Source : BnF, Fonds Périgord, tome 46, f°s 236 et suiv. (transcription C.R.).
Note
préliminaire : Les commentaires apparaissant dans
la marge gauche, ont été traités comme des notes, mises en italiques et placées
arbitrairement par nos soins, au niveau approximatif où ces commentaires
apparaissent en regard du texte (C.R.).
Mars
1480 (v.st.)
Enquête[1]
faite par Annet de la Tour IV, comte de Beaufort, vicomte de Turenne,
devant Hugues de Bayly, lieutenant-général de
Périgueux, au sujet de l’assassinat de Jean de Beaufort, par les habitans de
Limeuil en 1420.
Dans un enquête[2]
faite par Annet de Beaufort seigneur de Lymeuil, devant Hugues Bailly, lieutenant
général de Périgueux, en mars 1480, et avril suivant (dans l’intendit).
Item que lesdits habitans traictarent avecques les Anglois
qui tenoient alors Bergerac, qu’ils venissent courir devant Lymeuil et pour
deffendre ladite place, ledit Messire Jehan de Beaufort saillit hors du château
pour resister auxdits Anglois. Et lui étant devant la porte Recluson audit
Limeuil, en armes, lesdits habitans comme traitres et déloyaux luy coururent
sus, et sur ses serviteurs furieusement, et le naffrerent en plusieurs et
diverses parties de son corps, et lors l’eussent tué, mais par sa vaillance et
prouesse, soy deffendant saulva sa vie, rabbatant les coups que luy donnoient,
et obvia à leur fureur et malice, et se retraict au chastel de Limeuil, cuidant
sauver sa vie, mais y trouva la place prinse et saisie desdits habitants,
lesquels le prindrent et misrent dedans une chambre tout playé et sanglant.
Item et le lendemain ensuivant, pour ce que aulcuns médecins
et sirurgiens que lesdits habitans avoient envoyé querir, leur disoient que
leurdit seigneur, à l’aide de Dieu, gueriroit bien des coups et playe qu’ils
lui avoient données et faits, et qu’il ne mourroit point, lors iceux habitans,
comme faux, traitres et desloyaux, et plains de grand crudelité, vindrent à la chambre
où avoient mis leurdit seigneur, lequel étant en son lit, ainsi blessé et
aigrement naffré[3], luy
donnerent d’une barre sur la tête, et le prindrent et estranglerent, et le
firent mourir de mort très amère, douloureuse et piteuse.
Item et lesdits habitans non contents de la mort de leurdit
seigneur en perseverant en leurs pervers, iniques et damnables propos et
volonté, coppèrent les doits de leurdit seigneur[4],
tout mort, pour avoir les anneaux d’or qu’il avoit aux doigts, et le
despouillerent de ses vestements, et le misdrent et traisterent tout
inhumainement.
Item, et en continuant de pis en pis leur damné propos,
pillèrent, robberent et emporterent tous les biens dudit châtel[5],
or, argent et tous meubles, et entre les autres choses, tous les instrument,
terriers, etc., par lesquels ledit seigneur pouvoit prouver ses droits
seigneuriaux sur lesdits habitants de Limeuil, et les brûlèrent tous.
Item, et après qu’ils eurent si villainement meurtri et tué
leurdit seigneur, ils firent venir les Anglois et leur vendirent deux mille
escus ledit chateau et place de Limeuil[6] ,
et misdrent à leur obeissance, et se firent ennemis du Roy et de tout le
royaume de France. En laquelle obeissance ont demeuré par l’espace de 18 à
vingt ans.
Item, et durant le temps qu’ils étoient en l’obeissance des
Anglois, lesdits habitans se sont par plusieurs fois armés à l’encontre du Roy
et de ses subjets, et leur ont fait guerre mortelle, les tuant et blessant
inhumainement, mis le feu aux places et maisons des obéissans et tenans le
party du Roy, les roubant et pillant et emportant leurs biens, et les ungs
emprisonnant, et mettant en dures et estroites prisons ; et par comble et
multiplication de tourmens et doleurs, les faisoient rançonner grandes et
diverses sommes tant d’or que d’argent, et les traitarent plus durement, et
estoient plus cruels que n’estoient les Anglois d’Angleterre.
