiis suis Geraldus et Petrus de Coznac.

Idem Gauzbertus Alboinus dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi cum consilio filiorum suorum, omnia hec que superius nominata sunt que emit a Petro et Rotberto dell Brolio, pro filio suo Petro qui postmodum ejusdem monasterii abbas extitit,

Factum est donum istud, in festivitate Sancti Petri ad vincula, in presentia domni Petri abbatis, audientibus Johanne, decano, Geraldo de Userca, Geraldo de Vallada, Geraldo de Coznac, Geraldo de Suissac (1).

In hac autem terra manebat quidam rusticus nomine Geraldus quem idem Gauzbertus Alboinus postmodum calumpniatus est, dicens suum esse collibertum, tandem deprecante filio ejus domno Petro decano, predictum rusticum ab omni tributali servicio absolvit ac Sancto Petro Vosiensi reliquid ad serviendum ei.

Audientibus Petro decano filio ejus et Ramnulfo, monaco, cellarario Vosiensis et Geraldo de Coznac.

 

XIII

1082-1092

 

Willelmus Almavinus concessit Deo et Sancto Petro Vosiensi, pro filio suo Gauzfredo quem monacum monasterii Vosiensis fecit unam bordariam a las Plantadas ubi Gauzbertus de las Plantadas mansit, quam dedit ei Aymiricus Girbertus, audiente Rainaldo Rotberto. Sed * et idem Aymiricus concessit hanc bordariam prefato monasterio, audientibus abbatibus (2) ejusdem monasterii, domno videlicet Geraldo et domno Petro, ita tamen si predictus Willelmus, filium suum monacum in monasterio Vosiensi fecisset. Postea Manualdus Trenchaleon et Stephanus de Orniaco et Ugo Audebertus frater ejus, quicquid in prefata bordaria habebant totum Beato

 

* Fol. XX. r°.

(1) Gérald de Setzac, témoin à la fondation de Meymac, 1085.

(2) Abbatibus. Les termes de cette charte ont fait croire qu'il y avait a ce moment deux abbés à Vigeois, dont l'un laïque. Il n'en est rien. Les donations ont été successivement faites sous les abbatiats de Gérald de Lestrade 1082 † 1091 et de Pierre III Alboin 1092 † 1110.

 

― 12 ―

Petro Vosiensi concesserunt in capitulo videlicet monasterii Brivensis, in presentia domni Petri abbatis, audientibus canonicis; uxor quoque Bernardi de Margarita Ildeardis et mater Stephani de Orniaco et Ugonis Audeberti, similiter concesserunt Beato Petro Vosiensi quod in predicta bordaria possidebant, audiente Alboino Gauzberti. Concessit ergo Willelmus Amalvinus, hanc bordariam cum vinea et cum omnibus que ad ipsam bordariam pertinent, ante altare Santi Petri Vosiensis, coram omni populo postquam eam fecerat concedere ab his viris ac feminis supra nominatis qui fiscales erant istius bordarie.

Facta est concessio ista in presentia domni Petri abbatis, audientibus Gauzfredo, preposito, Rainaldo, monaco, Gauzberto, monaco, Geraldo, monaco, qui et testamentum ex hoc fecit et Stephano presbytero de Sancto Santino (1).

 

XIV

1082-1091

 

Berniardis, uxor Aenrici, dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi, cum consilio filiorum suorum Aenrici, Geraldi, Ugonis Rofinac monachi, pro filio suo Petro Aenrici quem monacum fieri monasterii Vosiensis instituit, mansum de Montel (2) alodum sui juris totum ab integro, cum omnibus redditibus suis. Concesserant que donum istud filii ipsius qui supra scripti sunt, audientibus Stephano de Coznac et Stephano Baldrici.

Factum est hoc donum apud Vosias, regnante Philippo rege.

Conventum autem habuit domnus abbas Geraldus cum Aenrico ut quandiu viveret, hunc mansum te * neret et omni anno XII sextarios sigile et XII denarios redderet; post mortem vero ejus, Sancto Petro Vosiensi liber sine ulla contradictione remaneret.

Hujus rei auditores fuerunt, Gauzfredus, prepositus, et Gauzbertus Malafaida, monacus, Raimundus, monacus, Petrus Ainardus, Guillelmus Amalvinus.