Item, et apres la mort de leurdit seigneur Messire Jean de
Beaufort[7],
succéda comme un héritier et plus prochain de lignée Pierre de Beaufort, son frère,
lequel étant toujours obeissant au Roy, et soutenant et deffendant la couronne
de France par l’espace de 6 ou 7 années continuelles, rassembla grand nombre de
gens de guerre, à ses despends, et mist le siège devant Lymeuil[8],
et à force et puissance d’armes et par famule (famine) et mortelles
vexations, les fit rendre à luy, et retourna ladite place de Lymeuil à
l’obeissance du Roy et de la couronne de France[9].
Par lesdites choses appert clairement, que lesdits habitans sont traitres au
Roy et à la couronne de France.
Après Pierre de Beaufort, succéda en ses biens Anne de
Beaufort sa fille naturelle et légitime, femme dudit vicomte. Au nouvel
avenement[10] … ledit
vicomte jura auxdits habitans, tenir et observer certains privileges etc…
Et advenant quelque peu de temps après, lesdits habitans …
perseverans en leurs dampnées et abominables opérations, si ont falsifié, ou
fait falsifier l’instrument desdits privilèges[11],
et y ont mis et inclus dedans icelluy, certains plusieurs faux articles à leur
profit, au très grand dommage dudit vicomte, et mesmement qu’ils pouvoient
pescher et passer les rivières de Vézère et de Dordogne en leur bâteau sans
payer aucun droit de poisson ne de pontage ; aussi se vantent par leurs
lettres, qu’ils ont privilèges par lesquels ils sont francs. Desquels faux
articles … quand ledit instrument fut passé, et entre lesdites parties accordé,
ne fut parlé …
Sur la plainte du vicomte, portée devant le duc de Guienne,
etc., le bailli de Martel, député à cet effet, cancelle ledit instrument[12],
et les habitans n’en appelerent pas, etc.
… Depuis X ans[13]
en ça lesdits habitans se sont vantés publiquement qu’ils voudroient que les
Anglois fussent (heussent) et teinssent encore ladite ville et château de
Limeuil … et depuis peu de temps, le recteur de l’église paroissiale de
Saint-Martin de Lymeuil étant en ladite église[14],
un jour de dimanche, et célébrant la messe parochialle, en faisant les prières
accoutumées, entre les autres pour le roy, en disant, nous prierons Dieu pour
notre sire le Roy de France, la Royne et Mgr le Dauphin, lesdits habitans, ou
aucun d’iceux, en interrompant le propos et prieres que faisoit ledit recteur,
disant à haute voix telles paroles :
« Au dyable soit donné qui en priera pour le
Roy. »
Et pour ce que lesdits habitans avoient brûlé
les titres, le vicomte s’accorda avec eux, qui convinrent de payer la somme de
17 s. 6d. aux 4 cas généraux, le péage de leurs
marchandises, le quart du poisson, etc[15].
Depuis lesdits habitans voulurent revenir en justice contre
cet acte, qu’ils disoient avoir passé par force (et le reste de procédure
supra)
(Molin banier, (pour banal) à Leyrac.
Dit, ledit vicomte, que tous les autres seigneurs justiciers
de Périgort et circonvoisins de la baronie de Lymeuil, par la terre desquels
lesdites rivières de Dordogne et de Vézère passent et ont leur cours, prennent,
reçoivent et levent sur les peschans ezdites rivières et dedans les limites de
leurs jurisdictions, et autre part et portion telle dont lesdits circonvoisins
et leurs subjets sont d’accord et néanmoins ont de molin, de for banier, lever
péages, prendre jornées annuelles, et droit de commun de la paix, et la taille
aux 4 cas généraux[16].
(Aymar de la Borie[17],
juge de Limeuil, avoit été avocat général au Parlement de Bordeaux, et mourut
en 1470 ou 1472).
Les habitans de Lymeuil s’étant assemblés pour nommer un
syndic, sans permission du Roy, le seneschal de Quercy commet un certain Maître
Jean Bastier, dit Lo Cathalan, licencié ès loix, lequel, après dues
informations, trouva que les habitans de Jornhac jurisdiction de Lymeuil
étoient coupables, se transporta audit lieu de Jornhac, et fit prisonniers 4
d’entre eux ; et de là, les emmena au châtel de Lymeuil. Et pour ce que
alors étoit près de Notre Dame de septembre, auquel temps ladite cour de
Parlement de Bourdeaux vacque, et mourroient grandement de la bosse, audit
Bourdeaux, delibéra de les amener au château de Dome, ou à Martel, aux prisons
du Roy. Et en allant à Salanhac, etc.
Leonard Delpy et Jean Valades, habitans de Lymeuil ayant dit
que les conseillers du Parlement de Bordeaux avoient donné faucement et
iniquement un arrêt en faveur du vicomte, le Parlement fit informer, et décerna
un arrêt de prise de corps contre lesdits Delpy et Jean Valades. Celui-ci
s’enfuit dans l’église de Cadoing, en franchise[18] ;
n’ayant pû y être pris, il y eut arrêt de défaut.
Appel relevé en la cour présidialle au
siège de Sarlat[19], d’un
appointement donné par le juge de Limeuil, contre un habitant impliqué dans
cette affaire.
Déposition des témoins.
Jean de Beaufort, vaillant homme de guerre, faisoit en son
temps grandes guerres et dommages aux Angloys, lequel par hayne qu’avoient
contre luy lesdits habitans, fut par eux tué, murtri et étranglé d’une corde
d’arbalestre, et dans son château de Limeuil.
Le 1er témoin dit l’avoir vû porter en terre. Et
le jour mesmes les habitans de Limeuil envoyerent prier (ou querir) les
Angloys, qui lors occupoient le chatel de Clarens[20],
et leur baillerent le lieu et châtel de Lymeuil en leurs mains. Vit ledit
témoin que lesdits habitans, après avoir livré le lieu, etc… qu’ils pillèrent
le châtel, etc… rompirent un grand coffre, où étoient les instruments, …, et
furent dans l’obéissance des Anglois 18 ans[21].
Pierre de Beaufort fit la guerre aux Anglois par cinq ou six
années continuelles[22],
en grands compagnies de gens de guerre, si grand poursuite contre lesdits de
Lymeuil, qu’ils firent le guast (dégat) tant des bleds que des vignes, qu’ils
rendirent ladite place de Lymeuil en tel détresse, que lesdits de Lymeuil
gurent contraints de soy rendre à l’obéissance françoise. Et nobostant ce,
convint il audit Messire Pierre y mettre et asseoir siège, à grande compagnie
d’autres seigneurs et gens d’armes, avant qu’il peut recouvrer ladite place, contraint
y demeurer, pour ce que tout le plat pays estoit destruit et gasté.
(Pierre de Beaufort avoit marié une de ses filles à Mr de
Fils marcon (Fimarcon).
Le 2e témoin, sur le rapport d’un serviteur de
Jean de Beaufort, qui l’avoit accompagné, lorsqu’il fit sa sortie, …, dit qu’il
fut étranglé dès le soir … que la ville de Lymeuil fut affamée par Pierre de
Beaufort, lorsqu’il y mit le siège …
Il y eut une enqueste[23]
faite par Jean Picon[24],
lieutenant du sénéchal du Périgord, à la requête de Boulebys de Beaufort, fils
bastard dudit Jean de Beaufort, à l’encontre desdits habitans, qui avoient en
trahison, occis, murtri et étranglé ledit Jean de Beaufort. Il y avoit 30 ou 4
témoins. Dans cette enqueste il est dit qu’ils vendirent ledit lieu de Lymeuil
à un cappitaine anglois, appelé Beauchamp[25],
la somme de 2000 escus d’or.