 

XV

1031-1060. ― 1082-1092

 

Girbertus de Malamort, dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi, pro

 

* Fol. XX, v°.

(1) Saint-Xantin, aujourd'hui réuni à Malemort, cant. et arr. de Brive; 25 kil. S. E. de Vigeois.

(2) Monteil, comm. de Saint-Maixent, 14 kil. S. E. de Vigeois.

 

― 13 ―

salute anime sue et patris sui et matris et omnium parentum suorum, de alodo suo II mansos ex quibus unus est a Chambons (1) ... dedit cum servis et ancillis et collibertis, alius autem mansus vocatur Jamanarnc (2) ubi Stephanus visus est manere, quem dedit ....li conventu ut quandiu viveret teneret, et omni anno censum VI denarios redderet, post mortem vero illius Sancto Petro remaneret liber sine ulla contradictione.

Facta est concessio ista in mense aprilio, regnante Aenrico rege.

Hujus doni auditores fuerunt, Petrus Alboinus, Geraldus de Longopondio, Artmandus, Geraldus Bernardi, Geraldus Marigunda, Aeustorgius, Ainardus, Johannes, decanus.

Postea vero filius ejus Aymiricus Girbertus [de Malamort] concessit Deo et Sancto Petro Vosiensi pro anima patris sui et matris sue donum quod olim fecerat pater ejus de manso de Chambons omnes que consuetudines quas in eodem manso requirebat juste aut injuste omnino dimisit, fecit que dimitti Sancto Petro Vosiensi a Willelmo Amalvino qui fiscalis ejus erat IIII sextarios sigile quos ex ipso habebat in eodem manso.

Auditores hujus rei fuerunt Ramnulfus, cellararius, monacus, Manualdus Trenchaleon, Stephanus de Rofinac, Geraldus Charboneus, Geraldus Bernardi, Bernardus de Bren, Alboinus Gauzbertus.

 

XVI

Circa 1062-1072?

 

Geraldus, vicarius, et mater ejus Restibiria, concesserunt Deo et Sancto Petro Vosiensi de rebus suis propriis vineas, de Bellomonte (3) que sunt in vicaria Brivense, totum ad integrum * concesserunt ea tamen ratione ut quandiu viverent, tenerent et omni anno IIII modios vini pro censu redderent, post mortem vero illorum Sancto Petro Vosiensi sine ulla contradictione remaneret.

Factum est donum istud in mense septembrio, audientibus

 

* Fol. XXI, r°.

(1) Chambons, village de la comm. de Vernasal, cant. de Donzenac; 24 kil. S. de Vigeois.

(2) Jammet? village à 1 kil. 500 de Saint-Bonnet-Lenfantier; 8 kil, S. E. de Vigeois.

(3) Beaumont, chef-lieu de com., cant. de Seilhac, 25 kil. N. E. de Vigeois; ou plutôt Belmont, 1 kil. N. E. de Brignac, 24 kil. S. O. de Vigeois.

 

― 14 ―

Archambaldo, vicecomite, Bernardo de Bren, Petro de Malamort (1), Willelmo, Aldeberto, Rotberto.

 

XVII

Circa 1031-1060

 

Bernardus Uncbertus dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi, cum consilio filiorum suorum Petri et Geraldi, pro salute anime sue et patris sui Uncberti et matris sue Ode, boscum suum de Chassanas et II mansos ex quibus unum tenet Petrus Gascus, alius vero est ad Grecias, cum pratis et silvis totum ab integro.

Signum Johannes, decanus, Geraldus, monacus de Userca, Geraldus de Vallada, Willelmus de Vosias, Gauzbertus Albo[inus] monacus.

 

XVIII

957

 

Tetgerius, dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi, de rebus suis propriis unum aripentum vinee in villa que dicitur ad Aqueductu, quod est inter terram Sancte Marie et terram Geraldi, ea scilicet ratione quandiu viveret, teneret et per singulos annos tempore vindemie unum modium vini pro censu redderet.

Factum est donum istud in mense januario anno tertio regnante Lothario.