Bernard et Messire Gantonet de Sireuil furent ceux qui
pillèrent les titres, dont ils emporterent une partie chès eux.
… pour ce que ledit Jean de Beaufort avoit en sa main une
grosse verge d’or, ils luy coppèrent les doiz pour l’avoir.
Pierre de Beaufort fit de grandes guerres auxdits habitans
de Lymeuil[26],
moyennant lesquelles, force fut auxdits habitans de Limeuil soy réduire en
l’obéissance du roy, et en sa subjection, et à la parfin furent contraints par
force de famine et de siège, soy réduire.
Mais avant qu’il assiégeast ledit lieu de Lymeuil, par 5 ou
six années précédentes[27],
pour les affamer, icelluy Messire Pierre, accompagné de plusieurs notables
chevaliers et escuiers, en grand compagnie, faisoit chacun an, le guast des
vivres, comme des bleds et des vins, et au temps que les châtaignes étoient
meures, faisoit garder les boys, afin que lesdits habitans ne se peussent
pourvoir de châtaignes pour leurs vivres. Et ce fait, ledit Messire Pierre, qui
étoit bon et loyal françois, assiegea ledit lieu de Lymeuil, et l’accompagna à
ce faire feu Messire Jean de Bretagne comte de Penthièvre[28] ;
et finalement, à force et puissance d’armes, et par famine, et autres maulx et
dommaiges que ledit messire Pierre leur fit, par force d’armes, et contrainte,
se rendirent lesdits habitans de Lymeuil à l’obéissance du Roy et subjection
dudit feu Messire Pierre de Beaufort, et de ce peut avoir 35 ans et plus.
Vénérable homme Messire Jehan de Sireuil[29],
prebtre, curé de St Martin de Lymeuil, agé de 50 ans, atteste ces paroles de …
« au dyable soit …», etc., supra, proférées pendant la messe
paroissiale ; il ajoute que depuis ladite seigneurie de Lymeuil estoit
venue audit Messire Annet de La Tour, il a veu et oui qu’il a mis et institué
si bons et notables officiers au regime et gouvernement de ladite jurisdiction,
et que se sont si bien et notablement gouvernés, que pour le bon regime et
gouvernement d’eux, la terre et seigneurie de Lymeuil s’est fort repeuplée et
amendée, et ne cessent de venir gens habiter en ladite terre[30].
Jean Sambat, faure habitant de Lymeuil, agé de 70 ans ateste
que les habitans ont payé pour un des 4 cas, il y a 12 ans, environ, lorsque
ledit seigneur de Lymeuil maria une de ses filles au fils de Monsieur de
Faumarcin … Dit plus, que depuis 2 ou 3 ans en ça, ledit seigneur de Lymeuil a
pareillement marié une de ses filles au seigneur de Granhol[31],
pour lequel mariage il fit sommer et requerir lesdits habitans de luy payer
ladite taille pour chacun feu 17 s. 6d. Laquelle taille la plus part desdits
habitans ont payé libéralement, et les autres y ont contredit, voulant dire
qu’ils ne sont tenus à taille de mariage que pour une fille seulement : et
sur ce s’est meu proces entre ledit seigneur et les habitans, au parlement.
La forge de Lymeuil appartenant audit seigneur, s’appeloit
communement l’agusaige ; en laquelle les habitans de ladite ville et
châtellenie étoient tenus de venir aiguiser leurs reilles, … le faure d’icelle
étoit tenu de ferrer deux asnes ou mulet de bast, pour le service du châtel de
Lymeuil, mais ledit seigneur de Lymeuil fournissoit le fer.
Jean Melo, natif de Lymeuil, agé de 50 ans, dit que les
habitans de Lymeuil, pour avoir couleur de tuer et meurtrir Jean de Beaufort[32],
lesdits habitans firent venir certaine quantité d’Anglois devant Lymeuil
courir ; pour resister auxdits Anglois, ledit feu Jean de Beaufort saillit
hors dudit château, à une porte appelée de Recluson, et là fut navré ledit
Messire Jean de Beaufort par ung appelé Vadors et Bernard Geneste, habitans
lors dudit lieu de Lymeuil, et voyant ledit Messire Jean la fureur et mauvais
propos desdits habitans, se voulut retirer dedans ledit château ; mais
iceux habitans avoient déjà estably et prins ledit château ; toutefois
iceux habitans le prinrent et misrent en une chambre, faignans de le faire
guerir, mais la nuit ensuivant, lesdits habitans le tuerent et l’étranglerent
en une longiere, et tout mort, aucun d’iceux, pour ce qu’il en son doy une
enpreinte d’or, lui copperent le doy, pour avoir ladite empreinte[33].
Après qu’ils l’eurent meurtri, ils le pourterent en l’église St Pierre, pour
ensevelir, et pour ce que le tombeau étoit petit, et n’étoit pas assez long, en
grosses barres luy rompirent les jambes pour le faire entrer dans ledit
tombeau.
… ce fait pillèrent les meubles, titres dont ils brûlerent
une partie ; ce fait, envoyerent prier un cappitaine anglois, nommé
Beauchamp, auquel ils baillerent la ville et châtel de Lymeuil, et se firent et
constituerent de ladite obeissance angloise.
Un autre dit que … par l’espace de 18 ou 20 ans, les
habitans de Lymeuil tindrent ladite place en l’obeyssance des Angloys.
Lundy, 2e jour d’avril l’an 1481, avant Pasques.
Noble homme Golfier de Meilhac[34],
seigneur de Javerzac, habitant de Miremont, agé de 60 ans, dit que les
seigneurs de Lymeuil, dont Miremont fait partie, sont en usage de lever le
droit aux 4 cas, le péage, banalité, etc, comme font plusieurs gentilshommes
circonvoisins en leurs terres, comme font les seigneurs de Beynac, de Caumont,
de Pons et plusieurs autres. Et il mesme qui parle, a le droit de tailler ses
hommes aux 4 cas généraux, et ny a gueres gentilhomme audit pays de Périgort,
qui n’ait ce droit.
Hélias Tucquet de Miremont, témoigne qu’il a veu les habitans
de Lymeuil, lorsqu’ils étoient sous les Angloys, venir courir devant la ville
et château de Miremont[35]
et luy recorde qu’une fois pillerent l’église de Mauzens, dont le lieu de
Miremont est de la paroisse, aucunes fois blesserent et tuerent six ou sept des
habitans dudit Miremont, vrais subjets et obeissans du Roy, et mirent le feu et
brûlerent la maison de Lailholie, et tuerent un homme de la garnison de
Miremont, et faisoient lesdits de Limeuil guerre pire que le faisoient les
Angloys d’Angleterre … Le curé de Mauzens près Miremont, agé de 75 ans[36],
dit que les habitans de Lymeuil faisoient plus mortelle guerre aux subjets du
Roy et dudit Messire Pierre de Beaufort, qui tenoit ladie place de Miremont
sous l’obéissance du Roy, que ne faisoient les Angloys d’Angleterre, qu’il a vu
lesdits habitans lors anglois, plusieurs fois venir courir devant ladite place
de Miremont.