 

XIX

1031-1060

 

uillelmus de Vosias, concessit Deo et Sancto Petro Vosiensi, pro salute anime sue et patris sui et matris sue in villa que vocatur Aqueductus, dimidiam bordariam cum vineis et omnibus que adipsam dimidiam bordariam pertinent, et in eadem villa, unum aripentum vinee quod vocatur Rossa Vulp et in alio loco alla Chalm, dimidium mansum, ubi Stephanus visus est manere et in ipso loco omnem medietatem terre quam Deusde tenebat et in eodem loco dimidium mansum ubi Bernardus visus est manere et a Alaciac clausum suum de vinea et illum fiscum quem de Rotberto de Sadran habebat, hoc

 

(1) Pierre de Malemort, présent à une charte de Beaulieu, 1069-1072 (Deloche, p. 14, 31).

 

― 15 ―

sunt II mansi in Momun et in villa que dicitur Motzans, I mansum, alia Rocha II mansos et in alio loco a Jaujac (1) II sextaradas * terre et in villa que dicitur Vaissa I mansum quem dedit Arnaldus de Fillines, avunculo ejus Adazio.

Universa hec dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi de propriis suis rebus, Guillelmus de Vosias, audientibus Geraldo, monaco de Userca, Petro de Jalais monaco.

Factum que donum istud regnante Aenrico rege.

 

XX

1031-1060

 

Petrus, dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi, pro salute anime sue et uxoris sue Stephane de rebus suis propriis vineas suas que sunt in Aqueductu, ea scilicet ratione ut quandiu viveret teneret medietatem ipsarum vinearum, post mortem vero illius, Sancto Petro Vosiensi, omnes remanerent sine ullo contradictore. Factum est donum istud in mense januario, regnante Aenrico rege. Hoc donum concessit Geraldus filius ejus; hujus autem doni auditores fuerunt Guillelmus, Rotbertus, Geraldus, Aldebertus,

Arnaldus, Stephanus, Ermenricus.

 

XXI

1031-1060

 

Ugo de Aqueductu concessit Deo et Sancto Petro Vosiensi de rebus suis propriis unam trellam vinee de Aqueductu (2) in vita sua. Post mortem autem suam, concessit alium alodum de Aqueductu totum ab integro, Deo et Sancto Petro Vosiensi si filium ex uxore non haberet.

Facta est concessio ista in menso apriiio, regnante Aenrico rege.

Hujus rei auditores fuerunt, domnus abbas Petrus, Geraldus, monacus de Userca, Petrus del Montell monacus, Geraldus de Vallada, Archambaldus Boto, Stephanus, cellerarius, Stephanus de Calmon.

 

* Fol. XXI, v°.

(1) Jaujac, Geogeat, village, comm. et cant. de Vigeois, 4 kil. S. O. de Vigeois.

(2) Agudour, village de la comm. de Voutezac, 13 kil, S. de Vigeois.

 

― 16 ―

XXII

1031-1060

 

Ramnulfus et uxor ejus Oda, et filius eorum Umbertus vendiderunt Petro, monaco, de rebus suis propriis I aripentum vinee qui est in Aqueductu, propter V solidos.

Hujus rei auditores fuerunt Eustorgius, Ugo, Geraldus, Stephanus, Stephanus, Ramnnulfus.

 

XXIII

1074-1083-1092

 

Gauzfredus de Salanac (1), dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi pro salute anime sue et patris sui et matris, de rebus suis propriis, in vicaria de Cavaniaco * (2) III mansos alla Garriga (3), ubi Constantinus visus est manere et quicquid ad istos pertinet mansos cum pratis et silvis et servis et ancillis totum ab integro. Hujus autem doni auditores fuerunt Johannes, decanus, Geraldus, monacus de Userca, Geraldus, abbas Sancti Sori (4), Ademarus de Sollac, Tetgerius, canonicus, Bernardus de Pomers, Petrus Bernardus de Malamort et uxor ejus, Geraldus de Riberia, Rainaidus Rofinac, monacus.

Factum est donum istud regnante Philippo rege.

Postea autem Geraldus Esforzius, quicquid in his mansis della Garriga habebat, totum Beato Petro Vosiensi concessit, ante altare videlicet ejusdem loci, gestans in manibus textum Evangelii, astantibus domno Geraldo, abbate, Gauzfredo, preposito et fratribus ejusdem loci audientibus.