Noble homme Jean d’Abzac[37],
seigneur de La Douze, agé de 40 ans, ou environ, dit avoir appris de Geoffroy
de Chaumont, son oncle, que les habitans de Lymeuil tuerent Jean de Beaufort
leur seigneur, duquel ledit de Chaumont avoit espousé la fille bâtarde … et que
pour eux remettre en l’obéissance des Anglois, ils conceurent la mort dudit
Jean de Beaufort, et vint ung cappitaine des Angloys, nommé Thomas[38],
qui vint courir devant ladite ville, contre lequel ledit Messire Jean de
Beaufort saillit jusqu’à une porte de la ville etc…
Disoit de plus ledit Geoffroy de Chaumont, que quand les
habitans voulurent étrangler ledit seigneur de Limeuil, il étoit dedans ledit
châtel de Limeuil, mais lesdits habitans dudit Lymeuil luy dirent, qu’il s’en
saillit, ou si ne faisoit il seroit que fol. Ce qu’il fit, et s’en allant oyt
le cry dudit Messire Jean de Beaufort, qu’ils étrangloient … qu’au regard de la
pesche sur la Dordogne et Vezère, ledit d’Abzac dit ne scavoir … mais que en la
rivière de l’Ile qui passe par Périgueux, il qui parle, a plusieurs destroits
de rivière, qui communément s’appellent esgaulx, ezquels esgaulx aucun
n’oseroit pescher sans son congié de pescher en ses esgaulx, lui en payant le
tiers poisson ; et plusieurs autres ont le droit, comme l’evesque de
Périgueux, le chapitre St Etienne de Périgueux, le seigneur des Bories, le
seigneur de Meymin, un appele Vexiere, qui prennent des pescheurs peschant dans
leurs esgaulx, le tiers du poisson, et n’oseroient pescher sans leur congié.
Noble et puissant seigneur Messire Antoine de Sallignac[39],
chevalier seigneur dudit lieu, agé de 50 ans, atteste qu’il a droit du quart de
poissons sur la riviere de Vezère, que le comte de Périgord a droit de lever le
droit de commun de la paix, et oy dire à plusieurs, qu’il a ce droit par
eschange à luy par les rois trespassés fait pour la ville et châtellenie de
Bergerac, que ledit comte bailla pour ce au Roy … Dit de plus, que les
seigneurs de Baynac, de Caumont et plusieurs autres gentilshommes, qui n’ont
aucune justice en Périgord, ont droit de prendre sur leurs hommes certaine
taille aux 4 cas généraux ; … que les seigneurs de La Cassaigne et de Tayac
en Périgort ont droit de forge, à laquelle leurs hommes sont tenus aller, etc…
Noble homme Jacques Vassal[40],
seigneur de Rhinhac, cappitaine de Sallignac, agé de 55 ans ou environ, atteste
que le comte de Périgord, les seigneurs de Sallignac ont droit du ¼ de poisson,
etc. (Or il n’atteste que que pour l’usage des seigneurs du Périgord.) Le
seigneur de Sallignac étoit seigneur de Rouffinhac et de Tursac, etc..
Noble et puissant seigneur François seigneur de Caumont[41],
agé de 28 ans, atteste qu’il a ce droit dans les seigneuries de Castelnau et de
Berbiguières.
Noble, etc… Jean-Bertrand
seigneur de la baronnie de Baynac, idem, et pour sa châtellenie de Comarque. /
Signé Hugues Bailly, lieutenant général de Périgueux et commissaire./
Rouleau de 24 pieds de long, ou environ, et 9 pouces de
large, contenant la réponse des habitans de Limeuil, aux faits allegués contre
eux[42]. Le
commencement a été coupé, j’y ai remarqué seulement ce qui suit :
Dicunt ipsi habitantes, non excusare intendentes tamen illos
qui praedictum dominum quondam Johannem de Beaufort occiderunt, nec factum
sustinere quovismodo ; et quia necesse habent se excusare de praemissis,
aut alias viderentur ipsum factum confiteri, quod fama publica est in tota hujusmodi
patria, quod propter violentias, et extorsiones, ac mulierum raptus, quos et
quas ipse dictus dominus faciebat in dies, in praedicto loco de Limolio, ipse
fuit per dictum Johannem et certos ac paucos alios suos complices interfectus,
et demum, per eundem ipsum castrum praedictum inter manus Anglicorum positum.
Qui quidem Johannes tunc erat cappitaneus pro dicto quondam domino Johanne de
Beaufort, dicti castri ; et ideo eidem imputandum fuit, quoniam talem sibi
elegit, ex quo dicendum est quod poena quae pro talibus facinoribus fuit
imponenda, debuit et debet sequi suos auctores, et quod praedicti habitantes
qui non fuerant neque scientes, neque consentientes, non debent rationabiliter
pati illam, cum ipsi non fuerunt successores, heredes et bona tenentes illorum
qui id fecerunt, etx. Dicunt alterius quod dominus Petrus de Beaufort, pater
praedictae dominae de Turenna, dominus de Lymolio volens recuperare a manibus
dictorum Anglicorum, et illud redimere sub obedientia dicti domini nostri
regis, invocati auxilium domini Comitis Petragoricensis[43],
et multorum aliorum dominorum patriae, tunc existentium et viventium, et quod,
cum multitudine gentium armorum, obsederunt ipsum dictum castrum et ipsos
dictos manentes requieserunt quathenus eundem castrum reddere ac sibi
restituere vellent, quod facere renuerunt et contradixerunt ob medium[44]
cujus contradictionis taliter fuerunt prosecuti tam per subreptionem et
vastationem fructuum, quam agrorum occupationem … quod compulsi ipsum dictum
castrum reddiderunt … Respondetur quod non reperietur quod ipsi dicti
impetrantes tenuerunt nec deffenderunt ipsum dictum castrum contra dictum
nostrum Regem, nec tenere, seu deffendere potuerunt, quia major pars ex ipsis
eo tempore non erant in rerum natura, et illi qui erant in rerum natura non
erant de dicta castellania, nec de hujusmodi patria, ymo ex post venerunt
ibidem ex diversis provinciis et per parrochias ejusdem castellaniae se melius
quam potuerunt hospitaverunt, et ibidem hereditates acquisiverunt sicut coeteri
advenae, qui, a tempore reductionis dictae patriae citra, in ipsam patriam
venerunt pro residendo et hereditates acquirendo. Sed aliud est quod repugnati
talis praetensae rebellioni, namsi aliqui ex dictis impetrantibus fuerunt et
residentiam fecerunt in praedicto loco de Limolio, tempore quo fuit inter manus
dictorum Anglicorum, hoc solum fuerunt aliqui, forte unus vel duo qui habebant
eorum domicilia et habitationes in eodem loco, et qui non habebant alibi bona
nec habitationes in quibus, nec ex quibus possent vivere aut habitare, qui
cohacti et inhibiti fuerunt compulsi ibidem remanere, ob quod ampliora et
longiora mala et incommoda sustinuerunt et passi fuerunt et adeo et in tantum,
quod ea de causa, ipsi et eorum domus et familia fuerunt sine remedio,
destructi per dictos Anglicos, sed nusquam reperietur quod ipsi tenuerint
praedictum castrum, nec fecerunt aliquam guerram ut praetenditur, contra
dominum nostrum Regem, nec suos subditos ; ymo ipsum tenebat quidam
Anglicus vocatus Thoma Bontemps[45],
et certi alii Anglici, qui erant omnes oriundi de regno Angliae et non
permittebant introire infra eundem castrum aliquem ex dictis habitantibus,
propter metum quem habebant quod illos exinde expellerent ; quin ymo quod
deterius est, quia ipsi praedicti habitantes ejusdem loci et castellaniae, qui
erant pro tempore ; voluerunt temptare et de facto, opere incaepto
temptaverunt ipsum praedictum castrum capere et illud reducere sub obedientia
domini nostri regis tunc existentis ; ipsi praedicti Anglici multos ex
ipsis interfecerunt, et submergi fecerunt ; ex quo demonstratur evidenter
quod per eos non stetit quominus dicti Anglici ab inde expellerentur … et quod
.. praedecessor recuperavit ipsum dictum castrum per
modum ipsorum dictorum habitantium, et sic reperietur verum etc.