 

* Fol. XXII, r°.

(1) Gauzfredus de Salanac est mentionné comme neveu de Gérald de Saint-Michel, dans la donation faite à Saint-Martin-de-Tulle de l'église de Saint-Michel en Quercy. (Baluze, Hist. de Tulle, col. 445).

(2) Cavaniaco; en marge de la charte est écrit: Cavanzaco. (Voir note 1 de la page 8).

(3) Garrigue, village de la comm, de Chavagnac, (De Gourgues, Dict. top. de la Dordogne, p. 140.)

(4) Geraud de Mansac, abbé de Saint-Sour-de-Terrasson 1068-1074. (Justel, Histoire de Turenne).

 

― 17 ―

Fratres autem ipsius, Ugo Liapecs et Manualdus Trenchaleon, concesserunt post modum similiter, quod in predictis mansis possidebant, sive ipsi, sive alii per ipsos, audientibus domno Petro, abbate, Gauzfredo, preposito, Gauzberto Malafaida, monaco, Ebbulo, Alboino.

Simili modo concessit frater eorum, Gauzbertus de Bellfort, Deo et Sancto Petro Vosiensi, omne jus quod ipse vel alii per eum in prefatis mansis possidebant.

Audieutibus domno Petro, abbate, Gauzfredo, preposito, Hugone de Rofinac, Petro de Vallada, Bernardo de Sancto Aredio.

 

XXIV

Circa 1001-1031

 

Notum sit omnibus hominibus quoniam Rotbertus de Sadra concessit Deo et Beato Petro Vosiensi, pro anima sua et pro anima patris sui, de alodo suo, in vicaria sua, mansos qui sunt in villa que dicitur Aclian (1), ubi Geraldus et Stephanus visi sunt manere et in ipso loco I bordariam ubi Bernucius visus est manere et in alio loco vineas suas de Vaurelia (2) sicuti sunt terminate vel debornate et in villa que dicitur Rocha III mansos et tres bordarias et in villa que dicitur Motzans III mansos et alla Beza I bor * dariam et in Chanor I mansum et I capmansum et in Lupianc II mansos et I bordariam et in alio loco in Monz II mansos et in alio loco all Vern I mansum et in villa que dicitur Momun II mansos et in pago Exandonense I mansum qui vocatur Cassanio (3) et in Aqueductu I mansum et I bordariam cum pratis et silvis cum terris que culte sunt et que inculte

 

* Fol. XXII, v°.

(1) Cluzan, village de la comm. de Mallemort 3 kil N. E. de Mallemort, 20 kil. S. de Vigeois; cette identification pourrait paraître hasardée, si nous ne lisions pas en marge de l'acte le mot Cluzan, ou peut-être Cluzac (ecriture du XVIe siècle).

(2) Vareille, village de la comm. et du cant. de Donzenac, 800 mètres S. E. de Donzenac, 17 kil. S. E. de Vigeois. Comme il existe un autre Vareille, comm. de Mallemort, un doute pourrait s'élever, si nous ne lisions en marge de l'acte ces mots: Vignes de Vaurelie de la Rochette. ― La Rochette est un village de Donzenac, à 3 kil. au N. et à peu de distance de Vareille.

(3) Chassagne, village de la comm. de Segonzac, canton d'Ayen; 19 kil. N. d'Yssandon, 19 kil. S. O. de Vigeois.

 

― 18 ―

totum ab integro et ad Alaciac IIII aripentos vinearum et in alio loco a Maranciaco (1) I bordariam. Omnia hec dedit Deo et Sancto Petro Vosiensi ea scilicet ratione ut quandiu vixerint ipse et uxor ejus Ildeardis tenerent; post illorum vero obitum, Sancto Petro Vosiensi remanerent sine ulla contradictione. Dedit quoque post mortem matris sue II mansos alla Masa (2) et II mansos alla Bruza (3) et in alio loco a Preissac (4) I mansum et a Maranciaco, I mansum. Jussit autem ex his fieri testamentum, manuque propria firmavit et bonis viris affirmare rogavit.

Factum est donum istud in mense junio, regnante Rotberto rege Francorum.