(Dans le mémoire on cite une sentence de Sénèque, dans sa
tragédie d’Agamennon, une autre de Terence, l’Ecriture Sainte, le droit civil
et canonique.) Il resulte de cette longue pièce, que les habitans de Limeuil se
deffendoient en niant qu’ils eussent transigé avec le seigneur de Limeuil, de
la maniere que le disoit Agnet de La Tour, ils prétendent que les actes qu’il
produisoit avoient été falsifiés, qu’ils avoient toujours joui de leurs
privilèges dans toute l’étendue qu’il leur [d-----ient] [46],
ceux du droit du commun de la paix, etc… Ils nient que eux, ou leurs
prédécesseurs ayent tué Jean de Beaufort, qu’ils ayent eu de la haine contre
lui, mais ils rejettent ce crime sur le capitaine Jean, etc…
Dans une déposition de l’enquête supra, un témoin dit qu’il avoit
vu à Brive, le seigneur de Limeuil Jean de Beaufort, revenant de Paris ;
que c’étoit peu de jours avant sa mort.
[1]
Archives
du château de Sainte Alvère, cahier couvert de parchemin, coté Lymeuil 1480. 35ème.
[2] Nota : Mr Leydet a ajouté, ou intercallé
à cette enquête, plusieurs pièces relatives aux droits et privilèges de la
terre et des seigneurs de Limeuil.
[3] Jean de Beaufort, assomé et étranglé.
[4] On lui coupe les doigts pour avoir
ses anneaux d’or..
[5] Le château de Limeuil pillé, les titres
brûlés.
[6] Limeuil vendu par les habitans aux
Anglois 2000 écus.
[7] Pierre de Beaufort succède à Jean, son
frère.
[8] … met le siège devant Limeuil..
[9] … et le force à se rendre.
[10] Anne de Beaufort succède à son
pèrePierre, elle épouse Agnet de La Tour.
[11] Charte des privilèges de Limeuil
falsifiée.
[12] … est cancellée par le bailli de
Martel.
[13] 1470.
[14] Il s’appeloit Jean de Sireuil. (voy. Ci-après, p. 6, vers le bas de la page.)
[15] Voy. pour
l’assassinat de Beaufort, la déposition des temoins, ci-après p. 5.
[16] droits usités
en Périgord.
[17] Aimar de la Borie.
[18] Cadoin, lieu de franchise.
[19] présidial à
Sarlat.
[20] château de
Clarens, occupé par les Anglois.
[21] (1420-1438).
[22] (1420-1425, ou 1426).
[23]
Enquête faite à la demande
de Boubelys de Beaufort.
[24] Petiton.
[25] voy. sur ce
Beauchamp une pièce très curieuse de l’an 1419, dans mon recueil sur Auberoche
./. Sireuil.
[26] Témoignage de Jean Sambat, faure habitant
de Limeuil, agé de 70 ans.
[27] Limeuil attaqué pendant 5 ou 6ans.
[28] Jean de Bretagne aide Pierre de Beauforrt
à reprendre le château de Limeuil.
[29] Jean de Sireuil.
[30] la terre de Limeuil se repeuple.
[31] Le seigneur de Grignols, gendre du
seigneur de Limeuil.
[32] parce qu’il étoit bon françois.
[33] cruauté sur le cadavre du seigneur de Limeuil.
[34] Golfier de Meilhac, alias Meilhars (né en
1421).
[35] Miremont, place françoise, tenue par P.
de Beaufort.
[36] (né en 1406).
[37] Jean d’Abzac, seigneur de La Douze, né
vers 1441, neveu de Geoffroy de Chaumont.
[38] Thomas Bontemps, capitaine anglois vient
à Limeuil.
[39] Antoine de Salignac, né en 1431.
[40] Jacques Vassal, seigneur de Rinhac (né en
1446).
[41] François seigneur de Caumont (né en
1453).
[42]
Réponse des habitans de Limeuil aux faits allégués contre eux.
[43] Le
seigneur de Limeuil appelle à son secours le comte de Périgord (Jean de
Bretagne).
[44] Mr
Leydet a effacé « meum », pour y substituer « medium ».