Hoc donum concesserunt Ebbulus, vicecomes (5), Frodinus de Porcaria, Rotbertus de Vall, Ugo de Vall, Petrus de Vall, Geraldus de Rofinac, Pelrus de Poenciac, Odo d'Espeiruc, Rainaldus, Bernardus.

 

XXV

DONUM ALAIDIS

 

Omnibus hominibus notum sit quod Alaidis, uxor Geraldi Rofiniaci, dedit domino Deo et Sancto Petro Vosiensi, in manu Rainaldi monaci filii sui, totum quod habebat, in mansum de Cliam, pro salute anime sue. Hoc audierunt et concesserunt filii ejus Ugo et Petrus Rofiniaci.

Hujus rei auditores, Bernardus, presbiter de Sadra et Geraldus Arnaldi; deditque ei Rainaldus filius suus, pro hoc, unam chellam de seda (6).

 

(1) Maransac, village de la comm. de Cosnac, cant. de Brive, 25 kil. S. de Vigeois.

(2) La Maze, village de la comm. et du cant. d'Uzerche, 4 kil. N. de Vigeois.

(3) La Brousse, village de la comm. de Sadroc; 10 kil. S. E. de Vigeois.

(4) Preissac, village à 2 kil, N. des ruines de l'antique castrum de Bré; 3 kil. N. E. de Coussac-Bonneval (Haute-Vienne), 19 kil. N. O. de Vigeois. Un autre village plus rapproché de Vigeois, Priezac, comm. de Saint-Solve, cant. de Juillac, 11 kil. S. O. de Vigeois, mais moins probable.

(5) Ebles I, vicomte de Comborn, 1001-1040, fils et successeur d'Archambaud I, surnommé « Jambe pourrie », et de Sulpicie de Turenne.

(6) Chellam de seda (écheveau de soie). Cette charte a paru si intéressante à du Cange, qu'il l'a insérée textuellement dans son Glossaire au mot seda.

 

― 19 ―

XXVI

1092-1110

 

* Sciendum quoque est quoniam Rainaldus Rotbertus, filius Rotberti de Vall, concessit donum Rotberti de Sadran et insuper dedit Beato Petro Vosiensi, hoc quod habebat in manso de Clian ea scilicet ratione ut quandiu viveret possideret, post mortem autem ejus, Sancto Petro Vosiensi remaneret.

Hujus doni auditores fuerunt, Ugo de Vall, avunculus ejus, Rainaldus de Rofinac, monacus, Archambaldus, presbiter. Post quam autem ille obisset, fratres ejus Petrus, videlicet Rotbertus et Ugo Rotbertus, donum quod olim frater eorum fecerat de manso de Clian, irritum facere voluerunt atque predictum mansum vi auferre monachis Vosiensibus conati sunt. Tandem autem deprecantibus domno Petro, abbate, et Rainaldo, monaco, eorum consanguineo, prefatum mansum ex toto dimiserunt atque conces- serunt monachis Vosiensibus, acceptis a predicto abbato XXV solidis.

Hujus cessionis auditores fuerunt domnus abbas Petrus, Rainaldus, monacus, Gauzfredus, prepositus, Girbertus de Vall, Ugo Meschins de la Garda, Petrus de Tutela, Petrus Rotgerius.

 

XXVII

DONUM RAINALDI ET HUGONIS ROFINAC

1111-1124

 

Rainaldus quoque Rofiniaci et Ugo Rofiniaci juvenior, dederunt et concesserunt totum quod habebant vel exquirebant juste et injuste in manso de Clian, domino Deo et Sancto Petro Vosiensi, pro salute animarum suarum omnium que parentum suorum.

Auditores hujus rei fuerunt, Ademarus, presbiter, qui propter hoc eis placitum fecit et Petrus Constantini et alii multi.

Factum est hoc apud aecclesiam sancti Germani (1). Hoc ipsum donum et concessit iterum Rainaldus ipse, audiente domno Rainaldo (2), abbate, avunculo suo et promisit ei quod hoc donum

 

* Fol. XXIII, r°.

(1) Saint-Germain-les-Vergnes, chef-lieu de. comm., cant. de Tulle; 14 kil. S. E. de Vigeois. <